La proposition du forum lapassionduvin.com de choisir comme domaine du mois le Domaine Gérard Schueller à Husseren-les-Châteaux a été l’occasion pour moi de me pencher avec intérêt sur des vins que j’avais découvert il y a peu de temps chez Laurent Mélotte (True Great Wines à Pécrot).

Si je titre "à distance", c'est parce que je n'ai pas encore eu le bonheur de visiter le domaine...

Le domaine Schueller

Le domaine Gérard Schueller & Fils est un petit domaine familial d’une dizaine d’hectares situé à Husseren les Châteaux sur les hauteurs d’Eguisheim et tenu actuellement par Bruno Schueller qui bien que très peu médiatisé possède une armée de passionnés, en l’occurrence, parce qu’il est un étonnant vigneron passionné par la biodynamie (sans rechercher toutefois d’agrément) produisant des vins non filtrés et surtout très peu souffrés... Tout un programme !
Ses vins reflètent sa personnalité (énorme) : fraicheur, typicité et longueur.
L'exploitation possède des vignes sur les Grands Crus de Pfersigberg, Eichberg, et sur celui de Bildstocklé. Malgré sa faible médiatisation, les stocks s’avèrent souvent assez faibles pour répondre à la demande.


Le caveau est situé au village d’Husseren les Châteaux, à deux pas de l’église du village. Comme le cite Philippe Bon dans son Blog passionné, le décor est spartiate à des lieues du salon de thé de Mesdames Faller.

Domaine Gérard SCHUELLER
1 rue des 3 Châteaux
68420 Husseren Les Châteaux
TEL : 00 33 (0)3 89 49 31 54


Agrément ?

Les vins de Bruno Schueller se sont vus souvent refusés à l’agrément, particulièrement en 2004 où on lui a reproché un manque … de concentration. Difficile de juger si ces refus ont eu lieu sur la Planète Mars où si les dégustateurs avaient préalablement ingurgité une tonne de Baeckoffé préalablement, toujours est-il que les commentaires de dégustation que vous trouverez ci-dessous font penser à tout sauf à un manque de concentration…

Dégustation

Riesling « Le Bild » 2004 – Vin de Table

La robe est jaune dorée claire. Le nez est assez intense, évolué, à la fois sur le fruit (pomme, amande) et le minéral (pierre à fusil, silex). Avec l’aération, l’intensité aromatique s’amplifie fortement avec une amande de plus en plus présente ainsi que l’apparition de notes florales.La bouche est marquée par un très bel équilibre entre la fraicheur, le fruit (dominance de l’amande), la minéralité et petit côté gras qui arrondit très bien cette bouche.
La finale est très pure, toujours sur l’amande avec une belle longueur où une fine note alcoolique a tendance à venir s’immiscer. Encore quelques belles années devant luiJ’ai beaucoup aimé ce vin que j’ai plusieurs fois dégusté. Tout en pureté au nez, il apporte beaucoup de plaisir en bouche. Pourquoi donc a-t-il été déclassé ?
Très bien

Riesling « le verre est dans le fruit » 2003 (Grand Cru Pfersigberg déclassé)

La robe est jaune dorée très claire. Au nez on a beaucoup d’intensité d’emblée avec pas mal d’évolution vers la minéralité et une grande complexité où les notes de camphre, de résine d’abord dominantes se côtoient ensuite à du fruit (poire, citron), du miel et de la violette à l’aération.
La bouche est marquée par un très bel équilibre. Bien que l’acidité ne soit pas très marquée, la minéralité compense en apportant beaucoup de fraicheur au fruit (pèche, raisin).
La finale est longue, un peu épicée sans l’impression d’alcool comme beaucoup de 2003.
Bien +

Riesling « le verre est dans le fruit » 2004 (Grand Cru Pfersigberg déclassé)

La robe est jaune dorée très claire. Le nez est moyennement intense, un peu fermé avec des notes de résine et de cire. A l’aération apparaissent des notes camphrées, de la menthe et un peu de fleurs séchées.
La bouche est tout en finesse, marquée par la minéralité mais je ne peux m’empêcher de lui trouver une certaine dilution avec un peu de gras venant de l’alcool. La finale assez fraiche ne s’impose pas très longtemps. J’ai eu l’impression de déjà mieux goûter ce vin précédemment ; ici, je reste sur ma fin.
Bien -

Riesling Grand Cru Pfersigberg 2005

Carafé 1 heure avant le service, stockés à l'extérieur (+-8°c) puis servi aux environs de 10°C.
La robe est jaune dorée plus soutenue que pour le 2004. Le nez paraît au premier abord plus fermé que pour le 2004 mais s'ouvre ensuite sur des notes minérales (silex) et fruitées (citrique), ce dernier axe étant nettement plus dominateur. Une présence florale (iris), certes plus tenue que pour le 2004, est accompagnée d'une légère sensation d'alcool. En bouche, l'acidité est d'emblée présente, plus droite que sur le 2004, mais rapidement elle s'équilibre avec un très beau fruit citrique et le côté gras, légèrement influencé par l'alcool que l'on retrouve ici aussi. Bien qu'encore fermé, on a un bel équilibre, on perçoit la concentration et la longueur donne à ce vin beaucoup de promesses de garde. Le nez m'a toutefois moins impressionné que pour le 2004 (déclassé) et la petite présence modère mon appréciation. Bien à Très bien mais grande garde potentielle.

Riesling Grand Cru Pfersigberg H 1999

La robe est jaune claire avec des reflets verts et dorés. Le nez, très intense est marqué d’emblée par la minéralité et la complexité : on retrouve du fruit (citron et zestes de citron), des notes de camphre et de résine (comme dans beaucoup des rieslings goûtés) mais aussi de belles notes florales de lilas et d’acacia.La bouche est marquée par la finesse et l’équilibre. L’acidité fine soutient bien la bouche à la fois en rondeur et en légèreté avec un beau fruit, bien présent (citron vert, pèche, poire). La finale est très belle sur la fraicheur et le fruit, sans la moindre trace d’alcool ou d’amertume. En plus tout cela paraît encore en pleine jeunesse et donc d’un avenir encore prometteur.
Très, très beau vin !

Riesling H 2004 (Grand Cru Pfersigberg déclassé)

Carafé 1 heure avant le service, stockés à l'extérieur (+-8°c) puis servi aux environs de 10°C.
La robe est jaune dorée claire avec une présence de légères particules en suspension.
Le nez est d'emblée très intense, complexe et évolué avec la marque du millésime qui exprime fort la minéralité du vin. Pierre, silex, pierre à fusil et quelques notes terpéniques (camphre) se bousculent au portillon. Tout cela est accompagné de belles notes florales (chèvrefeuille) et de fruits blancs (pèche). Globalement, on a ici un nez comme beaucoup de grands viticulteurs du bio peuvent nous offrir, mais qui par son intensité minérale pourra ne pas plaire à ceux qui n'en ont pas l'habitude, mais vous avez compris que j'adore...
La bouche est marquée par un bel équilibre où l'acidité apporte une fraicheur sans excès. On retrouve la salinité en bouche ainsi que le côté pèches blanches. On termine sur une assez belle longueur, sans assèchement. Un très beau vin plein d'intérêt qui m'a vraiment accroché au nez.
Très bien

Pinot Gris – Vin de Table 2004

La robe est jaune ambrée, assez évoluée. Le nez est lui aussi très évolué avec beaucoup d’intensité où le fruit (coing) côtoie des notes minérales et lactiques qui confère au vin un côté fermentaire.
En bouche, l’acidité est très marquée avec le citrique qui domine. Cela déplace un peu l’équilibre mais apporte pas mal de fraicheur au fruit, bien présent lui aussi. On est très loin d’un vin variétal et la finale est agréable, par marquée pour un sou par l’alcool ou l’amertume.Un beau vin de plaisir, à boire. Bien +

Gewürztraminer Cuvée Particulière 2005

La robe est vieil or assez clair. Le nez est à nouveau très intense, à la fois sur la jeunesse et l’exubérance avec des notes variétales de rose et de raisin de Corinthe mais aussi des notes plus évoluées marquées par la minéralité. Beaucoup de fraicheur se dégage de ce nez.
La bouche est quant à elle marquée à la limite de l’excès par l’acidité mais propose aussi un beau fruit croquant (très raisin de Corinthe, à nouveau) et une belle rondeur marquée par un peu de gras.La finale est un peu courte avec un peu d’amertume. Un vin de plaisir, plutôt d’apéritif vu son acidité importante
Bien

Conclusions

Les vins de Bruno Schueller ont certes une typicité qui pourra déranger les gourmets qui considèrent que l’Alsace se résume (au restaurant) au domaine Léon Beyer ou au riesling ultra variétal et citronné. Mais quelle fraicheur et quelle finesse ! Je dis cela rarement, mais il y a ici une notion de plaisir de déguster que je ne demande qu’à partager.
Je ne pense pas que je resterai une année sans passer près de l’église d’Husseren-les-Châteaux !


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