1. Prologue

Après avoir tenté, l’an passé, une premier expérience sur les rieslings du millésime 2006, plusieurs membres belges actifs du forum LPV, entourés d’autres passionnés ont décidé de remettre le couvert pour le millésime 2007 avec toujours en tête de dégager les différences entre les terroirs, les pattes des vignerons, tout en tentant de cerner ce millésime avec son acidité, ses sucres résiduels et son aromatique complexe. On nous dit depuis des lustres, attention, chaud devant, grand millésime… in vitro Veritas …pour… 32 vins !

Après un rappel du millésime et les appréciations des vignerons eux-mêmes sur le millésime, ce dossier vous propose les cartes d’identité des vins proposés en dégustation assortis de mes commentaires de dégustation eux-mêmes, commentaires qui seront sûrement controversés par mes joyeux camardes de ce marathon vinique, à moins que parler de 32 vins les inquiète un tantinet (J'avoue y avoir passé tout mon week-end). Ces commentaires persos sont suivis des impressions générales des dégustateurs sur le millésime  sa façon d’exprimer le terroir et leur avis sur l’influence des sucres résiduels (SR). Je tiens à les remercier tout particulièrement pour leur aimable collaboration, tout comme tous les vignerons qui n'ont pas lésiné à me fournir toute l'info souhaitée..

2. Petit rappel du millésime

Le millésime 2007 alsacien est totalement hors norme.

Le débourrement des vignes a été très précoce à la suite d’un printemps exceptionnellement sec et chaud. On était dans une situation assez comparable avec 2003 jusqu’au débourrement. Puis, tout s’est passé comme si l’été avait remplacé le printemps avec une floraison terminée le 25 mai. (Du jamais vu selon André Ostertag).

En revanche, les mois d’été ont été les plus frais (températures rechutant autour des 20° et souvent moins) et les plus pluvieux des 50 dernières années (279 mm d’eau du 28 mai au 24 août) et le cycle végétatif s’en est trouvé sensiblement rallongé. Ces conditions auront stressé largement les vignerons, propices qu’elles étaient aux maladies comme le mildiou et l’oïdium.

Les vendanges se sont dès lors déroulées à partir de la mi-septembre, leur point caractéristique le plus important étant qu’à l’humidité de l’été ont succédé de très belles conditions avec des températures plus élevées et surtout un climat plus sec, avec un peu de vent et des nuits suffisamment fraiches.
Si , certains vignerons, inquiets de la situation de 2006, ont préféré attendre le moins possible pour éviter des pluies éventuelles, les plus courageux ont attendu et ont été largement récompensés  Si, par exemple, le domaine Weinbach a commencé ses vendanges le 6 septembre, les riesling du Schlossberg l’ont été le 12 octobre.
Cette longue période de maturation avec des conditions optimales de vendange permet au millésime 2007 de proposer de belles structures, une superbe acidité, le long cycle végétatif permettant le développement d’arômes complexes et profonds.
Hormis certaine parcelles près de Bennwihr détruites par un orage terrible le 20 juin, l’état sanitaire était excellent durant toutes les vendanges.
Finalement, les vendanges se sont terminées début novembre avec très souvent de très grandes VT et SGN.

2007 est sans nul doute un très beau millésime. Olivier Humbrecht a dit « Que rêver de mieux ? » … 2008, peut-être ?

3. Questions aux vignerons

La première question a pour but de percevoir comment le millésime 2007 reste interprété alors qu’un autre millésime de grande qualité, le 2008, est passé derrière.
La seconde question a pour but de confronter les vignerons à la question des sucres résiduels qui ont naturellement accompagné ce millésime 2007.

Avec 2008, 2007 est annoncé comme un très beau millésime de garde. Confirmez-vous avec le recul tous les espoirs qu’on mettait en lui, il y a deux ans ?

Frédéric Bernhard : Oui mais 2007 semble plus prêt à boire après 2 ans de bouteille que les 2008, plus stricts. (Arrière-saison plus chaude en 2007 qu'en 2008).

Laurence Faller : Je crois au final que 2007 est un millésime fantastique. De beaux arômes, des belles maturités et des acidités bien marquées produisant des charpentes racées et bien équilibrées. Rendement moyen du millésime au Weinbach : 36 hl/ha.

Florian Hartweg : Oui, 2007 a offert la possibilité de produire des vins très mûrs tout un gardant un bel équilibre. Ce millésime est également très grand pour les VT/SGN, grâce à la formidable arrière saison.

Thierry Kientzler : Nous sommes particulièrement heureux du millésime 2007. Il confirme le potentiel entrevu pendant les vendanges. Je le considère comme particulièrement représentatif de ce que l’Alsace peut produire de meilleure en général et en Riesling particulièrement.

Antoine Kreydenweiss : Le millésime 2007 est un très beau millésime, des vins droits, peu de sucres résiduels, concentrés, qui portent les caractéristiques de leur terroir. Wiebelsberg a des notes très complexes d'épices (clous de girofle) et reflète bien la douceur du grès rose, Kastelberg est très sphérique, d'une grande puissance aromatique, propre au terroir de schiste, droit comme un I et long très long en bouche.

Sébastien Mann : Effectivement nous confirmons que les millésimes 2007 et 2008 sont des millésimes de grande garde. Il y a bien sûr l'effet millésime qui a beaucoup joué, avec de très belles arrières saisons, mais il ne faut pas oublier que les rendements pratiqués, ainsi que tous les travaux culturaux en amont sont des éléments très importants pour garder de belles acidités et exprimer pleinement le terroir. Tous ces éléments vont alors rentrer en compte pour obtenir un vin de millésime de grande garde.
Pour le Domaine la distinction de ces deux millésimes va plutôt se ressentir par le biais de l’élevage sur lie fine qui a été plus long sur les vins 2008 car les mois de juin et juillet était plus frais et donc les vins ont pu rester plus longtemps en cuve avant la mise en bouteille. Le millésime 2008 montre alors plus de gras.

Félix Meyer : Je pense que 2007 sera un millésime de longue garde en riesling, les vins étaient fermés (voir légèrement réduits) pendant l'élevage et après la mise, ils commencent tout juste à s'ouvrir. Ils ne sont jamais passés par un stade fruit comme par exemple les 2004. Ainsi je pense que les 2007 exprimeront un caractère minéral assez fort d'ici quelques années (trois à quatre ans), peut être plus fort que les 2008 qui sont plus vif, cristallin, pur et qui resteront d'un caractère jeune très longtemps.

André Ostertag : Pour moi 2007 est définitivement un grand millésime car son cycle de maturité est tout simplement exceptionnel. En effet la fleur a battu tous les records de précocité (28 Mai), l'été frais et humide a ralenti jusque ce qu'il faut le cycle pour ne pas répéter le cauchemar de 2003 et l'automne a été un long été indien permettant une maturité lente et parfaite sans pluie ni pourriture. Ce cycle de 120 jours au lieu des 100 habituels a permis une patine exceptionnelle des maturités doublée d'une pureté rare.

Etienne Sipp : Oui je confirme les espoirs mis dans ce millésime. J’ajoute que en 2007 il y a eu peu de stress pour la vigne et cela se ressent sur l’expression assez « délurée » et « bien dans ses baskets » des vins.

Vincent Stoeffler : Concernant cette question, je pense que 2007 est un millésime comparable à 2001, c'est à dire de la belle pourriture noble sur la plupart des cépages, une grande maturité en général, donc des vins riches, bien équilibrés, mais plus tendres que les 2008. Ces derniers n'ont eu que peu de botrytis, des acidités plus fermes, un peu plus austères dans leur jeunesse, mais qui promettent beaucoup. En conclusion, 2 grands millésimes, mais tout de même différents, les 2007 plus adapté au "grand public" les 2008 pour ceux qui aime le côté plus tranchant et plus frais.

Avez-vous retrouvé les caractéristiques habituelles des rieslings (effet terroir) ou y-a-t’il un effet millésime plus marqué où la présence de sucres résiduels peut interférer ?

Frédéric Bernhard : La rondeur plus importante sur les 2007 semble due à une présence de pourriture noble plus importante (10-15 %).

Jean Boxler : 2007 et 2008 sont deux très beaux millésimes en particulier pour la définition des vins, je pense que pour les vins secs et avec sucre résiduel la lecture des terroirs est assez évidente.

Florian Hartweg : Je pense que ce vin représente bien son terroir, même si il est clair que ce vin est plus riche et concentré que les millésimes voisins. Au stade actuel, les sucres vont certainement interférer dans votre dégustation, mais la forte salinité, l’acidité et les beaux arômes me font penser que d’ici un an, on ne les ressentira plus.

Sébastien Mann : Les sucres résiduels restent très faibles pour ces deux millésimes sur nos rieslings, car l’image que nous souhaitons faire passer est sa caractéristique gastronomique.

André Ostertag : Les effets terroirs ont été plutôt renforcés car la vigne n'a pas eu un cycle perturbé et les raisins indemnes de pourriture ont gardé leur éclat naturel sans voile de botrytis.
Mes riesling 2007 n'ont pas eu trop de problème pour fermenter leurs sucres, c'est sans doute lié à l'absence de pourriture qui a moins bloqué les fermentations donc dans mon cas je ne trouve pas que la sucrosité est un problème. Par contre les pinots gris ont gardé plus de sucre que d'habitude car ils avaient des degrés naturels plus hauts.

Jean-Pierre Rietsch : Les vins de  2007 se caractérisent par leur très grande richesse en sucres. L’effet millésime est indéniable et je considère que nous  avons atteint  là des limites de maturités maximales, pour parvenir malgré tout à des équilibres de grands vins blancs « secs ».

Etienne Sipp : Les sucres sont entrain d’être digérés à grande vitesse par le Kirchberg. Bientôt on ne les notera quasiment plus. Oui l’effet terroir est bien marqué sur ce millésime. Ces vins se présentent en effet avec les caractéristiques respectives des terroirs.

Vincent Stoeffler : Les sucres résiduels sont un problème si on les retrouve sur des petits vins qui manquent de structure. Pour les grands vins, il n'y a pas de problème, éventuellement il faut attendre quelques années pour que les sucres s'intègrent mieux dans le vin. Ce sucre n'interfère pas sur l'effet terroir, d'autant plus que généralement on reste en dessous de 10 à 12g.  Je dirai plutôt que quelques grammes rajoutent de la complexité au vin.
Le plus souvent chez les bons producteurs, ces sucres ne sont pas toujours voulus, mais les Riesling en particulier sont des vins qui fermentent très difficilement dès que l'on dépasse les 13° naturels, ce qui est pratiquement toujours le cas.

4. La dégustation

L’équipe de dégustation est très semblable à celle constituée pour son équivalent pour les rieslings 2006, soit Luc Javaux, Marc de Wolf, Frank Van Den Bulcke, Alfonso, Hédoniste, DidierD, Peterka, Laurent Labouré, Jacques Gorissen, Jef Heering et Patrick Böttcher. Les vins ont été débouchés en début d’après-midi et conservés au frais après avoir été vérifiés. Ils sont servis à l’aveugle par paire ou triade, selon leur apparentement au terroir, si possible, tout en tenant compte des acidités et surtout des sucres résiduels à la mise.

Avant les commentaires proprement dits, une petite carte d’identité des vins est donnée. De nombreux vignerons ont contribué à établir cette liste de données. Celle-ci devrait s’avérer utile tant pour les dégustateurs que pour les lecteurs qui tentent de se retrouver dans les commentaires. Le prix émane de nos données propres, aucun vin n’ayant été fourni par les domaines comme échantillon.

Voir le tableau des points

En détails...

4.1 : Bas-Rhin

1. Grand Cru Kastelberg (Bas-Rhin) - Dom. Marc Kreydenweiss - Antoine Kreydenweiss

Terroir : Schistes stratifiés de Steige (240-315 mètres - village apparenté : Andlau)
Agriculture : Biodynamie

Données analytiques : Alcool acquis : 13% ; SR : 3,1 g/l ; Rendement 30 hl/ha
Evolution probable : garde de 10 à 20 ans
Prix d’achat : 37,5 euros (domaine)

La robe est dorée avec une intensité soutenue. Le nez s’ouvre très vite, d’abord sur des notes florales, puis se complexifie pour évoluer sur des fruits blancs et de la pomme. Une fine pointe d’alcool est perceptible. La bouche est droite, menée d’emblée par une acidité caracolante puis le tout se centre sur de la pierre. Ce côté minéral persiste en finale, longuement. Globalement, le vin actuellement paraît extrêmement austère, donc difficile à comprendre pour tous mais la matière est là, indéniablement. A revoir dans 5 ans.

Note personnelle : 15/20
Note moyenne du groupe : 13,4 +- 1,4/20 – rang : 30e

2. Grand Cru Wiebelsberg (Bas-Rhin) - Dom. Marc Kreydenweiss - Antoine Kreydenweiss

Terroir : Grès rose et sable en profondeur (227-320 mètres - village apparenté : Andlau)
Agriculture : Biodynamie

Données analytiques : Alcool acquis : 13.5% ; SR : 6,2 g/l ; Rendement 40 hl/ha
Evolution probable : garde de 10 à 15 ans
Autres remarques :
élevage de 15 mois en foudre
Prix d’achat : 37,5 euros (domaine)

La robe est jaune-vert avec des reflets dorés. Le nez est puissant d’emblée complètement sur des notes pierreuses (pierre à fusil) et grillées. On retrouve aussi plus de fruit (citrus) qui donne plus d’opulence à ce vin par rapport au Kastelberg. La bouche rappelle le nez avec, en plus des notes miellées qui apportent une rondeur agréable à la structure toujours sur la droiture où l’acidité règne en maître. La finale est cohérente avec le milieu de bouche, d’une belle longueur avec une buvabilité plus importante que pour le premier vin, ce qui plaît plus au groupe.

Note personnelle : 16/20
Note moyenne du groupe : 14,6 +- 1,3/20 – rang : 23e

3. Grand Cru Frankstein (Bas-Rhin) - Dom. Beck-Hartweg - Florian Hartweg

Terroir : granite rose à deux micas déchiqueté (200-340 mètres - village apparenté : Dambach)
Agriculture : Bio (Tyflo) en conversion en biodynamie

Données analytiques : Alcool acquis : 12.8% ; SR : 9 g/l ; Rendement 45 hl/ha
Evolution probable : trouvera son équilibre dans 1 an environ, optimum dans une dizaine d’années.
Autres remarques : Vendangé le vendredi 5/10 par temps nuageux ; Excellent état sanitaire.
Prix d’achat : 10 euros (domaine)

La robe est jaune-vert sans défauts et le nez est très fermé. Après une assez longue aération, fruits exotiques et  arômes pierreux apparaissent. La bouche est moins marquée par l’acidité, en fait, elle paraît plus grasse, plus sur le fruit avec une légère impression de sucres résiduels. La longueur est appréciable mais globalement chaque élément du vin paraît encore trop peu intégré, cela par rapport aux deux premiers vins. Effet de séquence ou perception objective… A revoir évidemment…

Note personnelle : 14,5/20
Note moyenne du groupe : 14,2 +- 0,8/20 – rang : 25e

4. Grand Cru Zotzenberg (Bas-Rhin) - Dom. Jean-Pierre Rietsch - Jean-Pierre Rietsch

Terroir : marno-calcaro-gréseux (225-310 mètres - village apparenté : Mittelbergheim)
Agriculture : Bio
Données analytiques : Alcool acquis : 14,3% ; SR : 9,2 g/l ; acidité 6,5 g/l en acide tartrique ; rendement : 60 hl/ha
Evolution probable : garde potentielle : 10 ans et plus
Prix d’achat : 12 euros (domaine)

La robe est jaune-vert assez soutenu. Le nez d’abord fermé s’ouvre ensuite sur des fruits blancs et des notes florales assez complexes surajoutées d’une pointe de balsamique. La bouche est structurée sur deux axes, acidité et rondeur, cette dernière étant caractérisée par un fruit très frais. Cela est particulièrement perceptible sur la finale que j’apprécie beaucoup. A l’inverse du Frankstein qui me paraissait plus dissocié, ce Zotzenberg me paraît bien plus uni.

Note personnelle : 15/20
Note moyenne du groupe : 14,8 +- 1,6/20 – rang : 22e

5. Grand Cru Muenchberg (Bas-Rhin) - Dom. Ostertag - André Ostertag

Terroir : Sédiments volcaniques et grès en décomposition (235-314 mètres - village apparenté : Nothalten)
Agriculture : Biodynamie

Données analytiques : Alcool acquis : 13.2% ; SR : 8g/l ; Rendement 47 hl/ha ; acidité : 7,3g/l en ac. tartrique.
Evolution probable : à boire de 2012 à 2020… et plus
Prix d’achat : 28 euros (domaine)

La robe est jaune-vert clair sans défauts. Le nez est bien ouvert, splendide de complexité où s’entremêlent floral, fruité (assez citrique) et minéralité, le genre de truc où on prendrait bien un fauteuil, rien que pour humer et rehumer à l’infini. La bouche est aussi d’une grande complexité, tout en harmonie entre la fraicheur et le fruit. La finale est d’une énorme longueur, très marquée par le fruit. Oui, j’ose dire que ce vin est l’archétype de ce que j’apprécie tant en Bas-Rhin où la finesse rencontre si bien la complexité. À noter que mes petits camarades à commencer par mon influent voisin de droite ne sont pas de mon avis, ils s’expliqueront bien par la suite, moi, je persiste et je signe.

Note personnelle : 18/20
Note moyenne du groupe : 15,3 +- 1,2/20 – rang : 15e

6. Grand Cru Kirchberg de Barr (Bas-Rhin) - Dom. Stoeffler - Vincent Stoeffler

Terroir : Marno-calcaire du Muschelkalk (calcaire à oolitique et coquillé), riche en cailloutis (217-347 mètres - village apparenté : Barr)
Agriculture : Biodynamie
Données analytiques : Alcool acquis : 13.8% ; SR : 12g/l ; Rendement 45Hl/Ha ; acidité: 6.4g en acide tartrique.
Evolution probable : à boire dès maintenant jusque 2020/2025
Autres remarques :
forte pente exposée Sud-Sud Est
Prix d’achat : 15,5 euros (domaine)

La  robe est jaune-vert clair brillant. Au nez, on retrouve beaucoup de puissance avec des notes de menthol, puis balsamiques et enfin des fruits jaunes.
L’attaque est très vive, à la limite du perlant, mais on retrouve très vite un bel équilibre sur une très grosse structure où la minéralité et les épices dominent. La longueur est au diapason, et malgré son résiduel analytique important, le vin paraît complètement sec. Si je n’étais pas encore complètement sur le charme du Muenchberg, j’aurais à mon avis été plus généreux avec ce vin qui est vraiment excellent.

Note personnelle : 16/20
Note moyenne du groupe : 15,9 +- 0,8/20 – rang : 12e

Petite remarque à ce stade :

On parle toujours de l’objectivité et de la subjectivité de ce type de dégustation. Il est un fait que tout cela reste terriblement « humain ». Une application de cela lors de cette dégustation est le fait que le niveau de cotation (pas vraiment le mien) a démarré assez bas, comme si les vins suivants ne pouvaient être que meilleurs alors qu’on avait bien spécifié que les 6 premiers vins représentaient le Bas-Rhin. Les premiers contacts papillaires avec l’acidité du millésime expliquent aussi cette tiédeur, particulièrement, pour moi, avec le Kastelberg, totalement sous-estimé personnellement probablement à cause du premier contact avec cette lame de fraicheur combinée à un style très droit.

4.2 Haut-Rhin

7. Grand Cru Pfersigberg (Haut-Rhin) - Dom. J.L. & F. Mann - Jean-Louis et Fabienne Mann

Terroir : Marno-gréseux avec un socle calcaire (222-348 mètres - villages apparentés : Eguisheim et Wettolsheim)
Agriculture : Bio

Données analytiques : Alcool acquis : 13.5% ; SR : 6 g/l ; Rendement 36 hl/ha ; pH : 3.09
Evolution probable : garde de 10 à 15 ans
Prix d’achat : 15,5 euros (domaine)

Le vin propose une robe jaune-vert très clair. Le nez est très net, droit, marqué par les aromes citriques (citron, pamplemousse) à la limite de l’impression de volatile. En bouche, on a actuellement un monolithe de fraicheur minérale avec le rappel des aromes citriques assez fulgurant… trop peut-être… On a une impression de jeunesse dissociée qui prime, et si la minéralité n’était pas présente, on aurait tendance à dire « variétal ». A revoir, évidemment, parce que cela reste concentré, pur et sans défauts.

Note personnelle : 14/20
Note moyenne du groupe : 13,6 +- 0,6/20 – rang : 29e

8. Grand Cru Pfersigberg (Haut-Rhin) - Dom. Paul Ginglinger - Michel Ginglinger

Terroir : Marno-gréseux avec un socle calcaire (222-348 mètres - villages apparentés : Eguisheim et Wettolsheim)
Agriculture : Raisonnée

Données analytiques :
Alcool acquis : 13% ; SR : 6g/l ; pH : 3,05 (8,3 g/l en ac.tartrique) ; rendement : 50 hl/ha
Evolution probable :
Optimum de dégustation: 2012-2020
Prix d’achat : 12,5 euros (domaine)

On retrouve la robe du premier Pfersigberg mais le nez diffère d’emblée. D’abord fermé, il s’ouvre ensuite sur une aromatique plus complexe qui rappelle l’orange en fruit et en écorce ainsi que le miel. La bouche est droite marquée par un équilibre plus qu’intéressant entre l’acidité tranchante et l’opulence du fruit, tout en restant sec, surtout sur la très belle finale, explosion de fraicheur.

Note personnelle : 16/20
Note moyenne du groupe : 14,3 +- 0,8/20 – rang : 24e

9. Grand Cru Eichberg (Haut-Rhin) - Dom. Emile Beyer - Christian Beyer

Terroir : Argiles gréseux (220-350 mètres - village apparenté : Eguisheim)
Agriculture : Raisonnée

Données analytiques :
A
lcool acquis : 13%, SR : 14 g/l, rendement : 41 hl/ha
Evolution probable : garde jusqu’en 2020
Prix d’achat : 13,5 euros (domaine)

Autre vin, autre mœurs…. Sur la série d’Eguisheim, cet Eichberg se démarque nettement. La robe paraît d’emblée plus dorée, et le nez confirme qu’on est sur une expression plus évoluée, très aromatique où on retrouve à nouveau de l’orange mais nettement plus confite, ici, associée à plus de minéralité que le vin précédent. La bouche confirme la richesse avec un moelleux plus lisible, même s’il est considérablement rafraichi par l’acidité, saillante. La longueur est aussi marquée par le côté plus rond du fruit. Et comme il fallait un peu s’y attendre ce vin plaît énormément au groupe : certes équilibre et matière lui accordent pleinement ce jugement mais il me paraît indéniable, à ce stade, que le résiduel, plus important, même s’il n’est pas tactile, aide énormément à la sensation d’harmonie du vin (phénomène déjà rencontré avec le 6e vin). Un très bel Eichberg, tout de même, loin de certains vins pâteux qui caractérisent souvent l’appellation.

Note personnelle : 15,5/20
Note moyenne du groupe : 16 +- 0,8/20 – rang : 10e

10. Grand Cru Schlossberg (Haut-Rhin) - Dom. Weinbach - Colette, Laurence et Catherine Faller

Terroir : Granite en décomposition, granite de Thannenkirch et migmatite de Kaysersberg (235-430 mètres - villages apparentés : Kientzheim et Kaysersberg)
Agriculture : Biodynamie

Données analytiques :
Alcool acquis : 13,5% ; SR : 4,5g/l ; pH : 3,08 (8,3 g/l en ac.tartrique) ; rendement : 31 hl/ha
Evolution probable :
Optimum de dégustation: 2010-2020
Prix d’achat : 24,5 euros (domaine)

La robe est jaune-vert assez clair. Le nez est à la fois puissant et complexe, sur les agrumes citriques, le floral (thé) et des notes lactées. On retrouve en bouche la structure sur la fraicheur tendue et la densité de matière propre au millésime avec beaucoup de race et de finesse, principalement sur la finale qui apporte aussi pas mal de fruit. Un vin qui peut paraître un peu austère à certains, mais qui pour moi représente un témoin idéal du millésime, un Schlossberg d’entrée qui mérite toute notre attention.

Note personnelle : 16/20
Note moyenne du groupe : 15,3 +- 1,1/20 – rang : 15e

11. Grand Cru Schlossberg (Haut-Rhin) - Dom. Jean-Marc Bernhard - Frédéric Bernhard

Terroir : Granite en décomposition, granite de Thannenkirch et migmatite de Kaysersberg (235-430 mètres - villages apparentés : Kientzheim et Kaysersberg)
Agriculture : Raisonnée, en conversion bio

Données analytiques :
Alcool acquis : 13.2% ; SR : 5g/l ; pH : 3,2 (5,6 g/l en ac.sulfurique) ; rendement : 50 hl/ha
Evolution probable :
Optimum de dégustation de 2 à 5 ans
Prix d’achat : 12 euros (domaine)

La robe est nettement plus dorée que pour le premier Schlossberg. Le nez paraît aussi plus évolué. Très puissant avec des notes lactées, il propose beaucoup de fruit au point de manquer légèrement de complexité.
Bien que la bouche reste emmenée par la droiture de l’acidité propre au millésime, on retrouve beaucoup plus de rondeur en bouche avec une impression légère de sucres trainant, plus par dissociation que par excès, ce qui nuit un peu à l’équilibre. La finale confirme cette impression. Vu que ce vin a été goûté récemment bien mieux lors d’une dégustation liée au domaine uniquement, je ne rejette pas un effet de séquence avec le premier Schlossberg du domaine Weinbach. A revoir.

Note personnelle : 14/20
Note moyenne du groupe : 13 +- 1,2/20 – rang : 31e

12. Grand Cru Schlossberg  Ste Catherine (Haut-Rhin) - Dom. Weinbach - Colette, Laurence et Catherine Faller

Terroir : Granite en décomposition, granite de Thannenkirch et migmatite de Kaysersberg (235-430 mètres - villages apparentés : Kientzheim et Kaysersberg)
Agriculture : Biodynamie

Données analytiques :
Alcool acquis : 14% ; SR : 5g/l ; pH : 3,24 (7,8 g/l en ac.tartrique) ; rendement : 28 hl/ha
Evolution probable :
Optimum de dégustation: 2015-2030
Prix d’achat : 39 euros (domaine)

La première bouteille ayant évolué, depuis son ouverture, vers un manque de netteté, on décide d’en ouvrir une seconde servie à température de cave, donc, soit +- 12 degrés, confiant au vu du vin dégusté au domaine, que cette bouteille méritait d’être jugée dans la meilleure des conditions.

La robe est jaune-vert aux reflets dorés. Le nez est intense, complexe à la fois avec beaucoup de fruits blancs (pèche), d’agrumes (écorce d’orange, fruits citriques), de la minéralité et des notes florales venant parachever cette riche mais fine palette.
La bouche est très expressive structurée sans être massive, vibrante de fraicheur mais déjà avec une richesse aromatique indéniable. La longueur est énorme. Quand structure, finesse et fraicheur se rencontrent, cela donne ce vin fantastique, un des plus beaux Schlossberg qui m’ait été donné de rencontrer, un des plus secs, aussi. Chapeau bas, Mesdames.

Note personnelle : 18,5/20
Note moyenne du groupe : 16,9 +- 0,8/20 – rang : 3e

13. Grand Cru Wineck-Schlossberg (Haut-Rhin) - Dom. Jean-Marc Bernhard - Frédéric Bernhard

Terroir : Granite à deux micas légèrement rose (270-420 mètres - villages apparentés : Katzenthal et Ammerschwihr)
Agriculture : Raisonnée en conversion bio

Données analytiques :
Alcool acquis : 13.6% ; SR : 7g/l ; pH : 3,15 ; rendement : 50 hl/ha
Evolution probable :
Optimum de dégustation de 3 à 7 ans
Prix d’achat : 10 euros (domaine)

La robe est jaune-vert clair. Le nez explose d’intensité avec des notes d'agrumes et de menthe dominantes, un côté pierreux ensuite, le tout d’une grande netteté.
En bouche, on est face à une des plus grosses droitures de la soirée tant l’acidité tartrique emmène le vin sans toutefois le déséquilibrer, le fruit citrique parvenant avec la minéralité à tirer leur épingle du jeu, avec une très belle expression saline sur la finale d’une grande longueur. Les Wineck de Frédéric Bernhard persistent à me fasciner, indéniablement.

Note personnelle : 17/20
Note moyenne du groupe : 15 +- 0,8/20 – rang : 18e

14. Grand Cru Wineck-Schlossberg (Haut-Rhin) - Dom. Meyer-Fonné - Félix Meyer

Terroir : Granite à deux micas légèrement rose (270-420 mètres - villages apparentés : Katzenthal et Ammerschwihr)
Agriculture : Raisonnée

Données analytiques :
Alcool acquis : 13.1% ; SR : 7g/l ; rendement : 47 hl/ha
Evolution probable :
Optimum de dégustation de 5 à 10 ans
Autres remarques :
Prix d’achat : 13,9 euros (domaine)

La robe est jaune-vert avec des reflets dorés. Le nez est très expressif plus sur le fruit blanc que sur le minéral. Une certaine douceur est perceptible aussi.
La bouche est d’abord marquée par l’acidité, un peu perlante puis passe à un équilibre plaisant entre fraicheur, rondeur et fruit mais la finale est plus marquée par la rondeur des sucres résiduels. Il sera nécessaire, je pense de revoir l’oiseau dans 5 ans, quand les sucres seront plus intégrés. Un des vins les moins « prêtes » de la soirée, mais sans défauts, j’insiste

Note personnelle : 14/20
Note moyenne du groupe : 14,2 +- 1/20 – rang : 25e

15. Grand Cru Osterberg (Haut-Rhin) - Dom. Kientzler - André Kientzler

Terroir : Marno-calcaro-gréseux (240-345 mètres - village apparenté : Ribeauvillé)
Agriculture : Raisonnée

Données analytiques :
Alcool acquis : 14.2% ; SR : <2g/l ; pH 3.07; rendement : +- 45hl/ha
Evolution probable :
Optimum de degustation 2012 à 2022
Autres remarques : pente douce
Prix d’achat : 17 euros (domaine)

Une erreur est détectée dira-t-on avec réserve. Est-ce du bouchon à 100%, je ne puis l’affirmer, toujours est-il que ce vin n’est pas net, c’est le moins qu’on puisse affirmer. Et cela devient particulièrement inquiétant quand les 4 derniers vins goûtés du domaine en Belgique (1 réserve particulière, un Osterberg et deux Geisberg) affichaient les mêmes défauts, défauts aussi rencontrés à Colmar lors de la dégustation organisée en septembre par Thierry Meyer. Je n’ai aucune envie de tirer ici sur l’ambulance, mais une communication claire du domaine serait appréciable. Ce dernier en a-t-il l’habitude ? Toujours est-il que en fonction des précédents, je n’ai pas cherché à ouvrir une seconde bouteille, à l’inverse de ce qui à été fait pour le Schlossberg du domaine Weinbach.

Note personnelle : ED
Note moyenne du groupe : ED

16. Grand Cru Osterberg (Haut-Rhin) - Dom. Louis Sipp - Etienne Sipp

Terroir : Marno-calcaro-gréseux (240-345 mètres - village apparenté : Ribeauvillé)
Agriculture : Bio

Données analytiques :
Alcool acquis : 13,2% ; SR : 4,2 g/l ; acidité : 4,8 g/l en ac.sulfurique
Evolution probable :
Optimum de dégustation: 2010-2015
Autres remarques : Pente douce
Prix d’achat : 14,4 euros (domaine)

La robe est jaune-doré clair. Le nez est très intense, sensiblement sur le fruit (agrumes citriques) avec une légère perception de notes florales. La bouche est très équilibrée avec une acidité intégrée, moins tranchante qu’il y a quelques mois, ce qui fait ressortir très fort le fruit, lui conférant un côté gourmand sans que l’on soit perturbé par des sucres, le vin se goûtant très sec. La finale est longue, équilibrée, tout en plaisir. Un des vins les plus « buvables » pour ne pas dire « torchables » de la soirée.

Note personnelle : 16/20
Note moyenne du groupe : 14,8 +- 1,6/20 – rang : 20e

17. Grand Cru Kirchberg de Ribeauvillé (Haut-Rhin) - Dom. Louis Sipp - Etienne Sipp

Terroir : en aval, marnes dolomitiques triasiques et de dolomies du Muschelkalk inférieur, en amont, marnes bariolées gréseuses et gypsifères du muschelkalk moyen (250-360 mètres – village apparenté : Ribeauvillé)
Agriculture : Bio

Données analytiques :
Alcool acquis : 13% ; SR : 13,4 g/l ; acidité : 4,7 g/l en ac.sulfurique ; rendement : <50 hl/ha
Evolution probable :
Optimum de dégustation: 2012-2020
Prix d’achat : 16,75 euros (domaine)

La robe est jaune claire avec des reflets verts. Le nez est plus discret que pour l’Osterberg, du moins dans un premier temps, puis s’ouvre sur les fruits jaunes avant de partir nettement sur le minéral. En bouche, l’acidité est présente, mais bien intégrée, à nouveau, mais ici, la dominante est plus pierreuse, avec un côté « jus » évident, le tout sur un équilibre désormais splendide car la petite pointe de résiduel détectée, il y a encore 6 mois, est en train de s’intégrer totalement offrant une perspective beaucoup plus de terroir à ce vin qui n’est pas sans rappeler 2004 avec plus de structure et de race. La longueur est au diapason de cette petite merveille ciselée sur les pentes de Ribeauvillé. Un tout grand vin à se procurer d’urgence, s’il en reste !

Note personnelle : 18/20
Note moyenne du groupe : 16,3 +- 0,7/20 – rang : 6e

18. Grand Cru Sommerberg (Haut-Rhin) - Dom. Albert Boxler - Jean Boxler

Terroir : granite à deux micas (270-407 mètres - village apparenté : Niedermorschwihr)
Agriculture : Raisonnée

Données analytiques :
Alcool acquis : 13.2% ; SR : 6g/l ; pH 3.00) ; rendement : +- 35 hl/ha
Evolution probable :
Dégustation entre 5 et 15 ans.
Autres remarques : pente abrupte (45°)
Prix d’achat : 18 euros (domaine)

La  robe est jaune-vert très clair. Le nez est d’abord assez fermé assez austère, puis on part sur une intense essence de roche avec un rappel de citrus et de floral. Le Sommerberg et la rigueur de ces pentes et de sa roche. En bouche, l’acidité est tranchante comme un sabre avec une pointe de sensation de perlant. Elle domine le vin, sans le déséquilibrer vraiment parce qu’elle porte littéralement les aromes citriques et minéraux, tant en milieu de bouche qu’en finale, kilométrique. Le côté strict de l’acidité ne permet tout de même pas de classer ce vin actuellement dans la catégorie prêt à boire, surtout que le côté sec assomme un peu une partie du groupe. Déjà très grand, mais à attendre, longtemps, probablement.

Note personnelle : 16/20
Note moyenne du groupe : 14,8 +- 1,1/20 – rang : 20e

19. Grand Cru Sommerberg E (Haut-Rhin) - Dom. Albert Boxler - Jean Boxler

Terroir : granite à deux micas (270-407 mètres - village apparenté : Niedermorschwihr)
Agriculture : Raisonnée

Données analytiques :
Alcool acquis : 13.2% ; SR : 10g/l ; pH 3.03 (8,29 acide tartrique) ; rendement : +- 30 hl/ha
Evolution probable :
Dégustation entre 5 et 15 ans.
Autres remarques : pente abrupte (45°) ; E est le symbole de la parcelle « Ekberg »
Prix d’achat : 18 euros (domaine)

Le commentaire sera ici assez simple. On prend le vin précédent et on y ajoute un poil de rondeur et de fruit tant au nez qu’en bouche. Allié à la puissance de l’acidité et à l’énorme minéralité, cela donne un vin impressionnant, une cathédrale gothique, droite, élancée pour les vins de granite du Sommerberg. Un chef-d’œuvre à attendre 10 ans pour atteindre l’ineffable jouissance !

Note personnelle : 17/20
Note moyenne du groupe : 16,2 +- 1/20 – rang : 7e

20. Alsace Turckheim (Haut-Rhin) - Dom. Zind-Humbrecht - Olivier Humbrecht

Terroir : granite, marnes (village apparenté : Turckheim)
Agriculture : Biodynamie

Données analytiques :
Alcool acquis : 13.2% ; SR : 3.5 g/l ; Rendement: 58 hl/ha
Evolution probable :
Optimum de dégustation: 2012-2022
Autres remarques :
Age moyen des vignes: 24 ans ; Surface: 0.7 ha ; Indice ZH : 1
Prix d’achat : 18 euros (Primeurs caviste (Belgique))

La robe est jaune-doré assez évolué. Malgré son taux de résiduels natifs très faibles, le nez présente beaucoup plus de rondeur, effet probable de séquence avec les Sommerberg. Je reste toutefois perplexe sur la netteté de ce vin qui a déjà tendance à virer sur des côtés cireux. La bouche confirme le nez. Si l’acidité est sans défauts, que le vin propose un équilibre indéniable, il y a comme un côté flou qui dérange, surtout en finale. La déception de la soirée ou finalement un vin qui tient son rang vis-à-vis du noble aréopage qui l’entoure ? Allez savoir…

Note personnelle : 12/20
Note moyenne du groupe : 14,2 +- 1,5/20 – rang : 25e

21. Alsace Clos Windsbuhl (Haut-Rhin) - Dom. Zind-Humbrecht - Olivier Humbrecht

Terroir : Calcaire Muschelkalk (300-350 mètres - village apparenté : Hunawihr)
Agriculture : Biodynamie

Données analytiques :
Alcool acquis : 13.1%; SR : 1.4 g/l ; Rendement : 49hl/ha
Evolution probable :
Optimum de dégustation: 2015-2025
Autres remarques :
Surface : 0,9 ha ; exposé sud, sud-est. Indice ZH : 1 ; Age moyen des vignes : 33 ans, assez tardif
Prix d’achat : 38 euros (Primeurs caviste (Belgique))

La robe est vert-jaune très claire, presque cristalline comme de l’eau de source. Le nez est assez austère pour ne pas dire fermé et lentement l’aération l’anoblit pour aller chercher une puissance minérale inouïe, marque d’une très grande complexité.
La bouche est d’abord tranchante vibrant sur l’acidité, puis elle évolue sur un vin ou le côté minéral du terroir explose déjà, avec encore pas mal de retenue. La finale est tout simplement gigantesque de longueur. On est là sur un empereur du vin sec, une merveille de droiture et de précision, bref, vous m’avez compris, un vin que je recherche intensément ! Sublime !

Note personnelle : 19/20
Note moyenne du groupe : 16,1 +- 1,5/20 – rang : 8e

22. Alsace Clos Haüserer (Haut-Rhin) - Dom. Zind-Humbrecht - Olivier Humbrecht

Terroir : Marnes calcaires de l’oligocène au pied du Hengst (village apparenté : Wintzenheim)
Agriculture : Biodynamie

Données analytiques : Alcool
acquis : 12.5%; SR : 7 g/l ; Rendement : 67 hl/ha
Evolution probable :
Optimum de dégustation: 2012-2019+
Autres remarques :
Surface : 1,2 ha ; Exposé est, très faible pente ; Indice ZH : 1.
Prix d’achat : 23,6 euros (Primeurs caviste (Belgique))

La robe est ici un peu plus dorée. Le nez offre plus de puissance que le Windsbuhl avec un axe énorme sur la pierre à fusil. Un nez de pierre auquel répond un jus de pierre en bouche, vibrant par l’acidité mais non sans proposer un côté plus tendre, le résiduel venant jouer du moderato cantabile dans cet extrait de carrière calcaire. Si je lui trouve un peu moins de noblesse et de caractère que le Windsbuhl, force est d’admettre que c’est au bénéfice actuel d’un plus grand côté plaisant, surtout en finale.

Note personnelle : 17/20
Note moyenne du groupe : 15,6 +- 1/20 – rang : 14e

23. Grand Cru Hengst (Haut-Rhin) - Dom. Josmeyer - Christophe Ehrhart

Terroir : Marno-calcaire (235-380 mètres - village apparenté : Wintzenheim)
Agriculture : Biodynamie

Données analytiques :
Alcool acquis : 13.1% ; SR : 7g/l ; rendement : 55 hl/ha
Evolution probable :
optimum de dégustation vers 2015
Prix d’achat : 30 euros (caviste (Belgique))

Le vin est jaune-clair presque paille. Au nez, on constate d’abord une phase de fermeture avant que lentement le floral et le minéral ne jouent des épaules. On est loin d’une recherche de puissance, ici, plutôt de finesse. La bouche oscille en permanence entre densité, caractère et finesse. Si l’acidité est bien présente, on a aussi du gras et une salinité bien marquée, bref, un très bel équilibre de forces en présence, le tout sur un caractère tout en dentelle. La finale est bien longue, toujours sur la finesse et la pureté.

Note personnelle : 16,5/20
Note moyenne du groupe : 15,3 +- 0,9/20 – rang : 15e

24. Grand Cru Schoenenbourg (Haut-Rhin) - Domaine Agapé - Vincent Sipp

Terroir : Argile et marnes de Keuper avec incrustations calcaires (270-375 mètres - villages apparentés : Riquewihr et Zellenberg)
Agriculture : Raisonnée

Données analytiques :
Alcool acquis : 13.4% ; SR : 5g/l ; acidité : 7,5g/l en ac. tartrique ; rendement : 55 hl/ha
Evolution probable :
optimum de consommation entre 3 et 7 ans
Autres remarques :
vendangé vers le 10 octobre en légère surmaturité.
Prix d’achat : 14,8 euros (domaine)

La robe est jaune-vert clair. Le nez est bien ouvert, largement floral avec un peu d’épices et une légère impression de suavité. La bouche est droite mais a un peu de mal à affirmer son équilibre : tantôt minéral, tantôt sur le fruit, même si cela reste élégant, on aurait aimé plus de caractère. La finale est plus plaisante, très fine et plus saline. A revoir pour être plus objectif.

Note personnelle : 14/20
Note moyenne du groupe : 14,9 +- 0,8/20 – rang : 19e

25. Grand Cru Schoenenbourg (Haut-Rhin) - Dom. Stoeffler - Vincent Stoeffler

Terroir : Marnes irisées dolomitiques et gypseuses de Keuper recouvertes de cailloutis siliceux provenant du grès vosgien et de Muschelkalk. (270-375 mètres - villages apparentés : Riquewihr et Zellenberg)
Agriculture : Biodynamie

Données analytiques :
Alcool acquis : 13,5% ; SR : 10.5 g/l ; Rendement: 40 hl/ha ; pH : 3,27
Evolution probable :
Optimum de dégustation: 2015-2040
Autres remarques :
Exposition Sud – Fermentation d’un an en foudres
Prix d’achat : 13 euros (caviste belge)

La robe est assez évoluée allant plus nettement vers le jaune doré. Le nez est à la fois intense et complexe. On y retrouve des agrumes (orange, fleur d’oranger), des fruits blancs (pèche) avec un côté « mûr » très marqué.
La bouche présente, elle aussi beaucoup de maturité avec beaucoup de matière enrobée par une certaine rondeur que l’acidité vient justement rafraichir. Sur la finale, le terroir exprime plus de salinité. Le tout semble étonnamment « prêt », d’une très belle buvabilité mais sans perte de complexité. Un très très beau vin.

Note personnelle : 16/20
Note moyenne du groupe : 16,4 +- 0,7/20 – rang : 5e

26. Grand Cru Brand (Haut-Rhin) - Dom. Josmeyer - Christophe Ehrhart

Terroir : Granite biotite (240-390 mètres - village apparenté : Turckheim)
Agriculture : Biodynamie

Données analytiques :
Alcool acquis : 12,5% ; SR : 10 g/l ; rendement : 48 hl/ha
Evolution probable :
optimum de dégustation vers 2013
Prix d’achat : 30 euros (caviste (Belgique))

La robe est jaune-vert doré, avec un poil d’évolution par rapport au Hengst du même domaine. Le nez est puissant, bien ouvert, complètement sur la pierre et les épices, le tout avec une grande profondeur. On perçoit d’emblée, un plus, quelque chose de transcendant. La bouche est marquée par la concentration. Si l’acidité est là, bien présente, elle ne s’impose pas mais s’imbrique parfaitement dans cette architecture saline et puissante que constitue le milieu de bouche et la  finale d’une longueur prodigieuse. Un vin au potentiel gigantesque, énorme de pureté.

Note personnelle : 18/20
Note moyenne du groupe : 16,8 +- 0,8/20 – rang : 4e

27. Grand Cru Brand K (Haut-Rhin) - Dom. Albert Boxler - Jean Boxler

Terroir : Granite biotite (240-390 mètres - village apparenté : Turckheim)
Agriculture : Raisonnée

Données analytiques :
Alcool acquis : 13.7% ; SR : 5g/l ; acidité : 8g/l en ac. tartrique ; rendement : +- 30 hl/ha
Evolution probable :
Dégustation entre 5 et 15 ans.
Prix d’achat : 18 euros (domaine)

La robe est jaune-or avec des reflets verts. Le nez est une bombe allant de la pierre au fruit tout en imposant des notes fumées. Il n’y a pas de réserve, ici, tout est livré comme tel. Même chose en bouche, où l’acidité cisèle les contours du vin, sculpte sa puissance aromatique où le fruit jaune jubile. La finale est au diapason, un éclair de puissance et de concentration. Un vin monumental en devenir, peut-être un peu moins charmant que son prédécesseur.

Note personnelle : 17/20
Note moyenne du groupe : 16,1 +- 0,6/20 – rang : 8e

28. Grand Cru Brand V/V (Haut-Rhin) - Dom. Zind-Humbrecht - Olivier Humbrecht

Terroir : Granite biotite (240-390 mètres - village apparenté : Turckheim)
Agriculture : Biodynamie

Données analytiques :
Alcool acquis : 13.4%; SR : 18 g/l ; Rendement : 35 hl/ha
Evolution probable :
Optimum dégustation: 2015-2032
Autres remarques :
Age moyen des vignes : 57 ans ; Surface : 0,9 ha, exposé sud, sud-est. Forte pente. Indice ZH 3.
Prix d’achat : 44,5 euros (Primeurs caviste (Belgique))

Nouveau Brand, nouvelle bombe… La robe est très dense, profondément dorée. Le nez est d’une intensité rare pour un vin si jeune tout en faisant preuve de complexité. On retrouve des amandes, de la pèche, des agrumes plus citriques et du floral. Tout cela va de l’un à l’autre comme un ballet de particules agitées par une force thermique. La bouche est tout aussi puissante : acidité intense, salinité et fruits se partagent le royaume, que dire, l’empire, tout en parvenant à faire preuve de délicatesse. On se croirait à la Cour des Médicis au sommet de leur grandeur. Que dire de plus, sinon, que Olivier Humbrecht paraît ici au sommet de son art sur un vin qui clôt le chapitre des Brand qui en a transfiguré plus d’un dans le groupe, à commencer par votre serviteur. Rien que ces trois derniers vins méritaient à eux-seuls une dégustation.

Note personnelle : 18/20
Note moyenne du groupe : 17,5 +- 0,7/20 – rang : 2e

29. Grand Cru Zinnkoepflé (Haut-Rhin) - Dom. Agathe Bursin - Agathe Bursin

Terroir : Calcaro-gréseux (250-428 mètres - villages apparentés : Soultzmatt et Westhalten)
Agriculture : Raisonnée

Données analytiques :
Alcool acquis : 13,9% ; SR : 8,4 g/l ; Rendement: 41,5 hl/ha ; pH : 3,17 (7,48 g/l en ac. tartrique)
Evolution probable :
Optimum de dégustation: 2012 -2017
Autres remarques : pentes rudes au sommet du cru sur un sol presque exclusivement calcaire (Muschelkalk)
Prix d’achat : 14,1 euros (domaine)

Après cette série, j’avoue un peu avoir peur d’un terrible effet de séquence, surtout que l’on s’orient plus au sud, sur des coteaux réputés pour leur solarité au prix quelquefois d’une certaine précision ou fraicheur. La victime sera-t-elle Agathe qui ouvre le bal ?
La robe est bien dorée, elle appelle à une certaine concentration. Le nez ne se laisse pas démonter par les vins précédents avec des notes florales (acacia), d’agrumes assez citriques et de très belles notes fumées qui rappellent le terroir.
La bouche est très concentrée, splendidement équilibrée et d’une grande buvabilité. On retrouve le fruit et la salinité, non sans fraicheur et rondeur, donnant à ce vin un caractère gourmand indéniable, le tout sans lourdeur. La persistance aromatique est infinie sur la finale, ce vin est indéniablement une réussite. Mon seul drame est que de l’avoir fait goûté à toutes les provinces du petit royaume belge, il s’agit là de ma … dernière bouteille ! Agathe, si vous m’entendez…

Note personnelle : 18/20
Note moyenne du groupe : 16 +- 1,1/20 – rang : 10e

30. Grand Cru Zinnkoepflé (Haut-Rhin) - Dom. Seppi Landmann - Seppi Landmann

Terroir : Calcaro-gréseux (250-428 mètres - villages apparentés : Soultzmatt et Westhalten)
Agriculture : Raisonnée

Données analytiques :
Alcool acquis : 12,7% ; SR : 7,6 g/l ; pH : 3,32 (6,24/l en ac. tartrique) ; rendement : 55 hl/ha
Evolution probable : à boire dès maintenant sur le fruit, attendre 10 ans pour la femme mûre
Autres remarques : pentes rudes, très faible pluviosité
Prix d’achat : 9,9 euros (primeurs au domaine)

La robe est jaune vert assez léger. Le nez paraît un peu suave, pas trop précis. Le fruit domine, non sans rappeler des notes salines, fumées et iodées, mais sans grande complexité. La bouche est bien marquée d’entrée par la fraicheur, puis par un beau fruit croquant mais cet équilibre est un peu tempéré par les sucres résiduels qui trainent encore un peu trop, principalement sur la longueur de bouche. Si on retrouve les aromes du Zinnkoepflé ainsi que sa carte d’identité, le vin paraît, à ce stade, un peu grossier, toutefois, bien plus plaisant et intégré que quand je l’ai goûté en avril 2009. Il faut donc lui laisser toutes ses chances… A revoir.

Note personnelle : 14/20
Note moyenne du groupe : 13,8 +- 0,9/20 – rang : 28e

31. Grand Cru Vorbourg Clos St Landelin (Haut-Rhin) - Dom. Muré - René Muré

Terroir : Argilo-calcaire très caillouteux sur une assise calcaro-gréseuse (217-320 mètres - villages apparentés : Rouffach et Westhalten)
Agriculture : Bio

Données analytiques :
Alcool acquis : 13,5% ; SR: 6 g/l ; Acidité : 7,5 g/l en ac. tartrique ; Rendement: 50 hl/ha
Evolution probable : garde de plus de 20 ans
Autres remarques : Le Clos Saint-Landelin est un monopole au sud du Cru
Prix d’achat : 23 euros (domaine)

La robe est dorée, très dense sans manquer d’éclat. Le nez est puissant, marqué par l’exotisme ananas) autant que par les agrumes citriques, non sans faire preuve de minéralité avec de beaux aromes de silex. Alors qu’on est habitué à des vins très solaires sur le Clos, la bouche fait preuve ici de plus de droiture et de fraicheur que sur des millésimes comme 2005 et 2006. On retrouve aussi beaucoup de salinité avec une bouche très pure. La matière, très présente, doit toutefois s’intégrer un peu plus pour tendre vers plus de race. Un monstre en devenir, indéniablement.

Note personnelle : 16/20
Note moyenne du groupe : 15,7 +- 1,1/20 – rang : 13e

32. Grand Cru Rangen de Tahn Clos St Urbain (Haut-Rhin) - Dom. Zind-Humbrecht - Olivier Humbrecht

Terroir : Volcanique (tufs & grauwackes) (340-470 mètres - village apparenté : Thann)
Agriculture : Biodynamie
Données analytiques : Alcool acquis : 13,5% ; SR: 2 g/l ; Rendement: 36 hl/ha
Evolution probable : Optimum de dégustation: 2013-2025
Autres remarques : Age moyen des vignes : 45 ans ; Surface : 2.1 ha ; exposé sud, très forte pente. Indice ZH 1.
Prix d’achat : 46 euros (Primeurs caviste (Belgique))

La robe est jaune vert avec des reflets dorés. Pour comprendre le reste, il faut s’imaginer sur le radeau de la méduse, ballotté par une immense tempête d’arômes. Tout est ici au superlatif, sans jamais, et c’est cela même qui fait le sublime, être à l’excès.
En fait, que ce soit en bouche ou au nez, je reste sans mots, tellement ce vin pulvérise tous ses prédécesseurs sur son passage. Minéralité, fruit, fumé, grillé et acidité gigantesque se disputent le haut du pavé, le tout avec une harmonie incroyable. J’insiste aussi que c’est un des Rangen qui se goûte les plus secs depuis longtemps. Ce vin est dehors et déjà une des dix plus belles choses qu’il ait été donné de goûter, c’est de l’émotion à l’état pur. Merci Monsieur Humbrecht.

Note personnelle : 20/20
Note moyenne du groupe : 18,4 +- 1/20 – rang : 1er

4.3 La parole aux dégustateurs

Plutôt que de demander à chacun un avis global sur cette dégustation, j’ai préféré orienter la discussion sur des thématiques précises, tout en laissant une dernière question défouloir. A vous de juger, à travers la dialectique de chacun, ce qu’il y a lieu de retirer de cette dégustation.

Comment avez-vous trouvé globalement les vins de ce millésime ?

Laurent Labouré : Très structurés mais néanmoins équilibrés car, quand il y avait des sucres résiduels, les vins n'avaient généralement pas un côté "sucraillon". Un très beau millésime, au potentiel de garde certain.

Luc Javaux : Le niveau m'a semblé globalement très élevé, avec des vins portés par une très belle acidité sans que je ressente la moindre immaturité.  Dégustation difficile en l'état, mais que de promesses pour l'avenir !

Pierre Krier (Peterka) : Sur les 32 vins dégustés, seuls 3 ou 4 pourraient être qualifiés de moins intéressants  (subjectif bien sûr mais..)  : C’est déjà un premier signe de la qualité des vins du millésime à mes yeux.
Ce sont des vins qui tiennent bien sur leurs jambes, concentrés, avec une colonne vertébrale imposante sans jamais être rigide (sauf rare exception). Les acidités sont bien couvertes, mûres.
 
Dans bien des cas les SR jouent un rôle déterminants : 8 à 10 gr permettent (j’irais même jusqu’à dire : sont indispensables) aux vins pour donner un volume de bouche et équilibrer les acidités.
Les taux d’alcool plutôt élevés ne se sentent pas.
Sur ces deux points, exemple étonnant avec le Rangen et ses 15° d’alcool pour 22 gr de sucres. Je m’attendais à un vin opulent, j’ai goûté un des vins les plus verticaux et élancés de la série.
Pratiquement aucune touche de surmaturité ou de botrytis, ce qui, à mes yeux, permet d’obtenir des vins secs plus droits et plus élégants.
Ils sont aujourd’hui sur la structure et assez réservés au niveau aromatique mais avec une promesse de belle évolution vu les matières présentes.
En gros, je dirais que l’équilibre acidité, sucres, alcool est optimal.

Marc De Wolf : Ce qui m'a surpris le plus est le niveau ou le plateau de qualité en général. Et surtout le plaisir éprouvé lors de ce marathon, avec beaucoup vins en grand équilibre. Tant pour les vins avec des sucres résiduels que pour les vins secs.

Marc Lotin (hédoniste) : La réputation du millésime est à la hauteur de ce qu'il y a dans les bouteilles.

Didier Dupont (DidierD) : Très haut niveau qualitatif global.

Patrick Böttcher : Globalement, les vins ont présentés une image très positive du millésime structuré autour de l’acidité, colonne vertébrale d’une belle matière. Aucun des vins n’a montré de faiblesse majeure et en plus de la structure, on retiendra aussi la grande précision de la très grande majorité d’entre eux, de même, à aucun moment, il n’a été fait mention d’amertume et très rarement d’alcool, deux gages supplémentaires de qualité.
Pour la recherche pure du plaisir, il faut admettre qu’on se situe un poil trop tôt, attendre un an aurait été préférable (ce sera le cas avec les 2008). Il n’en reste pas moins que la buvabilité de ces vins est étonnante, observation déjà faite lors d’une dégustation comparable du millésime 2007, en septembre, organisée par Thierry Meyer. Une remarque sur les acidités : Celles-ci sont clairement tartriques et en aucun cas maliques, donc clairement très nobles, elles s’intègreront doucement aux vins, c’est indéniable. Ce sera d’ailleurs mon seul regret, c’est que certains dégustateurs, probablement par manque d’habitude, ont envisagé cette acidité de manière globale et ont été un peu perturbés ont point de ne pas tenter d’aller voir « over the rainbow ».

Sur les vins dégustés, ce millésime mérite-il sa réputation ?

Laurent Labouré : Je crois même qu'il est au dessus de sa très bonne réputation (dans la mesure (très limitée) de mes connaissances).

Luc Javaux : Assurément !

Pierre Krier (Peterka) : Incontestablement

Marc De Wolf : Je trouve que 2007 en Alsace - sur les vins qu'on a goûté - a le mérite d'être surtout un millésime de plaisir et d'équilibre.
A mon avis, C’est toujours un bon signe qui annonce un très bon voire un tout grand millésime. Il faudra encore un peu de temps pour voir comment les vins vont évoluer pour dire "grandiose". Le potentiel est certainement là. Il y avait des vins avec13,5% à 15% alcool et on ne le sentait pas…. tour de force dans le vignoble.

Marc Lotin (hédoniste) : Je trouve que c'est un beau millésime avec de belles acidités et de belles maturités.

Didier Dupont (DidierD) : Absolument, mais tu ne nous a fait goûter que le nec plus ultra ...

Patrick Böttcher : Oui, certainement au niveau qualitatif. 2007 sera peut-être un peu « moins » que 2008 en ce qui concerne la puissance et la concentration, mais probablement plus plaisant, plus harmonieux que son frère cadet de rang.

Avez-vous retrouvé les caractéristiques variétales ou de terroir sur cette dégustation ?

Laurent Labouré : Très rarement et, lorsque cela "pétrolait", cela n'était pas "envahissant". Les caractéristiques des différents terroirs étaient inversement évidentes (il faut ajouter que la séquence des vins était très judicieuse, merci Patrick!).

Luc Javaux : J'ai été étonné de trouver très peu de caractère variétal à la plupart des vins dégustés.  A tel point que je suis certain que je me serais trompé plus d'une fois sur le cépage à l'aveugle...
Certains terroirs marquent assez fort les vins, même dans leur prime jeunesse (le paroxysme étant atteint avec le Rangen), mais à ce stade, je dirais qu'on retrouve plus facilement la patte du vigneron/vinificateur que celle du terroir.

Pierre Krier (Peterka) : Je ne sais pas trop ce qu’il faut entendre par caractéristiques variétales sur le riesling tellement le cépage est multiple en fonction des terroirs.
Pas de notes pétrolées, pas d’amertume en fin de bouche, pas de notes végétales.
Bien sûr le profil gustatif global est bien celui du cépage mais je répondrais non.
En ce qui concerne les terroirs, cela m’a semblé plus évident sur le Bas Rhin que sur le Haut Rhin. J’ai trouve que le millésime imposait parfois sa marque pour le moment (exemple : beaucoup de vins des terroirs granitiques se présentaient un peu plus abrupts que d’habitude). Néanmoins, les différences restent relativement sensibles et en ligne avec les attentes. A noter que, jamais, je n’ai eu l’impression de répétition, donc pas d’ennui.

Marc De Wolf : Oui, en regardant mes points/appréciations. Pas trop de pétrole ;o) et plus sur des fruits rouges et blancs. Les différences de terroir sont les plus lisibles chez ZH. Et j'aime bien le Brand. Tout en acidité et équilibre!

Marc Lotin (hédoniste) : Aucune caractéristiques variétales sauf peut-être des aromes citrique en bouche sur quelques vins mais on est loin des aromes terpéniques...
Par contre pour moi, le terroir s'exprime bien sur ce millésime (voir Rangen, Windsbuhl, ...)

Didier Dupont (DidierD) : Étonnamment, très peu de variétal et beaucoup de vins très caractérisés.

Alfonso : J’ai trouvé que chaque vin avait des atouts à faire valoir ! Et qui plus est, la touche terroir se fait énormément ressentir!
J’ai noté quelques évolutions de style significatif entre le Bas et Haut Rhin surtout sur les acidités plus prononcés amha sur le Haut-Rhin.
En relisant mes notes, j’ai trouvé que même si la majorité des vins présenté assez bien de S.R, on a dans la majorité des cas des acidités assez tranchante mais aussi majoritairement de beaux équilibre.

Patrick Böttcher : A l’exception de deux ou trois vins où les caractéristiques variétales étaient perceptibles (et encore, il fallait aller les chercher), en aucun cas, sur cette sélection, il y a lieu de parler de variétal. De là, à dire que le terroir s’exprime pleinement, il y a une marge. Les vins sont trop jeunes, encore trop dominés par l’acidité pour exprimer pleinement leurs nobles origines. C’est dans 10 ans que tout cela devrait parler pleinement…. Quand aux sucres résiduels, il semblent s’intégrer extrêmement vite !

En fonction de ce que vous avez goûté, quelle garde moyenne conseilleriez-vous pour les rieslings 2007?

Laurent Labouré : Grande garde (5-10 ans) en général, avec un minimum de trois ans pour les vins déjà ouverts (comme par exemple le n°25 qui est déjà superbe mais a un bel avenir) et beaucoup plus pour les n°1 et 32 (20 ans ?).
Cela dit, cela confirme que mes estimations de garde relatives aux 2006 doivent être revues a la baisse .Cela confirme aussi que je ne m'y connais pas vraiment en vin d'Alsace....

Frank Van den Bulcke (fvdb) : Pour la garde, je pense qu'une dizaine d'années semble être le minimum, mais c'est aussi du cas par cas ; pour le Rangen, par exemple, là c'est une autre catégorie.

Luc Javaux : Je pense qu'il ne faut pas toucher aux meilleurs avant au moins cinq ans, voire dix ans, et qu'ils sont partis pour une vingtaine d'années au moins.

Pierre Krier (Peterka) : Sauf exception, optimum dans 8 à 10 ans et garde du double.

Marc De Wolf : Tout dépend de la bouteille en question. Mais en général, tous les vins que j'ai noté au dessus de 16,5: iront sans problème sur 12 à 15 ans.
Les autres: 6 à 10 ans. On aura peut être quelques belles surprises avec les vins contenant un plus de sucre.

Marc Lotin (hédoniste) : Garde moyenne, cela varie de quasi pas de garde pour un ou deux vins à 30 ans pour le dernier Rangen. Mais les acidités et la concentration de certains vins peuvent les emmener loin en matière de garde.

Didier Dupont (DidierD) : Majoritairement, je trouve ces vins déjà très buvables. Mais nul doute qu'ils sont armés pour une grande à très grande garde, jusqu'à 20 ans et plus pour certains.

Alfonso : Soyons honnêtes, cette dégustation vient beaucoup trop tôt ! Mais elle nous en dit long sur l’évolution future de ces vins qui, j’imagine, ne pourra être que de longue durée.

Patrick Böttcher : Il faudra attendre 5 ans, encore pour que les 25 meilleurs vins s’expriment pleinement et ils devraient le faire durant une dizaine d’année pour la majorité, tout en allant chercher plusieurs décades pour des « monstres » comme le Rangen. Ceux qui cherchent une bouteille pour honorer leur descendance sont prévenus…

Avez-vous un autre commentaire à donner ?

Laurent Labouré : J'attends la dégustation des rieslings 2008 avec impatience car celle des 2007 m'a déjà permis de relativiser celle des 2006. Le millésime semble "monstrueux", de surcroît, ce qui permettra de mieux relativiser la dégustation d'hier soir.

Frank Van den Bulcke (fvdb) : Tout d'abord merci et bravo pour cette belle soirée de dégustation, riche sur tous les plans et notamment l'apprentissage de la dégustation et le rythme (32 vins!!), pas facile. J'ai vraiment essayé d'être le plus juste dans l'attribution de mes cotes car je sais que derrière une bouteille il y a le travail de toute une année. Je pense quand-même que les premiers vins ont toujours tendance à être cotés un peu sévèrement.
Une fois n'est pas coutume, j'ai (à partir du 16-17ème vin) ressenti le besoin et une préférence pour les vins présentant un peu plus de SR car l'acidité des vins plus tranchants commençait à "m'agresser" le palais.
Dans l'ensemble et sans vouloir trop généraliser, on est incontestablement en face d'un grand millésime, car sur cette sélection (on pouvait difficilement faire mieux !), les vins sont complets et d'un superbe équilibre puissance-matière-fruit mûr et...acidité assez élevée, gage d'un long vieillissement.
Cette belle maturité a permis de proposer de grands vins très peu marqués par le cépage, ce qui permettra après une longue attente, une bonne expression des terroirs.
Voilà un peu mes sensations brutes.
Ce que j'ai retenu particulièrement, c'est que la série des Brand m'a énormément plus, et ce, à un moment ou je commençais à peiner.
Aussi les différents styles et la "patte" des vignerons qui différenciaient les vins issus pourtant du même terroir (mais pas les mêmes rendements)

Luc Javaux : J'ai mal aux dents... ;o)

Marc De Wolf : Surpris par le retour en force - par l'équilibre et le plaisir - des vins de Weinbach et de Sipp.
Surpris par la simplicité un peu trop extrême au Clos Saint Landelin. Il faut dire aussi que les vins en biodynamie se portent bien. Ainsi que les vins de Zind-Humbrecht qui étaient vraiment  bien équilibrés sans caricature de volume.
Un très très grand merci pour l'organisation de ce Grand Tasting du Riesling Alsacien 2007.
Mais personnellement c'était très dur de rester concentré avec tous ces vins. La fatigue tapait après 15 vins. Il vaut mieux faire ça sur un après midi/soir avec une pause de 45 minutes. Ou bien réduire le nombre de vins à déguster.
En général, j'étais très séduit par la qualité et le plaisir des vins. Tous les deux étaient au rendez-vous !
Les Alsaciens 2007 étaient aussi bons que les Allemands 2007! Oups j'ai fait une gaffe... Oui vraiment ???

Marc Lotin (hédoniste) : Au cours de cette dégustation, nous avons, je pense fait un beau survol de ce qui se fait de mieux en Riesling en
Alsace. Les meilleurs producteurs y sont. Ce qui m'inspire deux choses : les rieslings sont de bien beaux vins et peuvent rivaliser sans rougir avec les autres régions de France.
Et deuxièmement, pendant la dégustation, j'avais souvent envie d'accompagner mon verre avec des plats. Ce qui pour moi est un gage de qualité.

Didier Dupont (DidierD) : Même si j'ai eu moins de mal à encaisser le nombre de bouteilles que lors de la dégustation des vins de Bizeul, je trouve que la quantité était excessive et qu'il est dommage d'avoir de telles merveilles dans son verre et de ne pas pouvoir en profiter sur un temps un peu plus long.

Alfonso : J’ai fait quelques belles découvertes comme le GC Eichberg d’Emile Beyer ainsi que les vins de Stoeffler. Des confirmations aussi: Sipp, surtout le Kirchberg que j’adore et des re-re-confirmations avec les ZH pour ne citer qu’eux !
À propos de ZH, j’ai remarqué que, souvent au nez, on avait des senteurs de champignons voir de truffes (marques du terroir ou patte du vigneron ?)
Mais aussi de petites déceptions, Kreydenweiss, Seppi Landman ainsi Bernhard surtout sur son Scholssberg.(Des vins à revoir assurément)
Bref, une bien belle dégustation orchestrée de main de maître par le « Maestro » Patrizio.
Que je tiens encore une fois à remercier !

Patrick Böttcher : Concernant les vins eux-mêmes, je pense que beaucoup a été dit, mais je voudrais revenir sur la dégustation et les réactions du groupe. Il est un fait évident que 32 bouteilles paraîtront aux yeux de beaucoup, excessifs. Fallait-il pour autant se priver d’une telle série quand on la possède ? Je ne pense pas d’autant plus que de nombreux vins placés en fin de dégustation ont plu énormément. Quant à la subjectivité du groupe, elle est incontournable, la dégustation à l’aveugle ne change pas l’influence des voisins ni le fait que certains vins, comme ils se présentent aujourd’hui peuvent être plus ou moins à leur avantage par rapport à d’autres, je pense ici au Kastelberg. De même, il semble y avoir une attente d’une suite toujours plus heureuse qui a nettement desservi les premiers vins. Il n’y a rien de malhonnête là-dedans, c’est tout simplement humain et la série des Brand puis le Rangen, placés logiquement en fonction de leurs sucres, en fin de dégustation, vont évidemment conforter cet état d’esprit. Il n’en reste pas moins (je commence à connaître le groupe) que les moyennes générales sont extrêmement élevées et que ceux qui se trouve en bas de classement (hic en nunc) n’ont pas à rougir, tout au contraire. Idem pour ceux qui chercheraient à se satisfaire d’une place plus haute que son voisin, les moyennes affichées sont le plus souvent plus que proches, finalement, imperceptiblement différentes en fonction de la subjectivité de nos papilles.

Il n’en reste pas moins que ce soir, nous avons rencontré des géants, dont le Rangen d’Humbrecht, et que les lecteurs diront probablement que les grands domaines les plus médiatisés placent leurs vins au sommet. Peut-on leur donner tort, non, en fait, il est quelquefois rassurant de voir une hiérarchie ainsi respectée. Et puis, je ne peux m’empêcher en dehors du Rangen, côté au sommet pour sa matière de dégager quatre coups de cœur en la personne des Windsbuhl, Muenchberg, Kirchberg de Ribeauvillé et Sommerberg rencontrés ce jour, pour moi des perles de droiture, de précision et de fraicheur.