Depuis une bonne dizaine d’années, trône dans ma chambre, une pyramide, se dressant comme une diamant de bois, sans d’autres artifices que le lissé de sa matière, aussi pure dans ses formes tendues et élancées que la force des grands vins blancs.
Une petite porte placée sur une de ses faces la garde close
pour éviter que la Barrique de Zell qu'elle enferme ne laisse échapper tous les instants fugaces mais d'une extrême émotion que m'a donné ma passion pour l'Alsace

Pyramide de Zell
Work 1992

Les photos sur cet article proviennent majoritairement des sites webs suivants : Cave SA, le Blog "Oenophil" et le blog Nonsolodivino.
Merci d'avoir pu les utiliser.

Préambule

Il m’est impossible de parler du domaine Ostertag sans me lâcher en quelques lignes sur un sujet dont cela fait pas mal d’années que je souhaite un tant soit peu coucher sur papier : la naissance de mon incommensurable passion pour l’Alsace.
Toute passion a toujours une origine, un déclic qui un peu comme un coup de foudre se déchaine soudainement, soit pour ensuite s’éteindre doucement, soit pour marquer à ce point les tripes que des années après, le feu se ravive sans cesse.
Au tournant de mon œnophilie, quand j’ai commencé à m’éveiller à l’idée qu’il existait des vins ailleurs qu’à Bordeaux ou autour de Beaune, j’ai découvert le pouvoir de garde que pouvaient offrir les vins blancs à forte acidité et le riesling s’est assez vite imposé dans cette catégorie.
Quand on parlait riesling, dans le monde vinique où j’évoluais il y a quinze ans, on regardait assez vite vers l’Alsace et vers les têtes de listes de l’époque (Weinbach, Trimbach, Léon Beyer) qui y avaient tendance à jouer les gros bras dans ce qui me paraissait comme une évidence de qualité. Malgré la réputation assise de ces domaines, d’autres approchaient plus furtivement au point de lentement s’imposer sans qu’on sans aperçoive. Parmi ces nouvelles têtes, un nom, ressortait souvent en Belgique : André Ostertag.
Traits particuliers que l’on pouvait entendre volontiers à l’époque (et clichés bien involontairement intégrés) : oiseau original faisant des vins d’une grande finesse avec des teneurs souvent faibles en alcool (surtout pour les VT et autres sucreries), le tout dans une région glaciale, le Bas-Rhin, où il était à peine pensable de trouver des crus de la valeur des têtes de listes précitées.
De bons gros clichés, mais suffisamment originaux pour le béotien que j’étais pour que lors de ma première descente en Alsace, le domaine Ostertag soit au programme.
Je pourrais m’étendre sur 200 pages pour décrire ce que j’ai ressenti lors de cette première visite tellement elle m’a marquée, mais je n’en dirai en fait que ceci. Au lieu de goûter « simplement » des vins comme je l’avais fait jusqu’à ce jour, c’est un univers que j’ai découvert, celui d’un vigneron plein de doutes, en révolte contre pas mal de clichés dont celui de la suprématie du Haut-Rhin, entièrement imprégné d’une âme poétique vibrant et revibrant à toutes les facettes de l’art, cristallisant son âme à travers ses vins. C’était indéniablement ma première émotion vinique, c’était aussi, vous l’avez compris, la naissance d’une passion pour une région qui chaque jour, depuis, n’a eu de cesse de me combler.
Il fallait bien qu’un jour je puisse remercier André Ostertag de ce qui m’a été donné ce jour là.

Le Muenchberg

Le domaine et les vins

André Ostertag a repris le domaine familial à Epfig en Bas-Rhin début des années 80.  Il y est principalement secondé par sa sœur, Annie, qui règne en maître sur l’administration. Le domaine approche aujourd’hui les 15 hectares et est réparti sur plus de 80 "jardins de vignes" reliés entre eux par un même esprit dans 5 villages : Epfig (63%), Nothalten (30%), Itterswiller (2%), Ribeauvillé (4%) et Albé (1%) avec des parcelles sur les lieux-dits Zellberg, Fronholz, Heissenberg, le Grand Cru Muenchberg ainsi que sur une parcelle récente sur le Hagel de Ribeauvillé, plus précisément, le Clos Mathis.

L'encépagement est varié : Riesling 44%, Gewurztraminer 18%, Pinot Gris 13%, Sylvaner 13%, Pinot Blanc 5%, Pinot Noir 5%, Muscat 2%, le tout pour produire 16 vins différents exportés à 70%.

Si le respect des sols et de la faune a toujours été une évidence, une étape importante a été franchie en 1998 avec la conversion du domaine à la biodynamie faisant de ses vins avec ceux de Marc Kreydenweiss et Patrick Meyer, figure d’exemple en Bas-Rhin.
Les vendanges sont conduites entièrement manuellement, les pressurages sont longs et doux et les fermentations sont longues et en présence des lies. Dans certains cas, comme pour les pinots, les élevages sont conduits en barrique plutôt qu’en cuve. Il n'y a pas ou peu de filtration et l'usage de soufre est minimal.

Selon le type de vins qu’il produit, André Ostertag distingue trois classes différentes : les vins de fruit , les vins de pierre et les vins de temps.

  • Dans les vins de Fruit, c'est l'expression du cépage, du raisin qui est recherchée. Les vendanges sont faites à maturité normale et les élevages durent de 6 à 9 mois. Ces vins sont à boire généralement jeunes avec une garde de 5 années. Comme vous pourrez l'observer plus bas avec le Riesling Vignoble d'E plus bas, l'étiquette, réalisée Christine Colin, épouse d'André, symbolise le "Vin Dansant" "(Dancing Wines)

  • Les vins de Pierre se veulent être l'expression du terroir, de la roche-mère et de la pierre. Les vendanges sont un peu retardées pour exprimer encore plus de maturité et les élevages se prolongent sur 11 à 18 mois. Bien que de grande garde( de 10 à 20 ans, il peuvent être consommés dans leur jeunesse, à maturité ou à l'approche de l'âge de la sagesse. l'étiquette, toujours réalisée par Christine Colin, symbolise le "Pied de Vigne" et pare les bouteilles des lieux-dits Fronholz, Heissenberg et du grand Cru Muenchberg (A l'exception de l'A360P)

  • Les vins de Temps, enfin, se veulent l'expression de la Surmaturité ou de la Pourriture Noble qui ne peut se réaliser que dans l’attente (temps durée) conjuguée à un ciel favorable (temps climatique). Les élevages sont un peu plus courts que pour les vins de Pierre ( 9 à 12 mois), mais la maturité des fruits en fait des vins taillés pour la longue garde (de 20 à 50 ans). Les bouteilles sont transparentes avec une étiquette minimaliste réalisée par André, le tout pour mettre en valeur la splendide couleur de ces vins.

André Ostertag dos aux œuvres de son épouse

Les terroirs

Vous trouverez ici les caractéristiques des terroirs majeurs

CLOS MATHIS

  • 0.60 ha en location depuis 1997, propriété d’Hubert Mathis chef de culture au Domaine Ostertag

  • Clos situé à Ribeauvillé au pied des 3 châteaux et contiguë au Grand Cru Kirchberg

  • Il est constitué de terrasses de granit exposé sud-est

  • Seul le riesling y est cultivé par le domaine.

  • Vin sec de configuration classique. Minéralité longue et grande aptitude au vieillissement.

FRONHOLZ :

  • 4 ha en propriété.

  • Sommet et flanc Sud-Ouest de la colline d’Epfig.

  • Quartz, sable blanc, argile et marne.

  • Ensoleillé et aéré.

  • Riesling (1ha), Muscat (0.30ha), Pinot Noir (0.30ha), Pinot Gris (0.75ha), Gewurztraminer (1.30ha), Sylvaner (0.35ha).

  • Vins à la minéralité et à l’acidité fermes, aux arômes élégants, souvent discrets dans leur jeunesse.

HEISSENBERG :

  • 0.75 ha en propriété.

  • Signifie la Montagne Chaude à cause du microclimat chaud et étouffant.

  • Coteau raide orienté plein Sud situé à Nothalten.

  • Grès rose des Vosges et gneiss.

  • Seul le riesling y est cultivé par le domaine.

  • Vin gras et minéral, aux arômes ouverts et exotiques.

ZELLBERG :

  • 0.45 ha en propriété.

  • Mi-coteau orienté Sud-Est sur le village de Nothalten.

  • Argile, calcaire et grès rose des Vosges.

  • Seul le pinot gris y est cultivé par le domaine.

  • Vin sensuel et gras, aux arômes délicats.

MUENCHBERG :

  • Grand Cru classé d’une superficie totale de 17 ha dont 2 ha en propriété.

  • Planté en vigne par les moines cisterciens au 12ème siècle d’où son nom de Montagne des moines.

  • Magnifique coteau en amphithéâtre situé plein Sud dans une vallée au pied des Vosges sur la commune de Nothalten.

  • Grès rose des Vosges et sédiments volcaniques, une pointe calcaire à l’Est.

  • Riesling (1.65ha), Pinot Gris (0.40ha) aussi connu sous le pseudonyme A360P.

  • Vins d’une noblesse et d’une longueur incomparable, ciselés, élégants et pénétrants.

L’homme

On pourrait penser qu’après presque 30 ans de métier, André Ostertag mène désormais sa barque sur les flots tranquilles d’une routine bien installée. Il n’en est rien. De par son inépuisable fougue artistique, de par son amour et son respect de ce que la nature lui offre différemment à chaque millésime, de par son infatigable soif de voyages, il semble encore aujourd’hui se remettre en question comme il y a 15 ans. Seul l’apaisement de la reconnaissance des amateurs a probablement modéré le côté frondeur des débuts.
Bâti comme un faucon dont le regard vous transperce, il ne se borne jamais à laisser les gens parler, il les écoute intensément et rebondit sur leurs paroles. On en arriverait à croire, simples amateurs que nous sommes, que nous avons la capacité de lui apprendre des choses et de le faire vibrer, que d’éventuelles contradictions soulevées sont pour lui une nouvelle matière de réflexion. Un peu comme si partager une dégustation avec cet homme permettait une profonde interaction comme une sorte de rencontre du troisième type avec tous les éléments constitutifs d’un grand vin, le fruit, le terroir et l’homme.

C’est ce que je ressens et l’interview qui suit auquel s’est gentiment prêté André ne fait que m’assurer dans mon ressenti.

(PB) André Ostertag, vous avez débuté très jeune au domaine. Etait-ce pour vous comme une évidence ?
(AO)
Absolument pas car je ne voulais surtout pas faire le métier de papa! Donc je suis parti à Strasbourg pour une école préparatoire aux grandes écoles et là, la distance aidant ainsi qu’un zéro pointé en math m'ont fait comprendre qu'il y avait de la créativité donc de l'espoir dans ce métier et donc je suis reparti pour Beaune étudier viticulture & œnologie.

(PB) L’art à travers, entre autres, la poésie, la musique ainsi que les œuvres de votre épouse a une très grande place dans votre vie. Autant que vous puissiez retourner en arrière, avez-vous un seul jour, à vos débuts, imaginé faire des vins sans l’imprégnation profonde de cette seconde fibre motrice ?
(AO) Le vin n'est pas mon premier moteur, c'est la poésie et je dois à Paul Eluard ma première inspiration vinique. Bien qu'ayant eu des maîtres, je n'ai jamais eu de modèle de vin idéal, je poursuis plutôt une sensation d'instant fugitif mais parfait qui aurait comme seul mais immense mérite d'élever nos esprits, nos cœurs et nos âmes, comme la poésie, la musique, la peinture et l'art savent le faire quant ils nous parlent vraiment.

(PB) On vous dit plus assagi qu’à vos débuts… Réalité tangible ou partielle ?
(AO)
Je me sens plus en paix avec moi même en tous les cas et j'ai eu la chance de pouvoir dans mon métier aller très (trop) loin très jeune donc je connais mieux les limites de mon travail et un peu mieux mes propres limites !

(PB) Dans le même ordre d’idées, la vigne vous a beaucoup apporté et vous lui avez beaucoup donné. Votre relation avec elle et le monde qui l’entoure en est-elle pour autant celle d’un bon père de famille ou pensez-vous à l’inverse que tout ou du moins beaucoup est encore à découvrir ?
(AO)
Bien sûr, beaucoup reste à découvrir et jusqu'à mon lit de mort je ne pourrai pas même imaginer en faire le tour mais la vigne, après tout, n'est que le reflet de ce que nous autres humains savons ou méconnaissons du vivant!

Parcelle de vieilles vignes de Sylvaner

(PB) La biodynamie est devenue pour vous rapidement une évidence, mais, si vous aimez décrire ce qu’elle a apporté à vos vins, on vous sent plus discret sur l’ésotérisme qui l’accompagne souvent et qui soulève de nombreux débats sur nombreux blogs et forums ? Comment vous positionnez-vous face à ses passions ?
(AO)
Il y a de vraies et extraordinaires questions derrière ce qui semble être le mystère de la biodynamie mais même si  la passion est toujours motrice, elle est souvent mauvaise conseillère et peut rendre aveugle et sourd. Et cela est particulièrement vrai sur les blogs et les forums. D'où mon extrême prudence à communiquer sur des sujets qui me fascinent d'autant plus que je les vis concrètement et quotidiennement. Je suis de ceux qui croient que ce débat doit sortir du ghetto de l'ésotérisme fantasmé pour entrer dans une forme de dialogue critique et constructif basé sur des faits et expérimentations vérifiés. Cela devient urgent pour que la biodynamie puisse s'imposer comme modèle agricole du futur.

(PB) Après une percée permanente du bio particulièrement en Alsace, de plus en plus de vignerons sont tentés par des expériences partielles ou totales dans les vins natures, argumentant souvent que l’usage extrêmement faible ou nul du soufre révèle la minéralité. Comment vous situez-vous vis-à-vis de ce courant ?
(AO)
Je suis le premier partant pour un usage modéré du soufre qui permettra à un vin de voyager sans se dégrader tout en préservant ses saveurs et sa digestibilité. Par contre je ne suis pas de ceux qui confondent soufre et diablerie! Depuis que l'homme est homme, conserver les aliments est un acte vital et le vin n'échappe pas à cette règle. D'ailleurs, il est tout de même étonnant de constater que le vin sans soufre n'existe que dans nos fantasmes car les levures en produisent naturellement ! Pour conclure, la seule et vraie question reste la qualité des raisins car des raisins sains et murs en bio ou en biodynamie ont naturellement peu de besoins en soufre du fait qu’ils ont une conservation naturelle supérieure aux raisins issus de la viticulture utilisant les intrants chimiques. Donc bien avant la question du soufre dans les vins se pose la question fondamentale du type de viticulture et celle là on oublie bien trop souvent de la poser!

(PB) Vous voyagez beaucoup, accordant une part importante, comme Olivier Humbrecht, à l’exportation le plus souvent loin de vos frontières. Pensez-vous qu’aujourd’hui la reconnaissance acquise du public soit plus importante extra- qu’intra muros ?
(AO) Nul n'est prophète en son pays dit l'adage et je n'y ai pas échappé car à mes débuts les locaux m'ont snobé prétextant qu'un vigneron bas-rhinois ne pouvait faire de grands vins et encore moins à Epfig véritable no-mans land viticole! Finalement ça tombait bien car j'adore voyager et comme je suis fidèle je continue de suivre mes premiers soutiens qu’ils soient anglais, belges, danois ou américains… peu importe la couleur du drapeau, l'essentiel est dans le cœur et dans les verres, non?

(PB) Toujours dans le cadre de l'exportation, pensez-vous que les changements liés au débat sur les appellations dans l'Union des Grands Crus sont susceptibles d'apporter, sinon plus d'intérêt, plus de compréhension des vins d'Alsace dans le monde ?
(AO)
J'aimerais bien mais vue de loin, l'Alsace est bien complexe à aborder dans une époque ou plus personne n'a le temps ou la patience d'aller au fond des choses. Pour le moment le débat n'a toujours pas permis une position claire et fédératrice donc il me semble que le message donné rajoute plutôt à la confusion ambiante (et générale pour toutes les défuntes AOC) !

(PB) Enfin, de par vos nombreux voyages, vous devez être assez souvent en contact avec le Net. Comment considérez-vous aujourd’hui le fait que blogs et forums donnent un droit de parole aux amateurs, passionnés ou non, sur votre travail, modifiant ainsi les structures de communication classiques ?
(AO)
Cela démocratise le droit à la critique même si cela tourne souvent à la cacophonie et aux règlements de compte! Il est certain que le Net est aujourd'hui un outil de communication redoutable et que si certains vignerons en sont devenus des as du genre, moi je serais plutôt un Cro-Magnon informatique. Aujourd'hui je ne sais que péniblement répondre aux mails, alors de là à faire le buzz !

(PB) Dans la dégustation qui accompagne cet article, il y a de nombreux 2007 et quelques 2008. Deux millésimes au grand caractère qui avaient sûrement tendance à s’imposer dans les vinifications. Comment les percevez-vous l’un par rapport à l’autre, principalement sur vos vins de pierre et de temps ?
(AO)
Ils sont différents et tellement semblables : 2007 année au cycle immensément long et aux maturités alchimiques, 2008 au cycle frais et aux finesses exquises. 2007 a de la sensualité charnelle alors que 2008 a une structure indestructible.
Les deux sont très classiques et traverseront sans encombres les dédales du temps, ils vont réconcilier les nostalgiques d'avant avec les grands alsaces de demain.

(PB) Si vous deviez citer cinq de vos plus grandes émotions en tant que vins réalisés ?
(AO)
Le plus grand terroir du domaine est le Muenchberg qui est chaque année une émotion en soi mais je n'oublierai jamais le 1988 qui est un vin fondateur (levures indigènes, non filtré, nature avant l'heure) tout comme l'A360P de 1987 pas le meilleur millésime mais le premier, celui qui m'a donné la force de lutter pour devenir moi-même.
Je n'oublierai jamais non plus les SGN 1989 qui m'ont totalement décomplexé sur les liquoreux et ont donné naissance à Work 1989 "Terres à Vins" coffret d'assemblage poétique et vinique.
Et puis les Vieilles Vignes de Sylvaner quelque soit le millésime car c'est à la fois le premier vin tiré et bu, l'annonce du printemps et du nouveau millésime ainsi que le vin qui m'a fait aimer le vin!

(PB) Et si vous deviez citer cinq vins réalisés par d’autres et qui vont ont procuré une émotion ?
(AO)
Question piège par excellence car la vie ne peut pas se limiter à si peu de choix!
Mais puisqu'il faut vivre dangereusement citons les vins des Comtes Lafon et particulièrement le Clos de la Barre puisque ce sont des vins fondateurs et Dominique est un ami de toujours; il y a aussi les vins de Reinhardt Loewenstein en Moselle car ses Riesling parlent à mon âme; il y a les vins de Jean Foillard et Marcel Lapierre car ils m'ont appris la vraie nature du vin, grand moment de partage entre les hommes et puis il y a les vins de tous les gens que j'aime et que je ne peux pas citer dans une question à 5 cases! L'émotion que me procure le vin est en intimement liée avec l'émotion que me procure l'homme qui a fait le vin, alors pardonnez-moi vous tous que j'aime de n'avoir pu vous citer mais dans mon cœur votre place est bien au chaud.

(PB) Une chance de vous voir un jour prochain en Belgique ?
(AO)
Sûrement, reste à trouver la date!

(PB) What’s in a bird ?
(AO) Non sense makes sense ( Laurie Anderson)

(PB) Autre chose à ajouter ?
(AO) Trop de choses mais résumons au Vin c'est la Vie!

Rencontrer André Ostertag est finalement une expérience extrêmement humaine hautement conseillée. Si elle demande énormément de patience au pénitent, le maître ayant un emploi du temps toujours chargé, elle vaut largement que l’on s’accroche. Bref, si vous faites partie des gens qui, comme moi, ont longtemps cheminé pour le revoir récemment, ne perdez pas espoir, quand il vous recevra, il le fera avec une grande entièreté.

La dégustation

De par leur intérêt  pour les vins alsaciens, j’ai regroupé quelques fins palais du forum LPV pour cette soirée : Jacques G., Hédoniste, Alain Hinant, Laurent Lab., FX Barcena, Teddy Teddy, DidierD, Olivier Mottard, Vincent Lagneaux, Edward P. et votre serviteur.

Le but est de leur faire autant que possible partager l'émotion ressentie il y a peu à Epfig lors d'une dégustation menée par le maître des lieux, sur des millésimes récents.
En plus de ces vins récents, d'autres trésors de cave ont été ajoutés, dont un apport conséquent de 90 par Laurent Labouré.
Cela devrait permettre de voir comment peuvent évoluer vins de Pierre et de Temps.
Les vins ne sont pas servis à l'aveugle, c'est ici sans intérêt. la température de service est proche des 8°C. Les vins ne sont pas carafés préalablement.

Voici la liste des vins dégustés dans l'ordre chronologique :

  1. Sylvaner Vieilles Vignes 2008
  2. Sylvaner Vieilles Vignes 2007
  3. Muscat Fronholz 2007
  4. Riesling Vignoble d'E 2008
  5. Riesling Vignoble d'E 2007
  6. Riesling Clos Mathis 2007
  7. Riesling Heissenberg 2007
  8. Riesling Fronholz 2007
  9. Riesling Fronholz 2000
  10. Riesling Fronholz 1998
  11. Riesling GC Muenchberg 2008
  12. Riesling GC Muenchberg 2007
  13. Riesling GC Muenchberg 2003
  14. Riesling GC Muenchberg 2001
  15. Pinot Gris Zellberg 2007
  16. Pinot Gris Muenchberg A360P 2007
  17. Pinot Gris Muenchberg A360P 2008
  18. Riesling GC Muenchberg VT 2007
  19. Riesling Heissenberg Vendanges Tardives Work 1990
  20. Gewurztraminer Fronholz Vendanges Tardives Work 1990

  21. Riesling Fronholz Work 1990

Voici ci-dessous le tableau des notes attribuées par le groupe. En cliquant sur le tableau, vous aurez accès à un agrandissement de celui-ci.

Le barème de notation des dégustateurs est largement inspiré de celui pratiqué par IVV Toulouse.

<10,5 : Vin à éviter pour son manque de goût et/ou sa saveur désagréable et/ou son défaut.
10,5 -11,5 : Vin sans intérêt : présente des défauts toutefois non rédhibitoires (amertume, alcool, tanins secs, acidité, manque de fruit). Vin très simple et très court.
12-12,5 : Vin moyen : souffre encore de quelques défauts mais mineurs. Vin simple et court offrant un soupçon d'intérêt.
13-14,5 : Assez bon vin : sans défaut, plaisant, de qualité tout à fait correcte, techniquement irréprochable.
15-15,5 : Bon vin : équilibré, mais manquant encore un peu de caractère, de volume et de complexité.
16-16,5 : Très bon vin : équilibré, le caractère, le volume et la complexité sont présents à des degrés divers.
17-17,5 : Excellent vin : du caractère, de la complexité, de l'équilibre, avec du volume en plus.
18-18,5 : Grand vin ou Classique : un caractère affirmé, une belle complexité, un grand volume, une race de classe et un équilibre parfait.
19-19,5 : Vin exceptionnel : vin vieux parfait qui a confirmé (ou transcendé) ses potentialités, ou vin jeune ou moyennement âgé, parfait, dont les qualités de base et le caractère paraissent extraordinaires.
20/20 : Mythique : vin à son apogée, unique, admirable, légendaire, historique qui procure une émotion rare de plénitude.

Le demi-point est donné quand on hésite à donner une cote supérieure.

Le Sylvaner est comme le pain et l'eau sur la table quotidienne, une base fondamentale sans laquelle rien ne peut se construire, ni culture, ni vie, ni plaisir!
André Ostertag – 06/2009

1. Sylvaner Vieilles Vignes 2008

La robe est jaune-vert très claire. Le nez, d'abord un poil fermé, s'ouvre très vite pour atteindre beaucoup d'exubérance avec des agrumes citriques, du floral et des notes iodées.
La bouche est très fraiche, tendue avec une acidité presque perlante, presque balsamique; on retrouve beaucoup de fruits citrique en milieu de bouche, accompagné de notes de bonbons et de balsamique. C'est très concentré mais il faudra encore quelques mois pour que tout se mette en place. La finale est très prometteuse, longue et d'une grande fraicheur. (note perso : 15,5/20 ; note moyenne du groupe : 14,4/20)

2. Sylvaner Vieilles Vignes 2007

On retrouve ici la robe du 2008. le nez est plus fond, plus complexe que pour son cadet, avec une forte impression de minéralité, avec des fruits blancs, du floral et des fruits citriques, quant à eux, moins marquants que pour le 2008.
La bouche est marquée par une tension vibrante surtout sur l'attaque avec une superbe mise en avant des impressions minérales déjà trouvées au nez. la finale est tout aussi marquée par la fraicheur saline avec une persistance gigantesque. Seule quelques notes d'amertume perturbe l'un ou l'autre dégustateur. Quoiqu'il en soit, on est ici devant un splendide sylvaner qui semble nous annoncer que le reste de la soirée ne va pas être tristounet ! Bravo ! (note perso : 16/20 ; note moyenne du groupe : 14,8/20)

3. Muscat Fronholz 2007

La robe est nettement plus dorée que pour les deux sylvaners. Le nez est puissant, très ouvert et le côté "muscat" est dominateur avec des épices doux et une sensation légère de sucre qui accompagnent l'impression marquée de fruit frais.
La bouche est équilibrée, nettement moins enlevée par l'acidité (effet de séquence?) et d'une belle finesse. c'est plus précieux que puissant, nettement. On retrouve les aromes du nez avec une sensation de salinité plus prononcée. La finale est tout en finesse, en fragilité avec un étonnant contraste, c'est que si cela paraît très léger, cette douce empreinte persiste longtemps. (note perso : 14/20 ; note moyenne du groupe : 14,2/20)

4. Riesling Vignoble d'E 2008

Retour au vins de fruit, du moins dans l'esprit de leur géniteur. La robe est jaune-vert avec de beaux reflets dorés. Le nez est très puissant, ample avec un gros coup de force donné par le fruit. Mais cette première gifle de citrique est très vite compensée par une étonnante complexité si l'on se réfère à la définition du vin, avec des notes minérales et iodées très intéressantes. La bouche est fraiche, tendue, équilibrée avec une impression que tout est bien mieux en place que pour le sylvaner du même millésime. On retrouve les aromes citronnés avec une très belle salinité. La longueur de ce vin est plus que respectable et si on y ajoute sa très grande buvabilité, cela fait un vin excellent pour son prix. (note perso : 15/20 ; note moyenne du groupe : 14,8/20)

5. Riesling Vignoble d'E 2007

La robe est sensiblement identique au 2008. L e nez est par contre plus fermé. En s'ouvrant doucement, il livre plus de complexité encore que pour le 2008, avec des fruits blancs, du floral et des notes pierreuses qui agrémentent encore plus le bouquet.
La bouche est ample et tendue à la fois, d'une grande fraicheur avec des agrumes presque croquants. Un petit côté gras supplémentaire rend ce vin encore plus buvable (si c'était encore possible) que son prédécesseur. Une tuerie estivale en orbite ! La finale est fraiche, bien longue avec une pointe acidulée qui fait rebondir la fraicheur. Excellent! (note perso : 15,5/20 ; note moyenne du groupe : 15/20)

6. Riesling Clos Mathis 2007

On ouvre le bal des vins de "Pierre" avec ce vin "Haut-rhinois", petite exception dans les vins d'André Ostertag et issu d'un clos sur le Hagel, lieu-dit à Ribeauvillé connu pour le côté droit, tendu, pierreux et très sec de ses vins. Va-t-on retrouver cela dans ce vin ?
La robe est jaune-vert assez claire et bien brillante. Ce sera d'ailleurs une constante pour tous les rieslings 2007 et 2008 rencontrés ce soir. (Ca, c'est fait :-)). Le nez est très frais, pur, avec du silex qui domine mais avec une belle complexité aromatique apportée par des notes florales, de la poire, du miel et du citrique.
L'attaque de bouche est tranchante, un vrai sabre Jedi ! Mais, cela ne gène pas parce que l'on atteint assez vite un bel équilibre, plus sur la finesse que la puissance, très salin avec de belles notes citriques. La longueur est très prometteuse, avec une impression de rondeur plus présente que sur le milieu de bouche avec une toute petite impression d'alcool qui se fait jour. Un beau vin de gastronomie qui a beaucoup plu de par sa pureté au groupe. Je reste toutefois, seul dans mon coin, un peu perturbé parce que je ne retrouva pas vraiment le style du patron, le terroir étant probablement le responsable. (note perso : 15/20 ; note moyenne du groupe : 15,7/20).

7. Riesling Heissenberg 2007

On change de registre avec ce nez qui s'avère directement plus opulent avec des notes mielleuses, un petit côté solaire et des fruits jaunes exotiques. L'impression de complexité du vin précédent est ici plus atténuée. La bouche confirme cette impression. Si la fraicheur est là, la minéralité et l'équilibre présent, c'est nettement plus ample et rond, avec un côté doucereux et chaud que je ne recherche pas trop, personnellement. La finale bien qu'assez fraiche se complait dans le voluptueux. A revoir, quand les notes riches se seront fondues. Mais, finalement, au niveau des notes, c'est bien apprécié.
(note perso : 15/20 ; note moyenne du groupe : 15,5/20)

8. Riesling Fronholz 2007

Retour à la complexité avec ce premier Fronholz qui marque les esprits par sa jeunesse et sa multitude d'aromes floraux (gentiane, anis), minéraux, fruités (poire, pêche blanche) et fumés. Grosse claque en bouche ou matière , fraicheur s'équilibrent sur une grosse impression de pureté. Les aromes citriques s'entremêlent à ravir avec les notes pierreuses et épicées... c'est "grand" ! La finale est gigantesque, encore un peu droite avec des épices plus prononcés. Superbe, tout simplement. (note perso : 16/20 ; note moyenne du groupe : 16,7/20)

9. Riesling Fronholz 2000

Le nez est plus ouvert très marqué par le poivre et les épices doux. Si cela paraît plus solaire que le 2007, cela reste complexe avec du floral bien présent et quelques notes pétrolées. En bouche, si l'acidité est plus en retrait et l'alcool plus présent, cela reste très équilibré, extrêmement plaisant par rapport à d'autres vins de ce millésime, je serais presque réconcilié avec lui ! En finale, le sucre est plus présent, ce qui perturbe une partie du groupe. (note perso : 15/20 ; note moyenne du groupe : 14,9/20)

10. Riesling Fronholz 1998

La robe est encore "jeune communiante", avec de beaux atours dorés. Si le 2000 avait un nez assez riche, il n'en demeurait pas moins assez jeune. Ici, le nez est plus puissant, très marqué par des notes secondaires comme le floral, la cire et l'encaustique. Mais le caillou est là et bien là. Didier a y a trouvé des notes de mousseron, je m'incline ! le pétrole est aussi assez présent, sans gêner pour autant; en fait, tout cela est assez... splendide ! La bouche est une tuerie où tout s'y trouve : fraicheur tranchante, salinité, fruit, gras et de la longueur, en voulez-vous, en voilà. Un plébiscite absolu pour le vieillissement des rieslings, particulièrement sur des beaux millésimes comme 98. Coup de chapeau, le premier de la soirée. J'ajoute même que ce vin est méditatif ! Tout le monde applaudit... (note perso : 17/20 ; note moyenne du groupe : 17,2/20)

On passe ensuite au plus médiatisé des vins d'Ostertag, avec un tout jeune bébé, le 2008, à peine sorti de maternité. Après l'excellence atteinte par Fronholz, certains se demandent si ces Muenchberg vont répondre présents...

2007 a de la sensualité charnelle
alors que 2008 a une structure indestructible

Paroles du maître que l'on a, ici aussi, l'occasion de vérifier...

11. Riesling Grand Cru Muenchberg 2008

Le nez est assez fermé et nécessite pas mal d'agitation pour s'exprimer pleinement. A l'ouverture, on part sur des notes florales, des fruits blancs et du silex avec une pointe d'alcool. Tout cela paraît fort jeune et semble nécessiter un peu de mise en place.
La bouche est beaucoup plus intéressante, explosive, avec une tension énAUrme, Kolossale, une sensation d'être en présence d'un monstre de concentration, frais, vif et très pur. La longueur est invraisemblable, me faisant dire qu'on est ici sur un des futurs plus grands vins d'Alsace... quand ce chérubin aura pris de la maturité. (note perso : 16/20 ; note moyenne du groupe : 16,9/20)

12. Riesling Grand Cru Muenchberg 2007

Le nez est plus ouvert et la complexité est évidente, tant à peu près tout le dictionnaire des aromes est passé en revue. on retiendra, floral, épices, levures, lacté, fruits blancs, fruits jaunes, silex.... le tout avec à nouveau cette sensation de pureté qui colle à la peau des vins de ce soir. La bouche est plus équilibrée, plus ronde... oserais-je dire, plus sensuelle ? Mais qu'on ne s'y trompe pas : matière, tension et salinité  sont bien présentes, dans le registre orfèvrerie.La finale est belle fraiche, tendue, avec ce poil de volupté qui rend la donzelle encore plus désirable. Tuerie n°2. (note perso : 17/20 ; note moyenne du groupe : 16,5/20)

13. Riesling Grand Cru Muenchberg 2003

On vous a probablement dit un jour que 2003, en alsace, c'est comme ailleurs, y a du loukoum et de l'alcool, mais bon, le rôti estival, c'est pas trop ce qu'on recherche. D'où l'intérêt de tenter le coup avec ce Muenchberg... pour voir.
Le nez est d'emblée très expressif, assez riche avec des notes secondaires marquées, champignon, encaustique, fruits exotiques un peu compotés, épices et fraise. la bouche est surprenante de fraicheur et celle-ci atténue très nettement le côté solaire du vin. Si le caramel est là, la salinité aussi. Franchement, comme la longueur tient ici aussi son rang, je me demande si on ne tient pas ici un tout "grand" 2003. En tous cas, une note moyenne au-dessus de 15, c'est un signe! (note perso : 16/20 ; note moyenne du groupe : 15,6/20)

14. Riesling GC Muenchberg 2001

Complexité, complexité ? Complexité ! Oui, ce mot a déjà été prononcé précédemment, mais ici, on est pas sur Pluton, on est sur Jupiter ! Que dire... c'est tellement beau qu'il faudrait se taire, fermer les yeux et plonger.... plonger profondément. Mais je peux pas... alors, oui, il y a encore de la jeunesse, des fruits citriques dans ce vin. Oui, il y a des composantes nobles, florales, pierreuses. Oui, il ya aussi une indescriptible palette d'aromes secondaires comme le champignon en fusion totale avec le reste. Et la bouche... c'est à tomber de fraicheur, de précision et de fruit. Comment un Grand Cru de cet âge peut-être aussi... buvable ? Le millésime, le fruit, le terroir, l'homme. La quadrature du cercle. Vous voulez que je vous parle de la finale ? Chassez dès aujourd'hui chez vos cavistes et restos cette merveille, vous ne le regretterez pas. Sublimissime. (note perso : 19,5/20 ; note moyenne du groupe : 17,9/20)

Maintenant... j'ai peur... Derrière ce YouKounKoun du riesling, qu'est ce qui peut encore s'exprimer?
Hardi, les Pardaillans, le soirée n'est pas finie... et maintenant les pinots gris.

15. Pinot Gris Zellberg 2007

La robe est jaune doré clair, très brillante. Le nez est expressif avec du beurré, du lard fumé, des fruits blancs et des agrumes et des épices. La bouche est à la fois grasse, structurée, presque tannique avec une belle fraicheur dopée par la minéralité et les épices, le tout sur un équilibre très pur. Si le sucre résiduel et l'élevage sont présents, ils sont très intégrés et on ne retient aucun atome d'écœurement ou d'amertume. La longueur est belle sur le fruit et la fraicheur, d'une grande netteté. Un bien beau vin qui fédère l'assemblée, ce qui n'est pas toujours le cas avec des pinots gris. (note perso : 16/20 ; note moyenne du groupe : 15,4/20)

Solitaire mais Libre
Comme un Vieux Chêne
Au Cœur du Grès Rose

16. Pinot Gris Muenchberg A360P 2008

Un peu comme son cousin riesling, le nez est ici d'abord fermé. A l'ouverture, on retient des aromes de fruits secs, des notes d'élevage et du fumé. Si c'est assez précis, il faudra toutefois un peu attendre que la sauce des aromes se lie. La bouche est d'une puissance énorme, tant par l'acidité, un peu perlante, que par le fruit et le gras. Si une pointe d'amertume se fait jour, on perçoit aussi beaucoup de salinité et on retrouve les notes fumées. la finale est d'une longueur infinie. La partition est là, après quelques mois d'attente, l'interprétation promet d'être grandiose... j'en frémis d'avance. Grand, Très très grand. (note perso : 19/20 ; note moyenne du groupe : 15,8/20)

17. Pinot Gris Muenchberg A360P 2007

Le nez paraît un peu fermé et moins expressif que lors de ma précédente dégustation. Mais ce vin n'a pas été carafé, rappelons-le. Si la complexité semble au rendez-vous, on est un peu sous la domination du bois et d'une certaine douceur. les notes fumées du 2008 sont à nouveau bien présentes. En bouche, si la fraicheur est bien présente, l'équilibre semble un peu déplacé vers le gras et le boisé, le tout, avec une pointe d'amertume. Mais cela reste très plaisant, presque jubilatoire et on se dit, au vu de la persistance aromatique que la bestiole est très loin de s'être pleinement exprimée. (note perso : 16/20 ; note moyenne du groupe : 16,6/20)

Une chose est certaine, c'est que ces A360P ont fait l'objet de débat, de passion et qu'ils sortent de l'ordinaire, par leur élevage, par leur façon d'exprimer à la fois terroir et fruit. Laissez-vous tenter !

Pour en savoir plus sur comment André Ostertag voit l'A360P, cliquez ICI

18. Riesling GC Muenchberg VT 2007

La robe est jaune citron doré, très brillante. le nez est puissant, à la fois dominé par le fumé, les fruits exotiques très frais et les épices. On sent la turbulence du bébé qui se réveille.... L'attaque est très fraiche, droite, mais l'opulence de la jeunesse s'installe très vite pour donner un vin très ample avec une aromatique riche faite de miel, de fruits jaunes gras et juteux de jasmin, d'épices et à nouveau de fumé.
La longueur est à la hauteur de ses ambitions : kilométrique. Je met 16 aujourd'hui, mais ce sera  surement beaucoup plus dans 10 ans, tellement ce vin a besoin de se faire et s'affiner. (note perso : 16,6/20 ; note moyenne du groupe : 15,4/20)

Work 1990

Quand les millésimes ou l'occasion le permettent ou que les agréments espérés ne suivant pas, André Ostertag nous livre ses émotions avec un profond mélange entre les mots et le vin, proposant des œuvres complètes, WORK, à l'entièreté de nos sens. Ces œuvres sont rares, d'une grande originalité et je tiens vraiment encore à remercier Laurent Lab. d'avoir eu la patience d'attendre avec ce coffret Work 1990, assurément, le clou de la soirée.

Après avoir lu le poème d'André Ostertag qui y est lié, on passe au vins que l'on délivre de leur flacon aux étiquettes minimalistes mais très expressives sur la nature des vins.

19. Riesling Heissenberg Vendanges Tardives Work 1990

Après deux trois minutes nécessaires au vin pour s'exprimer pleinement, on se retrouve face à une très grande moisson d'aromes emballés par une fraicheur surprenante. On bondit du caramel au sel de Gérande en passant par des tisanes marquées (tilleul, jasmin) sans oublier de superbes notes de mile d'acacia.
La bouche est surprenante d'acidité pour un vin de 20 ans et c'est tout bonus, puisque celle-ci permet à la richesse du fruit, du gras et des sucres de ne jamais aller à l'écœurement, d'autant plus que cette sucrosité est très intégrée. En fait, on est proche de l'harmonie... tout simplement. (note perso : 17/20 ; note moyenne du groupe : 16,7/20)

20. Gewurztraminer Fronholz Vendanges Tardive Work 1990

Difficile à se prononcer tant le bouchon a hélas gagné la partie tuant le vin à coups de notes de vernis et encaustique pas très agréables. Même tactilement le vin s'en ressent.

21. Riesling Fronholz Work 1990

La robe est fortement évoluée, or avec quelques notes orangées, un peu comme un coucher de soleil hivernal. Le nez est d'une grande finesse, marqué par la torréfaction, le citron confit et une foule d'aromes secondaires en fusion. Pas la moindre déviance.
La bouche est très fraiche, droite et donne une impression de matière gigantesque tout en jouant sur le registre du sec absolu (presque sherry en tactile) tout en donnant du gras. on a un sentiment de plénitude avec ce vin. Sur la longueur (à aller dormir avec) le citron confit se fait plus présent. Il n'y a, en fait qu'un mot pour décrire ce vin : EMOTION. (note perso : 19,5/20 ; note moyenne du groupe : 18/20)

Conclusion

Oui, je suis subjectif dans mes propos, mais comment pourrait-il en être autrement quand autant de vins m'interpellent jusqu'au tréfonds de ma moelle.
Oui, je suis un passionné et mes propos toujours admiratifs peuvent probablement lasser...
Mais tout de même, vous les avez vues, les notes moyennes du groupe... ca parle tout seul non? S'il faut retenir de tout cela certaines choses, c'est qu'assurément André Ostertag nous livre des vins d'une grande profondeur, toujours frais et où "pureté" est le maître mot. Jamais excessifs dans les saveurs, ces vins nous frappent par leur buvabilité et leur capacité à vieillir sur la finesse et la complexité. C'est du très beau travail, une œuvre de passionné à l'intention d'autres passionnés. J'ai rarement vécu une soirée avec tant de vins avec une ambiance aussi tenue. Ce n'était pas de l'ennui mais du recueillement.

Merci à vous, André, Annie et tous ceux qui font que ces vins existent.