Carnets de Route
en Languedoc-Roussillon

 

01. Préliminaires

Les préliminaires, c'est peut-être ce qu'il y a de plus important dans un acte passionnel (je pense pas que les dames me contrediront...)
Et moi, descendre dans le Languedoc-Roussillon à la rencontre des vignerons, le tout pendant deux bonnes semaines, cet acte-là, ca fait 10 ans que je l'attends, un peu à la manière d'un prisonnier en instance de libération. (C'est une image, hein !).

Alors sûr que ces préliminaires, je les voulais intenses... Et pour combler mes attentes, tout a démarré en feu d'artifice sous le signe de l'amitié Lpévienne, parce sue, à peine arrivé à Nîmes, c'st avec Laurent "Enzo d'Aviiolo" que j'ai rendez-vous en compagnie de nos charmantes compagnes respectives, occasion aussi pour moi de rencontrer Fiona dont quelques langues indiscrètes m'ont vanté le sympathique tempérament.

Et ce n'est sûrement pas ce qui suit qui contredira mes espoirs...

On s'est donc re"trouvé" pour l'apéro sur les marches de la place entre la très ancienne et romaine Maison Carrée de Nîmes et la très moderne et récente bâtisse tout aussi carrée qui lui fait face, la seconde se voulant être le reflet futuriste de la première, non sans réussite.

 

 

Après à peine quelques minutes, Laurent lance les hostilités avec une Roussette 2202 Marestel de Dupasquier, servie à l'aveugle pour piéger le monomaniaque en voyage... Objectif pleinement atteint, puisque dans le panneau, je tombe... L'animal m'a-t-il servi un Alsace voire un chenin ? Loupé, of course, mais il faut dire que le breuvage est complètement hors normes avec son nez floral et d'épices (girofle) et surtout sa bouche où à la fois tension et gras me font penser à tout sauf à de l'Altesse. Mais plus que tout, ce vin est gourmand.... ca part très fort..
J'attaque de mon côté avec un panzer à peine sorti d'usine, façon "Private Joke" suite à quelques précédents échanges sur LPV, soit un Riesling Clos Ste Hune 2001 de Trimbach, vin sacrifié sur l'autel de l'admiration que lui vouent encore certaines fines lames, dont Laurent. Faut temps en temps soigner le mal par le mal. Plus sérieusement, le nez de la bébête se montre quand même un peu fermé, surtout que le vent sur la place n'arrange pas trop les choses, mais on perçoit effectivement des agrumes et une fine pointe florale. En bouche, ACH !, c'est bien aussi germanique que je l'espérais entre tension et tension et où le fruit est un peu relégué dans les douves du château... A revoir... quoique... un doute m'habite...
Une paire de gentille dames nous croise, repère le flacon, et puis, après deux trois mots échangés, capture la photo ci-dessus... Un parvis, du vent, des chips, de l'amitié et un Ste-Hune probablement trop jeune... moment antiaudouzien par excellence...j'adore !

 

 

Sous les conseils de Nico (Père), on se dirige ensuite vers le "consistant de la soirée", soit le restaurant à vins "Aux Plaisirs des Halles" qui possède un sympathique jardin couvert, une carte des vins régionaux où tous les "grands" et les moins grands se côtoient dans l'opulence, et une cuisine qui va bien avec tout cela... Juste dommage le manque (ce soir-là?) d'un vrai sommelier-conseil. Mais c'est un détail, vu que la compagnie de Fiona et Laurent occulte cela largement ! Côté vins, je tente un Claviers blanc 2008 du Domaine de la Garance de Pierre Quinonero avec qui j'ai rendez-vous le surlendemain. Grosse discussion sur ce vins qui oscille entre pomme oxydée pour Laurent et pomme Granny-smith pour moi... J'avoue que c'est pas renversant, mais la tension m'interpelle favorablement. Retour au consensus positif avec le Mas Bruguière "La Grenadière" 2007 qui allie densité, puissance aromatique, fraicheur et structure tannique... un beau vin de gastronomie, excellent choix de mon vis à vis.
Après avoir révolutionné le monde comme à vingt ans, on se quitte à l'heure du carrosse, les mille bornes de route se rappelant à mon souvenir...
Pour ces moments, Fiona et Laurent, un seul mot : merci !
Juste un dernier mot sur ces "Plaisirs des Halles" : le restaurant est parsemé de photos de "tronches" des grands vignerons du Languedoc-Roussillon, du pur bonheur pour égayer sa soirée façon Quizz en images et se mesurer aux autres fines lames.

 

 

Attendant de récupérer la copine d'une de mes filles, je reste la journée suivante à Nîmes à flâner dans les agréables rues commerçantes de la vieille ville. La fin d'après-midi se concentre sur un apéro composé des restes du Marestel de la veille (toujours aussi bon) et d'un VDT "Los Abuelos" 2002 de Terre Inconnue que Laurent m'a apporté. La chose propose un nez puissant, complexe avec des fruits rouges, du cassis, de la garrigue et une subtile fleur d'oranger. petit bémol, l'alcool vient un peu se mêler au débat. La bouche est très sudiste, pleine de fruits compotés, des tanins ultrasouples et... toujours un poil de chaleur en trop, surtout sur la finale... mais cela reste super buvable !

 

 

Je me dirige ensuite vers la seconde adresse conseillée par le Père Nico, soit le Marché sur la Table où les produits frais du marché cuisinés par Eric Vidal sont génialement accordés par la sublimissime carte des vins concoctée par Caroline Darricaud (voir photo ci-dessus). Et quand je dis sublimissime, je pèse mes mots : pas question ici de courses aux références multiples, si la liste est bien plus menue qu'au Plaisir des Halles, elle surprend par la justesse de son référencement, axé, il est vrai, sur le bio de très grande qualité. Avant même de boire quoi que ce soit, on est charmé rien que par la lecture de cet opuscule délicieusement agrémenté de citations sur le vin et de poésies hédonistes... Peut-être ma plus belle carte jamais vue... Et on ne s'étonnera pas que la dame Caroline est, par ses conseils, au diapason de sa carte... de l'apéritif au vin de dessert, à la bouteille ou au verre, tout est parfait !

 

 

Rien de tel pour célébrer ce superbe moment que la Cuvée n°3 du Domaine Peyre-Rose 2003 ( 45% syrah, 40% grenache et 15% carignan) servie carafée. Le nez est d'une profondeur incroyable, riche et complexe... on n'arrête pas de bondir d'un arôme à l'autre : cerise, épices, tabac, champignon. La bouche, non sans une fraicheur étonnante pour 2003, atteint un sommet de velouté avec ses tanins souples, sa densité de matière entre fruit et aromes d'évolution, le tout avec une longueur renversante. Un chef d'oeuvre. Et il me faut ajouter que le machin est proposé à la carte au prix "caviste", soit environ 10 euros de plus qu'au domaine. Nîmois, Nîmoises, foncez !

Le lendemain, il est temps d'attaquer la dernière étape de ces préliminaires : Le Mas Coris

 

 

Tout part d'une rencontre sur Facebook, à l'occasion de ma présidence d'un mois des "Vendredis du Vin", avec Véronique qui y parle depuis cet hiver du petit domaine qu'elle a acheté avec son mari Jean et dans lequel le couple a décidé de se jeter à l'aventure. Après quelques "chats", le courant passant bien (comme on dit), il s'avère à peu de choses près que le chemin le plus court entre Nîmes et Narbonne passe par "le Mas Coris" à Cabrières.

 

 

Après nous avoir donné rendez-vous à Villeneuvette, manufacture royale toute proche, Véronique et Jean nous guident  vers leurs deux hectares de vignes à 200 mètres d'altitude au pied du Pic de Vissou. Les parcelles schisteuses de grenache, cinsault et syrah sont largement bordées de garrigues, ce qui permet une bonne biodiversité et une intéressante protection vis à vis d'éventuels voisins "chimistes", le choix du couple étant de mener les vignes en bio.
En plus de la sympathie de nos hôtes qui ne dépareille en aucun cas de celle ressentie sur la toile, je dois reconnaître qu'il est compréhensible qu'ils aient eu un coup de cœur pour ce petit coin, tellement la vue est "canon", surtout du haut de la parcelle principale.
Mais le plus étonnant, c'est que Véro et Jean, il y a un an, ils ignoraient encore complètement qu'ils allaient devenir vignerons, et qu'alors que la première vendange arrive, le matériel de vinification doit encre être livré... et que de plus, les tourtereaux, ils sont vraiment en train d'apprendre leur métier sur le tas...

 

 

Bon d'accord, ils sont tout de même aidés. Leur futur œnologue est aussi vigneron et ce dernier les aide à traiter les vignes ainsi que dans leurs achats.
Quoiqu'il en soit, même si les plus cartésiens, je les vois pâlir, voici une superbe aventure qui mérite d'être suivie... Et puis, ca me fera quand même une belle émotion, plus tard, de goûter le fruits de ces vignes que j'aurai approché avant la naissance du premier rejeton.

Si vous désirez suivre l'aventure, c'est ici ...

Je n'oublie pas que c'est à Véronique que je dois ma future première visite chez Pierre Quinonero du domaine de La Garance à Caux, elle qui en a si joliment parlé dans les vendredis du vin de juillet.