Carnets de Route
en Languedoc-Roussillon

 

05. Rencontre
avec Lionel Gauby

Ce qui va suivre justifie pleinement le fait de descendre dans le vignoble.
En préambule à ceci, je dois rappeler que j’ai cosigné sur le forum LPV, cet hiver un compte-rendu très complet sur le domaine au titre assez discuté de « Traversée du désert de Gauby », second degré à la belge pas toujours bien perçu. Si dans cet article, les millésimes jusque 2004 ne suscitaient que sentiments de confirmation de la qualité des vins du domaine, 2005 et 2006 en avaient surpris plusieurs, principalement au niveau des acidités. Comme j’avais tenté de communiquer avec le domaine sans succès pour en débattre, je me disais, que, sommes toutes, je n’y étais pas trop en odeur de sainteté, et, comme de plus, on ne rentre pas comme dans une église, la visite au "temple" de Calce n'était pas au programme...

Mais à Calce, je devais y aller, rien que pour y rencontrer l’incontournable (pour moi et très nombreux autres) Jean-Philippe Padié que je retrouvai donc attablé au "Presbytère" sur la petite place du village en présence de deux membres de l'équipe du domaine... Gauby.
Et tout ce petit monde de sympathiquement me dire que rien ne valait plus que de se rencontrer pour discuter et même de s'y atteler..

Donc.. voici après quelques minutes, Lionel Gauby, qui faisant fi de sa sieste, débarque à l'auberge pour me proposer de répondre à mes questions autour de quelques bouteilles.

 

 

Cinq minutes plus tard, je me retrouve dans la cuverie du domaine, face à un Calcinaires rouge 2008 et un Lionel des plus accueillants, prêt à se livrer à livre grand ouvert.

Très vite Lionel revient sur la volonté d’atteindre un idéal dans les vins à travers la finesse et la complexité, tout en procurant une fraicheur qui a fait débat précédemment, beaucoup la liant à des vendanges trop avancées. Il reconnaît lui-même que 2005 et 2006 font partie d’une époque où le domaine recherchait encore la meilleure voie d’expression des vins, admet que ce style n’a pu que pousser à l’interrogation (à commencer par lui-même), mais que cette étape était inévitable pour l’obtention des 2007 et surtout des 2008 et 2009 qui correspondent à cette image tant espérée. Pendant que l’on parle, ce Calcinaires 2008 par son fruit retrouvé confirme que les 2007 goûtés en Belgique au printemps montraient effectivement un côté moins austère que les deux millésimes précédent. Si la fraicheur est ici toujours très présente, elle s’impose moins par elle-même mais porte plus la matière et, de plus, les tanins y sont très bien intégrés, d’une grande souplesse. Je ne m’avancerais pas pour débiter une comparaison banale du style, 2008, c’est 2004 en plus tendu, parce que ce n’est pas non plus le cas, ce Calcinaires ayant vraiment une identité propre.

 

 

Pendant cette dégustation, Lionel me fait part des raisons qui ont lentement conduit à cet état de grâce retrouvé : Si l’on continue à vendanger un poil plus tôt que la moyenne, c’est parce que les maturités le justifient et cela par une conjonction de facteurs propres à la topographie des parcelles mais aussi à un travail en profondeur sur la façon de réaliser les tisanes (pour rappel, on est ici sur un des porte-drapeau de la biodynamie) et autres produit de traitement. Les tisanes ne sont plus obtenues par une infusion à haute température mais plus par une méthode qui correspond à une décoction tiède, ce qui semble améliorer la qualité des actifs extraits et leur pouvoir énergétique. Par ailleurs, la solution « 500 » classique a été remplacée par une fermentation de thym (à fort pouvoir antiseptique) dans des germes de blé, et qui donne pleine satisfaction à Lionel. Un des effets remarquables de ces nouveaux traitements est d’obtenir aussi une certaine hausse des rendements, ce qui va à l’encontre des réalités retrouvées lors de mes visites dans d’autres domaines de qualité. Il faut signaler que tout ceci reste lié au travail de Gérard Gauby, omniprésent dans les vignes, dont il s’occupe à plein laissant la charge des vinifs entièrement à son fils Lionel que je trouve décidément plus serein et empli de certitudes par rapport à ma dernière rencontre avec lui à Bruxelles, deux ans avant, où je l’avais trouvé pleins de doutes... Un autre point intéressant de cette discussion !

 

 

Sur ces entrefaites, il me mène au sous sol où reposent foudres et barriques pour une dégustation sur fûts des 2009 qui va durer deux bonnes heures. On commence par les syrahs d’assemblage, très mures, puis on passe aux grenaches d’une gourmandise rare avant de terminer par les carignans structurés pour dresser les futurs Calcinaires et Vieilles Vignes.
Ensuite, on passe aux barriques qui serviront aux cuvées du haut de la gamme, et là, je dis « LES » cuvées puisque trois nouveaux lieux-dits viendront rejoindre désormais la Muntada.
Malgré un festival d’expressions qui me font penser à une success story annoncée, je suis frappé par la cohérence de tous ces vins, qui malgré leur nécessité de s’affiner encore 5-6 mois, proposent aujourd’hui une alchimie remarquable entre fruit et finesse, une barrique de mourvèdre particulièrement m’ayant interpellé. Face à moi, qui ne suis jamais qu’un amateur passionné, je vois Lionel de plus en plus rayonnant, bondissant d’un fût à l’autre, me proposant un grand nombre d’anecdotes liées à ces nouvelles cuvées. Du pur bonheur.

 

 

La dégustation se termine par les 3 bouteilles phares de 2008 en rouge, soit après un retour aux Calcinaires, les Vieilles Vignes et la Muntada. Si la dernière cuvée montre plus de droiture et de profondeur (la syrah y est en recul depuis pas mal de millésimes), je suis vraiment frappé par le côté gourmand retrouvé dans ces vins, les Vieilles Vignes, particulièrement transfigurées et représentant, à mes yeux, un must have absolu. J’ai hâte de me retrouver sur blogs et forums dans une petite année pour me voir confirmer ces impressions qui devraient encore s’affirmer sur les 2009.
On se quitte sur une Muntada 2003, absolument fabuleuse, à des lieues d’un vin marqué par la chaleur.
Il y a des moments que le hasard rend inoubliables, ces moments passés avec Lionel en sont, incontestablement et justifient à eux seuls ma descente en Roussillon. Il est dommage que cette humanité perçue soit souvent masquée dans les revues pros par une technicité envahissante, parce que la vraie réponse à ce que sont les vins du domaine se trouve certainement ici, entre l’homme, sa terre et le fruit qui y est porté.

Merci à Jean-Phi et au reste de l’équipe pour avoir provoqué cette rencontre.

 

 

Domaine Gauby
Lionel et Gérard Gauby
66000 Calce
TEL : 04 68 64 35 19

Web :
www.domainegauby.fr