Carnets de Route
en Languedoc-Roussillon

 

12. Les Enfants Sauvages

C’est suite à une suggestion de Jean-Philippe Padié lors de ma visite chez lui que je fonce dès le lendemain vers le domaine des « Enfants Sauvages » de Carolin et Nikolaus Bantlin.

 

 

Originaire d’Allemagne et profondément marqué par le respect de la nature, le jeune couple à deux enfants qui séjournait régulièrement en vacances à Fitou tombe en 1998 raide dingue de 8 ha de vignes non loin de la mer derrière la colline qui supporte la sculpture que l’on aperçoit de l’autoroute et qui deviendra le symbole du domaine. Après s’être définitivement installé à Fitou en 2001, le couple se met à lire énormément sur le bio et la biodynamie…. Nicolas Joly et ses écrits seront pour eux une révélation.

 

 

Après plusieurs formations dont un stage chez Olivier Pithon et grâce à ce dernier, 2003 sera leur premier millésime.
Aujourd’hui, le couple possède en haut du village une toute nouvelle maison qui accueille le chai, le stockage des vins, une petite structure d’accueil et la maison familiale à l’étage où je suis accueilli avec beaucoup de gentillesse.

 

 

Les vignes sont regroupées en deux ilots totalement indépendants de tout voisinage à 150 mètres de hauteur sur des sols argilo-calcaires et sont rafraichies par l’air maritime. Cette situation les protège et les entoure d’une grande biodiversité vierge de contaminants, ce qui est capital aux yeux des Bantlin, la pratique de la biodynamie étant ici scrupuleusement suivie et l'adhésion à "Renaissance des Appellations" est logique, cousue de fil blanc.
Toutes les vignes sont conduites en gobelet, la taille traditionnelle de la région.

 

 

Dans le chai, rien est laissé au hasard, tout est parfaitement ordonné, le conditionnement d’air permettant de stabiliser les températures souhaitées. Malgré l’ordre, il règne, lors de ma visite cette espèce d’effervescence avant l’arrivée du tour… les vendanges sont proches. Nous ne sommes pas non plus seuls… sur les murs, sur les futs, les références à Joplin, Hendrix et les Doors sont partout… Je suis captivé…

 

 

De retour dans la petite salle de dégustation, j’ai hâte de découvrir ces cuvées tant suggérées….

Le premier vin dégusté est  le VDP des Côtes Catalanes blanc « Cool Moon » 2009 composé à 100 % de grenache gris à faibles rendements (12 hectos), vinifiés en barrique de trois ans et plus et élevés sur lie. La robe est nette, très claire et dès le premier nez, je tombe sous le charme de cette bombe de délicate fraicheur au floral incomparable…. De la dentelle ! La bouche est super tendue, d’une grande pureté avec de délicieux parfums d’agrumes, une salinité omniprésente et un alcool absolument imperceptible. Et la buvabilité… KOLOSSALE ! De quoi remettre en cause tous les blancs de la région dégustés jusqu’alors… Magnon, Padié et maintenant ceci… que d’émotions !

On poursuit avec le premier rouge, le VDP des Côtes Catalanes « Enfant sauvage » 2008.
A travers ce nom, tout me rappelle leurs deux jeunes enfants qui grandissent dans la vigne, ne se protégeant dans la voiture familiale que quand les vents hivernaux empêchent les libres ballades à travers les ceps. Ce vin est issu de carignans (70%) et de grenaches (30%) de 40 ans d’âge à environ 25 hl/ha, élevés 8 mois en cuve béton après une macération courte pour privilégier le fruit. Pleine réussite au nez clairement sur de fines notes de fruits rouges et noirs, plus sur la fraicheur que sur la gourmandise. La bouche est bien tendue, clairement sur le registre de la fine buvabilité avec des tanins très souples. Le fruit domine lentement, l’alcool ne se marque pas. Objectif atteint, on est sur un classique festif.

 

 

Le second rouge est le VDP des Côtes Catalanes « Roi des Lézards » 2007 issu des plus vieilles vignes (70 ans) de carignans à 20 hl/ha vinifiés en foudres et élevés 24 mois en futs de trois ans et plus. Le nez est ici plus puissant, toujours frais mais moins marqué par le fruit que la cuvée précédente, alors qu'épices et arômes de garrigue s'en donnent à cœur joie. La bouche est de nouveau très tendue, très pure, les fruits cohabitant ici avec épices et notes minérales. Les tanins restent souples ce qui confère à nouveau beaucoup de buvabilité, même si la structure globale appelle ici les plats. Une fois de plus, un vin étonnant, délicieux, un truc à porter haut la bannière de Fitou, un truc à rendre fier Laurent Maynadier du "Champ des Soeurs" pour son appellation chérie... Tiens, ils sont très potes... tu m'étonnes !

On termine avec le Muscat de Rivesaltes 2009 issu de muscat à petits grains avec des rendements de 10 hectos. TUERIE totale... Volontairement vendangés tôt pour conserver un maximum d'acidité, ce vin s'avère être un véritable écrin qui atteint la fraicheur et la précision des meilleures vendanges tardives de riesling et... en même temps, il est impossible de s'arrêter d'en boire. Les trois bouteilles achetées ont fini leur carrière trois jours plus tard, c'est dire... A découvrir absolument, surtout que les prix sont très sages, comme d'ailleurs pour les autres vins du domaine.

Si ces deux jeunes-là continuent ainsi, ils vont faire du bruit et de nombreux "Enfants Sauvages" vont égayer nos tables, je tiens le pari. Viele Danke ... et à très bientôt!

 

 

Les Enfants Sauvages
Nikolaus & Carolin Bantlin
Rue Gilbert Salamo, 10-12
11510 Fitou
TEL : 04 68 45 69 75
Web : www.les-enfants-sauvages.com