Carnets de Route
en Languedoc-Roussillon

 

14. The Final Step :

J'aime finalement pas trop les desserts...en plus, ils me font grossir... il est donc un peu normal que mes tribulations sudistes s'achèvent par un plat principal.... et le mien, là, c'est une belle bête, puisqu'il s'agit d'Hervé Bizeul et du Clos des Fées. Enfin, je dis Hervé, mais autant dire aussi et tout de suite Claudine, tant on peut parler de sa gente dame comme une vraie moitié... constat éminemment facile tant le Bizeul associe son épouse à toutes nos discussions de cette rencontre

 

 

Et des discussions, il y en a eu sur les 5 heures passées ensemble. Alors, je me suis demandé comment aborder le sujet... Parler d'abord du Clos des Fées... j'aime pas trop me répéter et puis avec les potes de LPV, on l'a fait largement ici, sur ce forum qu'Hervé affectionne particulièrement.
J'aurais pu me lancer dans un reportage photo, mais là, pas de chance, étant passé plus vite que prévu dans la voiture de mon hôte du jour, j'oublie et l'appareil photo et le GSM dans ma bagnole.. tain... de ...tain. Donc me voilà forcé d'aller piquer des images sur la toile...
Reste alors l'option purement CR de dégustation, mais les vins sont déjà tellement commentés que cela tout seul, c'est nettement insuffisant pour décrire cette journée commencée au resto "
Le Petit Gris
" à la carte aussi fournie et pleine d'imagination que mon vis à vis... Un petit mot quand même sur ce lieu favorisant les plats locaux et les vins : les prix sont pratiquement ceux de sortie au domaine... alors si vous êtes dans le coin n'hésitez pas.

 

 

au "Petit Gris"

Oui mais bon, alors bon, je fais quoi, moi... et, si, et là, j'insiste en toute humilité, je tentais un portrait. Oh pas avec la prétention d'avoir psychanalysé une bestiole qui n'en a d'ailleurs rien à battre, mais tout simplement d'oser exprimer un ressenti du moment, une espèce de mise au point personnelle, en fait.
Et quoi qu'il arrive, après cela, je vous demanderai pas d'adhérer à ce que je dis, l'essentiel, c'est que j'y adhère moi-même.

Et pourquoi donc...me demanderez-vous Madaaame ?

Mais parce que Hervé Bizeul est le bonhomme idéal contre qui on développe des préjugés, parce que moi-même, des préjugés, j'en ai eu à son égard, c'est pour dire, lors de notre première rencontre, je lui aurais bien versé le crachoir sur la tête..tellement son comportement peut être quelquefois stupéfiant.
Il faut dire, que souvent, Hervé, il fait tout pour nous énerver. Commençons par ce génial repas, où déjà pas mal de cartes s'abattent... Ce gars, il vient de quelles planète ? Malgré un passé multiple et chaotique, quand il devient vigneron, il n'arrête pas d'en faire et en refaire : à partir d'un garage, il veut produire un des meilleurs crus de Roussillon, si pas "le" cru en la personne de sa cuvée "Le Clos" des Fées, et il va tout faire pour cela. Comme ses deux autres projets... le domaine vigne-oliveraie de "La Chique", son projet équitable Walden... et ses voyages pour communiquer là-dessus... Il balance tout cela comme un carré d'as gagnant sur la table et pour quelqu'un comme moi qui essaie bon gré mal gré de faire prospérer sa petite pharmacie, je peux garantir, que tout en une fois, c'est du lourd et j'imagine que ca énerve pas mal, certes...

... mais finalement,  et si tout cela était comme la lune dont ne voit jamais que la partie qui brille et dont on se pose rarement la question : et si tout cela avait un sens profond?

 

 

On peut dire facilement d'Hervé quand il dit être si amoureux de "sa" région sur son blog qu'après tout, il écrit très bien. On peut même rire du fait qu'il s'accapare cette région alors qu'il vient de Paris, le gars.
Et pourtant... lentement, au fur et à mesure qu'on approche des premières parcelles, je vois le communicateur invétéré se taire et je vois son œil se faire de plus en plus brillant.

 

 

Face à ses paysages absolument magnifiques, peut-être les plus beaux que j'ai vus dans l'Agly, le géant Bizeul s'écrase soudainement devant mes yeux et je me dis qu'il ne s'est rien accaparé du tout, ce sont ces vallées qui l'ont pris, comme "la" femme de votre vie vous prend un jour...
Alors, je me mets à voir les choses autrement et j'imagine que, comme Hervé est un passionné, un fonceur, à cette femme terrienne, il veut tout donner, à commencer par un cru magnifique qui pourra toiser sans complexes les autres pointure de France et du Monde.
Au delà du vin, il veut aller encore plus loin, toujours dans le registre du coup de cœur, quand il reprend "La Chique", nouvelle folie au budget surrisqué, et, à nouveau, dans ma première imagination matérielle, je me dis  que tout ceci est la première pierre de ce qui pourrait devenir un "agriturismo" n'ayant rien à envier au plus grands toscans, mais... quand je vois ces dizaines d'arcs d'Oliviers en terrasses qui surplombent les vignes de ce nouveau domaine, je comprends à nouveau que c'est la beauté des lieux qui à nouveau lui a arraché une nouvelle part de son cœur...
Et soudainement, de voir tant de beau, une telle volonté de réussir à le sublimer, je me dis, peut-être naïvement, que la permanente fragilité de ses projets oblige Hervé d'avancer par certitudes, ses certitudes, que cela l'oblige de se créer une image forte, sibérienne, souvent sans compromis, sans quoi, j'imagine combien de fois il aurait pu jeter l'éponge, entre les pressions des banques, les doutes de ses amis et le regard proche de l'amusement moqueur de ces catalans de souche qui doivent prendre l'animal pour le roi des fadas. Il n'en reste pas moins que derrière tout cela, il y a l'humain, celui qui vit à travers son rêve empreint de nature et de fées, celles qui la nuit viennent lui chanter toutes les nuits, continue, fais nous danser dans ton vin...
Cet humain là, il fait partie de ce que j'admire par dessus tout. merci, Hervé de me l'avoir fait comprendre à travers tes paysages encore plus qu'à travers tes vins... et j'espère que tu ne m'en voudras pas trop d'avoir écrit ceci, cela m'a paru finalement la seule conclusion que je pouvais apporter à cette ballade dans tes vignes.

 

 

De retour au "garage", je suis un peu absent. Les 2007 et 2008 défilent, avec des vieilles vignes et un clos plus gourmand que jamais, au sommet de la densité et du fruit, ils me donnent le même plaisir toujours renouvelé que ces précédents millésimes qui m'on déjà tant emballé, et dans ma tête, ce "Clos" est indubitablement tout ce que j'attends d'un grand cru.
Merci pour ces moments d'émotion..  J'emporte dans tes bouteilles comme dans celles de beaucoup de gens fantastiques rencontrés pendant ce séjour un peu de beauté de ces lieux...

 

 

Le Clos des Fées
Hervé Bizeul
Claudine et Hervé Bizeul
69, rue Maréchal Joffre
66600 VINGRAU
TEL : 04 68 29 40 00
Web :
www.closdesfees.com