Les Vendredis du Vin
"Avant 2000"

Quand le gant de la présidence des Vendredis du Vin est relevé par une pointure comme Philippe Rapiteau, la Pipette du Web la plus respectée, y a pas d’hésitation, faut foncer.
Surtout que le thème, les vins d’avant 2000, me paraît bien plus « open » que les derniers autres en date, plus particulièrement pour les vieux chnoques de mon engeance.

Occasion est donc donnée pour tenter de faire naître un concept festif autour et à partir de tout cela : désormais, au lieu de préparer ces vendredis du vin pour un comité souvent très réduit aux murs de « Pénates », c’est autour et chez un de mes cavistes préférés que j’aimerais qu’on fasse la fête, entre habitués qui viennent régulièrement y « refaire le monde » comme dirait René Sepul), autour de chaque thématique.

Petit faire-part de naissance donc :

Les Etablissements Basin & Marot
ont la joie de vous faire part de la naissance de
Les Vendredis du Vin Brusseleir*

L’enfant et les parents se portent bien.

Pour les visites,
Ça se passera 90 A, Rue du Page à 1050 Bruxelles...
A la fréquence d’une fois par mois
(Le programme est disponible dans nos installations)

Le thème du mois est celui choisi par
le vénérable Président des « Vendredis du Vin »

Pour ouvrir le feu, j’ai décidé de jeter du « pétrole » sur le feu, non sans terminer le débat par un détour presque obligé et ému vers des côtes que mon Radeau de la Passion, mon Kon-Tiki du Glouglou a quitté depuis des lustres, chaque vin de cette dégustation ayant une connotation bien plus que vinique pour moi.
Heureusement, pour parer à toute éventualité de spleen larmoyant et sirupeux, je pourrai aussi compter sur quelques cartouches de mes joyeux camarades.

* Brusseleir : c’est pas du français, c’est pas du flamand, c’est du mélange, du zinneke, juste pour dire bruxellois.

 

 

On commence donc les festivités par le Riesling Grand Cru Kirchberg de Ribeauvillé 1999 du domaine Louis Sipp. D’une part, ce vin symbolise mes années LPV où j’ai eu tant de plaisir à rencontrer de fameux zouaves qui sont devenus aujourd’hui des amis solides. Et ce vin, il s’y est retrouvé des tas de fois à l’affiche du forum, un record même pour un vin de Ribeauvillé. D’autre part et encore plus, en fait, il est pour moi, l’image d’un coup de cœur pour Martine et Etienne Sipp tant leur accueil a fait de moi un afficionado absolu du domaine, chaque visite (obligatoire désormais à chaque descente en Alsace) cimentant un peu plus dans le béton le plus armé une amitié sans faille.
Bon… et ce riesling, que dit-il ? Un beau nez, puissant, classique, floral et minéral (pointe d’hydrocarbures selon certains) d’abord, nettement plus fruité ensuite, sans bouder de l’exotisme ; c’est sûr…. La chose plaît aux dames comme aux messieurs. La bouche départage un peu le groupe, selon qu’on apprécie ou non, et selon, sa tension ciselée malgré l’âge, sa droiture presque austère, sa rondeur en finale que certains auraient voulu ou espéré plus longue en fonction du nez. Globalement, c’est quand même très top, pour 12 euros, il y a encore pas si longtemps. Le lendemain, cette bouteille s’ouvre magnifiquement avec l’acidité qui s’assouplit au profit du plaisir, nettement.

La suivante des surprises, c’est Philippe (à g«o»che sur la photo), un des piliers du Basin and Marot Holly Wines Club Band qui nous la livre en pâture : un Crozes-Hermitage Blanc 96 de Messieurs Dard & Ribo.
D’apparence encore jeune à la robe, son nez (au Crozes, pas à Philippe) est terriblement expressif et complexe avec du beurre, du floral, des notes fumées suivies d’un gros match entre abricot et minéral. En bouche, c’est pur et droit avec une belle fraicheur. L’abricot et la pèche blanche s’y donnent à cœur joie, sur une finale bien longue. Un petit bijou. Un vin à l’image de Philippe, qui aime causer, qui aime la pulpe mais pas la lourdeur. Philippe Il vous dira qu’il a de la fesse (le vin, pas lui), ça en choquera sûrement certains sur LPV, mais c’est tout.

 

 

Retour à une de mes quilles pour la troisième salve : En 92, suite à une rencontre avec Eric Boschman, lourde de conséquences pour ma passion du vin, je laisse Bordeaux et ses stars au port et part définitivement à l’aventure des blancs bourrés à mort de la  tension qui tue. Jean Moutarde, un ami passionné d’Alsace, ayant entendu parler des nouvelles émotions acérées que recherchait mon palais, me branche sur un domaine qui commence à faire méchamment parler de lui à l’époque en me ramenant en cadeau quelques Muenchberg et un coffret Work de chez André Ostertag, axé sur les années 90. Dans certains millésimes où l'occasion le permet ou quand les agréments espérés ne suivent pas obligatoirement, André Ostertag nous livre ses émotions avec un profond mélange entre les mots et le vin, proposant, sous la thématique WORK, des œuvres complètes à l'entièreté de nos sens. Suite à cela, je suis directement et totalement conquis par ce que propose André et n’ai plus qu’une pensée : le rencontrer au domaine. C’est chose faite en 1995. Je sors évidemment bouleversé de cette rencontre avec un homme plein de passion, de sensibilité, de rage, aussi, mais aussi de ma rencontre concomitante avec l’Alsace, pas celle des bouteilles, mais celles des vignerons et de ses sols. Ma passion monomaniaque est née. Pour rappeler ce moment, c’est un Gewürztraminer Fronholz « Work » 90 qui a les honneurs.
La robe est d’un or bien prononcé avec un côté bien qui « en a vu d’autres ». Le nez est très mûr, sur du miel, de l’ananas confit des notes cireuses qui font penser à quelques années de trop. En bouche par contre, on est frappé par l’équilibre et la finesse de de vin, tout en légèreté comme nous fait penser son étiquette en virgule aérienne (on dit krolle en bruxellois). Ce n’est certes plus très long, mais qu’est-ce que ce vin, avec ses 11° d’alcool, a dû être top, il y a 4-5 ans, pleinement à l’image de son géniteur, aérien et profond.

On continue avec une de mes quilles (comme d’hab, j’ai fait dans la parcimonie) et une autre rencontre alsacienne que j’ai plus progressivement et plus récemment faite avec Marc Tempé, colosse truculent de Zellenberg en Haut-Rhin qui a débuté sa production en plongeant d’emblée vers la biodynamie et les élevages très longs (jusqu’à 3 ans) en bois. Si la biodynamie m’a toujours séduit par les vins qui en sont issus, même si je n’ai aucune explication cartésienne à apporter à tout cela, j’ai toujours été plus circonspect à l’usage du bois sur les cépages comme le Riesling ou le Pinot Gris, du moins avant de tomber sur les vins de M’sieur Tempé. Si ces machins mettent quelques années pour se livrer, et c’est le but, ils deviennent ensuite totalement émotionnant. Quand une approche borderline donne de tels résultats, je suis toujours sous le charme ! Pour tenter de donner une image vinique à cela, c’est un Tokay Pinot Gris Zellenberg VT 96 qui est ouvert sur l’hôtel, je l’espère, du plaisir.
Très évolué à l’aspect, ce vin nous ennuie un poil au premier nez avec une sensation de volatile et de poussière. Mais cela s’estompe vite pour donner un fruit très mûr, à nouveau, avec des notes exotiques et légèrement boisées. On est clairement plus sur le gourmand que la dentelle, mais ce n’est pas déplaisant, loin de là. La bouche est super équilibrée, malgré une acidité tranchante bien liée à son millésime. Elle apporte beaucoup de fraicheur au confit du fruit et aux sucres résiduels encore marqués. Finalement, une belle expérience, pleine de plaisir.

 

 

Jean-François (à droite sur la photo), le maitre des lieux qui porte d’abord son nom, prend le relais avec un Saumur-Champigny 93 du Clos Rougeard. Ce choix nous rappelle que le bougre n’a pas vraiment une cave « réserve perso » de 2 ou 3 quilles sans intérêt, tout au contraire. Moi mes Rougeard de ce temps-là, ils sont constatés depuis longtemps, mais l’ôt lô, il nous garde cela tranquille, combinant à son tempérament de cigale, des gènes conservateurs de fourmi à l’approche d’une glaciation. Mais zélas, qui trop adore, quelquefois mal étreint, et le machin nous paraît ici fort, trop fort éteint. Le nez est out, la bouche, très diluée, n’apporte que de faiblottes cerises et le tout est sur le registre très sec. Bon, faut pas lui jeter la pierre au zoziau Basin, moi, j’m’en suis bien retourné avec un Gruaud-Laroze 86 et un Vouvray Perruches de Foreau 94, destination l’évier, tellement ils étaient daubés par le pervers bouchon.

Vient ensuite ma dernière cartouche avant que le maître des lieux tente la dernière offensive. Donc pour mon « Last but not least », il est temps de réveiller une grôôôsse star de l’époque qui a marqué le sommet de ma dépendance aux fluides bordelais, (époque où comme beaucoup, je fus jeune, beau et vous savez la suite…), une star donc que beaucoup de gens vantent encore aujourd’hui : le Château Montrose 90. La chose a-t-elle gardé tous ses atours où comme le disait l’autre, quand vous serez moche et vioque, direz chantant mes vers en vous émerveillant. D’autre diraient… du mont, la rose est certes éclose mais a-t-elle gardé son vin a nul autre pareil. Et ben, la robe a gardé de son incroyable profondeur des premières années et si le pif est évolué, il s’exprime sur une forme de complexité classe et fine qui force le respect. C’est un peu à vous dégoûter d’avoir vendu presque la totalité de ses bordeaux, mais bon fallait faire de la place dans la cave et placer des tunes dans la bourse pour préparer la monomaniaquerie alsacienne, alors, non, je ne regrette rien. Pour revenir à Montrose (avec le Pauillac frisé à Rothschild, le jeu de mot eut été plus facile), la bouche est tout aussi classieuse que le nez, avec des tanins encore assez vifs mais subtilement intégrés, une certaine austérité aussi, parce qu’on n’est clairement pas sur du jus de fruit façon Minute Maid, mais ‘tain, quelle élégance. Et on peut aussi vanter longueur en finale, énorme, énorme. On peut, oui mademoiselle, on peut. Maintenant, faut aussi être honnête, dans les damoiselles de l’assemblée, y en a qui on pas trop aimé, elles qui espéraient sûrement plus de gourmandise… leur présence d’ailleurs m’empêche en plus toute forme grivoiserie sur ce vin et les autres, damned, mais vaut peut-être mieux, de peur de réveiller la bête qui sommeille en Philippe, à gauche sur la photo.

Reste enfin le Château de Fonsalette 98, le Côte du Rhône des « Frères Rayas » que nous lache pour terminer Môssieur JF dit « le Basin local » et aussi, le type à droite sur la photo. Un vin un peu mi-figue, mi-raisin, tant il oscille au nez et en bouche entre grenache solaire à la limite de la surmaturité et une certaine austérité, surtout au nez, d’une étrange discrétion pour le millésime, alors qu’en bouche, ce sont plutôt les amers qui rendent la chose gothique. En fait, je pense vraiment que ça serait super bon moment, si le vin avait gardé de la fraicheur, si l’acidité, donc, était de la partie, mais c’est là que le bât blesse… un peu. Ne pleure pas mon JF, avec l’armada de choses croquantes que tu as à nous offrir, on va les faire rebondir les palais, particulièrement ceux de ces demoiselles.

Et pour faire mentir l’adage « honneur aux dames », je terminerais bien par les encourager ces Marie, Graziella et Brigitte, à y aller gaiement la prochaine fois, de par leurs quilles et leur poésie qu’aucune des brutes mâles ne sait égaler !!!
Donc, ô gentils organisateurs, pour le prochain thème des VDV, après ce flashback sur notre jeunesse, on veut de la gaudriole, du où croque le vin à souhait… comme la vie. (Mais quand même pas du Minute Maid, hein !)

Et pour finir, et sans donner de noms bien sûr, je vous livre ce dernier cliché sous forme de jeu :

Les deux personnes sur la photo ci-dessous :

a)    Ont-elles vu rentrer un personnage obèse et triste animateur
       de la politique belge ?

b)
    Ont-elles entendu parler du Standard de Liège, autre
       animateur mais joyeux celui-là du Championnat de Belgique
       de futebol?

c)
    Ont-elles découvert ce que c’est que la tension dans un vin ?
d)
    Ont-elles rencontré un vague goût de bouchon ?
e)    Le retour de l'absinthe ?

 

 

A vous de juger…

Au fait, Basin et Marot c'est ici sur la toile : www.basin-marot.be/ et www.facebook.com/pages/Basin-Marot