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Hasard, coïncidences...
et excellence

Que je sois fervent lecteur du trimestriel « Le Rouge & Le Blanc », n’étonnera surement qu’une fraction microscopique et distraite de mes lecteurs réguliers, d’autant que la qualité de la revue ne fasse aucun doute et qu’à ce titre, j’essaie depuis 5-6 mois de la promotionner un peu plus au pays de belges.
Certains esprits éveillés pourraient donc relever aisément le fait que dans le dernier numéro, l’absolument essentiel n°101 consacré principalement à Morgon, se trouve une double page nommée « Grappillage à l’italienne », dont un des paragraphes parle de deux domaines toscans et rien que de ces deux-là… devinez lesquels … le Podere le Boncie et le Campi di Fonterenza.

J’imagine même la levée de boucliers « branchés » émettant ce doute bien compréhensible : l’originalité du monomaniaque s’arrêterait-elle au  R&B ?
Et pourtant, je dois bien ici vous faire avaler la couleuvre en vous jurant par Nana Bozo le Grand Lapin et tous les autres trucs qui me dépassent  que la rubrique en question, je ne l’avais pas lue avant de partir, tout au plus survolé le titre sans même avoir conscience que cela parlait d’Italie, me promettant juste d’y revenir au retour de mes vacances, quand j’aurais autre chose à faire de mes temps libres que d’encoder des factures ou me lancer dans une présidence « vendredi du vin » en dernière minute.
Bien sûr, on pourra toujours avancer que ce que les yeux voient et qu’on ne voit pas peut quand même aller se loger dans le tréfonds d’un secteur de noyau gris dont on ne connaît pas l’utilité, certes…

Donc,  vous me voyez venir, en fait, du jour où j’étais parti sur la route du Sud, de l’existence de ces dames toscanes, mon esprit « éveillé « (si je peux utiliser ce terme) n’en avait pas la moindre idée.

Et c’est bien pour cela que je me permets de vous ennuyer en ce matin d’automne en juillet, parce qu’en fait de coïncidences, ce qui suit est tellement invraisemblable que je me dis que le hasard a été ainsi agité que cela pousse à la réflexion.

Durant ces deux semaines au paradis toscan, mon programme viticole se voulait assez limité, n’étant désireux finalement que d’aller faire la bise à mon pote Bertrand Habsiger, alsacien expatrié à la « Fattoria di Caspri », domaine oléo-viticole limitrophe du Chianti Classico (Montevarchi), où Bertrand fait régner avec bonheur les idées de Patrick Meyer, son compatriote et mentor tout aussi alsacien, et cela des sols au chais, faisant preuve d’un ostracisme absolu à l’égard du soufre quand il s’agit de le lier aux précieux liquides. Et, en dehors de cela, au programme, niente, plus exactement « fa niente » ou alors imprégnation visuelle de la région et de ces magnifiques paysages et  cités et encore imprégnations hépatiques apéritives à fortes teneurs en jus de treille.

Et si autre visite de domaine viticole il devait y avoir, ce serait à l’avenant.

Oui, mais voilà, comme je le dis dans le début de mon article sur Campi di Fonterenza, il y a eu ce canard touristique dont j’ai oublié le nom, honte sur moi, again, qui trainait sur la table du salon de notre maison de villégiature et qu’un de mes potes, dans l’indolence absolue, a feuilleté avec suffisamment d’intérêt que pour venir m’en  montrer une page au bord de la piscine, lieu que je ne fréquente pourtant guère assidûment.
Dans l’article parlant globalement d’une ballade autour de Montalcino, il y avait une trentaine de lignes sur des jumelles vigneronnes biodynamistes qui officient dans le coin. Les femmes du vin m’ont toujours fasciné ; des jumelles, ma femme en a procréé with a little help of myself ; la biodynamie m’attire énormément du moins dans ce qu’elle produit… donc, décision logique de lever le ban et l’arrière ban et de filer vers le rocher de Montalcino, sans prendre rendez-vous, faute de guide et de numéro de téléphone, l’internet étant aussi opérationnel dans notre secteur que sur la planète Mars. Et encore, il faut ajouter le coup de chance de tomber sur Francesca Padovani qui s’apprêtait à quitter les lieux afin de procéder à quelques emplettes.
La suite vous la connaissez ou je vous invite à lire mes délires sur le Campi di Fonterenza ci-dessous pour en voir la première conséquence.
Pour ajouter la cerise au sommet du gâteau, il y a encore le fait que peu avant de quitter Francesca, celle-çi  nous a offert une bouteille du Podere Le Boncie de son amie Giovanna Morganti et que le seul fait d’y goûter le lendemain (à la bouteille) a remotivé un départ en trombes vers le Chianti, avec le re-coup de cœur décrit dans le second article ci-dessous, et que sinon, comme dirait l’autre, on aurait jamais dû mettre au programme.

Donc… et je ne fais qu’arriver à ce qui m’amène à délirer ici, on dira que tout cela mis en parallèle avec l’article du R&B est une extraordinaire coïncidence, évidemment.

Mais je me rappelle d’un prof de botanique qui me disait que la chance ne sourit jamais qu’à ceux qui l’ont favorisé. Facile me direz-vous. D’autant qu’une autre explication est peut-être à trouver ailleurs.

Ceux qui ont l’habitude de boire des rouges de DOCG toscanes et plus encore leurs super-machins, savent combien le bois et le soufre sont généralement employés avec la délicatesse de Goldorak et son Cornofulgur, au point de choisir de laisser baigner un an de plus dans le bois des jus pourtant matures, dans le seul but de les étiqueter Riserva, de les vendre donc plus cher (ça, c’est logique) et de forcer encore le « arrrrgh » quand on vous les sert à 28°C. Oui, je sais, j’épinalise.
Et c’est certain que des beaux vins « classiques », il y en a en Toscane.
Des bios et bioD, aussi,  il y en a de plus en plus, même que leur croissance soudainement exponentielle en fait sourciller plus d’un ancien. Rien d’étonnant, 300 bornes plus bas, il y a à peu près 2160 ans, y en a déjà un qui s’exclamait « O Tempora, O Mores ».

Ça, c’est pour les poncifs du genre.

Mais des vins fins, à peine ou pas marqués par l’élevage, à peine (ou pas) perturbés par le soufre, qui vous ravissent de leur salinité, de leur vivacité, de leur fruit mais aussi d’une certaine forme de sublime austérité, et bien, ça, je suis convaincu qu’en fait, dans le coin, autant chercher une aiguille dans une botte de foin.

Et je me dis que comme c’est ce que je recherche et que le R&B n’est pas en reste, finalement, il n’y a pas de coïncidences, cette rencontre parallèlement fortuite était inévitable vis-à-vis d’un tel niveau de qualité et surtout d’humanité dans le vin.

Bertrand Habsiger me disait que lors d’un grand salon italien, un très vieux monsieur goûtant ses vins sans soufre, s’est mis à pleurer de retrouver soudainement un goût, un plaisir oublié depuis tant d’années.
Moi, quand j’ai goûté le premier Brunello de Francesca, sur fût, j’ai aussi versé une grosse larme de bonheur, une interne, pour ne pas montrer, par pudeur… probablement. J’avais trouvé mon excellence, comme on découvre un trésor.

Et l’excellence n’est jamais une coïncidence.