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Comme chaque année des centaines de cavistes ont été abandonnés à l'entrée de leurs échoppes, la mine triste, les oreilles tombantes, l'appendice caudal pas mieux, livrés à eux-mêmes souvent sans pitance, parce que leurs gentils clients avaient décidé de se la faire belle, au soleil (enfin, pas toujours), voire quelquefois dans les vignes et les chais des domaines, ultime et odieuse souffrance du caviste trahi en son sein (non, là, je rigole).
Inéluctablement, ce drame devait à nouveau, cet été, se répéter sans que la morale n'y puisse quoi que ce soit.

Et pourtant on vous avait prévenu.....

 

 

Mais rien à faire, rien à dire....

Comme le dit la sagesse africaine, celui qui avale une noix de coco a confiance en son anus

Donc aucun espoir... enfin, presque...

Parce qu'au cœur de la webosphère Glou, un petit groupe d'irréductibles descendeurs de jus fermenté avait décidé de se mettre en résistance, sous la houlette d'un président helvetico-belgo-fou-furieux, lui-même (moi donc) persuadé depuis bien des lunes qu'il y a des risques qu'on ne prend pas avec le Rocco, ni avec les noix de coco.

Le rendez-vous était donc donné ce vendredi 29 juillet à l'heure où les carrosses deviennent citrouilles pour étaler sur les pages Facebook, créées par Iris, notre secrétaire universelle, les résultats de notre résistance, soit nos pillages estivaux des étagères de nos cavistes bien-aimés.

 


Session Spéciale
"Caviiiiistes"

 

A cette l'occasion, les joyeux membres des Vendredis du Vins Brusseleirs, une horde particulièrement féroce (dont j'assume totalement la paternité), avaient décidé de tenir grand conseil vinique chez Jean-François Basin, heureux animateur des établissements Basin et Marot sis à Bruxelles-les-Bains-Delamortquitue et ce afin d'y étaler le fruit de leurs rapines tout en honorant sa noble profession..
Les établissements Basin & Marot sont à la cave glou ce que la saucisse est à Francfort... une institution, quoi ! Lieu bien connu des pires descendeurs de cols de la capitale européenne (l'unique, la vraie), c'est une adresse où la seule certitude, c'est qu'on sait quand ça ouvre...
Souvent, même plus que souvent, on y trouve l'un ou l'autre vigneron... le beau sexe, lui non plus, n'y résiste pas et y vient et y revient en masse.
A ne jamais, jamais rater, le samedi soir vers 18H00 quand l'endroit se transforme en Who's Who absolu des toxicomanes du glou les plus érudits de la cité.

 

 

Pour mettre un max de cerises au sommet du clafoutis, de cavistes, Maître Basin en son palais n'était pas le seul de la partie, deux éléments des plus glounaturistes du coin nous ayant rejoint, soit Héloïse pour "La boîte des Pinards" et Frédon pour le bar "BHV". La poudre que cela sentait.

Chauffent Les Marcels, Chauffent, Chauffent !
Et les Marcelles, aussi, en ébullition, allez zou !

 

 

Toutes ces choses mises en place, et bien en place, la table étant à nouveau débordante de victuailles estivales pour accompagner les divins liquides, les crachoirs ayant été balancés aux oubliettes, nous pouvions solennellement déclarer ouverts les 38e Vendredis du Vin...

 

 

On commence les festivités avec un Sauvignon Banel, Colli Orientale delle Friuli 2009 de chez Miani

 

 

La chose s'avère être une bombe totale de fruits exotiques, une espèce de Pamela Anderson à la fraicheur ravageuse, le tout emballé par un boisé qui rappelle un peu les Sancerre de Mellot. Parait juste que la bouteille a son prix, probablement pour éviter que les caisses de 12 ne soient bues à la vitesse de l'éclair... purement jouissif !

On suit avec un classique de nos dégustations vendrediviniques, soit un Chablis 2008 de Thomas Pico (Domaine Pattes-Loup). Le nez est un poil plus fermé que d'habitude, à moins que ce soit la bombe exotique précédente qui a saturé nos récepteurs d'aromes.

 

 

En bouche, cela reste génialement droit, pur sans se refuser ce gras qui est la marque de fabrique des vins de Thomas et sans oublier d'imposer une superbe salinité à nos gosiers déchainés. Mais, pourquoi, pourquoi, pourqwooooa il n'en fait pas plus, hein, pourquoi ?

Next stop, Pouilly Village avec Pouilly-Fuissé Tradition 2006 du Domaine Valette. Le nez est fin, jeune, pas vraiment typiquement chardonnay mais doté d'un fruité plus généreux, avec une absence totale de notes oxydatives.

 

 

En bouche, ces impressions ne sont que confirmées et , à côté d'une tension parfaite et une belle minéralité, c'est le côté gourmand qui se montre bien au devant, sans tomber dans l'excès pour autant. Un de mes meilleurs Valette et un grand cri dans la nuit... ces vins doivent donc absolument être laissés un bout de temps en cave !

Direction le Sud ensuite avec l'incontournable village de Calce et la quille suivante, la cuvée "La D18", IGP des Côtes Catalanes 2008 d’ Olivier Pithon, une sélection parcellaire de grenache blancs et gris.

 

 

Changement de cap aussi, parce qu'à la place d'un vin solaire de solaire, c'est une superbe austérité qui nous est livrée avec une grosse impression de classe et de finesse, la pierre faisant le ménage en finale. Profond, abyssal, même... Une superbe découverte !

Malgré une météo très "classique" pour Bruxelles les Eaux, l'ambiance ne cesse de monter, Héloïse, Brigitte (notre photographe) et Graziella, les fiiiiilles de la bande ne se sentant plus. Et comme d'hab, les voisins trinquent aussi, différemment.

 

 

Combien de fois n'ai-je pas insisté que sans éléments féminins, les dégustations sont tristes et manquent souvent de sensibilité naturelle, hein ?

On sent que tout cela ne va pas finir très tôt...

Bon, question de faire un petit break, c'est justement Graziella qui nous sort l'OVNI suivant, soit un Cidre du Pays Basque Txalaparta 2008 du domaine Bordetto. Ce cidre est issu de 23 sortes différentes de pommes cultivées en bio et cidrifiées séparément avant d'être assemblées en 3 cuvées dont cette Txalaparta.

 

 

Presque tranquille d'aspect, ce cidre nous fait penser plutôt à une bière comme on la fait chez Cantillon. Après un peu d'aération, ce sont les notes fumées qui prennent le pouvoir. En bouche, c'est frais, sec, très digeste, le tout avec une aromatique nettement nature assez Rock'N'Roll, même... L'OVNI parfait, le trou normand idéal, sauf que les pommes, elles sont du sud.

Pour l'étape suivante, c'est l'ami Frédon (BHV) qui nous amène à l'assaut des pentes de son collectif P-U-R (Production Unique Rebelle) avec un Osez Osez Rosé Fine, un Vin de France réalisé par l'itinérant Cyril Alonso pour le collectif et petit coup de chapeau au passage à l'ami Alain qui vit désormais dans les étoiles.

 

 

Le vin a été réalisé à partir de raisins du père Marcel Richaud à Cairanne à partir de vignes presque quinquagénaires. Et comme d'hab avec les cartouches de P-U-R, ça déménage pas mal, surtout côté descente où la vitesse de glou atteint des pentes de pistes noires, tout en restant frais et super tendu, le tout sur un beau lit de fruits rouges. Encore une de ces quilles qui peut enflammer des fiesta estivales et une belle transition avant d'attaquer les rouges.

 

 

Et la première bestiole rouge est d'importance. Propulsée depuis quelques années au devant de la scène par la manga "Les Gouttes de Dieu" qui a précisément choisi ce domaine dans son scénario, les géniteurs de ce Château Le Puy en Côtes de Francs 2006 peuvent revendiquer pas mal de choses sauf d'avoir fait une arme commerciale de cet évènement littéraire. Au contraire, voyant les prix s'envoler, les propriétaires ont rappelé toutes leurs quilles pour calmer les choses.

 

 

Ce qui ressort surtout des infos sur les propriétaires du Château Le Puy, c'est que les zigues sont des fous furieux de la biodynamie. Et le vin cadre complètement avec cela, me rappelant mes récentes découvertes italiennes. Après une légère pointe oxydative fugace, c'est un vin particulièrement salin, minéral que l'on découvre avec une splendide impression d'austérité et de finesse. Les tanins sont poudreux, souples et le tout ne manque pas de fruit, au contraire !

 

 

Ce vin nous a été proposé par Fabrice Domercq (désormais surnommé Tonton Fabrice)qui avec Jasper Morrison a lui-même entamé une aventure bordelaise avec Ormiale dont on a parlé il y a un mois lors de nos précédentes agapes vendrediviniques.
A l'époque, Fabrice nous avait sorti un "Pépie", OVNi suisse qui avait fait l'unanimité. Il remet le couvert avec ce Côtes de Francs totalement splendide.
Petit pied de nez à notre dégustation, il s'agit ici du seul vin non issu d'un caviste, tout simplement parce qu'en Belgique, la vente sur Internet plie littéralement le marché.

Au passage, on goûte la cuvée 2009 d'Ormiale, sortie du fût à notre intention et prometteuse à mort !

Le festival continue avec le vin suivant, un Morgon "Corcelette" 2007 de Jean Foillard, vigneron littéralement porté aux nues par le dernier numéro du Rouge et Blanc et qui, après deux, trois ans de cave m'a toujours fait une énorme impression.

 

 

Si on avait eu précédemment l'occasion de se resservir d'une petite goutte, c'eût été pas mal, mais, ici,la bouteille s'est vidée à la Lucky Luke, c'est dire de sa buvabilité. Frais, profond, délicatement sur le fruit mais en imposant à tout moment le mot VIN, c'est un monstre de maturité qui coule dans nos bouches avides. La finale est prodigieuse, simplement.
A ne rater sous aucun prétexte !

Le suivant de ces messieurs est une Mondeuse "Arbin" de Savoie 2007 des Fils de Charles Trosset.

 

 

Si à l'ouverture, deux heures avant, le vin avait dégagé des aromes enivrants de la mort qui tue, ici, il y a un hic, la cour de ferme s'étant un peu trop bien installée à notre goût... bizarre tout de même. En plus on ressent un peu d'alcool et un côté cerise compoté; heureusement, la bouche est plus fluide, plus précise et rappelle que les mondeuses de Trosset, c'est souvent super buvable. A revoir, évidemment.

On repart dans le registre David Vincent (celui qui les a vu) avec le vin suivant, un Vino da Tavola «Semplicemente Vino» Belotti Rosso 2010 de la Cascina degli Ulivi, encore un domaine en biodynamie, coup fourré de notre Graziella qui court de cavistes en cavistes pour dénicher ce genre de vaisseaux stellaires pour agrémenter la carte de restos comme le Wine-Bar au Sablon, à Bruxelles, de raretés rares et étonnantes.

 

 

Le vin ici proposé ne déroge aucunement à cette image. Issu du Piémont et majoritairement de Barbera, on retrouve au nez une sévérité toute italo-nordique. La bouche est marquée par une acidité énorme et pure, une matière colossale avec des côtés sanguins à rameuter tous les vampires du coin. Plus on l'a en bouche, plus cela paraît délicieux... faudra que je regarde mon cou, ce soir. Top de top, ragazza !

Retour ensuite sur un vin qui paraissait trop réduit à l'ouverture que pour être servi en début d'agapes. Après deux heures d'aération, le Sancerre blanc « Akméniné » 2006 de Sébastien Riffault persiste à avoir besoin d'une agitation vigoureuse

 

 

Malgré ces coups de musculation nécessaire, c'est toujours fermé, assez monobloc au nez. Difficile de se prononcer, vraiment surtout que les crachoirs ayant été mis hors de portée, le côté festif commence méchamment à prendre le pas sur la technologie bettanienne. En bouche, c'est quand même plaisant, ça descend pas mal et on affiche généralement un sourire de satisfaction.

 

 

Mais si que c'est un sourire... un peu chargé, certes, mais bon.

On commence à voir le bout du tunnel, avec encore deux vins à venir avant de clôturer l'acte I, celui qui précède l'acte II, dit les afters à Basin.

Le premier candidat au titre de fin d'acte est Patapon 2008, Coteaux du Loir rouge du Domaine Le Briseau de Christian et Nathalie Chaussard, vin dont l'étiquette cadre assez bien à notre état.

 

 

Dans ce petit Patapon que nous a filé Brigitte, notre bergère photographe, il y a du pineau d'Aunis et du Cot, y en a! Le nez est plein de fruits rouges, très gourmand, un poil fermentaire. En bouche c'est du jus de fruit à fond avec une marque originale de fraise poivrée. Cette sensation d'épice domine en finale. Un gros, gros vin de soif !

Une belle surprise qui permet de rebondir vers le dernier zoziau servi carafé parce encore assez djeune. Dans la carafe, il y a l' Alsace Pinot Noir «Kreuzel» 2009 de Lucas Rieffel au soufre minimaliste.

 

 

Bon, z'aurez remarqué qu'on a quand même pas noyé la fiesta sous l'Alsace, hein. Et évidemment, j'en vois venir crier à la subjectivité totale de mon commentaire.. et bien tant pis.
Parce que, oui, Lucas a fait des pinots noirs ENORMES en 2009, énormes de fraicheur, de vinosité, de minéralité et prodigieux de buvabilité... Il n' y a strictement rien à redire... carafez une heure et puis c'est parti pour un des plus grands pinot noirs du millésime en Alsace. Halte obligatoire à Mittelbergheim.

Il est passé 22 heures, cela fait déjà 4 heures que la horde a commencé sa danse du vin et étonnamment, on a pas encore vu de convive s'effondrer sur la table, désormais nettoyée de tout ce que les fiiiilles avaient apportés pour soutenir nos estomacs ogresques.

 

 

Une fois de plus, un ode au vins de glou, des digestes de digestes, que Lulu la Nantaise, elle pourrait en boire une citerne, ce qui explique probablement que les membres de la horde sont prêts à attaquer la phase 2 dite des "Afters" comme si on n'avait bu que de l'eau plate.
Enfin, presque, allez, une fois. Pour ceux qui veulent se faire une idée du champ de bataille, il faut aller voir la page FB de notre photographe... ça en dit long et c'est ICI.

Faut dire aussi que c'aurait pu être pire, si on avait attaqué tous les cavistes glou de Bruxelles et des environs... mais on avait pas d'antenne médicale à disposition alors.. on a du se limiter !
Mais comme il a pas envie de faire de jaloux, le rédacteur, citons quand même Wine Not, Bernard Poulet, Mig's à Bruxelles, Laurent Mélotte à Pécrot, Vive le Vin à Liège et Hans Dusselier en Flandres.

Les Afters

 

 

Maître Basin, non content d'avoir vu une belle brochette de ses vins inonder l'acte I de la soirée, nous attendait au tournant avec des quilles ourdies méthodiquement, un peu comme l'ôt zigue, le gargamel de service qui ourdi des complots maléfiques contre les p'tis hommes bleus, sauf qu'ici ce serait plutôt dans le bénéfique, dans l'ONG du goût et de la descente olympique.
Autant dire que c'est avec un grand recueillement que nous attaquons ces afters maison.

 

 

Et comme ce sont des afters, ça ne se commente pas, sauf que on devine l'état de nos pailles (et du reste) sur le Nuit Saint-Georges 1er cru Clos des Argillières 2000 du Domaine de Chassomey de Fred Cossard et le Saumur-Champigny « Le Bourg » 2001 du Clos Rougeard... Du délire !

Pas en reste mais plus "le retour de l'invasion stellaire", une tuerie signée Dard et Ribo et nommée Pitrou Rouge 2009 que notre hôte nous refile le sourire large et figé (voir ci-dessous)
De notre correspondant permanent chez Messieurs Dard et ribo, nous apprenons que la chose serait un Saint-Joseph parcellaire qui est pas fait tous les ans... purée que c'est bon !

 

 

La horde commence à montrer quelques signes de faiblesse et s'étiole un tantinet mais le noyau dur rebondit sur 3 dernières petites choses, pleinement dans l'accabi de la soirée :
Un riesling Spaetlese Brauneberger Juffer Sonnenuhrde 1995 de Fritz Haag, re-tuerie monumentale qui engendre un débat à mon avis des plus vitaux sur le sucre résiduel. Evidemment, quand on demande le lendemain un résumé de la sphère intellectuelle que nous avons attient dans cette discussion, le public frise l'Alzheimer.
Les deux vins suivants ne dérogent pas à cette règle du formatage dû à la profondeur de la nuit, mais au vu de ce qui reste dans les flacons, cela devait être terrible ! En tous cas, il s'agissait des juarassiens Overnoy avec un Poulsard 2002 et "FanFan" Ganevat avec "J'en veux" un Vin de Table 2009 à 9,5°C, sélection de cépages jurassiens dont le bougre a le secret, genre enfariné, etc...

Fin des débats, tard dans la nuit après 9 heures de découvertes, encore un moment inoubliable qu'on marque avec des pierres très blanches...

... Bon, après tout cela, sûr qu'on va encore se faire traiter de dingues, mais nous sommes effectivement de grands malades, mais des malades qui se soignent, et avec des vins qui descendent tous seuls, des trésors que nous ne dénicherions pas nous-mêmes si il n'y avait pas nos cavistes adorés...

... et vivement dans un mois qu'on remette le couvert !

Nous sommes des dégustateurs de papier,
mais des dégustateurs quand même...
Vive le vin libre !

PS : Reste un truc qui m'ennuie, comme d'hab, cette soirée était sous le signe bio à fond et soufre minimal... Résultat, pas un des convives ne s'est plaint de maux de tête.... ca va pas enrichir les apothicaires, tout cela ! Si ca continue, je vais être appelé à l'Ordre...