Appellation ?

C’est marrant, au moment d’ouvrir ce blog il y a deux ans, je ne pensais jamais que j’y écrirais autant de billets d’humeur. Non pas que j’y recherche un état de défoulement particulier dans la prose, je ne revendique d’ailleurs strictement rien de tel avec les lignes qui vont suivre, nombreux détracteurs trouveront probablement le style fatigant, lourd, démagogue, à la limite du poujadisme, je les laisse juge, ça ne m’empêchera en tous cas pas de dormir. Il n’y a rien à faire, c’est plus fort que moi, quand une situation m’attriste, je ne peux m’empêcher de balancer mon flot de lettres incontrôlées.

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Au fil des semaines, je lis trop souvent des mésaventures  légales auxquelles sont confrontés des vignerons dont les vins me passionnent, réussissent après tant d’années à éveiller en moi cette émotion qui veut que la bouteille responsable de cet émoi se vide à une vitesse entre Lucky Luke et celle de la lumière.
Si ces mésaventures s’accompagnent de peines diverses, plus ou moins contraignantes financièrement, l’acte d’accusation est lui toujours le même, qu’il provienne de la répression des fraudes ou d’un vague conseil de pairs : Messieurs Cousin, David, Meyer, etc…, vous n’avez pas respecté l’Appellation, vous nuisez à celle-ci.

Plus je lis et je m’attriste de cela, parallèlement, plus je me dis que les appellations deviennent le cadet de mes soucis et cela ne souffre que de peu d’exceptions. Normalement, là, je devrais tout de même en irriter plus d’un, voire en décontenancer d’autres. C’est vrai que je vois déjà les Deiss de Bergheim pointer un nez dubitatif et venir me susurrer « T’es pas devenu fou ou quoi, tu sais pourtant combien nous militons depuis des années pour des appellations objectives, seules cadres efficaces d’un avenir au vin de France ».

C’est vrai aussi que je ne voudrais pas donner l’impression de critiquer ces efforts particuliers, mais, au fait, c’est quoi, une Appellation?

De manière simpliste, si je m’attache à un Grand Cru, un Premier Cru, l’Appellation serait qualificative d’un terroir particulier (encore faut-il que ce terroir existe), un truc qui, comme l’anneau tant désiré du Seigneur des Tours Noires, les unirait tous, pour le meilleur ou pour le pire à un sol particulier générateur d’une base dégustative particulière. J’adhèrerais bien volontiers à cette idée même, au point de me revendiquer une âme de terroiriste à partir du moment où on admettrait enfin que, sur un même terroir, c’est quand même de la main de l’homme que transpire le produit final, que ce soit par la manière d’appréhender, certains diront sublimer, les sols que par les pratiques de vinification et d’élevage.

Si, en finalité, des appellations liées aux terroirs réussissaient dans un univers gustatif identifiable à nous proposer des vins quand même aux multifacettes, multiémotionnels, moi, les Appellations, j’aimerais bien !
Certes, tout cela, on peut le retrouver dans certaines parcelles comme sur Morgon, en Bourgogne,  en Alsace (évidemment) et j’en passe, mais l’Appellation, aujourd’hui, c’est bien plus grossier que cela, Alsace, Bourgogne ou Bojo « Grand Ordinaire », ça existe aussi.
Et là, il est bien moins brillant cet anneau fédérateur qui se veut réunir des pommes du Sud avec des poires du Nord, des Gewürztraminer de Soultzmatt avec des Riesling d’Andlau ou encore des Pinots Blancs de plaines alluvionnaires. C’est pratiquement n’importe quoi, en fait, mais cela existe bien sous la bannière de l’Appellation, et de plus en plus, puisque le coup de génie de la viticulture mondialisante de la fin du vingtième siècle, le truc qui doit sauver tout le monde, c’est la notion de « produit ».
De plus en plus, en fait, on assiste à cette dérive tentatoire et autoritaire de transformer Appellation « Terroir » en Appellation « Produit », de donner des recettes, de baliser les terroirs et les cuves, ça fonctionne super bien avec les Cola, les Red Bull ou autres apéritifs alcoolisés, ça DOIT fonctionner avec les vins, en plus c’est si facile à suivre, des recettes...
Pour illustrer ces propos, j’ai récemment eu l’honneur, si, si, l’honneur de me faire tancer par un éminent critique –dégustateur qui me traitait, moi et plusieurs congénères de « Stupid Winetaster », cela, plus particulièrement, suite à la publication de mes délires sur les vins alsaciens. Parmi ces reproches et non sans esprit, il me disait combien il était attristé que, malgré ma bonne volonté évidente, je ne parvienne pas à comprendre que le seul représentant historique du gout du riesling (lisez Appellation), c’était les grands rieslings allemands que seuls une ou deux maisons alsaciennes dont je tairai le nom arrivaient à garder la tradition, le reste étant à verser dans le domaine de la soupe au sucre, probablement.
Je répondrais bien à ce Monsieur que ces vins de tradition germanique sont effectivement de grands vins, qu’ils m’ont procuré et me procureront des émotions, c’est indéniable, mais ceux d’Olivier Humbrecht, d’André Ostertag comme ceux de Patrick Meyer, Pierre Frick, Lucas Rieffel et tant d’autres, aussi, si pas plus; l’émotion restant définitivement le maître mot avec toute la part d’âme et d’humanité que cela véhicule.

Mais le produit, il n' y a décidément que cela de vrai, surtout si cela peut profiter à des lobbies, ceux qui nous construisent des autoroutes du goût avec des chiens de garde tous les centaines d’hectares, pour punir ce contrevenant, celui qui plutôt que nuire à l’Appellation, nuit en fait au produit en en faisant à sa tête, en nous proposant contre vents et marées le vin qu’il aime, lui, celui que ces architectes autoroutiers n’aiment pas.

Il est éminemment probable que publier mes idées sur ce blog est totalement inutile, que cela ne dépassera jamais le stade du défouloir égoïste, puisque ceux qui aiment les mêmes vins que moi dans cette sphère Glou à laquelle je suis attaché, pensent évidemment la même chose depuis des lunes alors que pour les autres, je ne serai jamais qu’un abruti de plus. Il n’y aura aucune utilité à leur proclamer que le goût « Beaujolais-Banane», « Parker-Bordeaux » ou « Syrah-Chocolat », j’en ai plus rien à branler depuis longtemps et que, depuis tout aussi longtemps, les vignerons que j’aime m’ont appris à vibrer pour autre chose que du Coca-Cola, avec ou sans alcool.

Alors donc, juste à titre personnel, Messieurs Cousin, David et tous les autres comme vous, sachez que même si un jour on va jusqu'à vous interdire de mettre une étiquette sur vos bouteilles, je les ouvrirai toujours avec le même tire-bouchon, celui dont le simple « plop » m’anime déjà tous les sens. 

N’abandonnez jamais, gardez en tête que la qualité tout comme la notion même de vie nait de la diversité, que l’art est multiforme alors que la barbarie se transmet au rythme de défilés militaires bien ordonnés.

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De lire toutes ces censures, ces interdits, je me dit qu’il en a eu de la chance, le Père Dom Pérignon quand il a fait ses premières bulles, les imbéciles qui se prétendent chasser les fraudes n’existaient alors probablement pas.

Pour soutenir Olivier Cousin, dernière victime en date d'aberrations intolérantes, joignez-vous à la pétition sous forme de lettre au procureur qui est à signer ici : http://www.glougueule.fr/2011/10/tous-cousin/