Quand j’étais ado, (physiquement, il y a bien plus de 30 ans), Bruxelles, le soir, me paraissait une ville dortoir. Sûr qu’il y avait toujours moyen d’aller se trémousser les lipides sur Clash, Jam ou des machins plus locaux. Mais que ce soit dans une cave ou dans une salle de concert, on allait à ces machins, un peu comme on loue un DVD… quand c’est fini, on va au lit. Tout au plus quelques « Pils » avec des potes, souvent à la sortie de la salle, mais à côté nada.
Un peu plus tard, à l’université, un peu le même topo, si on faisait la fête, même à outrance, c’était dans nos ghettos qu’on appelle des Cercles…

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"Caffé Al Dente"

Mais alors que dans des cités aussi ancestrales comme la proche Leuven, la jeunesse estudiantine avait entièrement pris festivement possession de la ville, dans les rues de Bruxelles, à part un petit cortège ou deux par an et quelques expéditions de bizutage… nada. Et le soir, en semaine, des rues qui vous glaçaient le dos, tant on aurait pu croire à la neutronisation récente de ces habitants.
Pourquoi ? Parce que probablement, la ville n’avait pas permis l’adaptation de son infrastructure aux jeunes, Mai 68 n’était pas si loin et on préférait implanter des immeubles bureaux, ça rapporte plus et ça ne fait pas de bruit. Pas étonnant non plus qu’à l’époque, la seule mesure citadine inventée pour les djeunes, c’était une loi limitant les décibels à 100 unités.

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"Les Filles"

Dès lors, se restaurer à Bruxelles, à c't'âge, c’était le plus souvent, le dimanche midi, accompagner Papa et Maman, avec son plus beau futal et sa plus propre chemise, à ce repas dominical aussi impersonnel que silencieux, la différence majeure étant qu’au restaurant, on pouvait même pas s’engueuler à parler politique.

En conclure qu’à l’époque, la grande restauration belge n’existait pas serait une énorme ellipse, mais cela ne s'appliquait qu'à la classe affaire ou super nantie et, l’idée, pour un moins de 25 ans d’aller s’en jeter un bout avec une bonne quille dans un espace « vivant », ben, ce n’était qu’une… idée.

Et puis, lentement, tout a changé. Des pouvoirs moins conservateurs, dignes du premier mandat de « Tonton », ont pris le pouvoir, la ville s’est ouverte à autre chose que des cars de japonais, d’un chancre souvent puant, les immeubles du centre ont été remis à l’usage des « gens », les terrasses ont refleuri et aujourd’hui, il n’est pas rare, en voiture, de mettre un quart d’heure pour traverser la foule amassée dans une rue juste pour boire un coup ou manger un bout et pas que le samedi ou le vendredi. Et le plus remarquable, c’est que si la jeunesse a pris le pouvoir de ces rues, elle a eu la tolérance d’accepter que des vieux schnoques comme moi viennent se mélanger à eux.
De cette diversité est née une gastronomie de la vie, du plaisir, du produit pour le produit, une gastronomie de moments partagés, une gastronomie qui fait chanter les rues à 4 heures du mat !

C’est cette gastronomie que René Sépul et Cici Olsson viennent de glorifier dans leur dernier ouvrage « MANGE BRUXELLES ».  René et Cici, dans le genre, ils sont loin d’avoir transformé leur premier essai… Elle, photographe portraitiste reconnue, et lui, journaliste-chroniqueur culinaire réputé, se sont unis dans le travail comme dans la vie pour produire plusieurs ouvrages, notamment Bruxelles Vins, Brasseurs d’ici et Gens de la Terre. Ils collaborent régulièrement avec différents journaux, magazines belges et européens.
Sous l’impulsion de leur récente propre maison d’édition, Sh-Op EDITIONS, un premier magnifique projet avait vu jour sous la forme de  « La Belgique, le Vin », superbe recueil des plus belles âmes qui gravitent autour du « Glou » dans notre petit royaume.

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Avec « MANGE BRUXELLES », ils remettent le couvert (promis, je le ferai plus) avec un vrai « livre » consacré aux tables les plus joyeuses, les plus vivantes, les plus attachantes et les plus salivantes de Bruxelles. Bien sûr, en se limitant à 22 adresses, ils ont fait une sélection, mais ils se défendent bien dès la première page du fait que cette sélection est totalement subjective et surtout pas limitative. Le coup de génie, cette fois-çi, est d’avoir, en plus de la description classique des lieux et de leurs propriétaires, fait parler leurs clients les plus afficionados, en accompagnant le tout des recettes souvent emblématiques.
Résultat, en plus des 22 adresses et des deux auteurs, ce sont 83 invités « à la table » qui s’expriment joyeusement au détour de 200 recettes.

Quant à la sélection, je ne suis pas étonné de retrouver ces lieux que chaque jour je découvre encore, comme le Coin des Artistes, Les Brigittines, Les Filles, Orphyse Chaussette, Les Spores, Caffé al Dente et Bon Bon. C’est du pur bonheur.

Bref, ce livre, on le mange plus qu’on le lit, les superbes illustrations de Cici Olsson achevant de nous transporter au pays des rêves des papilles. 

Achetez, lisez et bavez… de plaisir ! L'opus est vendu à 30 euros et est commandable directement via l'adresse mail suivante : agence@shadowsopinions.com

Toutes les illustrations de cet article sont tirées du livre

Annexe : Extraits choisis (Issus du communiqué de presse)

Orphyse Chaussette (…)

Un coup de foudre le pose ensuite chez nous, où il ouvre ce bistrot gastronomique dont le nom, Orphyse Chaussette, est un hommage à une aïeule et à ses racines.
C’était il y a dix ans. Le pari était loin d’être gagné, car une formule associant simplicité dans le service, convivialité, cuisine précise et produits de saison était, à l’époque, plutôt nouvelle à Bruxelles. Philippe l’impose en jouant sur sa sincérité et sur une continuelle remise en cause de ce qu’il croyait acquis. Son Tartare de thon, par exemple, mélange d’embruns et d’acidité, fut l’un des premiers tartares de poisson qu’ait connu Bruxelles. Alors que le plat fait sa réputation, il l’abandonne le jour où il comprend les menaces sur l’espèce, remplaçant le thon par le maquereau de ligne.

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Orphyse Chaussette

Caffè Al Dente (…)

Lakdhar, m’interpellant : « Alors, est-ce que tu comprends ce qu’est le Caffè Al Dente ?»
Moi: « Dis-moi… »
Les trois, en choeur : « C’est quand la table devient une fête ! »
Ensuite, des bulles ! Franciacorta Rosato 2006. Le Marchesine. Pas mal, pas mal.
Puis ping-pong à l’italienne. D’un côté Michele, de l’autre Lakdhar.
Sinem a disparu. Moi entre les deux, la tête qui tourne de droite à gauche.
Qui parle ?
Peu importe.
« La Roma. Non, la Juve. Non, la Roma.
Si, la Juve. Compare !
Toi, compare. Tardelli. Quoi, Tardelli ?
Marco Tardelli, son but ? Tu te souviens ? Le second but contre l’Allemagne ! 1982 ! Sa course ! »
Lakdhar : « Évidemment, je me souv… »
Sinem coupe la discussion, posant sur la table une tuerie d’antipasto.
«Come a casa ! », ajoute Michele.
Et on goûte l’antipasto.
Et on se tait.

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Bon Bon (…)

Comment en est-il arrivé là ? « J’avais une base, j’ai eu une idée, puis ce fut une aventure dont je ne savais trop où elle allait me conduire », nous la joue-t-il, comme s’il s’agissait d’un coup de pot, alors que tout est pensé, imaginé et construit au millimètre. Sa cuisine vibre comme la vie. Je vais d’ailleurs terminer l’éloge en précisant que ce que j’aime peut-être par-dessus tout chez ce chef, c’est que malgré le succès et la reconnaissance, il continue d’aborder la cuisine « comme un gamin », avec le plaisir, l’innocence et la force que contient l’expression.
Comme un gamin ! On m’a naguère fait parfois le reproche d’aborder mes responsabilités de cette manière. J’avoue partager avec lui non sans fierté cette belle manière de voir la vie.

Mange Bruxelles
René Sépul et Cici Olsson
SH-OP Editions
Indicatif éditeur : 978-2-9600933
12, Avenue Coloniale
1170 Bruxelles
www.sh-op.be
30 euros - commandable directement via agence@shadowsopinions.com