Le texte ci-dessous est un des plus regrettables qu’il m’a été donné d’écrire sur ce blog; il est bien plus qu’un coup de sang, c’est une grande partie de l'histoire de ma passion dont j’enterre aujourd’hui le symbole à l’annonce d’une bien triste nouvelle.

lvp01

Le Vin Passion était un caviste comme on en trouve rarement ou, du moins, comme on en trouvait rarement dans les années 80 en Belgique. Sous l’impulsion de son fondateur, Xavier Erken, et en partenariat plus que philosophique avec « Les Vins du Rhône » et « La Cave des Oblats » à Liège,  cette cave bruxelloise s’était résolument tournée vers une offre « autre » que les sempiternels Bordeaux comme on en trouvait à l’époque à tous les coins de rue.

Le but de ce trio : faire découvrir de nouvelles régions, de nouveaux goûts à une clientèle essentiellement formée de particuliers, tout en stimulant au maximum les échanges avec cette même clientèle. Pour ceux qui l’ont vécu, que ne furent mémorables les salons du Languedoc et de Loire organisés en présence d’une armada de vigneron, presque impensable à l’époque », dans les salles d’un hippodrome bruxellois.

J’ose dire que, grâce à Xavier et ses amis, j’ai pu découvrir mes premiers trésors d’Alsace, de Loire, du Rhône, du Sud-Ouest et du Languedoc-Roussillon. Sans eux, je ferais probablement du tricot aujourd’hui, mais grâce à eux, je vis, encore trente ans plus tard une passion débordante.

Oui, mais voilà… Quand on est « passionné », on ne recherche pas obligatoirement la plus grande rentabilité, au contraire, on travaille avec des quantités modestes mais des références multiples, pour satisfaire au maximum une clientèle variée qui devient presque inévitablement elle-même aussi passionnée, on ne cherche pas de monopole.  On construit juste une belle histoire

Et les plus belles histoires ont une fin…

Atteint, il y a quelques années, par l’âge canonique de la pension, Xavier Erken a remis son affaire à une entreprise qui avait pignon sur rue, comme on dit… N’avait-elle pas déjà racheté les Vins du Rhône, en conservant, à l’époque, l’esprit…
Xavier s’en allait, tranquille, heureux de voir une pérennité à son œuvre…

Mais la force a deux côtés…  c’est bien connu ! Plus les semaines passèrent, plus le catalogue racheté perdit de ses plumes, seules les références « qui rapportent » subsistant.
Il ne m’appartient pas de juger une politique commerciale, mais il n’y a pas lieu de s’étonner que développer une telle politique de référencement ne peut qu’à terme rendre plus que perplexe cette clientèle d’habitués qui venait chercher « ses » raretés avec fidélité et provoquer sa désaffection.

Conclusion, après en avoir terminé il y a déjà quelques années avec « Les Vins du Rhône », c’est aujourd’hui le « Vin Passion » qui passe à la trappe et qui ferme ses portes le 31 décembre.
On a tout tenté, nous dit-on du haut du perchoir de la direction liégeoise, on a même fait un référendum pour voir pourquoi la Cave du Vin Passion ne tournait plus comme avant…  J’ai eu un aperçu de pas mal de réponses… elles disaient toutes la même chose : « Que sont devenus nos références d’antan ? ».  Miroir aux alouettes que ce référendum, en fait, tout semblait bien décidé depuis longtemps.

Moi, je ne vois que l’application d’un système dans toute cette triste histoire, un système froid, sans âme, implacable : On rachète une boîte pour racheter son catalogue, on phagocyte ses références, on digère tout ce qui n’est pas rentable, on élimine les indésirables sans vergogne et avec les références restantes, on a un nouveau catalogue hyperrentable, du genre « par dizaine de palettes » avec lequel on inonde les restaurants…

Plus besoin, dès lors, des particuliers, plus besoin d'une cave, plus besoin du Vin Passion

Silence, on ferme !

Ah oui, au fait, ces petites références qu’on ne veut plus garder, il y a des vignerons la derrière, des êtres humains qui en vivent… Fuck off, l’humanité, Welcome Business.

Et pourtant, elle tourne… Pourvu que tout ça pète un jour….