Le Domaine Dirler-Cadé

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Direction le Sud de l’Alsace viticole pour une dégustation qui me tenait à cœur, tant l’accueil au domaine a toujours été exceptionnel, j’ai nommé le Domaine Dirler-Cadé.

La grande majorité des illustrations sont issues de l’excellent article de Pierre Radmacher sur le Grand Cru Kessler et le Domaine Dirler, article que je ne peux que conseiller à la lecture : http://pierre.radmacher.over-blog.com/article-le-kessler-selon-jean-pierre-dirler-56115311.html.

Généralités

Si la famille Dirler-Cadé possède une majorité de ses parcelles sur le ban de Guebwiller, c’est à quelques encablures, à l’Est,  dans le village voisin de Bergholtz que la famille Dirler a élu domicile.
Le domaine est géré par Jean Dirler et Ludivine Dirler-Cadé depuis leur mariage en 1998, et résulte, aujourd’hui de l’association des parcelles des familles Dirler de Bergholtz (vieille lignée qui date de 1871) et Hell-Cadé de Guebwiller, raison pour laquelle le nom du domaine est modifié à cette époque de Dirler en Dirler-Cadé.

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Aujourd’hui le domaine possède 18 hectares de vignes dont 42% sur les 4 Grands Crus de Guebwiller (2,5 hectares sur le Grand Cru Kessler).
Les vendanges de 2011 ont été particulières au domaine, marquées par la naissance, le 14 septembre, de Mathilde, 3e enfant de Jean et Ludivine.

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Le jeune couple est encore largement secondé par Jean-Pierre et Marthe Dirler, les parents de Jean, qui ont gardé l’habitude d’accueillir généreusement les visiteurs au caveau spacieux et original. 

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Et quand on dit généreusement, le mot est faible, puisque lors de ma dernière visite, ce ne sont pas moins de 61 bouteilles qui sont passées en dégustation, toutes défendues avec passion par Jean-Pierre, qui pour chacune d’elles, de mémoire pouvait me citer les valeurs de sucres résiduels et d’acidité.

Il n’est pas étonnant, cependant, d’arriver à un tel nombre de quilles en dégustation chez les sociétaires de Bergholtz… tant leur nombre de parcelles, principalement sur le ban de Guebwiller, est impressionnant. Si Bergholtz partage une partie du Grand Cru Kessler avec sa voisine, c’est bien Guebwiller qui offre au visiteur la particularité de posséder 4 grand Crus sur son ban : Kitterlé, Saering, Kessler et Spiegel.
En plus de leurs nombreuses parcelles sur ces 4 Grands Crus, dont la très qualitative « Heisse Wanne », la famille possède encore des vignes sur pas mal de lieux dits avoisinants de très bonne renommée : Belzbrunnen, Schwarzberg, Bux, Schimberg et Bollenberg.

Comme la philosophie du domaine est en plus de conserver à la vente les millésimes sur plusieurs années, jamais pressée de « lâcher » le dernier millésime, ce sont pas moins de 80 références qui se retrouvent au catalogue.
Si le Riesling est vraiment le cheval de proue du domaine, tous les cépages alsaciens se retrouvent au tarif, avec un bel intérêt pour le Muscat.
On imagine donc bien toutes les facettes aromatiques et tactiles que revêt une dégustation des vins du domaine.

Pas étonnant, non plus, dès lors qu’un tiers des ventes (+- 100.000 cols/an) soient réalisées au domaine alors que 50% de la production fait l’objet d’exportation. 

Terroirs 

Lieu-dit Bollenberg

Terroir calcaire situé à Orschwihr à la limite des bans de Soulzmatt et Rouffach dont le domaine exploite 0,35 ha, principalement en riesling,

Lieu-dit Bux

Terroir argilo-marno-gréseux situé à Guebwiller, dont 0,8 hectare sont exploité par le domaine, principalement en pinot gris et gewurztraminer.

Lieu-dit Schimberg

Terroir gréso-volcanique situé en face de Guebwiller  dont 0,8 hectare exploité par le domaine en pinot gris.

Lieu-dit Schwarzberg

Terroir argilo-marno-gréseux situé à Bergholtz, dont 0,4 hectare sont exploité par le domaine en pinot gris.

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Lieu-dit Belzbrunnen

Ce lieu-dit se situe en contrebas du Grand Cru  Kessler avec la même exposition Est ;  les sols  sont de nature sablo-argilo-gréseuse. Le domaine y exploite 1,9 ha et le riesling y est majoritaire

Grand Cru Kitterlé 

Situé au nord de Guebwiller, le Kitterlé se présente en fer à cheval sur le massif de l’Unterlinger dont il occupe la base, entre 270 et 360 mètres sur un sol à forte pente qui nécessite une culture en terrasses. Selon la face du « fer » où l’on se situe, les expositions varient du sud-est au sud-ouest, ce qui lui confère déterminent des conditions climatiques assez variable même s’il est lui aussi fort bien abrité des vents du nord. Sur une assise gréso-volcanique, on retrouve un sol léger, mélange de sable et de graviers. Sur les 26 hectares du Grand Cru, le domaine exploite environ 1 hectare, principalement en Gewürztraminer.

Grand Cru Saering 

Situé en avant-Colline au Nord-Est de Guebwiller, en léger contrebas du flanc Est du Kitterlé et de l’Ouest du Kessler, entre  260 et 310 m, le Grand Cru Kitterlé  est de nature assez lourde,  marno-calcaro-gréseuse avec des veines calcaires qui peuvent être occasionnellement affleurantes.
Sur la superficie totale de 27 hectares, le domaine exploite environ 1,5 ha en  Riesling, Gewürztraminer, Muscat et pinot Gris. Des 4 Grands Crus du domaine, le Saering est certainement celui qui fournit les vins les plus ronds et les plus fruités.

Grand Cru Kessler 

Le Kessler est le Grand Cru le plus réputé de Guebwiller. Son nom signifie « Marmite » en alsacien« Marmite », nom qu’il a hérité de sa parcelle la plus connue, sis au milieu du Cru, La Heisse Wanne (Cuvette Chaude) d’où est issu la cuvée emblématique du domaine Dirler en Riesling.
Ces noms viennent du fait que ce terroir et particulièrement la cuvette de la Heisse Wanne sont très bien protégés des vents du Nord, de par l’orientation Est, Sud-Est qui les protège des vents froids émanant de Guebwiller, de par le Ballon d’Alsace, tout proche,  qui joue, comme pour la Vallée Noble, son rôle de bouclier et de par la forme encaissée du Grand Cru.
De pente forte à assez forte, ce terroir, situé entre 300 et 390 mètres sous la forêt, fait partie de la famille des terroirs gréseux (sols lourds), soit des colluvions de grès rouge  et d’argile qui recouvrent un socle calcaire. En surface, on retrouve des sables rouges très caillouteux issus de cette assise. D’une superficie totale de 28,5 ha, un peu plus de deux sont exploités par le domaine en Riesling, Gewürztraminer et Pinot Gris.
Malgré sa réputation de terroir « chaud », les vins conservent le plus souvent beaucoup de finesses et de fraicheur, tout en étant extrêmement minéraux.

Grand Cru Spiegel 

Adjacent à la limite inférieure du Kessler, le  Spiegel s’étire de 260 à 305 mètres  en pente douce, en mi-coteau, entre les bans de Guebwiller et de Bergholtz.  D’orientation Sud, Sud-Est, le Spiegel possède des sols de nature marno-gréseuse, plus marneux sur son versant Sud et plus argileux avec des veines calcaires sur son versant Sud-Est. Sur environ un hectare des 18  de la superficie du Cru, le domaine exploite principalement du Muscat, du Riesling sur sols plus calcaires à l’Est et du Gewürztraminer sur les  sols plus marneux au Sud.

Viticulture

Si la réputation des Dirler a toujours été de produire des vins droits, secs et ciselés, ils ont encore gagné en précision et en salinité avec le passage en biodynamie dès 1998.

Si l’on attribue cette impulsion à Jean, il faut reconnaître qu’elle a été largement soutenue par son père que cette méthode de viticulture passionnait depuis pas mal d’années auparavant.
Parallèlement à l’application des principes de la biodynamie, la plus belle conquête de l’homme est venue remplacer les machines pour les labours.

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Le domaine a été labellisé Biodivin à 100% en 2007
Les vignes sont effeuillées sélectivement à la main afin de mieux contrôler les maturations et, pour fixer les vendanges, la nature des peaux et des pépins revêt une importance égale aux données analytiques.

Vinifications

Au caveau, après un tri, les raisins sont passés entiers sous pressoirs pneumatiques (le domaine en possède deux). Chaque cuvée fait ensuite l’objet de décisions variées selon l’objectif désiré et en fonction de la concentration en matière. Si l’ensemencement naturel est favorisé, il n’est pas rare que le domaine juge nécessaire de pratiquer un levurage  sélectif. Les fermentations sont prolongées de 3 semaines à 3 mois environ, selon les nécessités.
Les élevages se font sur lies fines,  en fonction des cuvées, en cuves inox ou en futs (75%/25%), et cela, sans battonage. Les sulfitages sont très faibles mais les Dirler refusent de s’en priver, les considérant comme indispensables. La plupart des cuvées est mise en bouteille au mois de juin qui suit les vendanges, certaines cuvées sont prolongées jusqu’à 12 mois.

Dégustation

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  1. Pinot Noir « Ludivine » 2009
  2. Pinot Blanc 2008
  3. Muscat Grand Cru Spiegel 2007
  4. Riesling Belzbrunnen 2008
  5. Riesling Grand Cru Saering 2008
  6. Riesling Grand Cru Saering 2007
  7. Riesling Grand Cru Saering 1999
  8. Riesling Grand Cru Spiegel 2008
  9. Riesling Grand Cru Spiegel 2007
  10. Riesling Grand Cru Kessler 2008
  11. Riesling Grand Cru Kessler “Heisse Wanne” 2008
  12. Gewürztraminer Grand Cru Saering 2008
  13. Gewürztraminer Grand Cru Kessler 2008
  14. Gewürztraminer Grand Cru Kessler Vendanges Tardives 2007

Les vins ont été servis à une température de 10° après avoir été ouverts préalablement 6 heures auparavant.

1. Pinot Noir « Ludivine » 2009

Rendement : 50 hl/ha - Acidité (H2SO4) : 3,2 g/l - Sucre résiduels : 0,6 g/l - alcool : 14,2° -  prix (domaine) : 13,5 eur

La robe est dense, pourpre foncé. Au nez, on ressent une belle structure avec une dominante de fruits mûrs et d’épices,  l’élevage est présent mais sans excès (20% de barriques). La bouche est classique, riche comme souvent en Alsace pour ce millésime, mais sans chaleur et avec un très bel équilibre entre amers, tanins et fruit.  Globalement, si ce vin n’atteint pas des sommets de longueur, il gagne beaucoup sur la buvabilité. Très plaisant.

2. Pinot Blanc « Réserve »  2008

Rendement : 65 hl/ha - Acidité (H2SO4) : 4,8 g/l - Sucre résiduels : 7,2 g/l - alcool : 13,1° - prix (domaine) : 6,8 eur

La robe est jaune clair, très jeune.  Le nez est puissant, d’emblée, et terriblement exotique en plus de notes de miel et quelques touches lactées. On retrouve ces impressions en bouche où l’acidité apporte beaucoup de fraicheur. Mais le vin semble avoir été destiné à une certaine forme de rondeur apéritive que certains apprécieront sans nul doute. Moi, de mon côté, j’y vois un peu trop de « travail » et une aromatique assez monolithique. A prendre donc pour quoi il est destiné.

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3. Muscat Grand Cru Spiegel 2007

Rendement : 59 hl/ha - Acidité (H2SO4) : 3,3 g/l - Sucre résiduels : 4,9 g/l - alcool : 12,2° - prix (domaine) : 12 eur

La robe est très claire, pâle comme souvent pour les muscats secs.  Le nez est à nouveau assez puissant, d’entrée très muscat, puis évoluant vers des notes florales (thé, verveine) et végétales herbacées. On y retrouve aussi pas mal d’épices. La bouche est très équilibrée entre la fraicheur encore très présente, le gras et le fruit. On ressent en plus des arômes du nez, des notes nettement plus minérales, surtout sur la longueur de très belle facture. Une excellente surprise.

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4. Riesling Belzbrunnen 2008

Rendement : 55 hl/ha - Acidité (H2SO4) : 6,2 g/l - Sucre résiduels : 7,2 g/l - alcool : 13,2° - prix (domaine) : 12,5 eur

La robe est jaune-vert très clair. Le nez est puissant, assez primaire, totalement, éperdument riesling, droit, pur et citrique. En fin d'aération, quelques notes secondaires pointent du nez ce qui laisse augurer d'une belle évolution prochaine.
L'attaque de bouche est surtendue, un arc  Parthe qui décoche une flèche de droiture. Fillettes, passez votre chemin, mais moi, j'adore... totalement. Et comme en milieu de bouche, l'équilibre est parfait avec beaucoup de fruit et de salinité... Cette quille  a tout pour me déclencher une petite... émotion. La longueur, énorme, est totalement sur la salinité.... un très beau vin de pierre.... un énorme rapport qualité-prix.

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5. Riesling Grand Cru Saering 2008

Rendement : 45 hl/ha - Acidité (H2SO4) : 6 g/l - Sucre résiduels : 8 g/l - alcool : 13° - prix (domaine) : 16,5 eur

La robe est jaune-vert respirant de jeunesse.  Le nez assez fermé de prime abord livre des arômes pierreux, fumés avec une pointe de menthol qui rappelle des notes légèrement solaires. En bouche, malgré la jeunesse, l'équilibre est bien présent, avec une grande impression de droiture sans pour autant que l'acidité paraisse excessive. Globalement on est plutôt sur des impressions austères avec pas mal de salinité, le tout sur un registre assez sec à très sec. On se serait attendu à une longueur plus évidente, plus ronde. Finalement, je reste sur une impression de vin "en attente", tout comme ce fut le cas pour pas mal de 2007, il y a un an, avant d'aborder les arômes secondaires. A revoir, évidemment.

6. Riesling Grand Cru Saering 2007

Rendement : 58 hl/ha - Acidité (H2SO4) : 5,5 g/l - Sucre résiduels : 4,8 g/l - alcool : 13,1° - prix (domaine) : 14,5 eur

Si la robe a conservé sa jeunesse, le nez est bien plus ouvert, avec des arômes secondaires floraux et d'hydrocarbures bien présents.  Mais ce qui domaine, c'est l'exotisme presque sudiste avec de l'ananas et du fruit de la passion. En bouche, on a un très bel équilibre à la fois tendu, minéral, globalement sec avec moins d'impression d'exotisme. L'amertume est par contre bien présente, surtout sur la finale de belle longueur. Cette amertume est-elle minérale ou plutôt lié à un alcool assez présent... le groupe est partagé... attendre, ici aussi, semble s'imposer.

7. Riesling Grand Cru Saering 1999

Rendement : 60 hl/ha - Acidité (H2SO4) : 4,6 g/l - Sucre résiduels : 25 g/l - alcool : 11,8° - prix (domaine) : 13,8 eur

La robe est nettement plus évoluée d'un bel or légèrement ocré. Au nez on retrouve totalement ces arômes qui captivent tellement les LPViens sur le Kirchberg 1999 de Louis Sipp : hydrocarbures, floral et zestes confits d'oranges et de citron. C'est assez splendide. La bouche démarre très bien, avec une acidité maîtrisée qui apporte encore beaucoup de fraicheur. On retrouve ces aromes de zestes confits d'orange et d'orange amère agrémentés de massepain jusqu'en milieu de bouche. Ce serait vraiment parfait si il n'y avait le sucre en élément un peu perturbateur, qui pour moi, est légèrement trouble-fête. Finalement, un  beau vin, mais d'un style qui ne correspond pas exactement au style actuel, plus influencé par la biodynamie. Je parie que Monsieur Bettane apprécierait... toutefois.

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8. Riesling Grand Cru Spiegel 2008

Rendement : 45 hl/ha - Acidité (H2SO4) : 6,2 g/l - Sucre résiduels : 5,2 g/l - alcool : 13° - prix (domaine) : 16,5 eur

Retour à une robe jeune et claire, jaune-vert. Le nez est fin, sans énorme intensité, avec des notes mentholées assez soutenues. Très vite, à l’aération, des notes pierreuses viennent se joindre à cette aromatique pour donner de belles impressions de complexité. En bouche, si la complexité est toujours de mise, la puissance et la concentration s’expriment bien plus, que ce soit à travers l’acidité, l’extrait (presque rond) et surtout l’impression de salinité. Confirmation d’un superbe vin en finale, très longue avec une impression de netteté impressionnante. A ne pas louper !

9. Riesling Grand Cru Spiegel 2007

Rendement : 55 hl/ha - Acidité (H2SO4) : 5,3 g/l - Sucre résiduels : 2,3 g/l - alcool : 13,4° - prix (domaine) : 14,5 eur

La robe est toujours très jeune. Le nez, assez puissant, oscille entre notes primaires citronnées et une énorme sensation de roche humide. Confirmation de cet aspect « pierre » en bouche, d’autant que l’acidité très structurée potentialise ces notes. Malgré le millésime pas toujours chargé en matière, le milieu de bouche apporte suffisamment de fruit et de rondeur pour éviter une certaine austérité. Plus on avance dans les perceptions, plus cette impression d’équilibre est perceptible. En toute fin de bouche, quelques belles notes épicées viennent compléter un tableau proche de la perfection. A boire ou à garder encore de longues belles années.

10. Riesling Grand Cru Kessler 2008

Rendement : 50 hl/ha - Acidité (H2SO4) : 6 g/l - Sucre résiduels : 8,3 g/l - alcool : 13,1° - prix (domaine) : 17 eur

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La robe est jaune-vert, très claire sans la moindre marque d’évolution.  Le premier nez est très fermé et une agitation certaine est nécessaire à faire apparaitre une aromatique fine et complexe, moisson de notes citriques, florales et de pierre à fusil qui se marque de plus en plus avec le temps.  La bouche parle sur la matière version silex pour la chasse au « gros »…. droite, pure, ciselée, saline, saline, saline…. Mais en plus, et malgré la jeunesse, on a un vrai plaisir à boire ce vin. Mon modèle de Kessler !

11. Riesling Grand Cru Kessler “Heisse Wanne” 2008

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Rendement : 35 hl/ha - Acidité (H2SO4) : 6 g/l - Sucre résiduels : 5,1 g/l - alcool : 13,4° - prix (domaine) : 18,5 eur

Imaginons le vin précédent avec tout encore plus concentré…. Too much ? Non, parce qu’en plus , ici, la « Cuvette » joue son rôle en apportant nettement plus de fruit, de solarité. Il s’agit indéniablement ici d’un « monstre » taillé pour le temps, une bouteille qui va faire couler des larmes de bonheur dans 15 ans….

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Sa longueur immense en est déjà témoin. En attendant que tout cela se fonde, on patientera bien quelques années avec le Kessler classique. Félicitations à toute la famille pour cet énorme fruit du travail !

12. Gewürztraminer Grand Cru Saering 2008

Rendement : 55 hl/ha - Acidité (H2SO4) : 3,7 g/l - Sucre résiduels : 18,7 g/l - alcool : 13,9° - prix (domaine) : 14,4 eur

La robe, bien que plus soutenue est très claire pour un gewürz…  Le nez me paraît un peu (ou encore assez) variétal avec une rose assez présente. Il est anobli par des impressions de zestes confits d’agrumes. La bouche est fraiche, ce qui apporte beaucoup d’équilibre à ce vin qui se goûte étonnamment sec sur l’équilibre. Le vin manque toutefois un peu de précision et vu la longueur, moyenne, un léger doute persiste sur une éventuelle action délétère du bouchon. A revoir.

13. Gewürztraminer Grand Cru Kessler 2008

Rendement : 35 hl/ha - Acidité (H2SO4) : 3,5 g/l - Sucre résiduels : 31,4 g/l - alcool : 14,2° - prix (domaine) : 17 eur

Tout paraît ici plus « net » que pour le précédent Saering à commencer par le nez, pus serré, mais pus fin aussi, plus floral enfin, même si le cépage reste reconnaissable.  En bouche, si le bond en suce résiduels est perceptible, le vin reste équilibré pare que la tension y est très vive, de plus les sensations minérales et les beaux amers, surtout en finale, complexifient parfaitement l’édifice. Avec beaucoup de puissance et de classe, ce vin s’inscrit réellement dans la méditation, bien plus que dans la gastronomie simplement.

14. Gewürztraminer Grand Cru Kessler Vendanges Tardives 2007

Rendement : 40 hl/ha - Acidité (H2SO4) : 3,6 g/l - Sucre résiduels : 94,4 g/l - alcool : 12,1° - prix (domaine) : 25 eur

Bien plus évolué à la robe,  ce vin ne triche pas avec nos sentiments, il est là clairement pour faire parler la générosité. Puissant et complexe au nez avec du fumé, des fruits confits, des notes variétales et même quelques touches pierreuses, il impressionne en bouche par sa matière embarquée. Si l’acidité et la salinité sont est heureusement présentes pour empêcher une impression sirupeuse, cela reste le fruit croquant, version pâte de fruit, qui domine les débats, le tout avec une classe étonnante pour une VT de Gewürztraminer. Un bien beau moment de plaisir, pur !

Conclusions

J’aime vraiment beaucoup ce domaine, d’abord par son accueil, ensuite par sa volonté de toujours chercher, dans une certaine forme de tradition, à faire des vins plus purs, plus précis et plus droits, sans toutefois se refuser du fruit ou de la solarité dans certaines cuvées.
Mais je pense qu’avant toutes choses, ce que j’ai goûté ici me rassure dans MA certitude de l’influence du terroir sur les vins à une époque où je lis de plus en plus certains écrits mettre en doute l’effet du sol au profit du seul art de l’homme. Pourquoi,? Parce qu'en balayant ainsi tant de vins différents, pour un même cépage ou non, on obtient sur un même millésime, une palette extraordinairement variée de vins allant des solaires Saering aux religieux Kessler, allant du fruit à la pierre, alors que plus probablement, l’homme, derrière tout cela, travaille chaque cuvée avec le même intérêt, la même besogne.
J’ai toujours pensé qu’il n’y avait pas une mais des milliers de vérités dans un vin, et ce rien qu’à travers le ressenti de chaque personne qui le goûte, mais toutes ces impressions se situent  pour moi clairement dans un triangle formé par l’homme, le fruit et le sol… quand je goûte les vins de chez Dirler, cela me paraît évident, tout autant que 2008, est, en Alsace, sûrement, un millésime Majeur !