Une fois de plus, il n’a pas été trop difficile de convaincre mes collègues « Brusseleirs » de répondre à la douce invitation de Véronique Attard, égérie incontournable du Mas Coris, pour ces 45e Vendredis  du Vin dont elle a accepté, avec sa gentillesse habituelle, la «lourde »  charge de la présidence…

Véro needs us…

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We’re running for her !

Et c’est avec toute sa sensibilité qu’à cette occasion, elle nous emmène à la rencontre du vin et de l’art, pour ces vendredivinesques agapes.

Certes, au vu de nos dégustations kilométriques, notre petit groupe d’œnophiles du cœur de l’Europe serait volontiers taxé de Serial Quilleurs, vénérant le temple de Bacchus pour y jouir pleinement du fruit festif à travers le jus de la treille. Bref, des malades, quoi ! Il ne faudrait quand même pas oublier que la première de nos préoccupations, à l’heure céleste de porter le divin breuvage à nos lèvres, c’est l’équilibre de ce jus, cet équilibre souvent fragile, tendu qui met, sans illusion nécessaire, nos palais en pleine harmonie avec le plaisir annoncé.

Equilibre, tension, harmonie, finesse… C’est pleinement ce que peux inspirer ce danseur de Rodin

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Equilibre, tension, harmonie, finesse, c’est aussi ce que nous avaient inspiré, dans de précédentes dégustations,  les vins de Paul-Henri Soler.
C’est donc un peu comme une évidence qu’il fallait donc lier le personnage de Paul-Henri et ses vins à ces Vendredis du Vin… Rien que le logo de l’étiquette de ses vins, sobre, pure, aérienne est une véritable invitation à l’équilibre

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Paul-Henri Soler

Malgré ses origines ancestrales helvétiques c’est bien de Bordeaux que nous vient Paul-Henri Soler. Attiré par la vigne, il va tout d’abord suivre une formation en viticulture et en œnologie dans sa région natale avant de compléter cette formation en arpentant le vignoble de France et de Suisse dans le cadre de nombreux stages.
C’est à cette époque que la Suisse devient déjà une évidence pour lui. Sans famille locale et sans les fonds nécessaires  pour se lancer d’emblée dans l’achat de vignes et dans la production, il complète ses connaissances par un diplôme de sommelier-conseil puis s’en va travailler comme caviste à la Cité des Vins à Genève, où il travaille encore aujourd’hui à mi-temps.
C’est enfin en 2005 qu’il débute son activité de vigneron à Meyrin près de Genève, en achetant d’abord des raisins sur pieds, objet d’une intense sélection, puis, plus récemment en louant des parcelles de Gamay près de Loex. Les vignes se trouvent de part et d’autre du Rhône.
 Sa cave, il la doit à son épouse dont les parents lui confient une partie de leur ferme pour lui permettre de vinifier. Le régime de la débrouillardise. Ici, dans cette grande bâtisse tout de bois vêtue, on vinifie, on élève entre les bottes de foins, on ne doit pas aller chercher loin les levures, on fait face à des écarts de température souvent importants, mais on veille, presque jour et nuit, comme une louve sous sa progéniture et le résultat est plus que probant.
Paul-Henri produit aujourd’hui près de 8000 bouteilles, espérant à l’horizon 2015 atteindre le chiffre de 12.000 au-delà duquel la rentabilité lui semble garantie.

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S’il ne se revendique d’aucun label, il rejoint pleinement ces vignerons de « glou » que nous aimons tant en recherchant les vins les plus naturels possibles, en ne travaillant qu’avec des raisins qui n’ont connu aucun pesticides et en évitant lors de ses vinifs tout intrant comme le soufre ou les levures sélectionnées…
Malgré quelques expériences de macérations les blancs sont vinifiés classiquement. Les rouges sont vinifiés en grappes entières. Les fermentations sont opérées futs tronconiques ouverts et les élevages sont faits en fûts d’occasion de plusieurs années.

« Des vins vivants, sans concessions, voilà le seul objectif poursuivi » 

Paul-Henri Soler
Route de Prevessin 60
Mategnin
1217 Meyrin
Tél : 079 746 24 61 (Suisse)
E-mail :
paul-henri.soler@bluewin.ch

Et si on buvait ?

Pour la dégustation, nous nous sommes attachés à 5 vins, tous en Appellation Vin de Pays de Suisse,  vins que notre « Bordelais » de Fabrice Domercq (vigneron à Ormiale) nous avait ramené de son dernier séjour en Suisse, séjour qu’il répète de plus en plus souvent depuis la découverte des vins de Paul-Henri Soler.
Sûr qu’on a accompagné ces vins de tout ce qu’il faut pour nous remplir la panse ; pour le cochon, les éternelles charcuteries, certaines ramenées d’Italie, d’autres de chez Bas à Villé-Morgon,  pour remplir le reste de nos panses bien tendues, une vraie fondue avec du vrai fromage suisse nous a été proposée ! Sans oublier non plus la bonne humeur permanente du groupe… Bref…Non peut-être !

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Vineusement, on a commencé par le Chardonnay « Les Matines » 2010 qui provient de parcelles très pentues faites de molasse et d’argiles avec une exposition Est, les mêmes parcelles qui abritent aussi le gamay  qui rentre dans sa cuvée « Pourboire » non dégustée ici.

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Pas évident de retrouver d’emblée le chardonnay, tant les fruits blancs viennent se mêler aux agrumes plus classiques.
La bouche est avant tout marquée par une tension énorme qui augmente la sensation très nette de minéralité et de pureté. Ce chardonnay rappelle, par sa droiture et son côté 100% nature, les chablis de Thomas Pico, avec toutefois un peu moins de gras. Une bombe de fraicheur !

La seconde quille  est  « Trinité 6027 ». Il s’agit d’une  vraie pépite d’originalité puisque ce vin est issu de l’assemblage de 3 cépages (Chasselas : 60 % ; Aligoté : 20% ; Gewurztraminer : 20%) mais aussi de 3 millésimes, soit, 2008, 2009 et 2010.

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Le nez est assez intense, avec des fruits blancs, une pointe d’exotisme et des notes très florales. En bouche l’équilibre est parfait entre une très belle vivacité, du gras, du fruit et à nouveau de belles notes florales.  Plus sur la finesse, que sur la concentration à tout va, on en demeure pas moins sur énormément de plaisir, de buvabilité, le tout porté par une longueur plus que satisfaisante.

On revient ensuite au Chardonnay avec cette cuvée Vespera 2010 dont le nom annonce à lui seul plus de maturité. Issu de coteaux exposés à l’ouest sur le versant opposé du Rhône et donc nettement plus ensoleillés que pour les Matines.

 

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De fait, si le nez a conservé toute la fraicheur retrouvée sur les deux premiers vins, avec des fruits blancs qui se mêlent à nouveau aux agrumes, la bouche est nettement plus ronde, plus juteuse avec un fruit gourmand dominant. On reste toutefois sur ces impressions d’équilibre très aérien parce que l’acidité embarquée offre une superbe tension à l’édifice. La finale est clairement sur le fruit, mais toujours aussi aérienne.

On passe ensuite aux rouges avec le Pinot Noir « Dame Peaufine » 2010 pour entamer le duo

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Ce pinot noir nous propose une robe rubis assez légère et un nez moyennement intense, principalement sur le fruit rouge, puis les cerises noires à l’aération. L’impression de légèreté est omniprésente et ce n’est pas la bouche qui vient démentir cela, surtout que les tanins sont terriblement souples et que l’acidité si elle est présente, n’est pas angulaire. Bref, cette Peau »Fine » porte bien son nom.
Après un peu d’aération, le vin évolue sur plus de fruits noirs et quelques notes torréfiées avec des tanins plus présents, une impression aussi de légère gourmandise en sus.  Malgré la permanence de la finesse, les impressions de finale sont très persistantes.  On retrouve en fait pleinement cette impression d’équilibre qui nous a amené à partager ces vins pour ces 45e VDVs.

Le second rouge fait visiblement l’objet d’un bel intérêt chez les glouglouteurs naturellement naturistes. Ce « Vin du Dimanche 2010» est issu de 100% de Gamaret (helvétique croisement entre le Gamay et le Reichensteiner), récolté très mûr puis « passerillé » tout comme pour les Amarone en Veneto.  Tout un programme…

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L’appel à l’usage des claies se justifie par le fait que sur pied, l’humidité locale ne permet pas d’espérer ce qui réussit si bien en Jurançon.
Sûr que par rapport à Mamzelle « Peaufine », on change de registre. Déjà la robe montre le ton, rubis très foncé. Le nez est puissant, intense, terriblement juteux, gourmand avec des fruits rouges mûrs et frais à la pelle. Le piège du jus de fruit est toutefois bien évité avec des notes charnues et sanguines qui viennent agrémenter une belle complexité.
Malgré la matière et la maturité très prononcée, la bouche est marquée par un très bel équilibre, plus dans le registre sec et charnu que sur le côté doucereux. Bien sûr, il y a de la gourmandise, bien sûr, on ressent de la solarité, mais l’acidité superbe et les tanins bien structurés nous ramènent en permanence vers un superbe vin de gastronomie qui appelle une belle pièce de Simmental et qui aujourd’hui se comportait fort bien sur la fondue en accompagnement.
Une vraie tuerie gourmande et vineuse…

… tout en équilibre… évidemment.

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Cet équilibre fragile, mais réel, tangible, un peu comme un funambule sur son fil ou ce danseur de Rodin, c’est donc le point vraiment frappant de toutes les cuvées. Par ailleurs, toute forme de fausse note est absolument absente, même sur les cuvées précédemment dégustées. Jamais de déviance, jamais de bretts Rock’N’Roll, toujours de la pureté. Ces vins me rappellent les cuvées 2007 de Laurent Barth en Alsace qui, frappé par la grêle, avait pu utiliser des raisins d’autres domaines et avait fait de ses « Cuvées Nomades » quelque chose de magique… Ils réussissent à nous parler aussi bien que Cyril Alonso réussit avec ses vins.
Des vins droits aussi, aux acidités souvent soutenues, qui verront sans nul doute venir les ans avec sérénité.
Voici ce dont nous avons pu profiter, avec la convivialité des fous bruxellois, pour
ces 45e Vendredis  du Vin. Merci et une énorme bise de nous tous à Véro du Mas Coris !!!

Paul-Henri Soler… un nom à retenir !

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Santééééééééééééé !