Dr Je Quille & Miss Syrah

Une production des « Vendredis du Vin Brusseleirs » (non peut-être)

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Ah, la syrah…. Souvent, il est vrai, les sujets des VDVs ont une certaine complexité, pour ne pas dire une complexité certaine. Rien que pour le prochain mois de juin… je ne vous dis pas… (Il est fou ce monomaniaque). Mais là, par contre, on ne peut pas dire que le Doc Adn et Aurélien Litron, l’ubiquité faite glou, avaient fait dans le complexe en ordonnant pour cette 46e édition des Vendredis du Vin : Syrah, enjôle-moi….

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Déjà, étonnement de voir  certains hexagonaux tancer un peu le cépage, le regardant avec une forte sévérité, l’accusant de maux sudistes alors qu’il y aurait lieu de le laisser au frais au fond des vallées.
Il faut laisser aux esprits chagrins, à ces sceptiques sévères, qu’ils ont raison pour une chose… la syrah, ça se sert frais !
Pour le reste, permettez-nous, belges autochtones et adoptés, de sourciller un tantinet vis-à-vis de tant de sévérité soudaine, alors que nos masses populaires nordiques et buvantes ont évité 20 ans de dépression profonde grâce à ce noble cépage, quand saturés de Bordeaux Boisés sans Buvant, il nous fallut trouver en ces sombres époques un cépage rouge qui nous réconciliait avec la treille. Et c’est sûr que sans ces syrah du Nord du Sud et peut-être un jour de Mars, nous aurions certainement fini errant dans un parc ombragé, ceint d’une belle robe blanche, couronnés d’un entonnoir de cuivre, marmonnant à tout va et sans fin : « Michel Rolland m’a tuer »

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Donc quand le Doc et son Litron, ils ont dit Syrah, nous on est rentré en ébullition, tu vois… Parce que nous, on l’aime cette syrah, si polymorphe selon qu’elle se schiste ou elle se sable selon qu’elle reçoive le vent frais du Nord ou l’implacable Soleil du Canigou (foie-poulet).
Alors pour faire honneur au président autoproclamé de mai 2012, les VDVs Brusseleirs avaient fait appel à 16 quilles…. (Au fait, qui a dit qu’une syrah, c’est difficile à trouver ?)

Pour les accompagner, moultes cochonneries et leurs atours, comme d’hab.

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 Si vis panem, para charcuterinum…

C’est bien connu.

Nous tenons, aussi, à ce stade, à remercier les Etablissements « Pluie de Merde » d’avoir oublié de se réveiller en ce vendredi de fin mai, permettant enfin à notre horde sauvage de réintégrer l’impasse de chez « Basin », les jupettes au vent pour les demoiselles, les T-Shirts de Remy Bousquet  bien en avant pour leur alter ego masculins… bref, le petit « Coin de Paradis » de Bruxelles-les-Bains.

Re Bref… même à Bruxelles… on aurait… « Le SUD »

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Donc du Sud, partout, un cépage nordique qui s’est mué en méridional, des quilles dans tous les sens, on imagine sans soucis ni sourcils que nos agapes furent certainement accompagnées par notre voisinage direct de douces pensées du type : si ce n’est pas malheureux, à leur âge, en plus,… il y a plus d’ivrognes, madame…. En plus, vous savez quoi… ils crachent pas…. Monstueux….

Si vis vinum para belle-mère…

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A noter quand même que tout a été servi à l’aveugle, sans le moindre ordre, question de pousser à fond la joyeuse anarchie. Occasion aussi d’admirer les superbes squales et galinacés qui couvrirent les quilles du jeune Jef de Hoeilaart…

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Pour ouvrir les festivités de la chasse à l’enjôleuse, on attaque avec du « régional de l’étape », importateur oblige, soit de Messieurs Dard et Ribo, un Hermitage 1992, servi en Magnum, sivoplé. Terriblement tertiaire au nez avec beaucoup de notes de tabac, le vin paraît un peu passé dans un premier temps malgré un bel équilibre et une acidité sauvée des eaux. RIP ? Non, pas du tout, en fait, parce qu’accompagné d’une belle tranche de jambon, il retrouve une bien belle vigueur !

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On descend à peine pour le suivant Saint-Joseph 2010 du Domaine Jean-Michel Gérin . Plus vif, plus frais, il étonne par son fruit bien dense et sa profondeur, du moins, sur l’attaque de bouche. Ensuite, la légèreté prend un peu trop le pas, ne laissant en finale que simplicité…. Avec un peu plus d’envergure, la quille aurait facilement passé le cut.

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On change ensuite de cap et pas un peu avec le Costières de Nîmes « Marginal » 2006 des Terres des Chardons et son nez énorme, très grillé, particulièrement bourré de personnalité, au point que j’imagine que certaines fillettes pourraient y ressentir un peu de too much, surtout que l'impression solaire est nettement plus nette ici. Mais y a pas à dire, les grosses brutes dans mon genre, ça aime drôlement le Karactère. En bouche, il y a les plus : l’équilibre, la tension, l’énorme matière. Il y a quelques moins aussi : l’alcool, et les épices maousse costaud. Et comme l’air ambiant est à 27°C, à nouveau les fillettes souffrent. Mais pour les brutes… ça reste terriblement positif.

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Oserais-je dire que qui dit beau sexe ne peut que retrouver le sourire avec cette Cuvée FouFoune, Crozes-Hermitage 2010 d’Hervé Souhaut… Non peut-être… Mais pas que les fillettes… les bons gars zossi. En fait, à part une réduction initiale, cette foufoune a tout pour plaire, fraiche, plus fruitée que goudronnée, son relief qui accroche sans freiner et sa longueur juste maîtrisée font l’unanimité. Bref on tient là, l’Enjôleuse d’Argent de la soirée, et mieux vaut foufoune enjôleuse que vieille copine, non ?

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Syrah, la touffe…

Toujours dans le septentrion, la quille suivante nous ramène à Messieurs Dard et Ribo, à nouveau sur Hermitage mais ici en 2006. Etrange impression ici. Le nez a une pointe acétique, le reste est entre flou et manque d’expressivité. En fait….. on est en plein dans le côté fermé que dame syrah est capable de développer avant de renaître…. Alors ne jugeons pas trop vite et retrouvons-nous dans 4-5 ans, parce qu’à l’évidence, équilibre et matière sont de la partie.

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Par contre, pour le suivant, le procès est sans appel. Entre marée et Madère au nez, avec un piquant balsamique, en plus, et une bouche complètement déstructurée... euh, passé ? Mais qu’est-ce qui a bien pu arriver à ce Saint-Joseph 2007 de Vincent Paris. Bizarre, bizarre…

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On repart vers des sphères plus solaires avec le vin suivant. Le nez est splendide, fin, plutôt plein de maturité que frêle, avec de belles notes cacaotées qui accompagne un évidente syrah. Tout le monde se lève pour ce pif. En bouche, ce « De Battre, mon Cœur s’est arrêté » 2009 du Père Bizeul fait un peu moins l’unanimité. La matière, l’équilibre, la tension, les tanins fins font toujours l’objet d’un accord général, mais la puissance et la finale solaire convainquent moins les fillettes et les ultra du jus. Mais, globalement, cela reste donc une excellente surprise !

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On passe du Roussillon en Languedoc avec la très rare cuvée « La Sy » 2006 du Domaine Montcalmès. Certes toujours solaire, elle nous livre plein de finesse presque florale, cette Syrah de l’Oc. La bouche confirme le nez avec en plus de la finesse, de la fraicheur, un équilibre indéniable, etsurtout sur la belle finale pleine de classe. Diplôme d’enjôleuse obtenu sans discussion, avec médaille de Bronze, s’il vous plaît.

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On reste en Languedoc avec le Domaine d’Aigues Belles et sa cuvée « Syrah » 2007. Et une belle claque…. Le nez est super frais, bien moins solaire que pour les précédentes cuvées méridionales. On y retrouve un grillé-sanguin très classique qui partage très bien les débats avec un fruit extrêmement gourmand. En bouche, idem, matière, tension, équilibre viennent côtoyer un vrai jus croquant. Le tout forme, particulièrement sur la très belle finale un ensemble au top. On n’essaye pas d’enjôler ici, pas besoin, on est directement dans le plaisir.

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Jusque-là, on était resté sur une bande de 500 bornes alors que le Doc avait bien dit que les enjôleuses n’avaient pas de frontières….  Et y en a qui ont écouté la leçon. On part donc dans le vrai Sud, l’hémisphère Sud, avec cette Shiraz 2007 de Messieurs Shaw & Smith dans le Comté d’Adelaide Hills en Australie du Sud. Il y a certes dans ce vin une pointe microscopique d’élevage moderne. Il y a aussi une certaine solarité… Mais il y a le reste, et ce reste est un fruit gourmand, fin, c’est aussi une fraicheur imparable et une grand longueur pleine de jus. Alors à l’aveugle, avec la somme de nos préjugés, impossible de mettre cette chose dans le bon hémisphère… tout le monde a pensé à un nouveau produit occitan. Et un bon, tudieu.

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Retour au Nord… Si Hermitage, Crozes, Saint-Jo avaient déjà pointé du nez, il manquait la Côte-Rotie au programme, et une Côte sous 27 degrés, c’est presque culotté…. Et pourtant c’est à une véritable bombe qu’on a été confronté avec cette Côte Rotie 1994 de Gallet. Un nez superbe, entre distinction et beauté fatale, sanguin, viandu, mais aussi bourré de fruit. La bouche est simplement parfaite, alliant l’austérité de la syrah dans la région de Vienne avec un juteux épicé imparable où les rares notes solaires ne parviennent pas à égratigner la classe de l’élégance. L’Inès de la Fressange, de la soirée, bien plus belle et enjôleuse en pleine maturité que dans les défilés de la jeunesse. Médaille d’or de la soirée, incontestablement. Ca faisait pas mal de mois que mes compères me les brisaient en me parlant de ce domaine dont j’ignorais tout… Damned, qu’est-ce qu’ils avaient raison !

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Jamais facile de passer derrière Inès… et pourtant le troisième Dard & Ribo de la soirée soit le Crozes 2009 « Les Rouges des Bâties » relève bien le gant. Cap fruit au nez (un soupçon piquant de prime abord), cap fruit en bouche, entre gourmandise juteuse, élégance et équilibre avec un joyeux côté sanguin métallique sur la finale. On ne vise pas ici les concours de cathédrale austère, mais bien le glou pur et séducteur et c’est pleinement réussi. Du vrai Dard & Ribo comme nous on l’aime. Médaille de bronze, ex aequo.

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Et puis il y eu une incursion provençale avec la « Cuvée Syrah » 2008 du Domaine Richeaume. Si jusque-là, les syrah les plus sudistes avaient montré des côtés solaires, cela avait été plutôt dans le caractère effectivement enjôleur et non dans la version confiturée proche du sirop de Liège. Or, ici, c'est la mélasse....Je n’aime pas les détracteurs de tel ou tel cépage dans tel ou tel endroit. Mais quand il s’agit de planter de la syrah dans le Sud pour en obtenir une truc aussi riche et écœurant, non vraiment, il y a lieu de ne pas planter. Stop !

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Un dernier retour dans le Nord avec le Cornas « Renaissance » 2005 de chez Clape. Je risque pas de me faire beaucoup d’amis en proclamant "Mais qu’est-ce qu’on peut faire comme foin sur ce domaine et cette cuvée en particulier" . J’ai dû être abusé par je ne sais quelles dorures en l’achetant, mais 5 ans après, que reste-t-il de nos dorures ? Rien, RIP, snif. Evidemment, vous pourrez dire facilement, l’helvète et ses potes de Bruxelles sacrifient désormais au fruit à tout va… Vous pourrez, mais face au vide intersidéral, le fruit, y a que ça de vrai !

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Mais que se passe-t-il  donc ici…. ? Mais ou est donc Ornicar ? Z’avez pas vu Mirza ? Bref, 14 quilles passées en revue et pas de Sierra du Sud 2010 de chez Gramenon ? Sont fous, ces Belges… 

Non, pas folles, les guêpes, puisque elle finit par venir, la chose. Un peu que je l’attendais, la belle, pas loin de l’arrêt de tram 33, un peu comme on attend Madeleine, parce que l’avantage de rentrer tard sa copie, c’est que les délires des commentaires de la première heure avait eu le mérite de nous mettre le jus à la bouche. Bref, c’est collégialement que nous dimes au JF Basin local, si tu ne nous ouvres pas une Sierra, on casse tout. Là où je comprends moins, c’est que nous on a pas eu ce coup de cœur… évidemment, la quille, elle est arrivée à 21°C dans nos verres et  le cocktail s’est avéré trop solaire, trop puissant…. Dommage... mais du coup, on va devoir se cotiser pour offrir un frigo au Basin qui ne rate jamais une occasion. Vivement une autre, quoi.... demain, servie fraiche, celle-là!

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Même constat pour la der (avant la route), soit cette cuvée 2007 de Joan d’Aguera Bugader à Montsant en Catalogne. Quand la syrah est aussi puissante, structurée, elle doit impérativement ne pas avoir sa fraicheur neutralisée par un service à 10° excessifs, rendant les choses impossible à juger, à aimer… bref à boire et obligeant les masses populaires à clamer « Et si on s’attaquait quelques Cantillon, hein ? ».

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Finalement, faudrait pas croire que même sur la fin, on s’est pas marré.. Que nenni. Et grâce au Doc, on a bien pu se rendre compte que la syrah, elle n’était pas austère du tout, surtout dans ses versions glou qui la rendent vraiment enjôleuse. Et pour cela, elle a pas de frontières, la bestiole, tant que l’homme qui est derrière ne succombe pas à la tentation de laisser faire le soleil plus qu’il n’en faut… au risque de devenir confiture, ou que pire, il ne résiste à le tentation de surboisé, faisant perdre à la belle toutes ces rondeurs naturelles pour la décharner à la maturité….

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Et au fait, encore merci à DocAdn pour la présidence, et merci à Remy Bousquet pour avoir si bien illustré cette édition !

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Et on se retrouve en juin… au resto !!!

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Allez... zou !