Avant tout, je devrais remercier le temps. Non pas celui qui court, mais bien celui qu’on se prend sur la tête depuis que l’été hivernal qui nous a quitté vers le mois de mars. Je le remercie, le temps, parce qu’il n’y a rien de tel qu’une bonne brise de novembre bien juteuse pour vous enfoncer un dernier clou dans un moral sous les zéros degrés Kelvin, surtout quand il y a lieu de faire un parallélisme entre avec un week-end évènementiel qui tombe autant à l’eau que les hallebardes tombent comme des lemmings en furie. Je le remercie parce qu’en vous forçant à rester chez soi, il force aussi  à la réflexion.

Oui, ce week-end, Elisabetta Foradori n’est pas venue à Bruxelles, oui, tout ce qui avait été organisé autour de cette venue a fait un grand plouf dans les mares omniprésentes. Oui, il a fallu faire chauffer les portables au rouge pour s’excuser tous azimuts, pour annuler ce qui était annulable, pour réimaginer ce qui était imaginable.
Et là, au passage, je tiens à remercier la toute grande majorité pour leur énorme compréhension face à cette adversité de deux jours.
Compréhension certainement, parce qu’en fait, il n’y a pas eu mort d’homme, ni organisateur, ni de vigneronne.
Compréhension, certes, aussi parce qu’Elisabetta nous a promis de revenir « molto presto », soit en automne, quand la vigne aura offert son fruit… Et comme il y a tout lieu de penser que nous devrions avoir l’été en automne, c’est peut-être encore mieux ainsi.

Donc,… je ne devrais même pas vous ennuyer en revenant là-dessus, si, toutefois, derrière tout cela, ne se cachaient une fois de plus des signes criants que derrière une bouteille bien solide se trouve une humanité très fragile, fragilité qui me fait souvent répéter à tous vents qu’avant de « critiquer» un vigneron à travers ses vins, il y a vraiment lieu de se demander jusqu’où notre critique ne va pas atteindre un moral souvent aussi solide qu’une bulle de savon.

Donc… réflexion

Si je reprends l’exemple de ce week-end, il y a d’abord un fait, soit un avion manqué. Ce n’est pas le premier, ce n’est pas le dernier. Ensuite, il y a aussi la mise en route d’une débauche d’énergie pour corriger le tir…. Avec comme souvenir une photo sur la route qui risque de compter.
Beaucoup de tension, de passion, de bruits, avant que cette foutue pluie ne force à se rendre compte qu’en fait si cet avion n’a pu être pris, c’est parce que derrière, il y a énormément de fatigue accumulée, et ce pour de nombreuses raisons.
D’une part, il y a les consommateurs passionnés dans mon genre qui regorgent d’idées pour faire venir à eux leurs vignerons favoris, allant jusqu’à omettre que on les force ainsi, par une forme d’égoïsme jubilatoire, à de plus en plus souvent quitter leur domaine pour bourlinguer around the world, et souvent pour finalement faire face à une forme très usante de mépris de la part de personnes qui profitent de ces occasions pour simplement se rincer le gosier au prix d’une belle bousculade.
Qui pourra nier, que même (ou surtout) dans un domaine plus restreint comme celui de vins natures, le nombre de salons est presque multiplié par deux…. tous les ans.
Et comme si cela ne suffisait pas de devoir faire le tour du monde pour présenter ne fut-ce qu’une nouvelle cuvée, il leur faut faire la même chose intra-muros avec les cohortes des même passionnés qui débarquent à tous moments, le moins souvent en ayant pris la peine de prendre rendez-vous.
Et ajoutons à cela, l’obligation de communiquer tous medias confondus, il y a de quoi occuper une personne à plein temps, surtout si le vigneron comme Elisabetta rechigne à dire non à tous les demandes qui affluent chaque jour.

Et si…. le temps dont nous parlions plus haut qui se déchaine sur nos vitres et sur nos trottoirs, il se déchaine de la même manière sur les vignes au point de devoir à tous moments être sur le terrain pour surveiller, traiter, retraiter, là on frise l’épuisement et…  on rate son avion. Mais qui irait jeter la pierre à ces vignerons qui plutôt d’envoyer des hélicos, ont décidé de le faire à l’ancienne, en respect avec dame nature et voient leurs interventions surmultipliées dans les conditions que nous connaissons. Juste qu’il faut arrêter de penser que tout cela est « normal », « inné », « la moindre des choses, après tout ».

Alors, à tous ceux qui auraient peut-être ce week-end fait la fine bouche, voyant dans ce flop, je ne sais quelle mauvaise organisation, je répondrai que, finalement, au lieu d’avoir quelque rancœur pour cet avion loupé, j’ai juste envie de remercier Elisabetta Foradori de nous rappeler, par cette mésaventure, que derrière un flacon, du moins de ceux comme nous on les aime, il y a toujours au moins un être humain.

Alora, Grazie Elisabetta e a molto presto !