50 Monomaniaques...

Hum,...

J'ai un peu hésité à parler de tout ce qui suit, tant je me dit que cela risque de passer sur le registre définitivement mégalo, mais ceux qui me connaissent savent que je suis un "peu" excessif dans mes dires, mes écrits et mes actes...

Or, à l'occasion du festoyement de mes 50 berges, ce week-end, j'ai pu partager tellement d'amitié à cette "petite" fiesta où pas mal de Lpviens se sont retrouvés, certains chiffrant plus de mille bornes au compteur pour la chose,que ce serait vraiment invraisemblable de pas entamer le post.

Alors, tout d'abord à ceux qui m'ont permis cette dose maximale de bonheur,

MERCI !!!!

Aux Vignerons qui ont fait que tout cela a pu exister,

MERCI !!!

La chose en question se composait de 2 parties, un repas avec le but de discuter accords maets-vins et un minisalon de dégustation animé (de gauche à droite, en rentrant, après l'escalier) par André Ostertag, Jean-Pierre Rietsch, Seppi Landmann, Antoine Kreydenweiss, Sébastien David, Etienne Sipp, Florian Hartweg, Mathieu Deiss, Bertrand "Caspri" Habsiger, Patrick Meyer.... and a little help of "Domaine Muré".

Concernant la partie salon, je tiens à bien me garder de tous commentaires, on a tous nos vins qui passent mieux un jour que l'autre, et en ce qui me concerne, tout était exceptionnel, c'est bien comprehensible, mais je ne doute pas que certaines plumes oliviennes ou autres vont se lacher...

Pour le repas, chaque plat à fait l'objet d'une proposition de vin par chacun des vignerons présents (sauf le domaine Muré, qui n'était pas présent). Un seul vin par domaine a été retenu...

Apéritif

Crémant d’Alsace Millésime 2007 – Domaine Muré

Ce crémant est issu de raisins en agriculture biologique de parcelles argilo-calcaires  plantées en  chardonnay et de riesling  sur le  Clos St-Landelin, monopole du Domaine Muré.   Récolté mi-septembre 2006,  le moût a fait sa première fermentation en barriques de 228 litres puis le vin a été mis en bouteilles en 2007 pour effectuer sa prise de mousse. Le vieillissement sur lattes a duré 2 ans, ce qui a apporté à ce crémant complexité dans les arômes et volume en bouche. Le dégorgement a été effectué le 18/05/2010.

Difficile de parler d'accord, ici puisque le vin était servi... pour le vin. Il n'en reste pas moins qu'il faut un jour avoir goûté les crémants millésimés de René Muré et de ses enfants, pour comprendre pourquoi ils sont si souvent placés au pinacle de ce type de vinification, balayant d'un revers nombreuses maisons champenoises par leur finesse, leur structure vineuse, leur volonté de rester "secs" malgré un des terroirs les plus solaires de l'Alsace. A chaque fois la finesse des bulles, l'aromatique puissante faite d'agrumes murs et de fleurs blanches m'interpelle. La longueur est ici particulièrement au rendez-vous.

Noix de St-Jacques dans tous ses états, grillée et en raviole
Matignon de poireaux

Schoffweg 2004 – Domaine Marcel Deiss

Le « sentier des brebis » … qui conduit au Grasberg est un terroir exceptionnel, une mince dalle calcaire de l’Aalénien, perchée au-dessus de la plaine, ultime prolongement du mamelon de l’Altenberg de Bergheim regardant l’est et dont le climat moyennement chaud est marqué par une intense ventilation. Drainé par le vent du nord en été, protégé par le Foehn en automne, ce terroir très pauvre où affleure la caillasse calcaire jaune, permet une véritable expression des fruits de cette vigne très complexe, sans développement de Pourriture. Les vignes sont complantées de riesling et de pinots.

Clos du Val d’Eleon 2007 « L’âme de la terre » – Domaine Kreydenweiss

Riesling (50%) et Pinot Gris (50%) s’allient sur les 132 ares du domaine pour renouer avec une vieille et prestigieuse tradition des « gentils » (vins supérieurs d’assemblages de cépages nobles) sur un terroir de Schiste gris de Villé, situé en aval du Clos Rebberg.
C’est un vin sec au nez de fleur de tilleul, de notes minérales, une distinction de saveurs très marquées. Le terroir donne la mesure, la fraîcheur et cette superbe envolée finale.

Sylvaner Vallée Noble 1990 – Domaine Seppi Landmann

La vallée Noble (Vallis Praenobilis, nom lié au nombreux nobles qui s’y sont installé) est une cuvette située sur les bans de Westhalten et de Soultzmatt, à l’Ouest de Rouffach dans le Sud du Bas-Rhin. Elle est encadrée du Bollenberg et du Grand Cru Zinnkoepflé et protégée des influences maritimes par le Petit Ballon d’Alsace au pied duquel elle se situe. Elle bénéficie, grâce à cette protection, d’un climat qui rappelle plus la Provence ou les plaines de Hongrie que l’Est de la France.
De tous temps, le sylvaner y a prospéré, et malgré son non-classement en « cépage noble », de nombreux vignerons de la vallée comma Seppi Landmann se sont attaché à en conserver les parcelles intactes, tellement, cultivé à bas rendements, il propose des gardes exceptionnelles sur ces terroirs.
Cette cuvée est issue des sols argilo-gréseux et calcaires du Zinnkoepflé et a été élevée de façon traditionnelle en cuve inox.

3 Monstres s'affrontent ici :

Seppi prend le risque de nous sortir un Sylvaner d'antan (ou presque).... problème, une bouteille sur deux ne répond pas aux attentes... Ceux qui ont la chance d'être servis avec un flacon qui tient la route découvrenet comme moi un vin qui tient encore terriblement la route, superbement sec et floral avec encore pas mal de longueur.
Le Val d'Eleon est encore jeune, un poil fermé mais à l'aération, il développe tout son floral, sur un lit sublimement tendu, un grand vin de schistes.
Et puis, il y a le Schoffweg... Indéniablement, cela reste une des plus belles bouteilles alsaciennes de 2004 que je n'ai jamais bues, sans la moindre note de gentiane, tendue, cathedralesque et qui revendique ses sucres résiduels subtils pour nous emporter longtemps sur un tapis floral. Une claque !
Cela, c'est mon avis, sans accord.... Sur le plat, les choses sont différentes. Quand le flacon ne présente pas de défaut, l'accord est subtil, vivifiant, totalement fusionnel. Le Schoffweg, lui souffre un peu par ses sucres que seule la sauce des ravioles, plus douce, réussit à équilibrer. Le grand gagnant est donc le Val d'Eleon, pour sa régularité, sa tension vive qui aère le plat et fait rebondir les noix.

Filet de flétan royal 'à la plancha'
Mousseline aux moules et céléri blanc
Duchesse aux fines herbes

Pinot Gris Fronholz 2001 – André Ostertag

Le lieu-dit Fronholz est un terroir ensoleillé et aéré au sommet et sur le flanc Sud-Ouest de la colline d’Epfig constitué en son assise de quartz, de sables blancs, d’argiles et de marnes. En plus des 4 cépages nobles, le sylvanet et le pinot noir y sont aussi plantés.
Vins à la minéralité et à l’acidité fermes, aux arômes élégants, souvent discrets dans leur jeunesse. Sur le millésime 2001, le caractère sec et tendu s’exprime à merveille.

Riesling Grand Cru Kirchberg de Ribeauvillé 2007 – Domaine Louis Sipp

Ce coteau bénéficie d'une exposition Sud et Sud-ouest qui, associée à une pente très marquée, lui confère un excellent ensoleillement au moment de la maturation. Son substrat est constitué, en aval, de marnes dolomitiques triasiques et de dolomies du Muschelkalk inférieur, en amont, de marnes bariolées gréseuses et gypsifères du Muschelkalk moyen. Des sols argileux, souvent très caillouteux, accueillent ce vignoble situé à une altitude de 270 à 350 m. Le tout confère aux vins une grande minéralité proche de celle du Geisberg voisin, une certaine rondeur dans la jeunesse due au botrytis ainsi que beaucoup de fraicheur grâce à une acidité toujours bien présente.

St-Nicolas de Bourgueil « Le Vin d’une Oreille » 2004 – Sébastien David

Soulagés de leurs rameaux et grappes superflues suite à une taille en mars, les ceps de cette cuvée, issus de sélection massale, donnent le meilleur d’eux-mêmes dans des quantités infimes, un rendement de dix hectolitres par hectare. La vendange se fait par une récolte des raisins en caissettes et les grappes, entières, non éraflées vont alors macérer et fermenter dans un cuvon de bois où elles restent pendant une semaine exposées librement aux rayons du soleil afin que les levures indigènes accomplissent leur tâche. Les raisins sont ensuite foulés au pied et le jus récolté descend par gravité jusqu’aux barriques en cave dans le roc. Un an plus tard, la fermentation malolactique est terminée. C’est là qu’intervient l’unique soutirage qu’aura subi ce vin. Un vin de fruit sans concession !

A nouveau, une belle série est présentée par les vignerons sur un plat formaté pour un vin sec.
Le Kirchberg se montre tout en puissance avec une tension importante mais aussi des sucres résiduels encore trop jeunes que pour être complètement intégrés. Bu pour lui-même, bien qu'un poil fermé aromatiquement comma pas mal de 2007 pour le moment, il livre une minéralité hors norme sur la finale. Un grand vin, énorme... mais à attendre.
Petit évènement que de goûter la 2e cuvée d'une oreille réalisée par "Seb" David, surtout que pas mal d'entre nous n'avons pas de recul sur de tels vins, totalement introuvables aujourd'hui. Au nez, le vin est une petite bombe de fruit rouge pleins de fraicheur. La bouche est équilibrée, ronde, terriblement gourmande avec des tanins fins totalement intégrés et pas mal de fraicheur surtout sur la longueur. D'avoir goûté peu de temps avant le 2008, il est clair que ce vin doit attendre un peu pour proposer autant de bonheur... on en mangerait !
Et puis, il y a le troisième oiseau, proposition d'André Ostertag
sur un millésime qui m'est cher, tellement il se goûte à merveille. Le vin répond totalement présent, fin, profond, minéral à rêver, avec des aromes floraux, miellés mais aussi une pointe d'évolution légèrement oxydative qui complexifie encore un peu plus le vin. En finale, c'est long à mourir, à tout moment, le cépage reste introuvable. Une merveille !
Sur le plat, les sucres du Kirchberg desservent l'accord... dommage, on espérait mieux. Le rouge lui, n'écrase pas le plat, et je suis certain que pas mal de convives l'auront apprécié en accord... mais j'admets avoir un peu de mal entre le gourmand du fruit et le côté iodé des moules.... A revoir sur un poisson de rivière, sauce vin rouge.
Mon grand gagnant est le pinot gris. Si la richesse de la sauce lui fait perdre un peu de profondeur, sa tension rafraichit littéralement le plat. On est pas loin de l'accord parfait.

Fourme d'Ambert et sa garniture

Rossi di Caspri 2008 – Tenuta di Caspri

Les terroirs du domaine  terroirs sont constitués de sols légers et pauvres où se mêlent des gneiss décomposés avec une faible proportion d’argile. Les vignes sont menées en biodynamie sous les conseils de Patrick Meyer et, aux chais, le vin est élevé le plus naturellement possible, en cuvaison entière, sans addition de soufre.
Issu de jeunes vignes de Sangiovese, cépage traditionnel de la région, le Rosso possède une structure ferme et un caractère aérien où l’on retrouve à la fois un fruit joyeux et la rusticité du cépage.

Sylvaner Zellberg « L’Hermitage » 2001 – Domaine Julien Meyer

Le terroir de ce vin est exposé au Sud-Est et repose sur des marnes de nature argilo-limoneuse basiques produisant des vins plus sphériques, avec de jolis arômes fruités dans la jeunesse. Ce vin a été élevé sous voile, donc sans ouillage, pendant plus de trois ans avant sa mise en bouteille, comme un vin oxydatif du jura . Avec l’âge, les notes de noix font place à du fumé, puis, pas à pas, la minéralité triomphe principalement sur des millésimes frais comme 2001 où la salinité en finale est toujours captivante.

Deux vins que tout oppose si ce n'est leurs origines puisque les sols des deux ont très fort ressenti la patte de Patrick "Meyer" (pas moi) et que cela s'est poursuivi jusque dans les vinifs où le soufre a été l'absent volontaire, mais plus encore où l'interventionnisme minimal est de rigueur. A noter que s'il semble que le rouge a bien cours sur un fromage, chez nous comme ailleurs, Bertrand a tout de même émis de nettes réserves à servir son Rosso sur un bleu et certainement après le sylvaner sous voile. J'ai donc un peu obéi en le faisant débuter sur l'accord.
Pris seul, le rosso se comporte un peu comme le vin de Sébastien David, sur la gourmandise du fruit, avec en retrait une acidité très vive... trop pour le fromage. Le fait aussi que ce vin a besoin d'aération pour chasser sa légère réduction du service ne le sert pas trop... sentiment que je n'avais pas eu pendant la partie salon qui a précédé où le vin me paraissait plus prêt.
L'accord "de la soirée" est réalisé avec cette merveille de sylvaner qui rendrait dépressive les meilleures cuvées savagnin d'Overnoy ou de Fanfan, sans pour autant verser dans le jaune. Si l'aromatique de départ est clairement oxydative, la bouche, en dehors de kla remarquable fraicheur se comporte avec plus de jouissance directe qu'un alter ego du Jura, avec un fruit qui s'installe lentement, superbement. Tout, tout, grand vin, à découvrir d'urgence.

Grand macaron framboisier
Miroir de fruits rouges

Crémant d’Alsace Rosé – Domaine Louis Sipp

Les terroirs de ce vin se situent dans le champ de fracture de Ribeauvillé où le granit et le schiste sont parmi les rares absents au patchwork local. Ce Crémant, élaboré uniquement à partir de pinot noir uniquement. Il propose un nez très pur sur des notes de petits fruits et une bouche ample mais ciselée par la délicate fraîcheur typique du millésime 2007.

Riesling Vieilles Vignes 2009 – Florian Beck Hartweg

Les raisins de cette cuvée sont issus d’une seule parcelle exposée à l’Est et attenante au village de Dambach-La-Ville en Bas-Rhin. Ses sols sont de nature granitique. Les vignes ont été vendangées à la limite de la surmaturité et élevés en foudres avec des fermentations qui ont été laissées doucement agir jusque fin décembre. Le vin a ensuite été laissé à reposer sur ses lies fines jusqu’au printemps. Le vin ainsi obtenu possède une très belle maturité, ronde et douce, sans excès de sucres résiduels. 

Riesling Grand Cru Zotzenberg Vendanges Tardives – Domaine Rietsch

Le Grand Cru Zotzenberg est attenant au village de Mittelbergheim en Bas-Rhin Sa géologie complexe en cuvette en cuvette de ce terroir en partie gréseux, en partie marno-calcaire apporte une richesse minérale qui s’exprime dans la salinité de ses vins. Les larges flancs protégés et ensoleillés du vallon abritent, entre autres, le Riesling en lui permettant une évolution tardive tout en lui conservant beaucoup de fraicheur. On retrouve en bouche le contraste entre le confit du fruit et la droiture qu’apportent la structure acide et la salinité bien présente apportent à la bouche.

Bon là, je sais, vais pas trop faire honneur aux vins (et à ma réputation ?) mais je commençais à être totalement cuit et j'avoue avoir eu du mal à me concentrer sur les vins (ou alors j'étais en train de me promener un peu trop entre les tables), toujours est-il que j'ai attaqué le dessert et les vins de "front" et si tous le repas était nettement à la hauteur, ce machin ultra-sucré à la rose était un véritable wine-killer. Je m'abstiendrai don d'envolées lyriques, si ce n'est tout de même de reconnaître que le zotz de Jean-Pierre tenait remarquablement la route de part sa grande finesse et son acidité remarquable qui en fait un vin au potentiel de garde gigantesque.