Vins Libres

20 décembre 2014

L'arbre à soufre cache bien la forêt !

Retour aux affaires après un break consacré entièrement au premier salon Vini, Birre, Ribelli qui, comme les échos semblent le dire, fut une grosse réussite.

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Bien sûr, si la mariée était magnifique en robe blanche, elle avait probablement besoin d’un bon gyneco, parce tout n’était pas trop au top, côté envers du décor, à commencer par les vols et la resquille.
Mais je reviendrai là-dessus plus tard… promis !

Ce qui me refait prendre la plume, c’est une réflexion issue de discussions informelles avec Carlo de Pasquale, Eric Boschman et quelques autres animateurs de la miam et la glousphère belge au sujet des sempiternelles disputes qui animent les réseaux en tout genre et qui ne font que sectariser, cliver un peu plus chaque jour des gens qui finalement ont un but semblable, faire la fête autour et avec le vin.

Trouver un imbécile heureux qui me dira aujourd'hui préférer un vin techno bien pollué d’intrants à la vigne et à la cave, ce n'est certes pas facile…. à moins que.. Nicolas de Rouyn, un jour de campagne guerrière, mais il paraît que même lui, est assez favorable au bio. Alors, pourquoi donc, se fait-on chier à secouer notre cocotier d’ego à longueur de pages et s’en envoyer des pas tristes en pleine tronche… ?

Et bien, à cause de trois atomes pas très gros mais utiles, deux oxygènes et surtout un soufre !

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Et c’est là que l’observation comportementale lors d’un salon comme Vini, Birre, Ribelli est fort intéressante, la molécule semblant régler les bons et mauvais offices de chacun selon leur appartenance à telle ou telle religion.
Or Vini, Birre, Ribelli n’est PAS un salon SANS soufre et ne le sera jamais… il est juste une rencontre entre des gens qui par leur démarche de vigneron ou de brasseur ont pris un chemin relativement rebelle, du moins face au formatage industriel. Ni plus ni moins. D’ailleurs si on veut vraiment parler soufre, il faut rappeler que la célèbre AVN française fixe une limite supérieure infranchissable de l’objet conflictuel à 30 mg/l ajoutés, alors que, pour les italiens, travailler entre 30 et 50 mg/l et se proclamer « Naturel » est plutôt la norme.

Comique donc d’observer des gugusses arpentant les stands, ces gusses qui, s’ils avaient pu se procurer une sonde électronique doseuse de soufre, crieraient à la déviance hérétique, par manque ou par excès selon le camp où on se trouve. Comme si "le soufre ou non" étaient responsables de tous les maux de l’humanité vinique, éludant au passage le fait que dans chaque catégorie, il y a des vins qu’on aime ou pas, et disons-le, des vins qui sont bons ou non, selon que déjà, ils soient bien faits…. ou non….  (et je ne parle pas ici de nos différences génétiques ou acquises !).

Mais, et c’est là le but de cette chronique, avoir un bouc émissaire, c’est tellement pratique, surtout si c’est pour publier sa mauvaise foi et lustrer son ego, et puis ça arrange vachement tout le monde, ceux qui y croient à leur quête, ceux qui aiment le pugilat du clavier… et surtout les lobbies de production de vins « pratiquement » synthétiques.

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Et tant pis si l’arbre à soufre cache la forêt, c’est même tant mieux, ça occulte, d’une part le fait que certains n’ont aucun talent pour faire du vin et font plus que de l’ombre à la forêt « naturelle », et, d’autre part, ça permet de faire passer comme une lettre à la poste toutes les merdes correctives dont on a besoin pour faire du vin à 200 hectos à l’hectare…

Alors, si une fois pour toutes, l’arbre à soufre, on lui faisait la peau et on ne se réoccupait plus que de boire et de parler des vins bons ET sains ? 

Ca vous dit ? 

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Accords Mets-Vins : Crevettes grises... festives !

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 Accords Mets-Vins

Dans cette rubrique, retrouvez des accords met-vins réalisés avecmon second blog culinaire jumeau, celui de Florence Atlas, le bien nommé "Loft Kitchen ". Ils sont issus de défis que Florence prendra désormais l'habitude de me donner, via sa tribune culinaire du quotidien belge "Le Soir".

 Crevettes grises, tomates cerises confites, oeuf poché...
Que des bonnes choses pour une entrée festive !

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Avant toute chose, laissons la parole à Florence et découvrons la recette que vous trouverez en détail ICI :

"Je vous ai déjà parlé de mon astuce infaillible  pour les oeufs mollets. L’avantage aussi de cette technique est qu’elle permet la cuisson de plusieurs oeufs en même temps. Pour cette entrée (largement inspirée de mon ami Alex), j’ai rassemblé plein d’ingrédients que j’adore, ajouté une sauce qui se marie très bien avec les crevettes (et facile en plus!). Franchement, rien n’est très cher (à part les crevettes grises, mais il ne faut pas en mettre beaucoup) et le résultat est non seulement délicieux, mais il en jette!"

Une bien belle recette terre/mer variée, riche aussi, qu’il ne faudrait certainement pas alourdir avec un vin puissant, et qui, au contraire, a besoin de la vivacité d’une acidité prononcée, tendue, cette acidité qui va donner de l’aérien au plat.

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En pole position dans la grille de départ des accords, je mettrais une bulle. Pour ceux qui n’ont pas l’occasion de voir défiler 5-6 quilles à l’apéro, voici donc une bonne solution pour faire d’une pierre, deux coups, apéro-plat.
Et la pierre, c’est un crémant alsacien, sans soufre et sans sucre (brut zéro nature, comme ils disent) du domaine Zusslin au sud du Haut-Rhin.
Une pépite cristalline tendue comme un arc Parthe, le genre de bulle à très haute buvabilité qui va donner une grosse dose de peps à la crème fraiche et au parmesan.

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Toujours en pole, on reste en Alsace avec une autre pépite forgée sur le seul terroir granitique du Bas-Rhin, le Riesling 2010 Grand Cru Frankstein du domaine Beck-Hartweg.
Depuis plus de 5 ans, Florian, le taulier du domaine, minéralise ses vins, chaque millésime un peu plus, et il nous offre ici un vin très concentré mais où la finesse et surtout l’acidité d’orfèvre, millésime aidant, dynamisent littéralement le plat.
Un vin essentiel pour comprendre comment les rieslings d’Alsace sont probablement les plus grands ambassadeurs de la gastronomie…. quand la qualité est au rendez-vous !

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L’autre grande région des vins blancs de garde avec un gros potentiel d’acidité est clairement la Loire avec son chenin blanc, ce cépage qui est probablement ce qu’on fait de mieux pour aller de l’entrée au fromage, avec délectation.
Un parfait exemple en est le Saumur blanc 2011 du Domaine du Collier, une des branches familiales des mythiques Foucault, qui nous livre une merveille de sensualité florale et mielleuse mais toujours avec cette tension de diamantaire qui éclaircit tout devant elle.
Si ce vin se suffit largement à lui-même, il n’en reste pas moins le compagnon idéal de l’œuvre du jour de Florence !

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Et comme la recette du jour est assez universelle, pourquoi ne pas finir sur un joli rouge naturel, un Bourgogne où la lourdeur a fait place à la fraicheur et la haute buvabilité comme ce Beaune 2010 de chez Sarnin et Berrux, un pinot noir de haute volée à des lieues de ce qui peut se faire en termes de lourdeur surmaturée ou de tannins bodybuildés.
Ici, on est sur le jus du fruit, pur sans pour autant perdre en structure. Une délectation pour l’œuf et le parmesan.

Prochain défi ?...

Domaine Zusslin : chez Titulus à Bruxelles (Belgique)
Domaine Beck-Hartweg : au domaine à Dambach-la-Ville (Bas-Rhin)
Domaine du Collier : chez Basin & Marot à Bruxelles  (Belgique)
Sarnin-Berrux : chez Roeland Fort à Borgerhout (Belgique)

 

20 novembre 2014

la théorie du vide

Le dessin du jour du talentueux Rémy Bousquet (présent à Vini, Birre, Ribelli 2014) me fait penser à un exercice didactique à l’usage du consommateur lobotomisé. Parce que le Rémy, il a le compas dans l'oeil, sur le coup !

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Prenons la promo Cora du jour sur le Bojo Nouveau…. 3,95 euros (sachant qu’il existe encore des tas de vins moins chers en rayon)

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Imaginons maintenant cette bouteille sur la représentation de Rémy… Vous suivez ? Bon !

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Enlevons maintenant la TVA de 21%

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Il reste déjà un peu moins. Passons maintenant aux accises et écotaxes, environ 50 cents, quand même.

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Ensuite enlevons le prix de la bouteille, du bouchon, de l’étiquette (et figurez-vous que pour un bojo nouveau, elle est plus coûteuse), soit 60 centimes, environ,  il  ne reste plus que ceci.

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Enlevons maintenant le transport, soit environ 30 centimes (je sais, c’est à la grosse louche), il reste de moins en moins

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Il faut encore enlever le coût de la matière sèche qui comprend entre autres le poids du fruit, et aussi la technologie nécessaire à un vin primeur (si madame, la techno, c’est plus cher), soit re50 cents…

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Et enfin, enlevons 20% de marge du détaillant, soit 75 cents…. Il reste moins que le vide, enfin si, il reste la merde. Et encore, même la merde, c'est plus cher que zéro....

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Alors, si votre caviste vous propose la quille à 12 euros ou plus, arrêter de râler, et buvez en tous, ça, c’est du bon !

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14 novembre 2014

Vini, Birre, Ribelli : encore trois semaines dormir

Plus que trois semaines, avant de voir se dresser les stands d’un rêve  de trois passionnés, Nicoletta Dicova (Finoteca), Jean Hummler (Moeder Lambic) et votre serviteur, un rêve qui mettra en présence 76 vignerons, 13 brasseurs et un beau paquet d’intervenants divers à l’Hôtel de la Poste de Tour et taxis, les 7 et 8 décembre.

Une salle vraiment magnifique pour accueillir un moment unique (du moins à cette échelle) de rencontre et partage festifs entre des artisans qui n’ont comme passion que le respect du produit, de la nature et des valeurs ancestrales, celles qui prédominaient pour le plaisir du goût avant que industrialisation et mondialisation économique ne viennent tenter de détruire la variété au profit du formatage, avant que l’agriculture intensive ne stérilise nos sols et avant que la grande distribution ne banalise l’idée même que derrière un vin ou une bière artisanale, il y a des hommes, un terroir, des vies.

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Tout cela n’aurait été possible sans la confiance de tant de producteurs, de cavistes, de distributeurs, de tant de petites mains bénévoles, tout cela n’aurait été possible sans tant d’amitié !

Alors, pour fêter cela avec nous, venez nombreux et, surtout, parlez-en autour de vous !
Pour cela, profitez des infos que nous communiquons sur l’évènement… il y en a sur toutes les formes :

Le site web : www.vinibirreribelli.net avec son module d’inscription qui vous permet d’acheter vos entrées moins chères et vous évitera une file probable.
Vous y trouverez aussi la liste des participants, le programme et aussi une liste des adresses boire et manher où l'on trouve les vins et bières du salon !

Le dossier de presse en français : http://www.vinibirreribelli.net/Files/pressbook2.doc ou http://www.vinibirreribelli.net/Files/pressbook2.pdf

Sur Facebook : https://www.facebook.com/vinibirreribelli  et pour l’évènement lui-même: https://www.facebook.com/events/1512491362311756/   

Sur Twitter : https://twitter.com/ViniBirreRibell

A dream is growing up ….

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10 novembre 2014

Natural Resistance de Jonathan Nossiter au pays des belges

Hasard des programmations, le film Natural Resistance de Jonathan Nossiter avec Giovanna Tiezzi et Stefano Bellotti (vignerons présents au salon Vini, Birre, Ribelli) sera projeté "en première" le lundi 24 novembre 2014 à 19H30 à Bruxelles, à la Tricoterie de Saint-Gilles. Cette première diffusion est proposée par la sympathique organisation "Aremberg Cinémas Nomades".

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Venez-y nombreux, il y aura peut-être quelques bonnes surprises après la projection, liées à Vini, Birre, Ribelli !

--> Vous trouverez tous les détails en cliquant ici.

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09 novembre 2014

C'est officiel, on est dans la merde

Non, ce titre, je ne l'ai pas inventé, je ne fais que le relayer, comme le reportage çi-dessous parce que tel un clou qu'on enfonce lentement mais sûrement dans un mur, il est temps que chacun de nous utilise son marteau en diffusant ceci.

Les passionnés de vins et de la vie sur notre terre connaissent Lydia Claude Bourguignon . La vidéo qui suit ne les étonnera qu'à moitié, mais elle reste une excellente piqûre de rappel...
Mais les autres, ceux qui ne les connaissent pas ou pensent vivre sur une terre vivante alors que cela devient lentement un tas de lisier, vous avez franchement intérêt à visionner ce mini reportage et comme moi à le partager.

Nous ne sommes pas uniquement responsables de nos vies mais aussi de toutes les générations qui nous succèderont.

En ayant une attitude citoyenne, particulièrement vis à vis de la grande distribution, en n'achetant plus, dans la grande mesure du possible, que des produits ayant une traçabilité réellement saine, nous pouvons encore faire vaciller ce système que nous avons créé par besoin de confort et qui va nous tuer dans notre confort.

 

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https://www.facebook.com/video.php?v=838560752831466&fref=nf

A lire aussi :

Le sol, la terre et les champs
Claude et Lydia Bourguignon
Editions Sang de la Terre
(
www.sang-de-la-terre.com)

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07 novembre 2014

Tronches de Vin 2.... introducing Patrick Böttcher !

Le merveilleux, l’inénarrable, l’incontournable
Tronches de vin 2
… sortira le 13 mars 2015 !

Au menu de cet anti guide des vins qu'ont d'la gueule, pas mal de surprises : 120 portraits inédits de vignerons issus de 12 pays, un préfacier naturellement résistant qu'a d'la gueule, un carnet de cavistes consolidé, surtout en ce qui concerne la Belgique... et plus encore !

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Mais je ne doute pas un instant que ce dont on parle le plus, c’est l’arrivée dans l’équipe rédactionnelle d’un sixième auteur, de poids, paraît-il.
Et c'est bien vrai que je suis donc le sixième et plus lourd de la bande, du moins, sur la balance et pas trop ailleurs, je l’espère.

Le jour où Antonin « le boss » Iommi-Amunategui m’a envoyé un petit message pour m’inviter à le rejoindre, lui et les Wonder Eva Robineau, Guillaume Nicolas-Brion, Philippe Rapiteau et bien sûr Olivier »Olif » Grosjean, je la sens encore cette émotion vibrante assez comparable à un luxembourgeois qui gagnerait la coupe du monde au péno pour son pays.
Et aujourd'hui, je la partage un peu avec vous toutes et tous.

Alors si nos bafouilles tronchement vigneronnes vous tentent, on vous informe qu'un bon de souscription est disponible, dès à présent, pour celles et ceux qui souhaiteraient précommander un ou plusieurs exemplaires au tarif préférentiel de 17 euros au lieu de 22, franco de port. Si vous êtes intéressé(e), cliquez sur le lien ci-dessous pour télécharger le pdf.

Souscription_TDV2.pdf

Et moi de mon côté, je me débouche quelques quilles pour fêter ça !

30 octobre 2014

Tenute Dettori

participant

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Un domaine sarde passionnément authentique

« Si être un Homo Sapiens Sapiens signifie regarder mais ne pas observer,
manger mais ne pas découvrir les goûts,
entendre mais ne pas écouter, sentir sans flairer…
alors je suis fier d'être Homo sapiens, sans plus.
Mais je me sens un animal au même titre que les autres animaux,
faisant partie intégrante de la Terre et de l'Univers
et je veux être un animal avec le minimum de raison indispensable à ma liberté.
C’est pour cela que je fais du vin…
et c’est pourquoi je le fais en utilisant des méthodes que j’ai appris de mes aïeux
et qui rapprochent de ce que je suis : « un animal instinctif ! »

Alessandro Dettori 

Préambule

Quand on arrive au domaine Dettori, c’est pour y entamer un voyage dans le temps à la recherche des racines ancestrales d’Alessandro Dettori, le fougueux et vivant « animateur » des lieux.
Bien plus qu’un voyage dans ses racines familiales, un séjour à Badde Nigolosu nous transporte au cœur de notre propre aventure humaine.

Fougueux, vivant, Alessandro l'est assurément mais il est aussi et surtout un passionné et... comme tous les passionnés, il ne transige que très rarement. Oubliez ici toute notion de langue de bois, ici l'homme et ses vins resirent la franchise et tant pis, si on aime pas entendre certaines de ces vérités.
A titre d'exemple et en guise de préaambule à ce long article, voici deux prises de positions qui cadrent très bien le personnage, sa famille et ses vins.

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Photo : Guillaume Deschamps

Tout d’abord, Alessandro estime qu’il est de sa responsabilité de léguer aux générations futures une terre fertile et saine et pour cela il essaie toujours de traiter les problèmes à la source, même si la seule solution est drastique comme un arrachage du pied, parce que, selon lui, cela vaut toujours mieux que de s’acharner à mettre des emplâtres sur une jambe de bois. Il est pour lui en effet ridicule de faire appel à des technologies agricoles ou industrielles pour corriger un problème alors que le bon sens suggère un raisonnement plus direct, comme, par exemple, il ne sert à rien d’investir dans des systèmes de déshumidification ou de refroidissement d’une cave qui pose cette problématique, il suffit de la détruire et d’en construire une nouvelle avec des techniques et des technologies ancestrales et écosensibles qui permettent à la cave de s’autoréguler tout au long de l’année.

Autre exemple, Alessandro recherche aussi obsessionnellement à produire des vins de terroirs témoins du passé de sa région. Peu lui importe que ces vins plaisent ou non à un public global ou aux guides avec qui il ne travaille d’ailleurs pas. Il veut uniquement proposer à travers ses vins un goût ancestral. Si malgré les hautes teneurs d’alcool et les sucres résiduels de sa plus grande cuvée, vous acceptez de comprendre, cela suffit amplement à le rendre heureux.
Et si d’aventure, vous vous mettez à les apprécier pleinement, vous n’aurez pas besoin de paroles ou de textes pour le lui faire comprendre, il le lira dans vos yeux.

“Vignaioli, Artigiani creatori di Vino”

C'est donc au cœur de l’aventure humaine d’un artisan viticulteur au sens noble du terme que cet article vous convie à vous plonger.

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Géographie

Le domaine Dettori est situé au cœur de la « Romangia », une région située au bord du Golfe de l’Asinara au Nord-ouest de la Sardaigne, dans la zone géographique et historique du Logudoro qui veut dire « lieu doré » en langue sarde. Cette zone, réputée de tous temps pour ses terres fertiles, s’étend de la moyenageuse Castelsardo à Sassari, la seconde ville de l’île avec près de 130.000 habitants.

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La Romangia s’étend plus exactement sur le territoire communal de Sorso et de Sennori, en en plus faible partie sur celui de la commune de Sassari. C’est une zone essentiellement viticole de 820 hectares qui représente 3% du vignoble sarde total, mais qui est la quatrième en ordre d’importance de la culture du Cannonau, le cépage historique de l’île.

La végétation actuelle est composée d'oliveraies, de figuiers, de vignes et d’autres espèces végétales typiquement méditerranéennes qui rappellent le maquis provençal. La faune animale y est très riche avec, entre autres, des faucons, buses, renards, hérissons, lièvres, lapins sauvages, mais aussi, hélas, de sangliers.

Tel un cirque entourée de monts granitiques, la Romangia est une région de collines composée d’une assise calcaire sur laquelle repose une surface faite de galets, de sables et structures argilocalcaires, très variable d’une parcelle à l’autre.
De par sa structure calcaire prédominante, les sables de surface qui en sont issus ont une couleur blanc crème. En de nombreux points, les sols font penser à ceux de la région de Châteauneuf-du-Pape, particulièrement à ceux de Château Rayas.

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Le climat est chaud et sec au printemps et en été, mais, un peu comme en Sicile,  la dissémination du mildiou est freinée tant par les nuits fraiches que par les vents maritimes omniprésents. L’hiver est plus frais et humide avec même de la neige dans les mois les plus froids.

Histoire

En Romangia comme dans le reste de la Sardaigne et de l’Italie, on note les premiers témoignages de viticulture aux environs de 2500 avant l’ère chrétienne, soit près de 200 ans avant l’essor du commerce grec, phénicien et romain.
L’activité commerciale de la région connaît un véritable essor avec la civilisation romaine grâce à son port Turris Libissonis (actuellement Porto Torres), un des ports les plus importants de l’île, à l’époque.
Cet essor est dû aux richesses minières de la Sardaigne, mais aussi à son froment, son huile ou encore son bois issus des forets qui recouvraient à l’époque presque toute sa superficie, à l’instar de la Corse et qui va feront jusqu’à l’époque des rois italiens de la famille Savoie, l’objet d’une exportation avide.
A ce titre, la ré
gion de Romangia a fait l’objet d’une déforestation presque complète.
Mais, assurément, c’est, avec la région de Cagliari au Nord, le vin qui à l’époque romaine fait la réputation des lieux et justifie cet essor économique.

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L’effondrement de l’Empire Romain et les siècles de pillages qui en résultent mettent cette activité économique à bas, la région se limitant désormais à une activité agricole locale.
Lors du second millénaire, les siècles passant, le vin reprend petit à petit une importance prépondérante dans la région et voit, avec le bois, ses exportations augmenter avec la renaissance du vignoble italien au 19e siècle.
Le Cannonau devient progressivement le cépage emblématique de l’île et encore plus de la région qui serait certainement aujourd’hui plus connue en dehors de l’île elle-même, si la principale coopérative locale, la Cantina Sociale di Sorso-Sennori n’avait fermé ses portes dans les années 80, détournant ainsi la demande vers le sud de la Sardaigne.
Cette crise identitaire sera augmentée de par le fait que de nombreux petits producteurs locaux continueront à l’époque de vendre leurs raisins en vrac à des vinificateurs situés plus au Sud voire même en Italie continentale.

Seuls quelques domaines comme la Tenute Dettori ont permis à une viticulture familiale classique de s’installer et perdurer dans la région, pour en devenir définitivement le porte-étendard.

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Le domaine Dettori

La « Tenute Dettori » est située sur le lieu-dit Badde Nigolosu, dans un amphithéâtre naturel entre 250 et 350 mètres de hauteur sur les collines les plus élevées de la commune de Sennori. 
Le domaine s’étend sur 33 hectares (dont 24 de vignes) de ce lieu-dit qu'il a pu logiquement imposer comme nom de « Cru », d’autant que la vigne y est présente de manière ancestrale, au point qu’il n’est pas étonnant d’y trouver des pieds plus que centenaires et donc préphylloxériques.

D’origine bergers agriculteurs, la famille s’est tournée vers la vigne dès la fin du 19e siècle. De par la variété des parcelles et de son extension permanente au fil des décennies, le domaine actuel est constitué de très nombreuses parcelles ayant chacune leur différence, ce qui est souvent visible même à l’œil nu.

« Un grand domaine a besoin d’une famille pour survivre et produire de grands vins. Sans une famille pour accompagner la vigne, tôt ou tard, ce domaine s’éloignera de ses racines au profit du marché, il y perdra son identité, sa raison d’être. »

C’est dans un esprit familial absolu et avec la volonté de faire renaître une viticulture artisanale oubliée en Romangia que le grand-père d’Alessandro ainsi que père Paolo, son père, ont largement jeté les bases de ce qu’est aujourd’hui le domaine Dettori. Paolo est d’ailleurs toujours présent et très actif tant dans les vignes qu’à la cave.

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Quand Alessandro reprend les rennes de la propriété familiale dans la seconde moitié des années nonante, il est animé par un projet basé sur deux axes fondamentaux : aider la vigne à exprimer au maximum son potentiel autochtone et convertir sa viticulture à la biodynamie afin de donner un nouveau souffle vital à ses sols en les refertilsant, ce qui sera fait en 2003, en termes de conversion.
Pour cela, il va se faire aider par Saverio Petrilli, l’actuel gestionnaire des terres de la Tenuta di Valgiano, lui-même un fervent disciple de la vision biodynamique d’Alex Podolinski, principal héritier philosophique de Rudolf Steiner et fondateur de Demeter en Australie.

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Avec Saverio Petrilli

« Je ne recherche pas les demandes du marché,
je produis des vins qui me plaisent à moi,
des vins de ma terre, les vins de Sennori.
Ils sont ce que je suis et ne sont pas ce que tu voudrais qu’ils soient. »

Alessandro va aussi rapidement profiter de la chute de la coopérative principale de la région et de l’abandon progressif des technologies industrielles agricoles pour dynamiser le mouvement local Cinque Stelle (Cinq Etoiles) qui se veut replacer la relation entre l'homme et la nature au centre des choix, une forme d’acte politique souvent pratiqué par des mouvements de jeunesse tel le scoutisme.
Ce respect de la nature est omniprésent au domaine où rien n’est jamais jeté si la nécessité n’y est pas : sarments, rafles et peaux reviennent automatiquement à la terre, le poids des bouteilles a été diminué au maximum et même l'utilisation de catalogues et de dépliants a été réduite au minimum.

Alessandro va aussi rapidement intégrer le mouvement Renaissance Italie dont il est aujourd’hui, avec son caractère toujours très malicieux et enjoué, une figure de proue.

Parallèlement au travail dans les vignes, il décide de construire fin de la première décennie des années 2000 un nouveau chai, totalement en équilibre avec la nature.
Pour cela, mais aussi pour éviter de faire appel aux banques qu’il a décidé d’ignorer, il va choisir une construction progressive, étalée sur trois ans, afind'étudier au maximum toutes les zones d’infiltration d’eau dans l’excavation qu’il a creusée à même le calcaire et en s’efforçant aussi de réutiliser les pierres extraites du sol pour les travaux.

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Grâce à ce délai, il a permis à la cave actuelle de littéralement respirer à travers des murs d’une épaisseur de deux mètres et de déterminer quels étaient les espaces idéaux destinés soit aux vinifications et l’élevage en cuves, soit pour le murissement en bouteilles. 

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 En même temps que le nouveau chai se construisait, Alessandro a décidé d’ériger sur les bases de l’ancien chai, les nouveaux bureaux mais surtout « Kent’Annos », un restaurant avec une terrasse avec une vue imprenable sur la mer et qui surplombe la nouvelle cave.

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Kent'Annos est en fait un restaurant didactique, totalement voué à faire découvrir aux visiteurs la cuisine sarde traditionnelle mais aussi les vins du domaine en accord avec cette gastronomie traditionnelle, avec comme second point central, la volonté de faire découvrir le Cannonau sous toutes ses expressions de terroir.
Deux chambres d’hôtes rappelant le logement traditionnel sarde viennent compléter ce magnifique projet.

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“Nous faisons les vins de la terre de Sennori…  sans cette terre, nous n’aurions aucune raison d’exister”

Viticulture

L’entièreté des travaux à la vigne est réalisée en famille et à la main.
Tout intrant chimique ou artificiel et toute mécanisation sont bannis.
Seule, après les vendanges, une phase d’aération des sols est réalisée au moyen d’un tracteur, le cheval ne s’avérant pas assez puissant pour réaliser ce travail.

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Cette aération est un véritable cisaillement des sols sur une profondeur de plus d’un mètre vingt pratiqué à l’aide d’une charrue spécialement développée pour cela d’après les travaux d’Alex Podolinski.
Vu les températures moyennes très élevées et le risque de ravinement par les eaux d’écoulement lors des orages puissants de la région, il est en effet nécessaire de travailler en profondeur pour aérer, drainer et alléger les sols, alors que dans le Nord de l’Europe, plus humide, un travail plus en surface sur l’humus est à privilégier.
Ce travail s’avère évidemment nécessaire pour permettre à vie sous-terrestre de faire respirer la terre au maximum.

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Le vignoble d’aujourd’hui est littéralement à l’image de comment il fut mené par les ancêtres avant l’industrialisation : les vignes sont plantées sans irrigation et à raison de de 5 à 7.000 pieds pour hectare en « Albarello » sarde (vigne taillée en arbuste autour d’un pieu permettant une aération maximale des grappes et des feuilles sous l’effet du vent).

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« Seul l’homme a une capacité de destruction globale sur le vivant,
aucun virus, bactérie, insecte ou autre organisme simple ou complexe n’en est capable.
Penser que le phylloxera a eu ou a cette capacité est une erreur
que seules des exigences économiques ont déterminé
omme ennemi aussi dangereux que… l’homme. »

Pour des raisons qu’Alessandro tente encore et toujours de soumettre à l’étude universitaire, une partie du vignoble sur les parcelles les plus hautes a survécu au phylloxera, permettant la conservation de vignes franc de pieds de plus de 120 ans.

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En sus de cela, toujours par leur attachement à la tradition séculaire, Alessandro et sa famille (sauf sur les parcelles les plus récentes) ont toujours privilégié la conservation des vieilles vignes ce qui fait que les plus jeunes Canonau ont ici… 50 ans en moyenne… stupéfiant pour l’Italie!
Les rendements sont forcément au diapason, 15 hectolitres à l’hectare en moyenne et jusqu’à 7 hectos pour les plus vieilles vignes.

 

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Les rangs sont ensemencés à raison d’un sur deux en partie par des graminées sélectionnées, en partie par la nature elle-même.
Pour le reste, en sus du cuivre et du soufre (deux traitements par an en moyenne), seuls les tisanes et les préparations biodynamiques (500 et 501 compris) sont utilisés.
Si le domaine est certifié bio et Demeter, Alessandro, un peu comme Elisabetta Foradori, se refuse à le proclamer sur ses étiquettes estimant qu’il y a lieu de mettre en avant le vin et non ses certifications.

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Fortement influencé par les conseils de Saverio Petrilli, le quotidien des travaux à la vigne se base ici sur le bon sens agronomique, avec l’idée que tout part de la terre à laquelle on doit permettre de produire un humus riche permettant aux plantes de croître dans la santé optimale, en se nourrissant de manière naturelle, sans quelque aide extérieure.

« Se promener dans les vignes et mâcher le raisin »

La période des vendanges s’étend de septembre novembre et la maturité des raisins est déterminée par simple mastication des baies.
Ainsi, le moment idéal des vendanges fixé pour tel ou tel cépage ou pour telle ou telle parcelle, le raisin est vendangé à la main et transporté, en petite caissettes, directement à la cave.
Selon la nécessité, il peut être fait appel à un camion frigorifique pour le transport des caissettes jusqu’au chai.

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L’entièreté des vendanges est pratiquée par la famille et la petite équipe des 5 permanents au domaine.
Il n’est pas fait appel à d’autres vendangeurs.

En plus de la vigne, le domaine cultive selon les mêmes méthodes du blé, des légumes, des fruits et il possède aussi une oliveraie. Tous cette dernière production est destinée uniquement à la consommation locale et au restaurant.

Fermentation et élevage

Le chai enterré, bien que récent, respecte l’esprit de l’élevage traditionnel des vins sardes et pour cela il est fait appel uniquement au ciment sous forme de grandes cuves pour les macérations et de cuves de plus petites tailles (croissantes avec les générations)  pour l’élevage des vins. L’acier n’est présent que sous la forme du pressoir pneumatique et de trois cuves qui, selon la nécessité, seront utilisées pour faire reposer le moût entre la phase de macération et son pressurage.

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Il n’est jamais fait et ne sera jamais fait appel au bois, ni à l’amphore, Alessandro estimant, pour cette dernière et avec une malice sans pareille, que ce noble contenant fut ancestralement voué au transport des vins de la région et non à leur élevage. On ne déroge jamais, ici, avec la tradition !

A l’exception d’une cuvée de blanc sur un seul millésime et uniquementà la mise, il n’est jamais fait appel au soufre à quel moment que ce soit. De même il n’est évidemment jamais fait appel à des levures exogènes ou à des enzymes.

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Après sélection manuelle sur table de tri, et niquement par Paolo et Alessandro, les raisins sont égrappés mais non foulés avant d’être déposés par simple gravité dans les grandes cuves de macération, celles-ci étant placées en hauteur, proche du plafond de la cave, et donc proches du niveau du sol où est pratiqué le tri. Le but ede tout ceci est de préserver les peaux au maximum.

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Pendant les phases de macération, tant pour les blancs que pour les rouges, les moûts ne sont pas remontés et le chapeau est laissé en contact avec l’air ambiant, aucun couvercle ne venant obturer les trois grandes cuves de macération.
Les baies sont donc macérées entières, seul le poids des couches supérieures des fruits étant laissé à même d’écraser les couches inférieures.

Les macérations sont menées de 2 à 12 jours pour les blancs, et de 15 en moyenne jusqu’à 20 jours pour les rouges. Il n’y a pas de cahier de charges précis, la durée est déterminée uniquement en fonction des caractéristiques du moût en fonction des millésimes. L’installation actuelle est largement suffisante à accueillir toutes les baies d’une vendange, celle-ci s’étalant sur près de deux mois.

Les vins sont ensuite placés dans les cuves d’élevage en ciment pour une période allant de deux à trois ans.
Ils ne font l’objet ni de clarification, ni de filtration ni même de stabilisation. Seuls deux à maximum trois transvasements doux peuvent s’avérer nécessaires selon l’intensité de la présence de boues résiduelles.
Les différents crus et parcelles sont vinifiés séparément et assemblés peu avant la mise.

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Encre et toujours, tout, ici, se veut rester familial, jusqu’à la mise en bouteille, qui, image qui attendrit toujours Alessandro, est dirigée par sa mère à la manière d’un chef d’orchestre sur le reste de la famille.

Au total, vu la faiblesse des rendements, à peine 45.000 bouteilles seront produites sur un millésime, et cela quand dame nature s’est montrée généreuse. La production sera de 20.000 bouteilles si la nature s’est montrée plus capricieuse.

Les vins sont encore affinés 6 mois en bouteilles avant leur commercialisation.

Au final et pour rester le plus en harmonie avec la nature, il n’est fait appel à l’énergie électrique qu’au moment du pressurage et de la mise en bouteille. En outre, les aliments, ingrédients, adjuvants, auxiliaires de fabrication d'origine animale ne sont jamais utilisés dans l’entièreté du cycle de production, même sous forme de filtres, de membranes et d'autres auxiliaires de fabrication dérivés d’une origine animale.

Les cépages

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Le Cannonau

Bien que cousin proche en lignée de la Garnacha espagnole, du Grenache français et du Tokay rouge du Veneto, le Cannonau est une variété autochtone de la Sardaigne.
Il partage avec ses « cousins » environ 82% du patrimoine génétique (source Università di Sassari Nieddu, ET AL. C.S), ce qui finalement marque des différences importantes si on considère que l’homo sapiens sapiens partage 98,5% du sien avec le chimpanzé (et encore dans certains cas, je me demande si on n’approche pas de 100%).
En fait, il semble bien que cette lignée de cépage est apparue en Sardaigne avant le reste de l’Europe, comme en atteste certains écrits retrouvés à Cagliari et datant de 1549.
Le Cannonau n’a, par contre, strictement rien à voir avec le « Canocazo » qui est un cépage blanc andalou.

Sa grappe est de dimensions moyennes (+-250 grammes), conique, compacte, parfois. La peau est épaisse et pruineuse de couleur noire avec des reflets violacés.
Le vin qui en est issu est de couleur rouge rubis assez intense dans sa jeunesse, il tend à l’orange au vieillissement. Ses arômes sont riches en fruits rouges avec des notes florales et épicées complémentaires et la bouche est généralement sapide mais bien structurée sur les tanins.
On retrouve en bouche les fruits rouges avec des épices plus présents qu’au nez.
A l’instar du Nebbiolo, ces tanins, en fonction du producteur, pourront être plus ou moins intégrés.
A maturité, le Cannonau est très riche en alcool potentiel, au point que la législation lui autorise de monter jusqu’à 20°.
Cépage littéralement formaté pour la table, il se prête, sur les meilleurs terroirs, à plus de quinze années de vieillissement.

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La Monica

La Monica est un cépage autochtone de Sardaigne dont l’introduction y date du 11e siècle par des moines.
S’il est bien présent sur tout le territoire insulaire, c’est avec une certaine discrétion, sa surface de plantation n’excédant pas 300 hectares.
Assez productif, il raffole des sols calcaires en zones montagneuses à moyenne pente et supporte particulièrement bien une exposition solaire implacable.
Ses grappes sont grandes (poches de 500 grammes), allongées comptant jusqu’à 3 ailes. La peau est épaisse, moyennement pruineuse, de couleur noire très soutenue.
Dans le vin qui en découle, on retrouve des arômes de mûres et de cerises fraiches, quelquefois assortis de fruits rouges plus confitures, d’épices assez délicats et de notes d’amande douce. En bouche, il se présente assez chaud, agréablement souple, avec des tanins peu agressifs.

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Le Pascale

Le Pascale est lui aussi un authentique cépage sarde autochtone. Il est le plus souvent appelé “Pascale de Cagliari » même si on le trouve surtout dans la région de Sassari, où il atteint jusqu’à 20% de présence alors qu’il est extrêmement discret dans le sud de l’île. Il est à la fois un bon raisin pour le vin et un excellent raisin de table.
Son origine est incertaine mais il semble bien qu’il provienne de Toscane, région avec laquelle la province de Sassari avait des échanges économiques intenses. Bien qu’au Domaine Dettori, il soit vinifié seul, sa vocation est d’être souvent associé au Cannonau ou au Bovale. Dans ce cas il est utilisé en faible proportion pour adoucir ces cépages en leur apportant un gain aromatique.
Vinifié seul, il donne des vins assez délicats, faibles en alcool, fortement axés sur le fruit rouge, même si sa charge tannique est au moins aussi importante que celle du Cannonau.

Ampélographiquement, sa grappe est de forme conique, avec une ou deux ailes. Elle est assez imposante avec plus de 400 grammes en moyenne. La peau est épaisse, moyennement pruineuse, de couleur noire violacée avec une pulpe incolore, consistante et de goût neutre.

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Le Vermentino

Le Vermentino est le grand cépage blanc historique et qualitatif du bassin méditerranéen. Alors que ce cépage fut longtemps associé à une origine ligurienne qui aurait ensuite transité par la Corse pour arriver en Sardaigne, il semble bien qu’il soit au contraire originaire d’Orient et qu’une de ses premières voies de diffusion en Europe soit justement la Sardaigne vers 2500 avant JC.

Sa grappe présente des dimensions moyennes à grandes (400 grammes) avec une forme cylindrique à conique avec une à deux ailes bien visibles. La peau est épaisse, moyennement pruineuse et d couleur vert-jaune.
Ses arômes souvent puissants libèrent des parfums d’aubépine, d’amande voire de pomme. Il donne des vins frais délicats et légèrement aromatiques de belle couleur pâle, et chez les meilleurs producteurs, bien équilibrés et gras.
On lui reproche assez souvent un manque d’acidité mais il produit indéniablement des blancs de grande garde.

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Le Moscato Bianco

D’origine orientale comme le Vermentino, le Moscato Bianco (Muscat Blanc) est un des cépages les plus anciennement cultivés en Sardaigne particulièrement pendant l’hégémonie romaine où il est cité comme « Apiana », raisin préféré des abeilles.
Après la chute de l’Empire Romain, il subit une forte diminution de sa culture, mais se répand à nouveau dans toute la Sardaigne sous l’influence de l’occupant piémontais au 18
e siècle.
Il sera ensuite un des cépages à prendre le plus durement les attaques de phylloxera ce qui diminua son importance dans l’île. Sa culture, le plus souvent traditionnelle connaît un renouveau depuis les années 80.

La grappe présente une forme cylindrique de moyenne à grande taille (350 grammes) parfois mais pas toujours ailée. Sa peau est assez fine pour un raisin méditerranéen, peu pruineuse et de couleur jaune ambré.
En Italie et en Sardaigne, ses vins sont presque toujours des vins de desserts très aromatiques avec de fortes notes florales. Son jus est naturellement légèrement sucré et perlant, avec une faible teneur en alcool.
Il se prête idéalement à la production de vins doux intenses issus de la technique du passerillage (Passito, en italien) où les raisins sont laissés se déshydrater naturellement sur la vigne avant de compléter cette concentration par un séchage en plein air, par exemple, sur de la paille.

Les Vins

Comme déjà maintes fois explicité, les vins du domaine respectent unilatéralement l’hérédité historique qui a précédé depuis des générations où chaque cru est lié à un cépage unique et à un âge de vignes déterminé : le Dettori bianco pour le Vermentino, le Tuderi, le Tenores et le Dettori rosso pour le Cannonau, le Chimbanta pour la Monica ; l'Ottomarzo pour le Pascale et le Moscadeddu pour le Moscato.
Seuls font exception le Renosu bianco qui peut, dans certains millésimes, voir le Vermentino assemblé avec du Moscato Bianco et le Renosu rosso qui peut voir le Cannonau assemblé avec de faibles pourcentages de Pascale et Monica.

Le domaine ne mentionne pas le terme de DOC sur ses vins de par son attachement à la notion de terroir dont toutes les définitions officielles affirment le même concept :

« Le terroir » est une aire géographique dont la délimitation géographique provient des produits que son sol génère de façon unique, originale et inimitable de par l’interaction de facteurs géologiques, climatiques, culturels et humains. »

En respect pour cette définition, parler d’une DOC Cannonau de Sardaigne est un non-sens aux yeux des gestionnaires du domaine, entre autres, parce que les vins de ce cépage produits par les trois principales zones parcellaires de ce domaine sont essentiellement différents l'un de l'autre. S’il en est ainsi au domaine, insiste Alessandro, alors qu’en est-il pour des vins issus de zones séparées de centaines de kilomètres.
Certes, la notion de DOC est née avec un esprit très noble à une époque où le vignoble italien n’était plus qualitatif, mais, depuis sa création, les choses ont changé: aujourd’hui, la DOC sert trop souvent à écouler sur le marché des vins qui ne méritent pas de la part du producteur l'estime qu’il devrait avoir pour un vin réellement qualitatif.

Pour cette raison, le choix du domaine a été de se limiter à une mention d’IGT, plus exactement, l’IGT Romangia parce que celle-ci fait au moins appel à une restriction limitée aux vignes des communes de Sennori et Sorso.

037

Renosu Bianco

Tous les raisins et les vins à base de jeunes vignes ou qui ne passent pas avec succès les différentes phases de sélection sont utilisés pour produire les cuvées de Renosu.

Appellation : Romangia IGT
ype de vin : blanc
Cépage : assemblage Vermentino et Moscato Bianco (sauf 2006 à 100% Vermentino)
Emplacement des vignes : Badde Nigolosu
Age moyen des vignes : 50 ans
Type de sol : calcaire, grès, sables et sables limoneux
Altitude moyenne : 200 à 275 mètres
Taille totale des parcelles affectées : 2,85 hectares
Type de taille : alberello
Rendement moyen : 14 hl/ha
Période de vendanges : septembre
Alcool moyen : 14 à 16 %
Soufre total : 7 mg/l
Production annuelle : en fonction du nombre de Dettori Bianco produit

028

Dettori Bianco

Appellation : Romangia IGT
Type de vin : blanc
Cépage : 100% Vermentino
Emplacement des vignes : Badde Nigolosu
Age moyen des vignes : 50 ans
Type de sol : calcaire
Altitude moyenne : 300 mètres
Taille totale des parcelles affectées : 2,89 hectares
Type de taille : albarello
Rendement moyen : 18 hl/ha
Alcool moyen : 15,5 %
Production annuelle : de 3 à 8000 bouteilles
Millésimes réalisés : 2000, 2001, 2002, 2003, 2004, 2005, 2006, 2007, 2009, 2010, 2011, 2012, 2013
Millésimes non réalisés : 2008

038

Renosu Rosso

Tous les raisins et les vins à base de jeunes vignes ou qui ne passent pas avec succès les différentes phases de sélection sont utilisés pour produire les cuvées de Renosu. En 2006 tous les Dettori Rosso ont été déclassés en Renosu.

Appellation : Romangia IGT
Type de vin : rouge
Cépage : assemblage majoritairement Cannonau avec un peu de Pascale et de Monica
Emplacement des vignes : Badde Nigolosu
Age moyen des vignes : 50 ans
Type de sol : calcaire, grès, sables et sables limoneux
Altitude moyenne : 210 à 275 mètres
Taille totale des parcelles affectées : 2,85 hectares
Type de taille : albarello
Rendement moyen : 14 hl/ha
Période de vendanges : septembre
Alcool moyen : 14 à 16 %
Soufre total : 7 mg/l
Production annuelle : en fonction du nombre de Dettori Bianco produit

033

Chimbanta

Appellation : Romangia IGT
Type de vin : rouge
Cépage : 100% Monica
Emplacement des vignes : Badde Nigolosu
Age moyen des vignes : 50 ans
Type de sol : calcaire
Altitude moyenne : 300 mètres
Taille totale des parcelles affectées : 2 hectares
Type de taille : albarello
Rendement moyen : 17 hl/ha
Alcool moyen : 17,5 %
Production annuelle : environ 1000 à 6000 bouteilles
Millésimes réalisés : 2002, 2003, 2004, 2005, 2006, 2007,2010, 2011,2012
Millésimes non réalisés : 2008, 2009

034

Ottomarzo

Appellation : Romangia IGT
Type de vin : rouge
Cépage : 100% Pascale
Emplacement des vignes : Badde Nigolosu
Age moyen des vignes : 50 ans
Type de sol : calcaire
Altitude moyenne : 300 mètres
Taille totale des parcelles affectées : 2 hectares
Type de taille : albarello
Rendement moyen : 17 hl/ha
Alcool moyen : 16 %
Production annuelle : environ 1000 à 5000 bouteilles
Millésimes réalisés : 2003, 2005, 2007, 2010, 2011, 2012
Millésimes non réalisés : 2004, 2006, 2008, 2009

Remarque : Le domaine insiste sur le caractère qualitatif du Pascale qui mérite d’être travaillé en monocépage quoiqu’en prétendent de nombreux producteurs souvent peu scrupuleux.

031

Tuderi

Appellation : Romangia IGT
Type de vin : rouge
Cépage : 100% Cannonau
Emplacement des vignes : Badde Nigolosu
Age moyen des vignes : 50 ans
Type de sol : calcaire
Altitude moyenne : 300 mètres
Taille totale des parcelles affectées : 2,89 hectares
Type de taille : albarello
Rendement moyen : 17 hl/ha
Alcool moyen : 15,5 %
Production annuelle : environ 5000 à 10.000 bouteilles M
illésimes réalisés : 2000, 2001, 2002, 2003, 2004, 2005, 2006, 2007
Millésimes non réalisés : cuvée arrêtée en 2008

030

Tenores

Appellation : Romangia IGT
Type de vin : rouge
Cépage : 100% Cannonau
Emplacement des vignes : Badde Nigolosu
Age moyen des vignes : 80 ans
Type de sol : calcaire
Altitude moyenne : 300 mètres
Taille totale des parcelles affectées : 2,89 hectares
Type de taille : albarello
Rendement moyen : 11 hl/ha
Alcool moyen : 16,5 %
Production annuelle : environ 3500 à 8.000 bouteilles
Millésimes réalisés : 2000, 2001, 2002, 2003, 2005, 2006, 2009, 2010, 2011, 2012
Millésimes non réalisés : 2004, 2007, 2008

Note: Le Tenores représente l’expression classique du Cannonau, puissant et impétueux mais en même temps doux et harmonieux, imprégné par son terroir. Aucun compromis ne sera jamais accepté pour ce vin.

032

Dettori

Appellation : Romangia IGT
Type de vin : rouge
Cépage : 100% Cannonau
Emplacement des vignes : Badde Nigolosu
Age moyen des vignes : 100 ans
Type de sol : calcaire
Altitude moyenne : 300 mètres
Taille totale des parcelles affectées : 2,89 hectares
Type de taille : albarello
Rendement moyen : 8 hl/ha
Alcool moyen : 18 %
Production annuelle : environ 1500 à 3500 bouteilles
Millésimes réalisés : 2000, 2001, 2002, 2004, 2005, 2007, 2009, 2010, 2011, 2012
Millésimes non réalisés : 2003, 2006, 2008

Note: Attribuer le nom du Domaine et son nom de famille par le fait même à un vin  n’est pas toujours une chose si évidente, mais, dans le cas présent, rien ne pourrait mieux décrire un vin que le nom des générations familiales qui ont œuvré afin que ce vin existe, un type de vin que beaucoup avaient préféré oublier au profit de cuvées plus simples à boire et à vendre.
Même si on pourra, dans les guides, lui attribuer un aspect « archaïque », boire ce vin ramène l’humain à faire une étude d'anthropologie culturelle.

029

Moscadeddu

Appellation : Romangia IGT
Type de vin : blanc surmaturé
Cépage : 100% Moscato Passito
Emplacement des vignes : Badde Nigolosu
Age moyen des vignes : 50 ans
Type de sol : calcaire
Altitude moyenne : 300 mètres
Taille totale des parcelles affectées : 2,89 hectares
Type de taille : albarello Rendement moyen : 8 hl/ha
Alcool moyen : 15,5 %
Production annuelle : de 1 à 3800 bouteilles
Millésimes réalisés : 2000, 2001, 2002, 2005, 2006, 2007, 2010, 2011, 2012
Millésimes non réalisés : 2008
Millésimes embouteillés mais non encore commercialisés : 2003, 2004, 2008, 2009

Quelques remarques

En 2008, le domaine n’a produit que seulement 2.000 bouteilles du fait d’une attaque massive de mildiou, parasite dont normalement les vents et les nuits fraiches protègent la vigne assez efficacement. Ainsi, même en voyant tout le raisin et le système foliaire disparaître des vignes, Alessandro et Paolo sont restés fidèles à leur engagement dans la tradition : ne pas employer de pesticides car il était pour eux essentiel de perdre le raisin d’une saison plutôt que de polluer les sols pour plusieurs saisons.

En 2006 et en 2007, est apparue fugacement la cuvée Chimbanta & Battoro issue de quelques parcelles de Monica dont les baies avaient flétri naturellement et cela afin d’en faire un vin rouge de paille.

Les vins rouges se consomment idéalement autour de 13-15° C, dans un grand verre de type Riedel, après un peu d’aération.
L’aération est importante car il est intéressant de suivre l’action de l’oxygène d’autant que les vins du domaine ont généralement besoin de temps, une fois ouverts, pour s’exprimer.
De même, comme les vins ne sont ni clarifiés ni filtrés, il est déconseillé de les consommer peu de temps après le transport. Enfin, une trace de CO2 est toujours possible et donc normale, tout comme chaque bouteille peut être légèrement différente.

036

Dégustation

Les commentaires de dégustations concernent des cuvées dégustées au domaine ou achetées en Belgique avant ou après le voyage sur place. Seuls les vins dégustés çà à partir de bouteilles sont commentés ici.
Presque toutes les bouteilles dégustées ont été accompagnées d’un repas.

Renosu Bianco 2013 - IGT Romangia

Le nez est très intense avec des notes de pêche et d’abricots accompagnées d’épices. Aucune sensation alcoolique solaire n’est perçue.
La bouche est d’une grande buvabilité très tendue, vibrante malgré une structure évidente avec quelques notes grillées supplémentaires.
Annoncé à 15,5%, on se serait attendu à vraiment quelque chose de plus lourd. Une excellente surprise, donc, pleine de fraicheur. Etonnamment ou non, finalement, Alessandro semble assez étonné de voir un avis général extrêmement positif de ce vin alors qu’il ne cherche pas à en faire grand cas, probablement parce qu’il associe Vermentino et Moscato, alors que lui recherche passionnément l’expression d’un cépage unique sur un terroir donné.

Dettori Bianco 2013 - IGT Romangia

Le nez est assez intense, mais a besoin d’aération pour se livrer pleinement.
D’abord très fumé, il évolue ensuite vers des notes exotiques avant de s’installer pleinement sur du pamplemousse avec une forte sensation de zeste.
Malgré une macération sensible, la bouche ne se comporte pas comme un vin orange mais plutôt comme un grenache gris du Roussillon, relativement chaude, pleine mais avec une fraicheur parfaite et une salinité qui équilibrent, intègrent parfaitement l’alcool et la solarité du vin.
On est clairement dans des expressions différentes d’un vin blanc sec classique, mais il se dégage beaucoup de classe de l’ensemble.

Dettori Blanc 2012 - IGT Romangia

Le nez est plus confit que pour le 2013, mais on retrouve ces notes de zeste de pamplemousse.
En bouche, la fraicheur exceptionnelle du 2013 marque ici un peu le pas au profit d’une matière encore plus dense, plus épicée, plus ronde avec une sensation tannique plus évidente pour un vin sous macération.
La finale est impressionnante, à nouveau très saline. Difficilement concevable comme tel, seul à l’apéritif, ce vin a clairement une structure de gastronomie et est modelé pour accompagner les « Zuppa » italiennes.

Dettori Blanc 2004 - IGT Romangia

Il est toujours intéressant de voir comment évolue un vin blanc que son géniteur a voulu marqué par le terroir, sans la moindre concession, d’autant s’il a fait l’objet de macération pelliculaire.
Et, ici, l’expérience est plus qu’intéressante, elle s’avère surprenante, tant à l’évolution ce vin a su conserver toute sa fraicheur, sa tension, alors qu’il a complètement assimilé sa structure solaire pour ne laisser que des notes charnues, aériennes, veloutées.
Mais le plus surprenant est le nez qui a complètement viré vers un compromis entre un riesling pour les hydrocarbures nobles perçus et le chardonnay pour d’impressionnantes notes beurrées.
Et comme l’ensemble est totalement en buvabilité et en longueur… on finit totalement admiratif de la capacité de vieillissement du Vermentino de Badde Nigolosu !
A noter que regoûté le lendemain, le vin a perdu un peu de fraicheur et de ses notes riesling/chardonnay au profit de tanins plus expressifs et de notes de zestes d’agrumes et d’épices.

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Dettori Blanc 2002 - IGT Romangia

S’il possède moins de matière et de longueur que le précédent 2004, ce 2002, rien que par cette fraicheur conservée et la toujours évidente présence du duo hydrocarbures/beurre prouve à nouveau très largement que le Dettori Bianco a un potentiel de vieillissement tout simplement fascinant.

Renosu Rosso - IGT Romangia

Selon toute logique, il doit s’agir ici du millésime 2012 mais comme l’étiquette ne mentionne pas l’année de vendange et que le sujet n’a pas été abordé avec Alessandro, il restera une légère inconnue sur ce point.
Le nez est ici intense, direct avec un gros fruit gourmand composé de fraise, de framboise et de pune le tout emballé par des épices très présents.
Si en bouche, on retrouve quelque sensation de douceur et de chaleur, l’acidité superbe et fougueuse ainsi que les tanins très souples transforment ce vin, à la structure originelle assez simple, en un parfait petit vin à très haute buvabilité qui se boit sans rien intellectualiser, juste pour le plaisir.

Chimbanta 2011 - IGT Romangia

On passe d’un vin aux cépages assemblés au premier rouge en monocépage, en l’occurrence, la cuvée à base de Monica, avec un nouveau gain d’alcool déclaré sur l’étiquette… soit ici 16%.
Dès le premier nez, on comprend qu’on est ici sur quelque chose de très atypique avec des notes solaires extrêmes, de la prune confite, du miel, une cerise qui rappelle la Kriek Cantillon et un gros paquet d’épices… amateurs de cabernets francs austères s’abstenir !
En bouche, on remet cela, avec en plus des tanins encore très structurés, mais à nouveau l’acidité et le fruit ici plus gourmand que confit font que, même si ce vin est « extrême », il en résulte une sensation réelle d’équilibre.
Une expérience assez inoubliable, en fait. Il va évidemment de soi que ne pas accompagner ce vin d’une pasta est presque criminel, tant il exige un plat pour s’exprimer sans trop d’excès.

Ottomarzo 2011 - IGT Romangia

Dans cette autre cuvée à base ici de Pascale, on retrouve les arômes intenses et désormais assez typiques de prune, de cerise et d’épices.
Mais là où le Chimbanta s’avérait solaire dès le nez, ici, c’est la fraicheur qui domine.
Confirmation avec la bouche où l’acidité ciselée maitrise avec brio la matière dense et fruitée, pour, grâce aussi à des tanins très intégrés, arriver à un vin fin, délicat, vibrant, très salin, bien plus facile à appréhender même si la longueur signe clairement un grand vin de garde.

Ottomarzo 2007 - IGT Romangia

L’Ottomarzo 2007 est d’une cohérence extrême avec le 2011 avec le duo prune/cerise retrouvé.
La différence se place ici au niveau des épices, bien plus présents avec une forte sensation de se balader au cœur de la garrigue, ce qui est, somme toute, très plaisant. La bouche est encore plus belle, parce que plus fondue, associée, toujours guidée par des rails rectilignes d’une acidité magnifique. Un véritable vin d’émotion.

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Ottomarzo 2003 - IGT Romangia

 A titre didactique mais aussi pleinement en accord avec le côté malicieux de l’homme, Alessandro nous convie à goûter pour cette cuvée ainsi  que pour les Tenores et le Dettori qui suivent, des vins issus de millésimes difficiles par leur solarité extrême.
Clairement, le vin est ici très évolué avec des notes solaires confitures assez bien présentes.
Clairement, la bouche est plus sèche que juteuse et la longueur est faible, mais ce qui reste frappant c’est que le vin a conservé de la fraicheur et surtout qu’il persiste à donner de lui-même une véritable sensation de complexité.

Tenores 2010 - IGT Romangia

Avec ce Tenores 2010, on rentre clairement dans les vins que la famille d’Alessandro et Paolo cherchent obsessionnellement à produire, chaque millésime faisant, ceux qui répondent unilatéralement à l’expression historique du Cannonau en Sardaigne.
Au nez, tout en restant dans le registre de la prune légèrement confite et avec une volatile assez présente, on part sur les fruits noirs, le chocolat, les fleurs séchées et le zeste d’orange.
Si la bouche est dense, imposante, même, assez chaude mais avec des tanins fins, déjà bien intégrés, une fraicheur toujours aussi étonnante et une finesse impressionnante.
Un vrai vin « naturel » !

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Tenores 2003 - IGT Romangia

Comme pour la cuvée précédente, voici un des millésimes les plus chauds de ce début de siècle mis en comparaison…. Et là, c’est l’étonnement absolu.
Est-ce parce que les vendanges ont été avancées mais ce vin est à la fois frais au nez et en bouche et si les épices sont très présent, l’équilibre est vraiment splendide d’autant que ce vin n’est pas asséché du tout.
Une très grosse et très belle surprise.

Dettori 2011 - IGT Romangia

On passe à la cuvée reine du domaine, celle qui provient des plus vieilles vignes dont certaines préphylloxériques avec des rendements à faire glacer d’effroi un propriétaire bordelais : 8 hectolitres à l’hectare !

Avant d’appréhender la dégustation d’un tel vin, il faut laisser de côté ses idées préconçues, il faut accepter d’aller à la découverte de nouveaux équilibres, de nouvelles saveurs.

Ce 2011 nous est proposé à titre didactique, car il a à peine une semaine en bouteille, alors qu’un minimum d’affinage de six mois est plus que conseillé. Malgré tout, ce vin ne se la joue pas sur la carte de la matière serrée ou de la fermeture, au contraire le nez est énorme, puissant, exubérant de fruit avec une solarité très perceptible.
La bouche est extrêmement dense avec du sucre mais aussi du fruit vierge résiduels. Avec la chaleur inhérente (18% !) et la puissance embarquée, on n’aurait pu s’enfoncer dans une mélasse insipide, c’était sans compter la gourmandise du fruit et surtout la fraicheur apportée par l’acidité qui rend ce vin presque aérien.
Une vraie émotion dans la reconnaissance d’un autre équilibre.

Dettori 2010 - IGT Romangia

Plus évolué que le 2011 au nez, ce vin n’essaie pas de cacher son origine solaire.
On retrouve la confiture de fraise, désormais assez classique, mais aussi des arômes plus nobles et plus complexes comme myrte et raifort. De belles notes florales sont perceptibles à l’aération.
En bouche, à côté de la douceur, de la richesse et de la structure de la matière à nouveau écrasantes, il y a aussi, et encore, cette fraicheur innée des vins du domaine qui leur donne tant d’équilibre et de sapidité, tout en portant littéralement le vin sur une finale galactique.
Penser qu’un tel vin puisse se marier avec de l’agneau ou du porc en auraient fait rire plus d’un… et pourtant !
Il y a du Rayas… dans ce vin… et, si pas du Rayas, au moins de la race.

Dettori 2000 - IGT Romangia

Troisième expérience sur un millésime impitoyable de chaleur et, ici, on change complétement de registre, ce vin nous amenant en droite ligne sur un Passito, avec une amertume sèche, du café, du cacao, de la viande séchée, mais l’ensemble s’avère bien moins fatigant qu’un VDN.
Cela ne donne pas beaucoup d’information, si ce n’est que visiblement, 2000 a moins bien été digéré par la vigne que 2003… ou… a été vendangé plus tard.

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Moscadeddu 2012 - IGT Romangia

Très puissant au nez, ce vin impose de fortes notes d’agrumes, en passant par de l’orange à la mandarine et gagne en complexité à l’aération avec de la fraise, des notes poivrées mais surtout du floral.
La rondeur de la bouche est très élevée mais pas sirupeuse et la fraicheur sur la longue finale permet à ce vin d’être bien plus qu’une simple curiosité.

Conclusion

Certes, dans les vins du domaine, il y indéniablement cette empreinte historique et cette tradition où on se refuse à faire sec, léger, boisé et buvable à l’extrême pour aller le plus souvent sur l’intensité, que ce soit pour l’alcool, la concentration des notes fruitées et la rondeur.
Mais comme presque systématiquement, la fraicheur et la suavité sont présentes, que les tanins sont tout sauf archaïques, le domaine parvient à nous étonner voire nous régaler avec de magnifiques équilibres.
Plus on monte en teneur alcoolique, plus c’est perceptible. Bien sûr la cuvée Dettori deviendrait fatigante si on nous l’imposait tous les jours.
Bien sûr, la fraise, la prune, les épices si souvent rencontrés pourraient nous lasser assez vite…. mais… caresse-t-on sa femme de la même manière tous les jours ?

Mais bien plus que tout, cette rencontre avec Alessandro et sa famille m'a conforté dans mon idée qu’envisager ma passion par la seule approche analytique des vins serait la plus grande des aberrations, voir même une abomination.
Parce que cette approche tellement bourgeoise, pédante, juste bonne à flatter quelque ego, nous éloigne de ce qu’est le vin dans sa notion humaine, artisanale, historique et festive. Elle nous éloigne tout autant du rapport unique qu’entretient l’homme avec la terre quand il essaie de la respecter et de la laisser s’exprimer.

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Photo : Emma Bentley

Quand un personnage aussi passionné qu’Alessandro nous ouvre les portes de son domaine, il nous ouvre bien plus que cela, il nous livre sans compromis, sans flatterie, sans grandiloquence mais avec une émotion et une pudeur unique l’histoire de sa vie.
Il réussit ainsi à nous transporter dans une dimension telle que je serais prêt à dire qu’en trois jours, j’ai, dans les collines de Badde Nigolosu, appris plus sur l’homme que pendant 10 ans.

Je n’aurais qu’une prière à faire à la famille Dettori, c’est de ne surtout rien changer… mais ce sera en fait inutile, parce que cette volonté immuable de s’accrocher à la tradition se trouve dans chaque atome de chaque pierre, de chaque pépin.

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Coordonnées

Tenute Dettori
Alessandro Dettori
Località Badde Nigolosu, SP 29 Km10
07036 Sennori (SS)
LAT 40° 49’ 37,9” N. – LONG 8° 39’ 30,2” E
Tel : +39 079 9737428
Fax +39 079 2977560
E-mail:
info@tenutedettori.it
Web :
www.tenutedettori.it

Remerciements

Mes plus vifs remerciements à Paolo et Alessandro Dettori pour leur magnifique accueil, à Emma Bentley pour son organisatiion impeccable, à Jessica et so mari pour leur sourire aussi large que leur coeur, à Fabio d'Uffizi, Bertrand Celce et Aaron Ayscough pour leur si sympathique compagnie et, enfin, à Guillaume Deschamps avec qui, dans ce cadre éblouissant, j'aurais bien refais le monde.

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21 octobre 2014

Accords Mets-Vins : Poivrons farcis à la seiche aux épices cajuns

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 Accords Mets-Vins

Dans cette rubrique, retrouvez des accords met-vins réalisés avec le blog jumeau de Marie-France Thiery : « Une Cuillerée pour Papa ». Ils sont issus de défis que ous avons désormais l’habitude de nous donner, Marie France me proposant ses recettes alléchantes à assortir, alors que je lui propose de temps en temps un vin précis à accorder avec une recette.

Poivrons farcis à la seiche aux épices cajun

Et voici un nouveau défi lancé par ma poitevine jumelle, Marie-France Thiery… Un défi qui à nouveau respire bon la fraicheur du vent maritime dont voici les ingrédients :

2 poivrons rouges
1 blanc de seiche 
3 ou 4 tomates
Quelques olives noires
1 cuillère à café de mélange cajun en poudre (oignon, ail, curcuma, moutarde, thym, origan, piment fort)
10 cl de lait de coco
1 petit verre à digestif de rhum blanc
Sel - poivre noir
1 gousse d’ail
2 cuillères à soupe de chapelure
2 cuillères à soupe de parmesan huile

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Marie-France justifie sa recette ainsi :

Nous sommes actuellement dans la période de pêche de la seiche, appelée margate sur nos côtes de Vendée. Vous en trouverez donc très facilement chez vos poissonniers habituels. Voilà une occasion de cuisiner de saison à prix raisonnable, car la seiche reste un produit très abordable. Et pour les plus récalcitrants au poisson, dans le blanc de seiche tout se mange, pas de risque de tomber sur des arrêtes qui resteraient en travers du gosier ! 
C
es poivrons farcis constituent un savoureux repas complet.

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Pour lire l'article complet de Marie-France.... c'est ici !

Comme lors du dernier défi (Fricot de Berniques comme à Noirmoutier) voici à nouveau un plat iodé, très relevé dont il faut respecter la fraicheur et la simplicité, ce qui, selon moi, sur les rouges exclut les vins structurés et tanniques. Pour ce type de plat, le vin doit être un accompagnateur fusionnele et jamais un accord d'opposition.

Allons-y donc pour quelques accords joyeux où surtout on ne célébralise pas les méninges :

Premier choix :

Presque comme une évidence à mes yeux, voici en premier accord le Riesling Grand Cru Pfingstberg 2008 de Valentin Zusslin, une très belle maison au Sud du bas-Rhin qui ne renie jamais quelques épousailles gustatives avec la brasserie que je suggère en quatrième choix.
Plein, tendu, ultra aérien, salin et long, ce vin va sou
tenir par sa puissance le côté épicé du plat tout en conservant la fraicheur du poivron grâce à l'acidité typique de 2008 en Alsace.

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Deuxième choix :

Toujours en Alsace, un premier rouge, le Pinot Noir F 2011 de Florian Beck-Hartweg. Ce jeune prodige du Bas-Rhin nous propose ici un pinot noir sur granit hors normes, aérien, épicé, très sur la fraicheur mais avec une structure et une salinité qui accompagneront à merveille, le plat.

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Troisième choix :

Un second rouge, avec un Rhône très naturel, la Sierra du Sud 2012 du Domaine Gramenon, tout en jus et toujours en fraicheur, avec des tanins super intégrés et une buvabilité qui permettra d’en ouvrir deux plutôt qu’une… Le maître accord selon moi.

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Quatrième choix :

On termine avec un risque déjà tenté par un de mes amis sur un plat plutôt mer, la Cantillon Kriek avec son acidité et sa cerise a peine sucrée qui devraient pas mal la faire sur le duo poivron/tomates. Un choix qui fait peur d'emblée mais qui s'avère très en buvabilité sans jamais porter atteinte au plat de Marie-France.

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A vous de choisir...

Born to be Wild !

Alors qu’en Belgique, la présence conjointe aux postes de l’armée, de l’intérieur et de l’immigration de trois ministres de la NVA (traduisez nazis flamands anti-Belgique) devrait encore plus noircir qu’elles ne le sont mes visions d’avenir, l’homme, oui, l’homme avec un grand H, parvient chaque jour à m’épater de son ingéniosité et me fait croire qu’au bout du tunnel, il y a toujours une lueur d’espoir !

Non, Sandrine Goeyvaerts, je ne vous ferai pas le plaisir de m’épancher sur ce pas si nouveau mais toujours aussi rigolo concept de Vins de Femmes, j’ose imaginer que vous le ferez bien mieux que moi (Je vouvoie parce qu’il parait que dans les medias, même si tu baises ensemble, ça fait bien de se vouvoyer (#onnestpascouché)).

Non, je m’attacherai à une autre histoire où le côté pathétique est littéralement occulté par l’humour aussi puissant que probablement involontaire.

Petit glossaire sous forme de préambule

A ce jour, afin de segmenter à tous prix le vin dans le but le plus souvent de tirer à boulets rouges sur le clan d’en face, on avait créé deux grandes subdivisions, les Classiques dit les « bon vins » et les Naturels, aussi dénommés « Vins de Merde ».
Et, comme de bien entendu, dans le no man's land entre ces deux mondes impitoyables (surtout le second) était condamnée à errer, telles des âmes perdues sur le Styx, une foule de bios et biodynamistes qui n’avaient pas encore trouvé ou avaient perdu le trousseau de clés permettant d’accéder au Walhalla des Classiques pur et durs.
Cette zone fourre-tout était un peu comme une forme de purgatoire de la treille où le message bien clair pouvait s'illustrer comme « on t’ouvrirait bien la porte mais on doit encore vérifier quelques éléments, en attendant fais dix Ave Marie et vingt Paters tous les matins ».
En ces temps de quarantaine de 21 jours, pas trop difficile de comprendre.

Donc..., si j’ai bien compris (ce qui sera certainement erratico-elliptique aux yeux de beaucoup), je définirais les vins classiques par des vins qui ont fait depuis deux cents ans la gloire de LA France, qui étaient largement élevés (en cave) comme tous les autres vins depuis l’aube des temps, mais qui depuis le milieu des années 80 ont vu que leur avenir se situait dans la l’évolution, la modernité, in vitro, in vivo et à la bourse. Ne voyez pas de critique en cela, les vins classiques ont largement fait partie de mon éducation et on ne crache pas sur ses parents.

Côté en face, tous les autres pinards mais avec en leur sein, une hérésie appelée « Naturel ». Cette phrase-là est importante, je vous invite à l’avoir bien mémorisée pour la suite de ce délire.
Le côté amusant de la chose est que ces anticlassiques d'en façe se voyaient principalement reprocher de ne pas avoir choisi la modernité technologique, et donc de sentir très mauivais de par ce fait.

La grande tradition de la viticulture française

Bien que je tienne à vous épargner mes échanges épistolaires avec le grand Michel Bettane, il me parait utile d’enfoncer ce clou sur sa définition du classique et donc de porte-drapeau de la grande tradition de la viticulture tricolore comme un ensemble presque mathématique incluant tout ce qui date depuis au moins 1855 en Bordeaux et en Bourgogne (et plus si affinités) et qui vers les années 80 a décidé de faire des vins «encore plus grands ».

Je cite because j'aime bien citer les grands auteurs : "Monsieur Böttcher, vous êtes un crétin, votre aveuglement est désepérant, et en voyant votre manière d'aborder les vins du Domaine Trimbach, vous n'avez visiblement strictement aucune connaissance de ce qu'est la grande tradition germaniques du riesling alsacien."

Marrant... vu que je ne juge pas, invitant même tout un chacun, s’il le peut, de déguster un Château Bordelais comme Lynch-Bages sur 1970 et 2005 (ou plus si affinité) pour interpréter comme il se doit comment la grande tradition a cette fantastique capacité … à évoluer.

Mais.. après tout, si tout un chacun trouve son bonheur dans les vins classiques ou dans ceux qui ne le sont pas, je trouve cela très bien et cela ne m’empêchera jamais de dormir.

Moi, non !

Mais d’autres, si, et c’est là qu’intervient l’ingéniosité de l’homme, celle de Monsieur Nicolas de Rouyn, à la fois grand érudit de la treille et organe porte-parole sur le Web 2.0 du parti de son père philosophique et mentor, Michel Bettane.
En l’occurrence, l’activité ingénieuse de ce noble et dévoué porte-parole du parti me fait plutôt penser à ces pauvres tirailleurs sénégalais à qui, après leur avoir appris qu’ils étaient français, on leur avait fait l’honneur du premier rang, ce qui au spectacle de la vie ne se refuse évidemment pas. Mais bon...
Et donc, après une bonne page de diarrhée verbale (oui, Nicolas, j’imagine que vous soutiendrez qu’il n’y a aucun espoir de traitement), j’en viens enfin … au fait.

Born to be Wild

A force de restreindre cette image classique de grands vins de la tradition viticole française aux seuls superbordeauxgrandscrus (appelez-les super) et à quelques « grands » Bourgogne, ça commençait méchamment à gronder chez les barons de la cour, pour peu qu’ils n’étaient point de haute naissance… on commençait souvent même à les entendre s’écrier, tels des Cicérons des temps modernes : « Et quoi, sire, jusqu’à quand, du fait de notre modeste lignée, auront nous à souffrir d’être associés à ces vils individus qui ne soufrent pas ou plus ? »

Et le bon roi et son écuyer de les entendre et d’ainsi créer la catégorie tampon la plus ingénieuse de tous les temps : les Vins Sauvages, Ze New Frontier*.

Comprenez tous les vins qui ne sont pas dans la première catégorie mais (et là, je cite l’inventeur) qui sont quand même bons.
Et ainsi voici Chave, Bizeul et tant d’autres versés sur la Chypre du vin, en attendant d’un jour atteindre la Palestine promise.
Enfin, pas trop vite quand même parce ce que si Hervé se verra honoré de voir ses syrah ainsi chavisées, il faut quand même bien qu’il prenne le poids de sa catégorie : les « Sauvages ».
Vous savez moi qui aime bien les références historiques, ça me fait quand même penser à cette xénophobie rémanente made in SPQR qui offrait, sous forme de lopin de terre, la récompense de bons et loyaux service aux Barbares devenus légionnaires…

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Sauvages, oui, mais plus Barbares

Du pur génie !

Donc, merci à vous, Nicolas, pour ce qui va rester comme un de mes plus grands éclats de rire de cette année… Je me ferais bien telle une mouche pour aller voir mes sauvages amis Bizeul, Deiss, Sipp et j’en passe tant, affublés de peaux de bêtes au futur Grand Tasting… J’espère que le comité organisateur ne me décevra pas.

Quant à moi, concernant le salon que je coorganiserai à la même époque, Vini, Birre, Ribelli pour ne pas le nommer, je ferai, en respect de ce grand moment, en sorte de quémander à mes invités vignerons et brasseurs de se présenter de tenue d’Eve ou d’Adam, le poil bien présent (ça tombe bien, il fête son retour), car tel de vrais « Barbares » devront ainsi bien assumer leur image de pithécanthropes de la vigne.

Des vins sauvages... trop top... non Lou, ne te retourne pas dans ta tombe...

Et probablement que cette bafouille vous sera trop d'honneur, Monsieur de Rouyn, de la part de ce que vous appelez si bien, un imbécile. Car c'est sur bienheureux qualificatif que je concluerai en citant votre prose :" Spontanément, il vote « sauvage », l’imbécile, sans rien savoir des miracles que cette notion encourage, s’agissant de vin. Quand l’idée d’un vin civilisé, cette chance, le révulse absolument, lui fait penser à son ascendance honnie, des bourgeois, pfuit."

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* : Frontier : terme utilisé dans l'article de référence par son auteur, le bien nommé Nicolas de Rouyn, de façon bien maîtrisée. Je dis cela parce que je pars du fait qu'il est un grand érudit.
Ce terme fait plus probablement appel à la notion américaine (d'où l'emploi de la langue de Georges Washington) pour désigner la limite de l'avancement de la civilisation par rapport aux terres encores peuplées par ces sanguinaires barbares d'amérindiens.

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07 octobre 2014

Le vin en Grande Surface : Not in my name!

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Il était une fois une rue, ma rue… il y a quinze ans à peine

Il était une fois une rue, ma rue, bordée de petits commerces de détail, presque une spécialité pour chaque maison, Bouchers, Volaillers, Fruits et Légumes, Fromager, Patisseries, Epicerie et tant d’autres…
Des commerces pour lesquels, entre autres, même des gastronomes avertis se déplaçaient même de loin, malgré le caractère très populaire du quartier.
Et puis, un jour, ils sont venus, les Zonings divers et leurs hypers embarqués, et, dans cette rue,  il ne subsiste aujourd’hui qu’une librairie et une pharmacie. Le légumier, le fromager et le volailler ont fusionné tant bien que mal et s'éteignet à petit feu.
Presque toute notion de commerce spécialisé a disparu de la surface de ma rue.
Pour m’en rappeler, je suis désormais obligé de m’expatrier en Italie, là où certaines petites entités conservent cet esprit, où il est encore possible, en bien moins de temps et d’essence qu’on ne le pense, de faire ses courses avec un conseil et un vrai produit à la clé.

Vous me direz d’emblée : tout cela n’a-t-il pas été vecteur d’emploi ?
A voir les procédures Renault qui émaillent le secteur de la GD (Grande Distribution) belge, si ça l’a été, j’ai comme un doute que cela le reste.
Et puis en termes de chiffres et de densité de population rapportée à ma rue, je me demande bien si chaque emploi perdu dans ces petits commerces a été remplacé réellement par un autre…

Vouloir ensuite profiter de ce blog pour détricoter le mécanisme économique des grandes surfaces, à quoi bon, qui que ce soit à qui on demande son avis sur la GD, la réponse est toujours, à terme, la dévalorisation par la recherche du prix le plus bas et de la rentabilité de la chaine, cela mépris croissant de la qualité.
Ca, bien d’autres et par milliers l’ont bien mieux décrit que je ne pourrais le faire, il n’empêche que le troupeau continue à se ruer à l’assaut de ces étals où pour un prix donné, on vous vend de la merde, on appelle cela, par exemple, de la viande, mais si rarement cela en a encore la couleur, pour ce prix-là, on n’en a plus ni le goût ni la texture… mais que voulez-vous ma bonne dame, au prix de la merde, on a ce qu’on mérite.

Tout cela et mon désespoir d’y assister ne parviendrait à me motiver de prendre la plume si je ne voyais pas, comme chaque année à la chute des feuilles, critiques viniques, sommeliers, forum et autres se faire les chantres des … foires au vin.

Et puis, surtout, quel n’est point le comble de mon désespoir de constater que ceux qui se proclament amateurs œnophiles continuent à marcher dans le système alors que pendant tout le reste de l’année, ils proclament leur intérêt tant pour le vin de vigneron, de terroir, tant pour le conseil professionnel du caviste ou encore, in situ, pour une visite au domaine.

Quand donc les gens comprendront une fois pour toutes que 95 % des vins vendus en GD sont de la merde au même titre que cette viande sans goût et que les 5% restants, y compris ceux des foires, ne sont que des produits d’appel, arrivés sur les étals par des mécanismes souvent détournés et et très souvenet contre l’avis de leur producteur… ?

Quand donc les gens comprendront qu’in fine, ils ne sont qu’appâtés par des gens sans foi ni loi, si ce n’est celle du gain et que le prix moyen du panier, seul avantage recherché, est le plus souvent plus élevé que dans les commerces de conseil ?

Quand donc les gens comprendront qu’en achetant une seule bouteille même par an en GD, ils favorisent ces 95 % de merde, cette industrie viticole qui ne vise que la production quantitative pour sauvegarder une rentabilité sous la pression de cette même GD.

Quand donc les gens comprendront enfin qu’en achetant ne fusse qu’une quille par an en GD, ils tuent dans l’œuf toute volonté qualitative, entrainant dans le gouffre et la perte de valeur l’entièreté du monde agricole qui se réclame encore un tant soit peu de l’artisanat.

Alors, vous les œnophiles, je vous en conjure, apprenez à poser un acte citoyen en vous refusant désormais tout achat de vin en Grande Distribution, même pendant les foires.
Apprenez à ne pas craquer pour un rabais de 5 euros sur une quille dont vous en avez plein de petites sœurs dans votre cave.
Apprenez à respecter le fruit de votre passion et redonnez ainsi de la fierté à ces vignerons qui vous donnent encore, mais pour combien de temps, de l’émotion.

Il était une fois ma rue…

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06 octobre 2014

Verticale 2012-1994 du Grand Cru Altenberg de Bergheim du Domaine Marcel Deiss

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« L’élaboration de ce vin marque une étape dans ma vie de vigneron et une rupture avec le primat du Cépage dominant le Terroir dont l’Alsace a tant souffert au cours de ces cent dernières années »
Jean-Michel Deiss

Avant-propos

Quand on descend la route des vins d’Alsace vers le Sud, le village de Bergheim est assurément, le premier que l’on rencontre en Haut-Rhin pour abriter un des plus magiques terroirs, l’Altenberg de Bergheim… « L’Ancienne Colline ».
De superficie assez modeste (35,6 hectares), la réputation du lieu remonte tout de même au 12 siècle.
C’est toutefois à la fin de 20
ième siècle qu’on a assisté à un véritable renouveau qualitatif de ce Grand Cru, grâce à la volonté de vignerons comme Gustave Lorentz ou Sylvie Spielmann.
Mais, personne ne le niera, et sans minimiser le travail de ces vignerons, c’est surtout au Domaine Marcel Deiss que l’on doit aujourd’hui cette reconnaissance mondiale et… qui dit Domaine Marcel Deiss, dit évidemment son incontournable tôlier, Jean-Michel Deiss, même s’il serait injuste de ne pas lui associer son fils Mathieu de plus en plus présent aux côtés de son père.

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A l’origine de cette reconnaissance, il y a non seulement les vins hors normes produits au domaine, mais aussi les combats que Jean-Michel a mené au service des terroirs et pour le retour à la complantation, imposant son caractère trempé comme image forte parmi les vignerons alsaciens.

Cet article décrit une dégustation unique telle qu’elle me l’a été proposée au domaine, soit la verticale de l’entièreté des Altenberg de Bergheim depuis que les terroirs du Grand Cru y sont menés en complantation.
Il est probablement le plus beau témoignage de reconnaissance dont je puisse être humblement capable vis-à-vis tout ce qui a été accompli en trente ans au Domaine Marcel Deiss.

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Géologie et climat

Situé au Nord du Haut-Rhin, le Grand Cru Altenberg de Bergheim s’appuie les pentes du mont Grasberg, entre 220 et 330 mètres d’altitude, au-dessus du le village éponyme Il est au cœur du champ de failles de Ribeauvillé, un des plus beaux exemples de la mosaïque géologique qui résulte du double effondrement du fossé rhénan à l’Oligocène.

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L’assise est majoritairement constituée de calcaires durs du Jurassique et des marnes du Lias d’où résulte un sol argilo-calcaire pauvre, ferrugineux (de couleur rouge), riche en roches et fossiles calcaires.

De par son exposition plein Sud ainsi qu’une position qui le protège des vents froids vosgiens ainsi que de l’humidité de la plaine du Ried, l’Altenberg possède un microclimat extrêmement solaire et très sec qui favorise les maturités du raisin qui sont fréquemment amplifiées par la présence de pourriture noble.

Complantation

Il est impossible de parler de l’Altenberg de Bergheim du domaine Deiss sans s’intéresser un peu à la notion de complantation, même si pour ceux qui sont passionnés des vins d’alsace ou œnophiles confirmés, il a de très fortes chances que les lignes ci-dessous n’apprennent rien, tant ne vous est pas étrangère cette viticulture défendue par Jean-Michel Deiss et sa tribu, déjà que là, il est plus exact d’écrire, tant y est défendue la notion de « retour à la complantation ».

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Pour lancer le sujet, rien ne vaut les mots de Jean-Michel Deiss concernant le sujet, plus particulièrement sur ses parcelles de l’Altenberg de Bergheim :

Le retour à la pratique ancestrale du vignoble complanté de tous les cépages traditionnels et de la vendange unique non triée ouvre à l’Altenberg la boîte de Pandore du « Grand Vin » : le Terroir devient alors le chef d’orchestre qui maîtrise et inspire dans toutes les gammes l’ensemble des exécutants (porte-greffes et cépages, l’ensemble des conditions du millésime et même le vigneron !) au service d’une partition unique : l’expression pure du Terroir, la symphonie équilibrée du Grand Vin. Ce vin de synthèse renoue alors avec la vieille tradition alsacienne des vins de garde et de voyage qui, durant tout le Moyen Age, la Renaissance et jusqu'à la fin du XIIIe siècle, rendit possible le gigantesque effort culturel rhénan dont l’Alsace moderne est le résultat.

Il s’agit donc bien quand on parle de complantation, non pas d’un assemblage de cépages à la cave, à la manière d’un « Gentil », mais bien, sur la même parcelle, de la présence de différents cépages, traités et vendangés ensemble sans aucune distinction de type.
Cette forme de viticulture et de vendanges prévalait effectivement avant l’arrivée de la demande productiviste moderne ayant élevé, en Alsace, le monocépage comme référence.
Selon les villages et terroirs ancestraux, cette complantation n’était pas unique mais présentait autant de facettes que la mosaïque géologique alsacienne, l’expérience acquise déterminant si un cépage pouvait, par une concentration plus élevée de ses pieds plantés, augmenter l’expression qualitative du dit terroir.

La complantation induit donc évidemment une perte du cépage comme référent, laissant seul pouvoir de référence au terroir, ce qui, ces dernières vingt années a eu l’art de provoquer débats et heurts musclés, la viticulture alsacienne, dans son côté terrien, s’angoissant bien volontiers face au changement, et ainsi, se refusant massivement d’aller de l’avant (… en revenant en arrière).
Pourtant, malgré la tempête, à l’instar d’Hubert Hausherr à Eguisheim, on voit de plus en plus de vignerons s’intéresser de près à cette approche de la vigne. Gageons, à ce titre, que la situation sera encore différente dans 10 ans.

Mais ce qui est frappant dans ces débats, c’est qu’ils ne volent que rarement plus haut qu’un jeu de marketing lié à l’étiquette alors que finalement, la notion de maturité globale devrait faire sourciller plus avant,  le pinot blanc, par exemple, pouvant atteindre sa maturité plusieurs semaine avant le riesling.
Face à ce réel questionnement-là intervient une des notions clés défendues par Jean-Michel Deiss : à force de vivre côte à côte, les différents cépages deviennent plus symbiotiques que simples voisins, ils s’interconnectent pour finir par évoluer en commun avec un seul marqueur déterminant, le terroir… le terroir dans sa notion complète de sols, de climat et des facteurs influencés par l’homme comme la biodynamie menées intensivement au domaine Deiss.
Les cépages évoluent donc, via la complantation, comme un individu multiculturel mais unique.

Sans vouloir prendre position face à ce que cette notion peut impliquer comme controverse, il est tout de même certain, et cela personne ne semble le contredire vraiment, que la complantation permet un gommage de la notion de variétal des vins de cépages, tout profit logique pour le terroir.

L’Altenberg de Bergheim est probablement la figure de proue actuelle de la complantation française parce qu’on y retrouve aujourd’hui tous les cépages traditionnels alsaciens, y compris chasselas rose.

La dégustation

Les vins qui en sont issus demandent une grande garde pour exprimer pleinement leur terroir natif, soit un minimum de 10 à 15 ans, pour les millésimes les plus qualitatifs, cette apogée semblant ensuite sans limite pour ceux-ci.
Tout l’intérêt de cette magnifique dégustation verticale qui reprend l’entièreté des Altenberg commercialisés à ce jour depuis le retour à la complantation sur les parcelles du Grand Cru incriminées, parcelles colorées en foncé sur l’image ci-dessous.

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Il faut toutefois noter, pour être exact que l’aventure a commencé avec une parcelle plus importante au sommet droit du Grand Cru, parcelle qui était majoritaire en riesling, à l’époque, les pieds à remplacer l’étant progressivement par d’autres cépages avec un travail plus important sur le Gewürztraminer.
Sur les autres parcelles, la complantation a été directement abordée de façon plus globale.

La dégustation été menée du millésime 2012, le plus récent mis en bouteille jusqu’au 1994, premier vin complanté produit au domaine, soit 19 millésimes au total. Les bouteilles avaient été ouvertes environ 48 heures avant notre la dégustation et conservées au frais et à l’abri de la lumière et de l’oxygène environnant. La dégustation a été dirigée et commentée par Florian Mercandelli avec des interventions diverses de Mathieu et Jean-Michel Deiss.

Altenberg de Bergheim 2012

Le nez est puissant, explosif même, très marqué par les agrumes, avec une légère impression fermentaire.
Tout aussi marquée par la jeunesse que le nez, la bouche est ronde, opulente, gourmande mais aussi déjà très précise, avec une incontournable salinité en fin de bouche.
Un vin qui a besoin encore de temps pour assumer ses sucres résiduels mais qui est assurément très prometteur.

Altenberg de Bergheim 2011

Le nez est étrangement assez évolué, très secondaire même si une légère pointe végétale est présente. Un nez un peu atypique de l’Altenberg, surtout si jeune, mais qui laisse tout de même transpirer, à l’aération une plus grande complexité.
En opposition, la bouche est plus équilibrée, toujours su la rondeur mais avec une tension supplémentaire qui apporte un gain de fraicheur, fouettant le côté gourmand déjà rencontré avec le 2012.
Si la salinité est moins perceptible que pour le vin précédent, en revanche l’impression de longueur est bien plus nette.

Altenberg de Bergheim 2010

Changement de cap avec ce vin, où, si le nez reste intense, il est moins opulent et c’est tout profit pour la pureté et la complexité qui s’en dégagent, une complexité où à côté des agrumes cohabitent floral et impressions minérales.
La bouche est un parfait état d’équilibre entre le gras et la rondeur qui accompagnent une matière énorme et la pureté tendue de l’édifice, avec ici, par rapport aux deux précédents millésimes, un sucre résiduel bien plus intégré.
Une véritable petite merveille !

Altenberg de Bergheim 2009

Le climat fait intrinsèquement partie du terroir et décidément les acidités faibles de 2009 jouent les troubles fêtes, surtout sur des terroirs solaires comme l’Altenberg de Bergheim. Ceci est marqué à la fois au nez, plus chaud, plus serré et moins ample ainsi qu’en bouche, où malgré une perception relative d’équilibre, le côté gras et surmaturé du vin ne parvient pas à être rafraichi par une acidité trop en retrait.
De plus, ce vin souffre indéniablement d’un effet de séquence avec le précédent.

Altenberg de Bergheim 2008

Retour à un millésime frais avec un nez nettement plus précis, assez intense, plein de fraicheur et surtout avec une forte impression de jeunesse.
En bouche, on retrouve les caractéristiques du 2010 avec moins de densité de matière mais une sensation nettement plus cristalline dans la pureté perçue ainsi que le sucre résiduel encore plus intégré. Si on atteint ici déjà un niveau très élevé, il est évident que ce vin grandisse encore et très nettement même, car, comme pas mal de 2008, il revient d’une phase de dormance et entreprend à peine sa transformation vers la maturité définitive.

Altenberg de Bergheim 2007

Si, globalement, beaucoup de 2007 alsaciens déçoivent aujourd’hui, la faute à une matière originelle insuffisante, cet Altenberg 2007, lui, s’en sort avec tous les honneurs, tant de par son joli nez fin et complexe, plein d’agrumes très frais qu’avec sa bouche très équilibrée, dense, et dont le côté confit est très bien contrebalancé par une acidité sauvegardée.
S’il est moins long que les 2010 et 2008, sa persistance aromatique reste du domaine du remarquable.

Altenberg de Bergheim 2006

Tout comme pour 2009, le climat a ici marqué le vin de son empreinte avec un botrytis très présent qui porte le sucre résiduel du vin à 110 grammes au lieu des plus classiques 80 grammes/litre.
Les sensations plus confites sont donc bien là, tant au nez qu’en bouche, sans être pour autant champignonneuses, et, à l’inverse de la grande majorité de ses pairs du millésime, ce vin est parvenu à conserver de la fraicheur ce qui lui confère une buvabilité certaine.
Dans le registre d’un vin moelleux, une indéniable réussite pour le millésime, mais tout de même… un Altenberg atypique.

Altenberg de Bergheim 2005

Le milieu des années 2000 a été particulièrement riche en variété de millésimes souvent tourmentés, mais en son cœur, il y a ce 2005 qui a redonné du sourire à tant de vignerons, parce que tout y était presque « facile » et cette cuvée du Domaine Marcel Deiss ne déroge aucunement à la règle.
Le nez est profond, complexe, aérien, très légèrement botrytisée (du moins interprété comme) mais ce sont les notes florales qui, ici, avec beaucoup de délicatesse, emportent la mise.
On retrouve tout cela en bouche, tout en finesse, même sur la viscosité qui paraît souple. Tout en complexité aérienne, ce vin est doté, de plus, d’une longueur remarquable.
Un très belle bouteille qui entre doucement en pleine maturité.

Altenberg de Bergheim 2004

De l’avis unanime, 2004 est un millésime marqué par la violence solaire… de son prédécesseur, un peu comme si la vigne était sortie groggy d’un knock out après 10 rounds intenses et qu’elle avait besoin de passer un millésime pour se remettre totalement à son meilleur niveau… avec évidemment un bémol à cela : les grands terroirs aux sols les plus vivants récupèrent toujours mieux et plus vite.
Dès lors si l’on retrouve dans ce vin précis des caractéristiques de 2004 (notes végétales, amertumes plus marquées) et qu’on n’atteint pas les sommets des 10, 8 et 5, la conservation des arômes agrumes et floraux, la présence d’une tension remarquable et une matière bien structurée font de cette cuvée un 2004 hors normes dans le bon sens qualitatif du terme…. Le terroir a parlé !

Altenberg de Bergheim 2003

Oubliez ici tous vos préjugés sur 2003, parce qu’en mesure d’anticonformisme dont l’Altenberg est capable, ce vin se pose un peu là !
Le nez n’est ni puisant, ni solaire et c’est tout gain pour la complexité perçue. La bouche, quant à elle, sans atteindre des sommets de tension, est très équilibrée parce que les sucres sont totalement fondus, intégrés et on est presque face à un vin sec… oui, vous avez bien lu, sec.
Un peu comme l’acidité perçue, la longueur n’atteint peut-être pas des sommets mais reste extra-ordinaire pour un millésime sorti des enfers. Une très grosse surprise, indéniablement.

Altenberg de Bergheim 2002

En pénétrant dans ce millésime suivant, c’est un peu comme si on tournait le premier chapitre d’une biographie, celui de la jeunesse avec l’intensité de sa jubilation et … de ses tourments.
Car clairement, dès ce 2002, on passe dans une autre dimension, celle de l’évolution, celle où le terroir marque définitivement son empreinte indélébile, cette empreinte qui doucement gomme le millésime et fait rentrer le vin dans les ordres de la minéralité.
Dès le nez, ce vin marque l’esprit parce que pour la première fois, même si le floral aérien est très présent, on est face à cette forme de complexité qui emplit les sens et qui parallèlement devient plus difficile à décrire.
Et comme souvent pour un vin qui atteint cette phase d’évolution, il se comporte en bouche avec une unité toute aussi complexe et avec un équilibre au diapason.
Mais plus que tout, c’est la longueur saline qui force ici à l’admiration. Je ne pense pas, à ce jour, avoir déjà goûté un tel 2002 !

Altenberg de Bergheim 2001

On pourrait volontiers faire, pour ce 2001, un copier/coller de ce qui a été écrit pour le 2002, tant on est à nouveau en plein dans le registre de la complexité tertiaire.
Mais même si, avec l’âge, l’effet millésime s’efface, on est malgré tout sur 2001 avec tout ce que cela comporte, aujourd’hui, de qualitatif. Tout est ici magique, la complexité aromatique, la tension digne d’un bijoutier anversois, le gras aussi fin qu’une tranche de Colonnata, et puis cette longueur, fusionnelle, magnifique : l’archétype du grand vin, tout simplement !

Altenberg de Bergheim 2000 et 1999

Clairement, après deux sommets, on redescend sur terre, surtout avec le 2000, solaire, aromatiquement peu expressif, un peu marqué par le champignon, les amers et un alcool trop présent. Le 1999 s’en sort mieux en termes d’équilibre avec des amers moins marqués bien que toujours présents.
Mais, là où le 2000 s’en sortait pas mal pour sa matière, le 1999 est trahi par une concentration trop faible, le rendant fluet.

Altenberg de Bergheim 1998

Après un brusque retour sur terre, rien de tel que reprendre dans la foulée du « Stairway to Heaven » avec cet exceptionnel 1998…
A nouveau, le nez balance une complexité marquée par le floral, et cela, sur le registre de la finesse qui invite littéralement à la méditation.
A nouveau, la bouche transpire de ce monumental équilibre trouvé sur le 2001, mais avec une sensation de matière sèche encore plus dense, conférant au vin, une salinité encore supplémentaire.
Un vin référence où on notera, tout comme le 2002 et le 2001 que la sensation de sucres résiduels a littéralement disparu, tout profit pour l’harmonie qui se dégage de ces vins.

Altenberg de Bergheim 1997

Plus puissant, plus monolithique avec des notes torréfiées et champignonneuses, ce 1997 surprend un peu parce que malgré le bon équilibre, la fraicheur et la longueur de la bouche, on ne retrouve pas ici les vrais marqueurs de l’Altenberg, le tout faisant penser plus à un défaut de bouteille qu’à une faiblesse de millésime.
Impression qui se confirme d’après les souvenirs magnifiques que j’ai eu précédemment de ce 1997, un vin qui m’avait poussé, à l’époque à rentrer en religion de la complantation. A revoir, donc.

Altenberg de Bergheim 1996

Reprenons…. Quand un vin issu d’un grand terroir atteint la maturité, ce qu’on qualifie le plus souvent d’une aromatique tertiaire, il dégage tant au nez qu’en bouche une complexité évidente.
Sur l’Altenberg de Bergheim, aux agrumes et au floral, vient souvent s’ajouter de l’épice et plus particulièrement la vanille. D’autres 1997 que celui de cette dégustation me l’avaient maintes fois suggéré, mais la présence de vanille est une évidence sur ce 1996. Et, en plus à de complexe-là, viennent se greffer ici deux des sensations les plus nobles qu’un vin peut offrir, celle de la truffe blanche et du thé.
Et quand la bouche rappelle en tous point cette complexité aromatique pour y greffer une fraicheur minérale hors norme et un énorme extrait qui porte la longueur, on ne peut parler que de vin monumental.
Indubitablement, avec le 1994 qui suit, le vin le plus marquant de la dégustation.

Altenberg de Bergheim 1995

Le seul défaut de ce 2005 est de se retrouver coincé entre deux monuments et son seul bémol (s’il y a lieu de parler de bémol) est d’être plus puissant, un peu plus marqué par les amers.
Cependant, cette richesse relative réussit aussi à se faire ici mûre, juteuse, croquante et les épices et la salinité que l’on y retrouve aussi avec bonheur classent quand même ce vin dans les tout grands….
S’il avait été dégusté seul, il nous aurait clairement aussi mis à genoux.

Altenberg de Bergheim 1994

Comme pour le 1996, l’évolution est à nouveau dans la complexité fine, aérienne, tout en nuances, avec un fruit qui marque plus et une truffe en retrait.
En bouche, l’amplitude cède le pas à une autre forme d’équilibre où l’acidité et le fruit citrique étirent le vin comme une flèche de cathédrale, non sans manquer de gras.
Mais le plus remarquable dans ce vin est la sensation de vibration tactile comme si le palais était soudainement comme électrifié par la matière vivante.
C’est évidemment, en tous points, remarquable et un véritable plaidoyer pour « attendre » les vins du Domaine.

Conclusion

Admettre un jour qu’on a compris les grands vins alsaciens serait d’une prétention que je laisse volontiers à ceux qui survivent par leur ego, d’autant que je pense toujours que la prétention de connaissance nivèle l’émotion, comme si on pouvait avancer à la première vue d’un grand tableau ou d’une grande sculpture, l’avoir assimilée.
Par contre, il est absolument indéniable que, dans l’émotion, une telle verticale apporte un raz de marée d’informations qui confortent en nous l’image de ce que l’on souhaite rencontrer à travers un vin de grand terroir.
Même sous la puissance solaire explosive, même quelquefois sous l’amplitude et la rondeur résiduelle, un vin peut toucher à l’âme, surtout quand il parvient à exprimer avec tant de bonheur cette union sacrée entre les agrumes, le floral, les épices, la fraicheur, le gras, les amers nobles et la salinité.
Il est tout aussi clair, comme on l’a vu avec 2010 et 2008, que si ce message apparaît déjà clairement dans la jeunesse, il faut une quinzaine d’année de façonnage de la profondeur pour que ces vins touchent au monumental, à ce que Jean-Michel Deiss appelle la « totalité aboutie », une totalité qui appelle à la rêverie romantique.

28 septembre 2014

SAKA 20, lieu de vie et de vigne !

 

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J’avoue toujours avoir eu des soucis avec ces néo cavistes qui, surfant sur le côté branchouille de ce qui devrait rester une passion et du partage, vous font sortir de terre des lieux aussi branchés que froids où le contenant est bien mieux mis en évidence que le contenu, mais peu importe, puisque chez ces gens-là, on ne vise que deux bouts de papiers : l’étiquette pour appâter et le ticket de caisse pour achever.
Et ce qui est souvent remarquable dans ces lieux-là, c’est que l’incompétence de tôlier est directement proportionnelle à la dose de confiture de la tartine.

Heureusement, ces lieux d’aveuglement ne sont finalement pas tellement légion au plat pays et, face à eux, se dressent de plus en plus d’endroits tellement craquants qu’on a déjà envie d’y retourner… à peine sorti.
Que je les aime ces endroits où le vin n’est qu’un vecteur de partage humain face à l’isolement créé par notre civilisation TV-GD.

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Parmi ces lieux de vie, SAKA 20, le bar à vins carolo de Joévin, Christian et de l’incontournable Philippe est assurément… exemplaire.

Avant tout, il y a l’accueil… UNIQUE en son genre.
A peine la porte poussée, impossible de faire demi-tour, on est dans le salon, assis autour d’une table qui ressemble furieusement dans mes racines germaniques à une Stammtich, comprenez par-là, qu’on est « invité ».
Au centre, tel un DJ de la treille, trône l’imposant Philippe, qui en un temps et un mouvement te fait comprendre que le moteur des lieux, c’est une passion débordante et pas que physiquement.
Et là, quand il vous sert ses vins, assis, là à 50 centimètres de  « ses invités », il anime, il cause et fait causer et par-dessus-tout il se transforme en véritable avocat pour chacune de ses quilles.
A ce jeu, là, il ne pourrait y avoir que 4 bouteilles en vente, on serait quand même scotché, parce que la sincérité et la passion, c’est drôlement adhésif.

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Quatre quilles suffiraient au bonheur, mais bien évidemment, il y en a bien plus, douze en dégustation lors de ma visite et surtout, un peu partout, sur les murs proches, la gamme…
Une gamme terriblement éclectique qui feraient fuir intégristes et djihadistes de tout bord, mais les tôliers n’en ont cure, ils font côtoyer Trimbach et Kreydenweiss parce qu’ils aiment ça, pas pour l’étiquette, mais pour le contenu. Ils aiment ça, pas pour la symbolique embarquée mais tout simplement parce que le jus leur plaît, en apéro ou, plus encore, pour accompagner la bouffe, véritable religion de cette chapelle. Bref, du pur bonheur où finalement tous les goûts s’y retrouveront.

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Et puis, il y a aussi les « dépendances », le second salon pour quand la table d’hôte déborde, ou mieux encore, la jardin Vinguette où à la manière d’une fête entre amis, chacun vient poser sur la table, la quille qu’il a dégoupillée juste pour partager, le tout, toujours en musique, l’autre passion des « patrons ».

Mon T-shirt affichait ce jour-là « tant qu’il y a de la vigne, il y a de l’espoir », j’y aurais bien ajouté, tant qu’il y aura de tels lieux pareils, l’humanité aura de l’espoir.

Merci, Messieurs !

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Saka 20
Rue de la Chapelle, 66 à 6030 Marchienne-au-Pont
TEL :  +32 71 51 93 38
Mail :
philippe@saka20.com
Web : www.saka20.com
Fessebouc :  https://www.facebook.com/SAKA20.BARAWINE
Twitty : @Saka20Charleroi

PS : les photos sont piquées au site de SAKA 20, les tôliers me pardonneront !

 

 

 

17 septembre 2014

Pietre Colorate.... une grande première pour moi

Et oui, me voici de retour après un break d'été nécéssaire à plusieurs activités dont l'avancement du Salon Vini, Birre, Ribelli... qui, oui, sera "Magnifique" !

Mais une des raisons de ce retour, c'est le premier article de ma Life dans une revue de vin ! Un article, c'était dèjà une forme de rêve, mais dans une revue hyper pointue et en italien, en plus, alors là, j'ai le cou qui gonfle !!!

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Alors l'article, il se trouve au milieu du numéro 18 de Pietre Colorate, l'équivalent dans la botte du Rouge et le Blanc, il parle d'Alsace, de frontières, de terroirs, le tout avec des interventions de Philippe Bon, Jean-Pierre Frick et Jean-Michel Deiss... la classe... surtout que mon seul précédent coup remondait à 1977 où j'avais réussi à publier dans un Zine, un interview de Jean-Jacques Burnel...

Pour plus de détails sur ce n°18, c'est ici : www.pietrecolorate.com

Allez, on se débouche une petite bulle, là-dessus et puis ... on va aussi voir la liste des participants à Vini, Birre, Ribelli ... énorme !

Posté par PBottcher à 18:32 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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30 juillet 2014

Accords Mets-Vins : Mijoté de Poulet aux saveurs Thai

jum14

 Accords Mets-Vins

Dans cette rubrique, retrouvez des accords met-vins réalisés avecmon second blog culinaire jumeau, celui de Florence Atlas, le bien nommé "Loft Kitchen ". Ils sont issus de défis que Florence prendra désormais l'habitude de me donner, via sa tribune culinaire du quotidien belge "Le Soir".

Mijoté de Poulet aux saveurs Thai

Pour ce premier défi belgo-belge, Florence veut frapper fort...

Et pour comprendre pourquoi je m'exprime ainsi, laissons-la parler de sa recette que vous trouverez en détail ICI :

« Avec cette recette, on est un peu dans l’esprit tajine, en ajoutant tout ce que j’aime dans la cuisine thai : gingembre, galanga, citronnelle, piment, sauce poisson… Etrangement, accompagné de semoule, ça le fait complètement. Mais on pourrait imaginer aussi des pommes de terre, cuite dans le bouillon ou simplement du riz. J’ai gardé le principe de cuisson à la casserole pression, mais on peut utiliser un tajine ou même une cocotte. Comme il me restait beaucoup beaucoup de jus, j’ai conservé la moitié (que j’ai surgelée, je l’utiliserai pour concocter un risotto de dieu bientôt), et j’ai fait réduire de moitié le reste, sur les conseils de mon amie Anca. Et vous le verrez, comme tous les plats mijotés, le lendemain, c’est encore meilleur ! »

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 « Voici donc le premier défi que je lance à Patrick. Il sait déjà que je préfère le vin blanc au rouge… je lui serai dès lors grée de me trouver une bouteille de vin blanc donc, pour accompagner ma recette. En voiture Simone ! »

Bon ... d’accord, du blanc, mais elle en a de bonnes… Simone… car un Bojo du style Morgon « naturel » ou un classique Côtes du Rhône jeune, ça me l’aurait fait tout autant… ou même un rosé, mais alors, genre Clairet ou Tavel.
Mais en blanc, c’est une autre affaire… parce que coriandre, citronnelle, citron, épices thaï, ça balance à donf… aromatiquement !

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On entame les festivités avec un blanc sec originaire de Sicile et plus exactement du Domaine COS, le Rami 2011 à base de 50% Grecanico et 50% Insolia. Voilà un vin, puissant, fumé, plein d’épices et d’agrumes, complexifié par des notes plus pierreuses qui devrait s’accorder fusionnellement avec les arômes majeur du plat.

Chez Swaffou (Anvers), Cantucci, Rob et Caffè al Dente (Bruxelles)

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Toujours sur le concert agrumes et épices majeurs, avec ici une belle note de cannelle poivrée, je vous emmènerai bien toujours au Sud, en Roussillon exactement, avec l’Iglesia Vella 2008, un Vin de Pays des Pyrénées Orientales de la divine Marjorie Gallet en son domaine du Roc des Anges. Ce vin, issue à 100% de vieux grenache gris sur des schistes apporte par rapport à son prédécesseur plus de rondeur et de gras ainsi qu’une salinité plus ample.

Chez Wine Not (Bruxelles)

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Vient ensuite, en troisième possibilité, l’incontournable Gewürztraminer Alsacien. Je le choisirais à la fois complexe, profond, minéral et à la fois sur ses notes typiques de fruits mûrs et d’épices, mais relativement sec pour un tel cépage. Pour illustrer ce choix, rien de tel qu’un Gewürztraminer Rotenberg 2008 du domaine Louis Sipp à Ribeauvillé dont le palais ample et gras accompagné d’une pointe de douceur maitrisée rappelle un millésime frais mais riche en terme de maturité, tout en conservant beaucoup de fraicheur et de tension grâce à l’acidité tartrique typique de 2008.

 

Au Domaine à Ribeauvillé

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Il reste un accord qui pourrait effrayer les gens qui ont peur de l’aventure mais qui éveillera beaucoup de malices chez un chef averti, c’est celui du chenin blanc de Loire, mais en version volontairement demi-sec (quand même 84 gr de résiduel), et là je suis encore modéré parce que je l’aurais carrément bien tenté avec un Coteaux du Layon moelleux. Un peu comme pour le riesling, le chenin apporte dans les millésimes frais comme 2008 et 2010 une fraicheur acide remarquable qui tempère le sucre résiduel, surtout quand le vin exprime bien ses origines terriennes, salines…. minérales. Issu d’un terroir de schistes et d’argiles, l’Anjou Blanc « Rouchefer » 2010 d’Agnès et René Mosse semble convenir parfaitement dans cette aventure en sucré-salé…. Laissez-vous tenter !

Chez Basin & Marot (Bruxelles)

Prochain défi ?...



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