Vins Libres

24 juin 2016

God save the cep !

Evidemment, je suis « formaté » ! Mais bon, faut comprendre !

17 ans en 77...
Traversant le Channel à la moindre occasion pour aller écouter Clash, Stranglers et tant d'autres...
Alors que le premier type que j'ai interviewé de ma vie s'appelait Jean-Jacques Burnel
Groupie de tout ce qui se faisait en punk/new wave à Bruxelles (et ailleurs) …
Puis avec le temps fan inconditionnel de Thom Yorke et de sa bande...

Mais aussi...

Fasciné par ces aventuriers des vins naturels en Languedoc/Roussillon, ce Far Ouest qui a tellement fait progresser l’idée des vins naturels, des vins libres…

Comment ne pourrais-je vibrer intensément au projet "Wine Calling" ?

18

Je pourrais en écrire des tonnes, tant ce projet Kiss Kiss Bank Bank me plaît dans sa totalité, mais en fait, ils l’expliquent très bien ici, les zozos :

https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/wine-calling

Alors, vous qu'attendez-vous... GOD SAVE THE CEP ! What else ?

…Tout simplement parce que tout être doté a un cœur un peu punky !

19
Bruno Sauvard, alias... le réalisateur

Bettane's burning! Bettane's burning!
All across the town, all across the night
Everybody's driving with full headlights
Black or white turn it on, face the new religion
Everybody's sitting 'round drinking sad wines!

Posté par PBottcher à 17:10 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,


22 juin 2016

Servaas Blockeel met le ton au naturel

 15
Wijngaard Lijsternest
 

Alors que l’agriculture biologique belge connait, particulièrement en Wallonie, un boum énorme (avec une augmentation annuelle de près de 100%), alors que les vins naturels séduisent de plus en plus d’amateurs dans le monde, la viticulture bio reste le parent pauvre du petit royaume, sans parler du terme « vin naturel » qui y est, en tant que production, une notion presque totalement inconnue.
En cause, un renouveau de la viticulture belge, qui après avoir presque totalement disparu, assure son succès sur les enseignement modernes des écoles agricoles, soit une agriculture conventionnelle, souvent intensive et totalement permissive aux herbicides, insecticides et autres intrants nocifs à la vie.
On oublie pourtant trop facilement qu’il y a encore quelques siècles, la Belgique était une terre de vin, une terre viticole qui se définissait forcément sans produits phytosanitaires de synthèse.
Pire, le constat est encore plus alarmant de voir de nombreux néo-vignerons, particulièrement en Flandre, tenter le bio mais aussi vite faire machine arrière par facilité économique et volonté productive.

10

Face à cela, presque seul, un petit bonhomme fait office de résistant en plein cœur de cette Flandre si méfiante et défiante de l’agriculture vivante. Son nom : Servaas Blockeel.
Tel un gaulois d’un petit village d’Armorique, Servaas fait la nique à tous les détracteurs du bio et du vin naturel avec une agriculture et un élevage des vins sans le moindre compromis.
Aidé d’une grande maîtrise de la permaculture et de l’agroécologie, il assène un véritable upercut au milieu conservateur.

Fort d’une formation agronomique très complète, Servaas Blockeel a cherché pendant longtemps une activité agricole dans laquelle il pouvait maîtriser à la fois son propre prix, la qualité de ses produits et dans laquelle il pouvait réaliser une production animale ou végétale tout en augmentant la biodiversité, plus exactement en améliorant tout simplement l’environnement.

C’est suite à la rencontre de vignerons naturels qu’il a compris qu’avec un vignoble, il était tout à fait possible de réaliser ce rêve, cela sans le moindre compromis, contrairement à ce qu’on voudrait laisser croire quand on écoute les vignerons conventionnels, particulièrement en Belgique.

En 2012, Servaas Blockeel crée ainsi le domaine Lijsternest, composé à l’origine de deux parcelles de terres agricoles, respectivement de 0,75 ha (lieu-dit Otegem (B)) et 1,2 ha (lieu-dit Tiegem (A)).
Plus récemment, 2,3 ha ont été ajoutés, incluant une vielle ferme à reconstruire sur la parcelle dite de Herrekot (C).
Toutes ces parcelles sont situées près du village d’Anzegem entre les villes de Courtrai et d’Oudenaarde, en province de West-Vlaanderen. La capacité de tout le vignoble est théoriquement de 20.000 bouteilles.
 

09

Dès la création du domaine, il élimine l’idée de planter des cépages traditionnels, dont la plupart ne peuvent plus survivre sans intervention de l’homme, affaiblis par des centaines d’années de clonage génétique alors que l’ensemble des espèces nuisibles de la vigne n’a cessé de s’adapter à eux.
En lieu et place, il choisit avec soin des cépages hybrides, le Rondo (rouge), le Solaris (blanc), le Bronner (blanc) et Muscat Bleu (rouge). Si gustativement, ces cépages n’ont pas la même réputation que leurs cousins plus classiques, ils représentent un intérêt bien plus évident en termes de biodiversité, de résistance et de durabilité.
Parallèlement, il expérimente un cépage local, qui a toujours été présent dans la nature en Flandre. Il s’agit d’un cépage gris muscaté, qu’il multiplie par sélection massale et dont il a déjà replanté plusieurs centaines d’individus en quelques années.

Au niveau agronomique, Servaas s’inspire grandement de ses visites chez Sepp Holzer, un spécialiste en permaculture vivant près de Salzbourg (Autriche) ainsi que de son séjour à la ferme du Bec-Hellouin près du Havre (France), une ferme spécialisée en permaculture et en agroécologie et qui apparaît dans le célèbre documentaire « Demain ».
Il s’inspire aussi de l’expérience liée à son apprentissage chez Lydia et Claude Bourguignon, Konrad Schreiber et Lucien Séguy.
De ce cheminement professionnel, il part du principe qu’il ne faut jamais laisser un sol à nu.

 

11

Toutes les parcelles que Servaas a récupérées étaient dans un état vivant catastrophique : un taux de carbone en dessous de 1%, une compactation très importante et phénomène lié, une érosion massive.
Afin de corriger cela, utilisant l’enherbement massif comme arme première, il a semé, la première année, un mélange de graminées et autres espèces végétales variée, cela sans travail du sol, puis au cours du cycle végétatif de l’année suivante, il a planté ses ceps à la main. Ainsi, il a réussi à arrêter l’érosion et à donner un peu de substance nutritive à ses sols.  
Il a aussi investi dans un équipement approprié : rolofaca et semoir pour semis direct, ce qui permet à son humus d’être pleinement actif, et ce qui induit moins de travail, moins d’entassement, moins de consommation de fioul, et, forcément, une meilleure vie du sol.
Pour compenser un éventuel manque d’azote, il sème plus de légumineuses, et si le sol est trop compacté, il sèmera plus de radis. A chaque problème, il y a une réponse végétale ou animale, non phytosanitaire.

Le problème résiduel majeur reste la présence de pesticides chez les voisins, qui à cause des ruissellements trop importants, causent des dégâts énormes à ses vignes. Afin d’empêcher ces ruissellements, il plante des haies hétérogènes tout autour des parcelles de son vignoble. Mais cette technique lui paraît hélas encore insuffisante, malgré l’obtention d’un bon équilibre entre l’agroforesterie et le semis direct sous couvert végétal.

12

Côté traitement, s’il n’utilise bien évidemment ni herbicides, ni pesticides, il se refuse aussi à l’emploi du cuivre et du soufre, ce que lui permet ses cépages hybrides.
Cette non-intervention se base sur l’idée que si on tue un nuisible, on tue ou chasse aussi le tous les intervenant de la chaine de la vie qui s’en nourrissent, ce qui a pour conséquence, quand le nuisible d’origine refait apparition, que les dégâts sont encore plus importants, vu que ses prédateurs ont disparu.
Si au début, sur ses parcelles, il a eu problèmes de limaces, avec le temps, plus la biodiversité reprenait vigueur, cela s’est résolu tout seul. Voilà typiquement un problème lié à l’agriculture intensive parce que une grande partie des prédateurs des limaces sont des insectes, des champignons et des bactéries qui sont le plus souvent tous tués par les produits phytosanitaires.

13

Au niveau de ses parcelles, Servaas travaille en complantation, ç’est-à-dire, avec tous les cépages qui cohabitent de façon mélangée et sont vendangés ensemble. En diminuant ainsi l’impact variétal du cépage, cela permet au vigneron de mieux isoler le terroir dans ses vins.
Il n’y a donc jamais deux rangées du même cépage, ce qui a aussi le mérite de diminuer les risques inhérents à des parcelles en monocépage, là où les nuisibles s’adaptent plus facilement.
Les vendanges se font manuellement, afin de bien contrôler toutes les grappes et d’ainsi ne prendre que celles qui sont strictement saines et à maturité.
Les raisins sont ensuite égrappés manuellement (pour permettre une légère macération carbonique) puis laissés à macérer et fermenter ensemble, baies blanches comme rouges, cela toujours sans chaptalisation.
Aucun additif n’est ajouté pendant le processus de vinification, raison pour laquelle il est absolument nécessaire, via les vendanges manuelles et les sols vivants, de travailler avec la meilleure qualité de raisin possible. Le pigeage se fait très doucement, pour ne pas avoir trop d’extraction.
Servaas cherche toujours la finesse, la minéralité et l’acidité, cette dernière étant favorisée par la nature de ses sols sablo-limoneux.
Le vin ainsi obtenu est proche d’un vin rouge à la robe légère avec des notes de vin blanc et de vin orange et un taux d’alcool compris entre 10 et 12 %vol d’alcool.
Chaque cuvée représente une parcelle définie, mais toujours dans l’esprit de la complantation.
Voulant laisser une expression maximale du raisin dans sa nature fruitée, Servaas n’utilise ni bois, trop modificateur du goût, ni même l’inox qu’il trouve trop réducteur. En lieu et place, il utilise des œufs en HDPE (un composant polyéthylène à haute densité), un contenant plus neutre qui procure aussi une aération très subtile et précise.

En 2015, son premier vrai millésime, trois cuvées ont été produites :

  • Herbert avec du Rondo majoritaire issu d’un très petit clos de quelques pieds
  • Mag Da : une cuvée de 300 bouteilles issue de la parcelle dite « Otegem », à base de Rondo, Solaris et Bronner
  • Da Nie : une cuvée issue du mélange de ses fonds de cuves.

Pour fêter ce premier aboutissement d’une aventure hors norme, le 10 juillet de 11 à 19 heures, Servaas invite toutes les personnes intéressées à venir déguster ces premiers vins et tout le monde en contact viennent mettre avec les premiers vins.
Jan Borms, le truculent caviste gérant d’Altrovino sera également de la partie avec, entre autres, de brillants vins géorgiens.

Adresse du jour :

Neerkouter, 6
Lieu-dit Otegem
8553 Zwevegem (Kortrijk)

Participation aux frais : 10 euros

Contacts :

Het Lijsternest
Servaas Blockeel
Tel.: +32 475 49 66 08 
E-mail:
info@omikron.be
Web :
www.wijngaardlijsternest.be

Posté par PBottcher à 11:18 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

15 juin 2016

L’Alsace des Vins de Terroirs est-elle au bord d’une crise profonde ?

Une nouvelle édition de Millésimes Alsace et une invitation du CIVA à y participer ont été ce week-end une excellente occasion de faire le point sur l’état de l’Alsace.

461 

L’accueil, les sourires et le professionnalisme restent à l’évidence un point très fort des vignerons qui ont participé aux festivités, avec comme point d’orgue l’exceptionnelle soirée « Les Divines d’Alsace », où en dehors de toutes différences d’approche à la vigne et à la cave, les de plus en plus nombreuses ambassadrices de l’Alsace se sont données à 150 % pour nous accueillir dans un univers qui mélangeait avec beaucoup de bonheur la grande diversité de leurs vins avec une gastronomie très « produit » que certaines grands messes Slow Food n’auraient pas refusées, loin s’en faut !

458

Autre très beau moment, même s’il fût copieusement arrosé « à la belge », ce fut l’accueil par les syndicats de vignerons, comme pour nous, à Ribeauvillé, cela pour nous faire (re)découvrir la grande diversité des terroirs marno-gréseux qui entourent la cité médiévale des Seigneurs de Ribeaupierre.
Une fois de plus, évidence fut faite de la capacité qu’ont ces sols d’imprimer leurs différences, surtout sur le plus grand buveur salin qu’est le riesling.

Bref, sous le soleil ou la pluie, l’Alsace garde toujours ce cachet unique qui génère tant de bonheur chez le passionné qui aime à prendre son bâton de pèlerin pour aller à la découverte de cette mosaïque de terroirs et de gens.

460

Autre confirmation pour ceux qui aiment la droiture des vins de millésimes frais, le malique 2013 et le tartrique 2014 apportent une dimension cristalline proche des grands 2008 et 2010, après deux millésimes plus lourdeaux, même si pas mal de 2012 s’en sortent avec les honneurs et une tension qui n’est pas conditionnée par un excès de sulfites.
Quelques 2009 aussi furent dignes de grandes surprises de fraicheur comme sur l’Osterberg de Ribeauvillé.
Et si l’on regarde les choses depuis 2008, on devrait totalement se réjouir parce que finalement, dans la qualité et la variété des millésimes, l’Alsace des vins de terroir s’avère tout sauf formatée et propose vraiment du vin pour tous les goûts.

459

L’arbre magnifique décrit ici cache hélas une forêt qui elle donne un panorama assez inquiétant de la situation de la vigne et plus particulièrement des vignerons alsaciens.
Hors des frontières de la désormais « Grande Région de l’Est », l’Alsace continue à abreuver la grande distribution de vins dilués où l’aspect quantitatif des vins de plaine rassure hélas plus le compte bancaire des producteurs que la qualité des vins de coteaux. Un contraste invraisemblable mais réel avec de nombreuses autres régions viticoles de l’hexagone.
Et comme si cela ne suffisait pas, il est toujours aussi difficile malgré les efforts réalisés encore ce week-end de persuader le consommateur lambda et la restauration que l’on fait particulièrement des vins secs de très haute volée tant en matière qu’en garde sur les grands terroirs de l’Alsace.

Cette situation n’est certes pas neuve, et tant que tout allait pour le mieux ou du moins pas trop mal, on a vu nombreux vignerons s’accommoder de vendre leurs grands crus à des visiteurs éclairés à des prix, le plus souvent beaucoup trop faibles, les locomotives comme Humbrecht, Deiss, Ostertag et une poignée d’autres étant même souvent montrés du doigt pour pratiquer des prix défiant les bourses les plus aisées, alors qu’ils ne représentaient jamais que le quart de la moitié de chardonnay de la Bourgogne voisine, sans parler des champagnes.
Comment ne pas dénoncer, même si on les adore tendrement, ces vignerons qui proposent des vins de grands terroirs, situés sur des pentes à faire trembler des alpinistes chevronnés, sur des sols en biodynamie, le tout à moins de 10-12 euros, et finalement beaucoup trop proches des vins d’entrée de gamme.

Cette dénonciation, elle me fut souvent balayée d’un revers de la main par ce côté obsessionnellement réservé et modeste de l’alsacien, le client heureux devant être le roi, et forcément, moins le client paie, plus il est heureux.
Aujourd’hui, elle l’est beaucoup moins, parce que de nombreux producteurs, souvent jeunes sont désormais au bord du précipice bancaire… la faute très probablement à un climat désormais beaucoup moins classique, à une barrière vosgienne qui montre ses limites face aux invasions maritimes et à tous les tracas qui sont lié à ce climat inconstant et désormais trop humide, citons la drosophile Suzuki et l’omniprésent mildiou qui, cette année encore, fait craindre un nouveau millésime à 50% de productivité, le quatrième d’affilée à être marquée par cette baisse foudroyante.
Il faut désormais pousser la porte de grands maisons séculaires pour s’entendre dire « Ici, nous avons encore un peu de stock » !

Le malaise est aujourd’hui réel, et la grimace n’est pas cachée très loin derrière les sourires de façade.

Alors que faire sauf établir un constat d’urgence et s’arrêter là ?

Avant tout, il faut donner aux grands vins de terroirs alsaciens leurs vraies marques de noblesse, cela par une communication nationale et internationale bien plus efficace encore que les efforts entrepris ce week-end. Il faut apprendre à vendre de la qualité à la place de la quantité, il faut apprendre à faire fonctionner les mécanismes de l’offre et la demande.

Ensuite, il faut que les passionnés de la première heure acceptent de mettre la main à la poche, il faut qu’ils acceptent de remonter avec 50 bouteilles au lieu de 100, pour un prix égal.
Il y a aussi urgence à ce qu’ils deviennent de vrais ambassadeurs d’un produit à un prix réellement équitable et honnête par rapport à un travail énorme en amont.

Enfin, il est urgent d’accepter de quitter la quiétude du conservatisme et faire voler en éclat cette notion de vins de cépages tellement abaissante dès qu’on franchit les frontières alsaciennes alors que d’autre régions pourtant adeptes du monocépage ont depuis longtemps adopté le terroir comme unique communicant bien que leurs terroirs représentent une diversité souvent moins grande que ceux de l’Alsace.
On se réjouira, après des années de tergiversations, de voir l’arrivée des « Premiers Crus » et des « Lieux-dits » renvoyer le cépage à la contre-étiquette, parce qu’on l’accepte ou non, vendre un nom marquant et souvent historique délimitant une identité géologique marquée, c’est quand même autre chose que de s’arrêter modestement à un cépage.

Nous nous trouvons par la force de la volonté de la nature à un carrefour où nous devons choisir entre sauvegarde ou précipice pour tant de producteurs passionnés et qualitatifs… et le choix nous devons tous le faire aujourd’hui, parce que demain sera trop tard.
Cela nous incombe à tous, vignerons, syndicats, associations, distributeurs, restaurateurs et consommateurs.

Alors, comme on dit en alsacien, Hopla !

Posté par PBottcher à 15:03 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

08 juin 2016

L'AFSCA à nouveau à l'attaque du lait cru : pétition !

tarte1

 

Plus dure sera la tarte....


Chers amis,

Le Convivium Slow Food Metropolitan Brussels s’insurge contre nouvelle agression de l’AFSCA (Agence Fédérale pour la Sécurité de la Chaîne Alimentaire) face à un produit de notre patrimoine gastronomique wallon : La Tarte au Riz au lait cru de Verviers.
Après avoir provoqué par excès de zèle la disparition du dernier producteur de fromage de Herve fermier au lait cru, cette nouvelle attaque prouve clairement que l’AFSCA a définitivement décidé de déclarer la guerre à l’entièreté du patrimoine gastronomique belge lié au lait cru, jouant ainsi le jeu de l’industrie agro-alimentaire européenne qui a hâte de voir disparaître ce type de produits dont elle ne contrôle ni les producteurs, ni les transformateurs.

Dans le cas présent, l’AFSCA a commandité une enquête afin de préconiser une étape de réfrigération du produit ce qui aurait pour conséquence de détruire son goût actuel et reléguer le produit à une tarte commune.

Nous faisons donc appel à vous, une nouvelle fois, pour signer et diffuser notre pétition afin de communiquer notre indignation vis-à-vis de l’agressivité de l’AFSCA vis-à-vis de la chaine du lait cru.
L’adresse web de la pétition est :

http://www.petitions24.net/attaque_de_lafsca_contre_la_tarte_au_riz_de_verviers

Parallèlement, une procédure de nomination de la Tarte au Riz de Verviers dans le catalogue de l’Arche du Goût a été entamée par la Fondation Slow Food pour la Biodiversité et le mouvement envisagera très prochainement l’ouverture d’un dossier permettant la nomination de ce produit au titre de Sentinelle.

Le convivium exprime aussi ses remerciements au Ministre Colin (Ministère Wallon de l’Agriculture) pour avoir réagi dans les termes suivants : « Je m’étonne d’une remise en cause par l’AFSCA de la méthode de préparation traditionnelle d’une fierté régionale, la tarte au riz. Il souligne que le recours au lait cru, produit et conditionné dans le respect des règles sanitaires n’est, en soi, pas plus dangereux que le lait pasteurisé ».
Le Ministre rappelle ainsi l’obligation de traçabilité des produits utilisés mais il entend défendre vigoureusement le savoir-faire et la recherche de la qualité constante qui sont la priorité de nos éleveurs et artisans.

Patrick Böttcher
Porte-Parole de Slow Food Metropolitan Brussels 

Slow Food International rassemble plus d’un million d’individus passionnés et dédiés à l’alimentation bonne, propre et juste : chefs, jeunes, activistes, exploitants, pêcheurs, experts et universitaires en plus de 160 pays. Le réseau compte 100 000 membres Slow Food rattachés à 1500 antennes locales du monde entier (appelées Conviviums) qui contribuent au mouvement grâce aux adhésions, mais aussi aux événements et campagnes qu’elles organisent sans oublier les 2400 communautés de la nourriture Terra Madre qui produisent, à petite échelle et de manière durable, des aliments de qualité.

L'Arche Slow Food du Goût est une métaphore de l’arche de Noé pour la sauvegarde d'une alimentation de qualité.  Il s’agit d’un inventaire de produits alimentaires d'une qualité gustative exceptionnelle, produits de manière artisanale en quantité limitée et liés écologiquement, socio-économiquement et historiquement à une région précise.

Les projets de Sentinelles vont plus loin puisqu’il s’agit, pour protéger des aliments de qualité qui courent un risque réel ou potentiel d'extinction, et d’accompagner et d’aider la filière de production à s’organiser, à valoriser et améliorer la qualité de ces produits, ainsi qu’à éduquer les consommateurs locaux, à trouver de nouveaux marchés, locaux et internationaux. Il existe aujourd’hui en Belgique 2 Sentinelles.

Posté par PBottcher à 17:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

17 mai 2016

Lettre ouverte à Carlo Pietrini, président de Slow Food International

Cher Carlo Petrini, 

De simple adhérent à Slow Food, il y a dix ans, je suis lentement devenu militant actif en Belgique pour finir par y assumer des responsabilités importantes en mettant en avant de mon combat, les valeurs initiales de Slow Food, celles que vous décrivez si bien dans votre livre « libérez le goût », tout simplement parce que je n’ai pas trouvé à ce jour un autre idéal qui correspond à mes propres valeurs. 

A travers le vin, comme vous au début, je me suis totalement investi pour le BON en défendant bec et ongle la diversité des cépages et des vins, et leur sauvegarde dans leur goût et leur terroir.
Dans le vin, comme pour la nourriture j’ai fait du mot BON la force de résistance face au formatage du goût. Je suis devenu petit à petit un de vos meilleurs soldats pour la lutte pour la BIODIVERSITE et votre Fondation qui la défend.

A travers le mot PROPRE, j’ai entamé un combat sans concessions contre les méfaits de l’agriculture industrielle qui, en 60 années, a ravagé nos campagnes et enlevé leur âme et leurs droits à tant de producteurs. J’ai fait des circuits courts, de la noblesse du travail artisanal, un idéal absolu.

Enfin, à travers le mot JUSTE, je me suis mis à rêver à un DEMAIN plus juste de fait pour tous les petits producteurs de cette planète, pour la sauvegarde de leurs traditions, pour un demain où nous partagerions ensemble un nouveau monde dépourvu d’industrie agro-alimentaire, dépourvu de publicité, dépourvu de grande distribution.
A travers le mot JUSTE, j’ai rêvé de voir ma terre-mère, ma TERRA MADRE, revivre grâce à ses fils.
 

Grâce à vous, grâce à Slow Food, je me suis laissé à penser, après cinquante ans d’une vie sans trop d’émotions, que j’avais enfin fait quelque chose de bien de celle-ci, et cela rien que de voir des regards s’illuminer autour de mon combat, de mes paroles, de mes actes. 

Et comme un militant, j’ai toujours rejeté d’un coup de main les doutes qui s’exprimaient quant à la potentielle compromission du sponsoring et du business qui germaient dans votre association, parce que j’estimais qu’il fallait effectivement accepter certains compromis pour permettre d’exister et se développer, parce qu’il fallait leur opposer une lutte sans fin pour retrouver les premières respirations de Slow Food. 

Mais si les compromis sont une chose, renier ses valeurs en est une autre.  

terramadre1

Alors que vous avez offert le futur Salone del Gusto de septembre à votre projet Terra Madre en unissant les deux noms, alors que vous avez offert à cette merveilleuse jeune femme multicontinentale l’image de cette semaine qui s’annonçait unique, certains de vos collaborateurs, car je n’ose imaginer que VOUS en soyez à l’origine, ont perverti toutes ces valeurs en mettant à l’honneur de ce salon la dégustation tapageuse de Sassicaia, dégustation que ces mêmes collaborateurs osent décrire comme mythique, comme une ode au Roi des Vins d’Italie. 

Et donc, voilà comment nous allons fêter la Terre Mère, les petits producteurs et le patrimoine du goût :

Avec un vin qui a tout sacrifié au formatage bordelais ;
Avec un vin qui a mis au pinacle de ces supertoscans, terme atroce à prononcer, le cabernet sauvignon, le seul cépage non méditerranéen ;
Avec un domaine qui respecte à peine la notion d’agriculture dite raisonnée ;
Avec un domaine qui oppose à l’artisanat, à la naturalité du vin, toute la technologie industrielle, toute la chimie de la vinification, tout le formatage du bois neuf, de ces barriques qu’il y a encore 100 ans, votre pays ignorait l’usage ;
Avec un domaine où strass, paillettes, finance et champ de courses règnent en maître, méprisant l’idée même de ce que devrait être l’image de ce pour quoi vous vous battez dans vos livres et vos conférences. 

D'avoir lu cette dégustation de la honte comme une des apothéoses du programme du Salone del Gusto, mon coeur a saigné, fortement.  

Sassicaia n'est pas le Roi des Vins, il est le Roi des Non-Vins. Il n'y a pas un roi mais des milliers de rois des vins, et leur royaume se situe au fond d'une campagne perdue, sur des lopins de terre où un artisan, un homme souvent seul, cultive ses quelques vignes avec une étincelle dans les yeux : l'amour

Alors je vous le demande, à genoux s’il le faut, redonnez ses lettres de noblesse à votre combat et à celui de tant de militants, respectez cette merveilleuse dame qui fait l’affiche de votre futur grand salon et faites annuler cette dégustation de Sassicaia. 

Ne tuez pas mon espoir et celui de tant d’autres, en honorant ce vin médiocre dans la biodiversité, ce vin qui se débrouille très bien sans vous, sans nous, qui n’est pas du monde dont nous rêvons et dont chaque âme qui compose la Terra Madre n’a nul besoin. 

Votre combattant, 

Patrick Böttcher
Porte-parole du Convivium Slow Food Metropolitan Brussels
Coordinateur national de l’Alliance Slow Food des Chefs - Belgique


27 avril 2016

Au Salon Rue89 de Vins, Ménilmontant t’ouvre les bras… mais oui, Madaaaame !

Le Salon Rue89 des Vins « Sous les Pavés, la Vigne » version parisienne, c’est reparti ce week-end du 1er mai 2016... et de plus belle !
Cette fois, pour la joie des petits et des grands, exit la formule dimanche lundi, pour la remplacer par une formule plus classique dégustation ET vente du samedi et dimanche !

449

Pour le reste, tous les ingrédients classiques pour bien réussir son week-end sont de la partie.

Tout d’abord et bien évidemment, 50 vignerons et cavistes réunis, de France mais aussi d’Italie, de Suisse, du Portugal, d’Espagne, de Slovénie, de Grèce ou même d’Afrique du Sud où partout, le vin naturel est en première ligne.
Da la bière aussi, bien évidemment, 4 brasseries, même, dont les désormais fidèles Mousse de Zigui et la Brasserie Cantillon.

450

Mais la nouveauté de l’affaire, cette année, c’est que déjà un peu présent en 2015, le « solide » prend ses aises dans les travées. Rejoignant en effet ce qui avait été expérimenté à Bruxelles, avec Vini, Birre, Ribelli, le Slow Food débarque en force avec une dizaine d’exposants «bon, propres et justes » qui seront présents pour faire déguster et vendre leurs produits et préparations variés : saucisses et crépinette, charcuterie italienne, canard, huîtres, pain, parmesan, huiles d’olive grecque et portugaise, miel, préparations locavores et bien d’autres surprises.

451

Ajoutez-y les livres (et leurs auteurs), des conférences, un film et un diner festif le samedi sans oublier la préfête du vendredi à l’incontournable Lapin Blanc, vous savez ce qu’il vous reste à faire, hein !
Ménilmontant t’ouvre les bras… mais oui, Madaaaame !

L'endroit et les infos :

La Bellevilloise
21, rue Boyer à  75020 Paris
Horaire : Samedi 30 avril et Dimanche 1er mai : 10H00 – 19H00
Métro: Gambetta, Ménilmontant
Bus: 26, 69, 96
Site web dédié 

Le programme en détails :

Vignerons Glou 

  • Alsace : Florian Beck-Hartweg, Domaine Geschickt, Domaine Brand, Christophe Lindenlaub ;
  • Beaujolais : Raphael Champier, Domaine des Côtes de la Molière, Laurence et Rémi Dufaitre, France Gonzalvez, Anthony Thevenet, Romain Zordan, David Large ;
  • Bordelais : Chateau Gombaude-Guillot Pomerol, Domaine Rousset Peyraguey ;
  • Bourgogne : Ludovic et Emilien Bonnardot ;
  • Jura : Valentin Morel - Les pieds sur terre ;
  • Savoie : Domaine des Côtes Rousses ;
  • Champagne : Bourgeois-Diaz, Marguet, Tarlant ;
  • Languedoc : Jeff Coutelou, Domaine Inebriati, Domaine de Pélissols, Le Petit Domaine, Les Vignes Rouges, La Petite Commanderie ;
  • Loire : Alexandre Bain, Thierry Puzelat, Clos Cristal, Domaine de l’R, Le Sot de l’Ange ;
  • Provence : Château Sainte-Anne ;
  • Rhône/Ardèche  : Gilles Azzoni, Sylvain Bock, Clos des Cimes, La Deuxième tour, Olivier B ;
  • Roussillon : Clos Massotte, Les Arabesques, Vandal Wine ;
  • Sud-Ouest : Domaine de Brin, Clos Troteligotte, Marine Leys ;
  • Suisse : Domaine de Chèrouche ;
  • Italie : Al di là del Fiume, Massimo Coletti, Dario Nocci, Piana Dei Castelli, Podere Pradarolo, Altura Vigneto ;
  • Espagne : Costador ;
  • Portugal : Aphros Wine, Quinta do Romeu ;
  • Slovénie : Domaine Stekar ;
  • Grèce : Domaine Ligas ;
  • Afrique du sud : Craig Hawkins (Testalonga «  El Bandito  ») ;
  • Cavistes/importateurs  : L’Association des Cavistes Alternatifs, Le Lieu du Vin, Les Dealers de Vins.

59

Bières Glou

  • Brasserie Cantillon (Belgique) ;
  • 32 Via dei Birrai (Italie) ;
  • Brasserie d’Orgemont ;
  • La Mousse de Zi-Gui.

Café Slurp

  • La Claque

Slow Food

  • Le Lapin Blanc
  • Santulhana (produits du terroir portugais) ;
  • Emmanuel Chavassieux (saucisses...) ;
  • Profil Grec (huiles d’olive, miel...) ;
  • Patrice Gazo (huîtres) ;
  • Thierry Nadeau (canard) ; 
  • Boulangerie Lartigue ;  
  • Nonno Fereoli (charcuterie et parmesan) ;
  • Guayapi (préparations à base de plantes issues de cueillette sauvage en Amazonie et au Sri-Lanka) ;
  • Slow Food Bastille & Slow Food Paris Terroirs du Monde (locavore francilien) ;

Et tout ce qui se lit et se dit

Pour lever le nez du verre (ou de l’assiette), un débat en plein dans l’actualité, à l’heure où il est sérieusement question d’une possible reconnaissance officielle du vin naturel – un enjeu réel et des intervenants inattendus :

  • Eric Rosaz, responsable du pôle vins, cidres et boissons spiritueuses à l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO) ;
  • Gilles Azzoni, vigneron et membre du bureau de l’Association des vins naturels (AVN) ;
  • Antoine Gerbelle, journaliste spécialisé.

Côté livres, les éditions de l’Epure et Marie Rocher présenteront certains de leurs ouvrages (dont le « Manifeste pour le vin naturel », de votre serviteur) et de nombreux auteurs se livreront à l’exercice de la dédicace :

  • Patrick Böttcher, Guillaume Nicolas-Brion (« Tronches de vin » 1 & 2) ;
  • Antton Bioy (« Le Chorizo ») ;
  • William Chan Tat Chuen ( « Dialogue culturel entre les cuisines chinoise et française ») ;
  • Caroline Desbans (« La Morue ») ;
  • Evelyne Malnic (« Le Vin et le Sacré », « Le Guide des vins en biodynamie, 5e édition »)
  • Estelle Pasquier (« La Sauce soja ») ;
  • Alessandra Pierini (« Le Fumé », « La Polenta »).

Autre nouveauté cette année, Le Rouge & Le Blanc, l’incontournable revue indé du vin sans pubs ni compromis, sera aussi de la partie.
Enfin – il faut bien un peu de numérique ! –, le créateur de l’application mobile Raisin nous présentera ce futur click-hit pour tout amateur de vin naturel.

Film

« Après-première » du film « Saint-Amour »

Quand ?  Le dimanche 1er mai 2016, à 21 heures
Où ?  Au Studio 28 (10 rue Tholozé, 75018 Paris)
Combien ?  Tarif unique à 7,5 euros.

 

23 mars 2016

Bruxelles, ma toujours belle...

 

445

 

C’est donc arrivé…

Quelque chose en nous savait que cela arriverait, et depuis que ce triste mois de novembre avait tenté d’instaurer la terreur en nous, nous l’avions refusée, nous avons assumé et je pense que c’était bien ainsi, que c’est et sera bien ainsi.

Bien sûr on y pense.
Bien sûr on y pensait,
Bien sûr on y pensera.

Bien sûr, avant-hier et veille des tristes évènement, bloqué 5 minutes à la station de métro Maalbeek en allant à la RTBF, du parmesan plein mon sac, j’y ai pensé, je me suis dit et si ça pétait maintenant ?
J’avais hélas raison, à 24 heures près, minute pour minute, mètre pour mètre, j’étais déchiqueté sans avoir pu dire au revoir comme il le faudrait.

Bien sûr, après, il y a la révolte, froide révolte.

Froide parce si chaque mort, chaque blessé est un de trop, notre âme a déjà été blessée à Madrid, Londres et bien sûr à Paris. Froide parce qu’à chaque fois, nous nous endurcissons, à chaque fois la terreur perd un peu de son intensité.
A chaque fois que ces fous d’un dieu que je ne comprends pas et en lequel je ne veux croire, à chaque fois que ces fous commettent le pire, à chaque fois, ils perdent un peu plus, parce comme les londoniens pendant le blitz, nous avons désormais intégré leur présence à nos côtés.

Hier soir, comme à Paris le 14 novembre, il y avait du monde en ville, dans les bars et dans les restaurants, sur le piétonnier.
On n’a pas fait la fête, on a pas pleuré, on a juste pensé, quelquefois chanté, mais surtout et plus que tout, nous avons fait en sorte que la vie continue, comme avant, comme toujours, le seul et unique signal fort pour nous unir à cette ville meurtrie mais vivante.

Pour le coup, il faut que, à l’inverse de novembre 2015, je remercie les autorités de la ville et des communes qui ont refusé le lockdown cette fois-ci. On reste ouvert, les transports en commun circulent, les écoles, les commerces, les restos et les bars, tout est là, comme avant. Cette fois, on n’a pas cédé.

Et il est de notre devoir d’intégrer cette situation dans nos actes…. Hier je créais le logo « CE SOIR, JE SORS A BRUXELLES », en fait, j’aurais dû écrire TOUS LES SOIRS.

Hier, j’étais fier, pas de mes actes, mais de ce mouvement, naturel, citoyen… puisse-t-il durer longtemps… toujours !

Maintenant, ce ne sont pas nos dernières bombes, nous le savons tous.
Nous sommes en guerre… Oh non, pas une guerre de vengeance comme le susurrent nos pouvoirs faussement contrits. Nous sommes en guerre parce que les gens que nous avons démocratiquement élus ont choisi d’aller bombarder notre ennemi, cause probablement ou peut-être juste ou justifiée mais qui ne nous donne aucunement le droit de jouer les vierges effarouchées quand notre ennemi fait de même.

Ce ne sont pas nos dernières bombes, parce que nous avons commis trop d’erreurs, laissé commettre trop d’erreurs, en pensant naïvement qu’imposer nos mœurs, notre civilisation et notre économie était une cause juste.
Nous avons commis trop d’erreurs à ne pas tenter de faire avec, en tentant d’abord de comprendre. Nous avons fait trop d’erreurs en pensant que seules nos bombes arrêteraient celles de l’ennemi qu’in fine, nous nous sommes créés nous-mêmes, par ignorance, par prétention, par aveuglement.

Il faudra bien un jour, pour que cela cesse enfin, que nous mettions les choses à plat, en toute modestie, en tentant d’abord de comprendre sans juger.
Il faudra bien qu’un jour, DEMAIN, nous construisions ensemble, sans haine, plutôt que détruire ensemble.

Posté par PBottcher à 10:59 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags :

17 février 2016

Live Wine 2016 - un salon à ne pas rater

Ces 5, 6 et 7 mars aura lieu, à Milan, la seconde édition du Salon Live Wine 

412

Comme l’année passée, il aura lieu dans le cadre de la magnifique ancienne patinoire du Palazzo del Ghiaccio et réunira 105 des plus prestigieux vignerons naturels italiens.
Seront aussi présents 24 invités d’autres pays, comme on se félicite de plus en plus à l’observer dans de nombreux salons français et italiens.

416

Pour réussir à monter sur pieds un salon d’envergure dans la capitale économique du Nord de l’Italie, il a fallu la collaboration de deux associations, « Vini di Vignaioli » ou Vins de Vignerons et « AIS Lombardia », l’association des Sommeliers de Lombardie.

413

 

414

Plus humainement parlé, il y a derrière les manettes de cette manifestation deux personnes très sympathiques : Christine Marzani, l’emblématique responsable de Vini di Vignaioli et Lorenzo De’ Grassi qui anime avec beaucoup de talent « Il Vino Buono », le meilleurs site web sur les vins naturels italiens.

On ne peut que vous conseiller de vous y déplacer, alors que les prix de Ryanair & Co sont particulièrement bas pour Milan et ses environs (j’ai payé 15 euros par vol) et que Milan n’est pas à proprement parlé une ville chère, question gastronomie ou hôtels.

D’autant que cerise sur le gâteau, votre serviteur y animera le samedi à 16H30 une dégustation unique de bières Cantillon sur le thème « Le monde de la bière à la rencontre du monde du vin ».

415

Au programme de cette dégustation commentée, les cuvées suivantes dont certaines sont d’une très grande rareté :

  • Bruocsella : Lambic ayant vieilli durant 3 ans en fût. Tous les sucres ont été transformé pendant le vieillissement en barrique, pas de refermentation en bouteille.
  • Lou Pepe Gueuze : Assemblage de Lambic de 2 et 3 ans, ajout de 4gr sucre/l pour refermentation. Assemblage d’un âge moyen plus important qu’une Gueuze classique et donc plus de caractère.
  • Chardonnay : Assemblage moût de Chardonnay du Vignoble des Agaises (Belgique) avec Lambic 2 ans.
  • Lambic d’Aunis : Assemblage Aunis d’Olivier Lemasson (Loire) avec du Lambic de 2 ans.
  • Carignan : Assemblage Carignan du Mas d’Agalis (Languedoc) avec du Lambic de 2 ans.
  • Saint-Lamvinus : Assemblage de merlots bordelais dans du Lambic de 2 à 3 ans
  • Lambic Jaune : Macération durant quatre mois d’un Lambic de 2 ans dans un fût de Vin Jaune fraichement vidangé et non nettoyé. Barrique de chez Stéphane Tissot (Jura)

Plus de détails ici

Clairement, je classe ce salon dans le top 5 des salons européens….
Ça valait bien une animation Cantillon ! Vous voilà avertis !

20 janvier 2016

Le retour de l'homme ?

L’année qui commence est forcément accompagnée de bonnes résolutions, même chez votre serviteur, la première étant de reprendre avec plus d’assiduité le fil de ce blog.
Mais rassurez-vous, ne lisez pas dans mon titre l’idée bien présomptueuse d’annoncer ainsi mon retour au clavier, non, je parle ici évidemment de l’Homme avec un Grand H.

Cela fait pas mal de temps que trottaient dans ma cervelle les mots qui suivent, mais ne me considérant pas comme un « grand penseur », j’avais tendance à les garder sous le manteau, par humilité ou quelque chose qui s’en rapproche très probablement.

Oui, mais voilà, il y a deux jours, j’ai été voir, avec un bien beau groupe de Slowfoodien, le film docu « Demain », et j’en suis sorti « reloaded » de positive attitude, très probablement parce que documentaire est justement une petite bombe concentrée de positivité… face à l’humain.

389

Certes, je l’avoue bien, j’éprouve bien quelque phantasme pour Mélanie Laurent (surtout version Inglorious) mais aussi de respect parce que dans « Demain », elle fait tout pour ne pas se mettre en avant, et cela au profit d’un espoir énorme.
Certes, encore, on ne peut qu’être admiratif et reboosté quant aux multiples actions créatives que le film décrit, même si elles ne sont pas obligatoirement nouvelles aux yeux d’un militant dans mon genre.

Non, moi, ce qui m’a littéralement fasciné dans Demain, c’est que le documentaire est une véritable ode à l’empathie qu’on les humains… pour les humains.
En fait, et autrement dit,
Demain me paraît un véritable plébiscite pour l’Homme lui-même quand celui-ci sort de son égoïsme induit par notre société consumériste, et cela, pour se mettre au service de ses congénères dans l’espoir de tout simplement de tenter de sauver son espèce.

Et le but de ce papier c’est bien de tenter à mon tour de faire cultiver positivement cette empathie.

Dans notre société, tout est fait pour nous isoler dans un état de bonheur qui se résume à ceci :
« 
Plus tu peux acheter, plus tu es heureux, toi, et pas obligatoirement ton voisin, non juste toi.
Et peu importe que tu achètes de la merde, tant que tu achètes ce qu’on te pousse à acheter, tu es seras heureux, d’autant que pour te faire atteindre ce nirvana, on t’offrira chaque jour des prix toujours plus bas, pour que tu puisses t’acheter autant ou plus avec moins, vu que si t’es pas dans les 5% d’élus, t’auras forcément, chaque jour, un peu moins à dépenser.
Et peu importe que si, pour cela, t’as des tas de personnes supplémentaires qui soient acculées à la pauvreté
 ».

Triste constat, sans avoir besoin de recul, on se rend facilement compte que cet opium du peuple fonctionne à merveille, du moins pour une majorité de la population terrestre.

Mais quoique qu’en planifie le « système », il n’en reste pas moins cette empathie, étonnante faculté de l’homo sapiens à vouer une admiration généreuse à ses congénères.
On le remarque à différents niveaux, bons ou mauvais : les CAP48, Viva for Life et similaires cartonnent, la mort de David Bowie fait office de séisme mondial, on s’identifie de plus en plus à de nouveaux héros qui fustigent l’économie actuelle, et, des Nabilas ou Messi en tout genre tapissent les murs de nos ados (et plus si affinités).
A croire que finalement, la seule chose qui réussit encore à nous toucher, ce n’est pas d’être dominé par le consumérisme débridé, ce n’est pas de voir cette planète se désagréger de sa substance vitale, non ce sont les bonhommes qui la peuplent cette planète encore un peu bleue.

Et de cette évidence, il y a évidemment quelque chose de très positif à cultiver.
Même si comme le montre « 
Demain », notre avenir passe inévitablement par NOTRE contrôle sur l’alimentation et sur un changement radical de nos habitudes et de nos économies, je suis persuadé que cela n’est réalisable qu’en passant par cette admiration sans bornes que nous pouvons développer pour nos congénères.
Autrement dit, nous pouvons écrire, discourir ou débattre à l’infini sur l’avenir de nos sociétés, je ne pense pas vraiment qu’on fera avancer le schmilblick.
Par contre, si dans notre vie de tous les jours, on s’efforce d’humaniser chacun de nos actes, on a la capacité d’avancer à bonds de géants.
J’entends par humaniser, le fait que chacun de nos choix devrait idéalement favoriser un ou plusieurs humains plutôt que de favoriser une politique stérile et/ou, surtout, une économie de marché, économie qui est représentée par ce miroir aux alouettes qu’est la croissance.

Cette réhumanisation commence, selon moi, tout simplement par prendre le temps de réfléchir comment réorganiser nos achats, en favorisant les marchés et autres petits commerces qui contribuent à une économie durable et respectueuse, en favorisant le fait de sortir de nos villes pour consommer à même le producteur, en pensant à ne pas acheter une eau italienne en Belgique (surtout quand elle est aux mains d’un potentat helvétique), les exemples sont légions, bien évidemment.
C’est clairement favoriser, par nos achats, toutes les structures courtes, proches, des structures qui sont le fruit d’une coopération ayant pour but de réactiver le développement de l’homme réconcilié avec sa terre.

Bien sûr, personne, ici, ne vous demande de boycotter en un jour la grande distribution, de balancer un pavé dans votre télé quand passent les pubs, j’en passe, et des meilleures.
On vous demande juste progressivement d’évoluer, de vous diriger vers ces structures que décrit si bien « 
Demain », parce qu’elles sont génératrices à la fois de qualité alimentaire, d’emploi et de sauvegarde de notre terre. Cela n’a rien de politique ou de militant, simplement d’un acte citoyen.
Et bien sûr que je franchis encore les murs de la grande distribution, papier cul, flotte obligent.
Mais jamais, je ne perds de vue que ces murs ont flingué quatre emplois pour un créé, tout en réduisant au statut d’esclave la plupart des producteurs.

Ce que j’invite ici à faire, comme une bonne résolution de janvier, je m’efforce aujourd’hui de ea faire pour 90% de mes achats et de mes actes.
Cela a commencé, chez moi, il y a des années par le vin, cela a suivi par la bouffe et aujourd’hui, je tente bien humblement à systématiquement réfléchir avant d’acter, tout simplement à comment mieux faire.
C’est ce moteur précis qui m’a permis de m’impliquer, positivement, je pense, dans Slow Food ou encore Vini, Birre, Ribelli.

Le plus enrichissant, dans cette histoire, c’est que dans tous les cas, dans toutes les situations,
ce comportement m’a amené à rencontrer de plus en plus d’humains fascinants, responsables…,
ce comportement m’a redonné de la fierté et de l’espoir…
pour moi, pour ma famille, mes proches, pour notre humanité.

Cela n'a fait, in fine, que développer mon empathie pour l'homme...

« Demain » nous montre avec beaucoup d’à propos que nous avons le pouvoir de changer les choses, sans passer par des représentants politiques ou autres structures de pouvoir, tout simplement en changent nos comportements tout en nous enrichissant de cette humanité que nous désirons tous voir subsister.

Up to us ! Des solutions existent...

382

Posté par PBottcher à 11:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

28 octobre 2015

Pourra-t-on encore mourir de vivre ?

A ce qu’on qualifiera peut-être comme ma paranoïa, je voudrais dire « Vade Retro », mais il n’empêche que, chaque jour, j’ai l’impression de me réveiller un peu plus, sinon victime d’un complot, au moins dans les wagons cauchemardesque d’une machination dont même l’OMS joue maintenant les écuyers : nous rendre par hygiénisme responsables, coupables de tous les heurts et malheurs de notre système.
Nier les évidences analytiques serait tomber dans un piège trop facilement dressé, mais, 5 années de recherche faisant foi, je peux garantir sans le moindre pourcentage d’erreur que strictement tout est cancérogène, du sucre à la salade, du sel aux fraises de Wépion, tout dépend de la dose ingérée…. et des conditions expérimentales (sauf peut-être l’eau). Flanquer une tumeur à un rat de labo en deux jours rien qu’avec du saccharose, rien de plus aisé.

359

Alors après le tabac, l’alcool, les graisses, le sucre, les viandes mammifères (les poissons et le sel devraient suivre),  de quelle consommation va-t-on encore nous rendre responsables, sur quels baudets va-t-on jeter encore le haro, et, SURTOUT, pourquoi ?

Le pourquoi, il incombe, selon moi, réellement aux états, d’une part de par leur obstination à leur système de sécurité sociale, et, d’autre part et surtout, de par leur obédience au complexe industrie-publicité-distribution, à la fois dans les domaines de l’agro-alimentaire et du pharmaceutique.

De par la première obstination, les états européens sont exsangues tant ils peinent à maîtriser les dépenses liées à l’élévation de l’espérance de vie, chose que tout le monde sait, mais surtout, et de manière bien plus insidieuse, tant ils sont confrontés au fait que si l’on vit effectivement plus vieux, on vit de plus en plus mal et, plus particulièrement, de plus en plus dépendant de soins médicaux.
Clairement, la courbe de la dépendance médicale augmente bien plus vite que celle de l’espérance de vie.
Comme l’idée d’un « Soleil Vert » n’est pas très porteuse au niveau politique, il faut donc pour ces gestionnaires des caisses de l’avenir trouver d’autres moyens que ceux d’imaginer une euthanasie programmée.
Et s’il faut lire ces derniers propos avec la modération et le recul nécessaire, il paraît de plus en plus évident que la nouvelle stratégie des états, pour sauver la face, va être de jouer dans une première phase sur notre culpabilité pour nous faire avaler la couleuvre du tout aseptisé, du tout standardisé.
Puis, après nous avoir bien rendu coupables de « Fumer, manger, boire tue », je vous garantis que la phase suivante sera « tout le monde à l’analyse obligatoire » et, là, malheur à vous si vos Gamma GT, votre cholestérol ou votre tension sera élevée, ce sera
« plus de sécurité sociale pour vous, on vous avait prévenus bande d’irresponsables ».
Le Bonus-Malus de la vie, on n’en est pas loin. Ne riez pas, tout est prêt, votre dossier médical existe bien informatisé, il n’y a plus qu’à passer en phase active. La preuve en est que, récemment, en Belgique, on a commencé à dérembourser les soins dentaires des mauvais élèves.
Allons-nous donc, en droite ligne, vers un contrôle technique anatomique et tous ce que cela implique, en termes de pénalités ? Je le crains fort.

La deuxième problématique, celle de l’obédience n’est pas plus rose. Elle reflète une incapacité définitive des états de s’opposer de façon morale aux empires industriels avec pour conséquence directe de diriger l’entièreté de la consommation alimentaire vers la grande distribution, première collaboratrice de  l’industrie alimentaire, tout en éliminant les producteurs artisanaux ainsi que les plus petits intervenants du secteur, comme par exemple le commerce de détail.
Prenons à ce sujet l’exemple du monde pharmaceutique, monde que je connais particulièrement bien d’y travailler depuis trente années, et pour lequel cette notion d’obédience est en train de faire tout simplement disparaître de la carte les officines et les grossistes distributeurs, ceux qui subsistent étant presque tous dans le rouge, en France comme en Belgique.
La raison est simple : en tant qu’employeur majoritaire du secteur (Glaxo SKB emploie à lui seul en Belgique, plus de gens que toutes les pharmacies du pays confondues), l’industrie se permet d’imposer aux états des prix hallucinants pour leurs spécialités pharmaceutiques, mettant ceux-ci devant le fait accompli : vous remboursez notre produit ou on se casse ailleurs et vous aurez un séisme de l’emploi supplémentaire sur le dos.
Résultat, nos dirigeants n’ont que comme autre solution de comprimer les marges de tous les autres intervenants qui sont liés au secteur, soit tout ce qui n’est pas industrie, les mettant à genoux, tout en réussissant à baisser la facture du médicament au public, artifice électoral si pernicieux.
La diminution des points de vente permet alors encore de mieux contrôler le secteur, tout en comprimant encore un peu plus les marges.
Et parallèlement, on se met à favoriser les grosses enseignes « parapharmaceutiques » qui vous vendent à la tonne du complément alimentaire aussi cher que souvent inutile pour qui se nourrit bien.

Et bien, si j’ai pris cet exemple bien éloigné de la viande cancérogène, c’est que les choses sont très semblables pour l’alimentation.
Sans vouloir surajouter à ce discours toutes les collusions que les dirigeants se sont rendus coupable, avec comme champion Nicolas Sarkozy, en terme de protection de l’industrie et de la grande distribution, on est, sur la bouffe, exactement au même niveau que sur le médicament, si pas pire. Sous le fallacieux prétexte de la libre concurrence et de donner au public l’accès au tout pour moins cher (une invention de Mitterrand, quant à elle), on voit l’entièreté des petits artisans producteurs et distributeurs disparaître lentement mais sûrement, on a vu l’activité des PME alimentaires rurales s’effondrer, les villages se désertifier, et maintenant,
  c’est le tour des centres urbains à prendre le choc en pleine face, alors que les mega centres commerciaux poussent dans les périphéries comme des champignons.
Avec cela, forcément, disparaissent ces commerces de détails et surtout de conseils qui avaient encore la capacité du choix du produit et de sa qualité inhérente, ce qui emmerde bien haut et fort nos amis industriels.
Et en lieu et place, subsiste et grandit l’empire de la malbouffe où l’on pousse au remplissage de caddy, avec des produits aussi indignes alimentairement parlés que futiles en termes de besoins réels.
Tout comme pour les compléments alimentaires, on endort ainsi la vigilance du consommateur face à son libre arbitrage en lui criant « si tu peux consommer, c’est que tu es heureux ».

Devrait-on encore vous répéter que, dans la distribution, moins c’est cher, soit c’est plus malbouffe, soit un producteur a trinqué ?
Non, certes, ça vous le savez, mais quand on a le culot de mettre les rouages de l’OMS en jeu vis-à-vis d’une simple viande rouge,
 sachez qu’on veut juste vous faire, vous culpabiliser à nouveau alors qu’on tolère du fromage sans fromage, des concentrés d’additifs conservateurs et exhausteurs de goût, tout cela parce que, à nouveau, ces produits font partie d’un circuit qui est bien trop employeur…
E là, pour moi, c’est clair, à proscrire la bidoche rouge et le sauciflard mais à fermer les yeux là-dessus, on se fout de la gueule du peuple, pire, nos dirigeants se comportent en véritables criminels.
Et, in fine, les seuls à trinquer seront éleveurs et artisans bouchers.

Sic transit mundo.

Il va dès lors de notre honneur et de notre liberté de nous opposer une fois pour toutes à ce système, de reprendre le contrôle de la dernière chose sur laquelle nous avons encore un peu de pouvoir : notre assiette.
Cela devient une nécessité morale de définitivement bannir la grande distribution, de fermer ses sens à la publicité et de fustiger l’industrie agro-alimentaire en faisant entendre votre voix par vos actes.
En créant un emploi, la grande distribution en a flingué quatre, en redonnant du crédit et de la confiance aux vrais artisans, vous inverserez la tendance, croyez-le bien.
Et la bidoche de qualité que vous y achèterez et consommerez, elle sera bien moins nocive que votre fricandelle Mora, pas besoin de recommandations abrutissantes de l’OMS pour cela.

Manger, c’est voter, c’est aussi vivre, c’est aussi de la joie, du plaisir, du goût, même si un jour, tous autant que nous sommes, nous mourrons de vivre et non d’obéir et de nous soumettre dans l’ennui.

Lectures conseillées : Butcher's Bible - Sh Editions et Bientôt à Table - Editions Renaissance du livre... tous deux fraichement sortis.

25 octobre 2015

Bientôt à Table - le Livre

Bientôt à table, l’émission sur « La Première  Radio » animée par Sophie Moens et son acolyte Carlo de Pascale à l’heure de l’apéro le samedi, vous la connaissez probablement, sûrement.
Le sympathique duo remet le couvert en passant à l’étape « papier » avec la sortie de « Bientôt à Table, le livre » avec un programme, affirmons-le sans détours, aussi alléchant que savoureux et humain.
 

356 

L’ouvrage capte directement l’attention par une couverture léchée qui mélange très adroitement noir, blanc et couleur, mais surtout par son sous-titre « Des Producteurs à l’Assiette », des mots de bon ton pour faire accélérer le rythme cardiaque de tout SlowFoodien convaincu, par ce qu’il flaire bien entendu la notion de circuit-court à fond les manettes.

Et clairement, le livre répond pleinement dans son contenu à cette annonce, parce que dès les premières pages, après une préface flamboyante de Périco Légasse, on chausse ses bottes pour aller patauger dans les champs avec Sophie Moens pour y rencontrer de fabuleux producteurs qui tous ont tourné le dos à la logique productiviste, aux intrants de toutes sortes et aux produits made in Malbouffe et ce, pour une production de bons sens, axée sur le bio, le durable, la biodiversité, l’indépendance, la solidarité et bien entendu le goût.
Bientôt à Table est clairement un livre « 
rebelle », parce qu’il se pose en plaidoyer face au trio industrie-publicité-distribution ; il nous invite à abandonner nos caddies aux 50% de produits futiles pour aller pousser la porte de ces trente éleveurs, maraîchers, brasseurs, meuniers et autres « artisans de la bouche » qui ont décidé de retrouver les sentiers de ce lien qui nous unit de manière indéfectible avec la terre : la Vie.

358
Sophie Moens et Carlo De Pascale

Car s’il est certain que notre planète a les capacités de survivre à notre folie de surconsommation et de profit, nous, humains n’avons aucunement le pouvoir divin de lui survivre.
Tous ces combattants du goût, ces Julien Hazard, Jean-Pierre Cuvry, Madeleine Hanssen, Hendrik Dierendonck ou autres brasseurs de la Senne l’ont bien compris et, ils nous montrent ici, une fois de plus, la voie de nos responsabilités, ce sur quoi nous avons encore une emprise politique : notre assiette.

Mais ce qui me touche plus que tout, c’est que ce livre, à la manière d’un Tronches de Vin, efface presque l’idée du produit pour aller au plus profond de cette dimension qui fait toute diversité de notre passion et de notre combat : l’humain.
« Bientôt à Table » se pose en effet comme un véritable livre d’histoires humaines, d’aventures artisanales que le joyeux mélange de la plume de Sophie Moens et les propos d’auteurs recueillis au fil de l’émission radio font transpirer chaque page d’une sérénité et d’une sagesse exemplaires, nous réouvrant à nouveau les bases d’une culture gustative que nous avons failli perdre définitivement sans ces acteurs au cœur gros comme ça.
Même s’il n’est probablement pas unique en son genre, tant la lutte contre la malbouffe et la disparition de l’agriculture à échelle humaine se transforme doucement en tsunami, cet ouvrage rejoint clairement ces livres qui devraient figurer très tôt au programme scolaire, à ce moment crucial où la publicité risque de détourner du goût cette jeunesse qui est notre avenir.
En transformant en véritables héros ceux qui, aux yeux de beaucoup à cet âge, et plus tard, n’auraient paru qu’être de vagues illuminés, ce livre a effectivement une voie d’information éducative toute tracée.

357

Et puis, on ne pourrait conclure sans parler des recettes de Carlo De Pascale qui permettent de reprendre son souffle entre chaque tranche de vie.
Ces recettes sont simples, lumineuses, totalement festives et, personnellement, je n’avais jamais lu un ton aussi jubilatoire dans les écrits de ce chroniqueur unique en son genre.
On sent le plaisir à tous les niveaux, rien que dans ce « Spagbol tout terroir » ou encore cette « Raclette pas Clette » où le verbe transcende la casserole.

Bref, vous m’avez compris, ce livre est incontournable parce qu’il fera office, dans votre bibliothèque, de véritable coureau suisse : livre d’aventures humaines, livre de recettes vivantes, mais plus que tout « Message in Bottle » pour nos générations futures afin de leur éviter de commettre… nos erreurs.

Bientôt à Table
Sophie Moens et Carlo De Pascale
Editions Renaissance du livre
ISBN : 978-2-507705-355-0
297 pages
Prix : 34,90 euros

Posté par PBottcher à 11:07 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

29 août 2015

L’avenir de notre alimentation est-il encore dans nos mains si nous abandonnons ?

Retour de vacances avec un billet entre interrogation et coup de gueule….

Dans le cadre de mes activités Slow Food, cela fait maintenant presque deux semaines qu’avec deux collègues, je tente de préparer une soirée ayant pour but de récolter des fonds pour « We Feed the Planet »…

… We feed the planet, Kesako ?

C’est un évènement majeur qu’organise Slow Food International en octobre afin but de donner la chance à un millier de jeunes agriculteurs indépendants du monde entier de venir clamer leur voix à la fin de l’Expo Universelle de Milan afin, entre autres, d’émettre un message controversé dans cet Expo qu’entre autres Coca Cola Company a décidé de sponsoriser à la manière de ce qui s’est fait aux JO d’Atlanta. Pour réaliser cet évènement, surtout pour payer le voyage à tous ces agriculteurs artisans pour qui atteindre Milan sans aide est impossible, Slow Food récolte des fonds sur son site propre et fait appel à tous ses Convivia pour organiser des actions locales.

Dans ce cadre, Slow Food Metropolitan Brussels, le Convivum bruxellois où j’opère, a donc décidé d’organiser cette fameuse soirée basée sur un repas et des enchères de produits et d’œuvres d’art. Si le côté repas ne pose pas de problème d’organisation, l’excellent Racines Bruxelles ayant répondu présent, s’il en est de même pour l’animateur de la soirée, la gentillesse de Carlo de Pasquale étant légendaire, il n’en est pas du tout de même pour ce qui est du département « produit et œuvres d’art » tout comme pour tenter de ramener des artistes qui pourraient y être associés, soyons clairs, c’est GALERE TOTALE.

J’ai bien senti, chez mes connaissances plus ou moins lointaines ainsi que chez les artistes concernés que nos demandes les avaient autant sensibilisés que le gars qui leur téléphone une fois par semaine pour vendre une imprimante. Et cela m’a été confirmé de la bouche d’un ami, honnête envers moi, qui m’a dit ne pas trop être enclin, en général, à faire des dons, alors que sa générosité dans sa vie de tous les jours est particulièrement exemplaire. Mais ce qui m’a le plus touché dans ses paroles, c’est quand il m’a dit textuellement « … faudrait quand même qu’on se voie pour parler de cela, parce qu’à vrai dire, ce n’est pas clair » !

Là, j’avoue que j’ai frisé le malaise parce que je me suis rendu compte que lui qui le disait ouvertement, et que tous les autres qui l’avaient certainement pensé, n’avaient rien compris à l’importance du message véhiculé par cette action ou, plus exactement, qu’on avait été incapable d’en faire passer la substance.

Alors avec mes mots à moi, j’ai décidé de communiquer là-dessus sous forme du coup de gueule qui suit :

La grande majorité de mes amis et de mes connaissances au sens plus large font aujourd’hui partie de cette bulle qu’on appelle les Bobos, j’entends par là des personnes ni riches, ni pauvres, mais dont une des obsessions majeures est la qualité de la vie, plus principalement la qualité des aliments qu’ils ingèrent, des aliments qui, pour eux, doivent aujourd’hui répondre à des normes de goût, de fraicheur et de respect du producteur. Bref, une philosophie dont Slow Food a fait son hymne « Bon, Propre et Juste ».

Et c’est donc là, précisément que ça coince. Depuis plus de 40 ans, ces fameux bobos assistent les yeux grands ouverts à la mainmise progressive de l’industrie agro-alimentaire sur notre alimentation, depuis plus de 40 ans, ils voient les produits se formater de plus en plus au goût, le plus souvent sucré, qu’on veut leur imposer, qu’on leur a imposé. Doit-on vous rappeler cette merveille de « Quick, chez nous, c’est LE goût ! » ? Et forcément, parallèlement, tel un Mordor qu’on ne peut plus contrer, plus cette industrie agro-alimentaire progresse, plus les artisans, les producteurs locaux en circuit court disparaissent. Peut-être pas directement à nos portes, parce que des bandes d’irréductibles dans mon genre tentent d’y faire résistance, mais un poil plus loin que ça, sur les autres continents, là où les premiers bastions ne tiennent plus qu’à un fil.

Ce fil, ce sont JUSTEMENT ces jeunes agriculteurs qui y croient encore, qui se sont engagés à « tenir la frontière » et qui veulent le clamer haut et fort, là où justement Coca-Cola Company et ses amis se sont emparés d’un évènement qui devait tous nous concerner : l’Expo universelle de Milan qui a pour thème « Nourrir la planète ».

Et c’est ce fil, par notre désintérêt que nous voulons couper, que nous allons couper lentement mais sûrement. Juste de quoi amener définitivement nos rares producteurs qui s’en sortent encore tant bien que mal, souvent eux aussi, par résistance, à être le dernier carré d’un Waterloo alimentaire qui amènera notre civilisation à bien autre chose qu’une morne plaine… à un désert du goût. Et ce jour-là, celui que par nos actes, nous léguons à nos enfants, ce qui qualifiait cette notion de bobos, ces produits bons, propres et justes, tout aura disparu.

Voilà pourquoi nous tentons d’agir… empêcher un désastre.

Alors une fois encore, je vous le demande, lisez ce qui suit et bougez-vous ! 

312

Afin de récolter les fonds nécessaires à financer ce voyage de ces agriculteurs, un crowdfunding a été lancé sur le site de Slow Food International à l’adresse http://www.wefeedtheplanet.com/en/. N’hésitez pas à y participer en fonction de vos moyens.

Et si vous voulez en faire plus encore, le 10 septembre au restaurant Racines Bruxelles, le Convivium Slow Food Metropolitan Brussels organise « Tip the Planet », cette fameuse soirée « diner et enchères » destinée à soutenir financièrement l’action « We feed the Planet » : Une soirée qui proposera un menu original principalement basé sur des produits belges, en circuit court et qui respectent les valeurs de Slow Food, « Bon, Propre et Juste ». Le repas sera suivi d’une enchère animée par Carlo de Pasquale et qui proposera aux généreux donateurs des œuvres d’arts et des produits uniques. Le prix du repas est fixé à 80 euros par personne et l’inscription est possible via la page http://slowfoodmetropolitan.be/fr/event/tip-planet. Pour pouvoir proposer des lots originaux à ces enchères, nous recherchons  donc toujours des artistes (dessinateurs, peintres, écrivains, chanteurs). Si vous en êtes un et pensez pouvoir nous aider ou que vous en connaissez un et pouvez le persuader de nous aider, n’hésitez pas à nous contacter à l’adresse info@slowfoodbrussels.be.

Merci de votre attention, n’oubliez pas, l’avenir de notre alimentation est encore dans nos mains !

Posté par PBottcher à 11:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

04 juillet 2015

Fuori Mondo : Au bout du monde, le destin !

01

"Il faut suivre son destin
car il est la seule entité sur la planète
qui nous veut vraiment du bien à 100%"

Au fil de mes rencontres viniques, ce sont comme les pages de récits aventureux qui s’ouvrent sans jamais se fermer, car en dehors de la mémoire des ineffaçables moments d’humanités partagés, il reste des traces moléculaires de ces contacts à travers les vins que j’emporte chez moi
Ces bouteilles, on prend alors un plaisir Proustien à frôler du regard, puis de la main avant d’entreprendre de les déflorer ; elles vont bien au-delà d’une simple boisson, elles sont l’empreinte d’un destin, d’une aventure des temps modernes.

Cet article parle d’une nouvelle empreinte de l’extraordinaire, dans le sens littéral du mot. Il nous parle du destin d’Olivier Paul-Morandini, qui par passion pour l’Italie, a fondé sa première génération d’apprentis vignerons, après qu’un beau jour de 2003, la dégustation d’un vin rouge de la Maremme ait façonné son destin, ainsi que celui de son domaine viticole, au bout du monde, Fuori Mondo.
Dans ce domaine, il s’épanouit aujourd’hui avec Priscilla son épouse et Matteo son fils, ses plus grands amours.

02

Pourtant, je dois l’avouer, rien, au début, ne me portait sur les vins de ce domaine que je percevais à tort comme une pâle copie des stars de la voisine Bolgheri, rien ne me portait sur son cabernet sauvignon travaillé en bois neuf, mais surtout, rien ne me portait vers son propriétaire, ce personnage « que tout le monde connaît en Belgique », au physique de jeune premier et que de surcroît, on m’avait présenté comme lobbyiste à l’Union Européenne, chose qui a tendance à m’hérisser le duvet.
Une belle somme d’apparences qui se sont avérées toutes plus trompeuses l’une que l’autre, raison pour laquelle, je prends un plaisir encore plus grand à écrire cette article, parce qu’au rayon personnage exceptionnel de mes rencontres, Olivier figure assurément en très bonne place !

04

Historique

L’histoire de Fuori Mondo est donc intimement liée à son apprenti, autodidacte vigneron, une histoire pas cousue de fil blanc, à laquelle, même si cela s’avère un peu long, il me semble bon de s’arrêter.
Tout simplement pour comprendre une fois de plus que derrière une bouteille de vin se cache bien plus que du vin.

De l’adolescence turbulente au 112

Petit-fils d’immigré italien en Belgique par Lino, son grand-père maternel, Olivier Paul-Morandini est irrésistiblement tourné dès son enfance vers l’Italie, d’autant que pour son père, tous les prétextes sont bons pour y retourner autant que faire se peut.

Rien ne destine pourtant Olivier à son avenir vigneron.
Originaire de Liège en Belgique, il passe son adolescence à « visiter » de nombreux collèges où son refus inné de l’autorité, son esprit de contestation lui font faire autant de kilomètres que d’institutions scolaires qu’il fréquente, au point qu’il eut pu facilement en écrire un « non-guide ».
Malgré tout, il accède à des études supérieures, plus précisément à l’IHECS, l’Institut des Hautes Etudes de Communications Sociales de Bruxelles où il va à nouveau faire parler de lui, surtout quand il s’agit d’organiser une contestation ou autre manifestation.
De cette période, il va conserver effectivement une énorme capacité de communication et une obstination à vaincre dans tous ses combats.
En 1996, à l’occasion de son mémoire, il part avec son père une première fois au Tibet. Trop « organisé » pour être aventureux comme il le souhaite, ce voyage lui fiche quand même une belle dose d’adrénaline, tant ce pays le fascine.
A sa grande surprise, comme il aime à le plaisanter, le voilà diplômé en 1997, année à partir de laquelle il exerce des activités très diverses, presque toujours à but social, comme Mandala Organic Growers, ce projet agricole regroupant des producteurs de la Sicile au Pays de Galles.

Il n’en a toutefois pas fini avec le Tibet où il retourne cette fois vraiment à l’aventure, à l’occasion d’un reportage sur l’exil d’enfants tibétains qui traversent ainsi l’Himalaya, dénués de tout.
Et côté aventure, il va être servi, frisant plusieurs fois une issue fatale, atteint maintes fois par le découragement et le désespoir, mais parvenant à s’en sortir, grandi humainement et ayant ainsi acquit très grand tropisme pour l’autre.
De cette traversée au bord de l’enfer, il emportera dans son cœur l’image de Pemà, une petite fille luttant de tout son être contre le froid et qui donnera, bien plus tard, son nom à une des cuvées de Fuori Mondo.

A son retour, il part, entre autres, à Montréal afin de tenter de développer un marché pour les petits producteurs de produits de terroir européens dans le continent Nord-Américain. Si, de par le protectionnisme ambiant, cette tentative s’avère un échec, un fait divers majeur survient pendant ce voyage quand un canadien lui demande où en est le développement du numéro d’appel 112 en Europe.

06

Bien incapable de répondre, Olivier fait alors comme pour chaque chose qui lui agite les méninges, il va visiter dès le lendemain les installations de ce 112 à Montréal et revient fissa en Belgique, avec dans ses bagages, la volonté obstinée de développer ce service en Europe en établissant une plateforme de discussion avec tous les acteurs, fournisseurs et citoyens.
Mais c’est à une vraie galère qu’il s’attaque, une galère qu’il financera seul, à coups de petits boulots nocturnes en restauration grâce auxquels il va tout de même voir naître les semences de sa passion pour la bouffe et, plus encore, pour le vin.
Il faudra le Tsunami en 2004 pour que son projet réussisse à trouver vraiment audience auprès de l’Union Européenne et des partenaires industriels, alors que Coffee Annan, au lendemain de la catastrophe, pointe du doigt le manque d’un service d’appel d’urgence coordonné en Asie.
Sans que les choses deviennent plus faciles pour autant, le travail de lobbying d’Olivier se voit couronné de plusieurs victoires dont l’aboutissement d’une plainte contre 16 états de l’Union qui refusent obstinément de participer au projet.
A partir de succès divers, comme l’installation du service d’abord aux îles Canaries puis dans les pays scandinaves, l’année 2008 voit l’arrivée définitive d’une directive européenne qui régit le numéro 112.

Cette organisation (www.eena.org) qu’il créa un beau jour de 1999, compte aujourd’hui plus de mille membres dans 80 pays, emploie plusieurs personnes et réunit gouvernements, Union Européenne et acteurs industriels comme Siemens, Microsoft, Nokia, EADS tout en gardant une grand indépendance citoyenne.
Un accès standardisé en cas d’urgence avec un service de haute qualité est donc ainsi né de l’acharnement d’Olivier, un acharnement qui va le doper à Fuori Mondo, cette nouvelle aventure qui commence, signe du destin, parallèlement à la réussite du 112.
Si aujourd’hui, Olivier est vigneron à plein temps, il garde encore un rôle de conseiller stratégique dans cette affaire.

De Volpaiole à Fuori Mondo

Comme déjà souligné, dès l’âge de huit ans, Olivier accompagne son père dans ses nombreuses pérégrinations italiennes, et, son diplôme acquis, il ne change pas un iota de la tradition, arpentant désormais seul ou avec des amis les routes de la grande Botte.
Ces voyages et les rencontres qu’il y fait concrétisent petit à petit son envie d’y vivre un jour.
De plus, ces séjours sont pour lui un véritable bol d’oxygène alors qu’il galère en Belgique avec le projet 112.
Et c’est justement lors d’un de ces voyages qu’avec un couple d’amis, dans un restaurant du village de Suvereto, au cœur de la Maremme toscane, il goûte un millésime 1999 du domaine Volpaiole, une dégustation qui l’émeut profondément de même que ses amis.
Apprenant du restaurateur que le domaine est perché sur une colline qui domine la petite ville de Campiglia Maritima toute proche, comme il l’avait fait à Montréal pour le 112, il décide de pousser une visite à ce domaine dès le lendemain.
Il y tombe sur Armin et Liliana, un sympathique couple de retraité zurichois qui a construit à « Volpaiole » une petite maison entourée d’1,2 hectare de vignes de Sangiovese, Cabernet Sauvignon, Merlot et un peu de Ciliegiolo qu’ils cultivent et vinifient pour occuper leurs vieux jours.

26
Armin et son Volpaiole

De cette rencontre, une amitié naît, immédiate, et Olivier y retourne chaque année pour y assurer un achat mutualisé d’environ 300 bouteilles qu’il partage avec ses potes de Belgique.
Et plus les venues au domaine se répètent, plus un lien indéfectible nait entre Olivier et ce lieu magique qui, au pied du plateau de la Maremme, domine la plaine, la mer et permet un spectacle permanent de vue sur les îles toscanes comme Giglio, Monte Cristo et l’île d’Elbe, voire même, quand le temps le permet, la Corse et ses pics enneigés, un spectacle qui assurément le change de son appartement aux abords d’une place très jet set de la commune bruxelloise d’Ixelles.

03

Le 6 décembre 2008, lors d’une de ces visites annuelles, arrive l’évènement majeur qui change la vie d’Olivier : faute de voir un de leurs trois enfants vouloir reprendre le petit domaine, Armine et Liliana proposent à leur ami de racheter Volpaiole.
Tel un fonceur qu’il est, il accepte, sans trop réfléchir, et, à 40 ans, le voilà apprenti vigneron.

08

Le hic, c’est que notre liégeois n’a, à ce moment, pas un balle en poche, ni à la banque, ni sous le matelas. Mais tout ce qu’il a vécu jusque-là est une véritable pulsion à le faire accepter ce qui est financièrement une folie douce, et en bon négociateur, il parvient à persuader le couple de les payer en 3 traites annuelles.
Pour la première traite, avec l’accord de sa famille il vend une petite maison près de la place Saint-Job à Uccle qu’il avait entièrement retapé, particulièrement le jardin qui avait accueilli une des premières vignes bruxelloises.
Pour la seconde traite, il s’appuiera tant bien que mal sur les trois millésimes qui s’affinent au domaine et qu’il parvient à vendre, partiellement, avec l’aide désintéressée de son ami, le truculent Eric Boschman, qui ne va pas hésiter à accompagner Olivier jusqu’au States pour l’aider dans cette entreprise.
Enfin, pour la troisième traite de 2010, toujours sans un balle et n’ayant pas réussi à pouvoir percer la froideur complexe des banques italiennes ou belges, il fait appel à la création d’une société dans laquelle le rejoignent deux associés.

Olivier débarque donc à Volpaiole un beau jour de 2008, une année où il va littéralement apprendre le métier aux côtés d’Armin.

Fuori Mondo

Pour marquer sa reprise du domaine, Olivier lui donne un nom, comme pour préfigurer d’une nouvelle naissance : « Fuori Mondo », soit « Au-delà du Monde », pour rappeler que ce bout de terre se situe sur des hautes collines, difficiles d’accès, où à part les vignes des propriétaires précédents, la garrigue, la forêt et quelques propriétés éparses sont les seuls maîtres.
Comme emblème du domaine, il choisit « Il Filetto », un pictogramme d’origine égyptienne qu’il a découvert dans les ruines du proche village fortifié de Rocca San Silvestro, un pictogramme qui signifie « Au plus profond de la terre », alors que comme logo, il choisit une tête de renard stylisée qui rappelle l’étymologie du mot Volpaiole, la tanière aux renards.

05

Un peu comme un gars qui dès son premier jour de ski se lance tête la première dans une piste noire, il va donc falloir à Olivier apprendre vite pour ne pas trop se casser la gueule, apprendre à devenir vigneron à la vigne, à la cave et à la représentation… démarche qui se serait avérée impossible sans le grain de folie nécessaire, sans l’obstination, sans les amis et sans l’intégration de nombreux conseils.
Une mission donc presque herculéenne, d’autant qu’Olivier convertit d’emblée ses vignes en agriculture biologique, mode de culture qui lui parait une évidence.

Après avoir entamé son écolage en 2008, il réalise le vrai premier millésime de Fuori Mondo en 2009, même si il ne s’occupe alors vraiment que des vignes, Armin gardant la main mise, de commun accord, sur les vinifications.

Le millésime 2010 voit Olivier gérer l’entièreté du travail pour la première fois, Armin se retirant désormais définitivement.
A l’époque, les vins du domaine sont assez toastés, un goût qu’Olivier aime de son père, et c’est par intérêt pour le style des vins de Macchiole et Le Pupille marqués par ce style qu’il fait aussi appel à Luca d’Atoma, l’œnologue de ces domaines.
Ce millésime 2010 est clairement empreint de cette collaboration, mais, très vite, Olivier doute, parce que ce type d’enrobage moderne s’éloigne de plus en plus distinctement des vins qu’il ressent l’envie de produire dans l’avenir.
Petit à petit, il va donc s’éloigner des indications de Luca d’Atoma, pour finalement se séparer des services de ce dernier en 2012, un millésime qui signe un nouveau départ, un départ qui coïncidera avec l’approche de la biodynamie, cela avec l’aide d’un conseiller, le passionnant Adriano Zago qui collabore avec des domaines comme Foradori, Ampelaia, Avignonesi, Fonterenza et bien d’autres.

07

On peut, à ce stade, s’interroger sur le fait qu’encore « citadin » début 2008, Olivier entame, en autodidacte, si rapidement une conversion vers la biodynamie. Certes, mais cela s’explique très largement par son parcours. Que ce soit à Montréal, avec Valdibella ou à d’autres occasions, que ce soit face à la mort au cours de son trip dans l’Himalaya, notre homme a toujours évolué dans un lien étroit avec la nature, un lien qu’il
veut thésauriser afin d’évoluer de plus en plus en harmonie avec celle-ci, en pleine contemplation.
Ce lien profondément contemplatif sonne comme une évidence, quand, au détour d’une discussion,  il affirme : « Mon rêve absolu est de mettre mon cul dans un siège, regarder le ciel et être capable de le lire ».
Ce lien, il se l’est aussi renforcé lors des premières années passées à Fuori Mondo, parce qu’il s’y est retrouvé seul, Priscilla, sa compagne, n’ayant pas trouvé la force ou le courage de l’accompagner en Toscane pour ce nouveau départ, cette nouvelle aventure.
A cette même époque, seul, il le sera aussi, face à la désaffection croissante de ses associés qui ne croient plus en Fuori Mondo ou s’en désintéressent, au poids d’hypothéquer gravement la poursuite de l’exploitation du domaine.
De cette solitude vécue difficilement et en s’y abandonnant parfois avec tous les excès que cela comporte, seule cette relation fusionnelle avec cette nature parvient à le garder debout et indemne. Cette nouvelle « traversée de l’Himalaya » s’achèvera vers 2011 avec, in fine, l’arrivée de Priscilla au domaine et la naissance de leur magnifique petit Mateo dont les yeux bleus et la toison blonde émerveille les locaux.

Mais c’’est aussi durant ces moments de solitude qu’Olivier trouvera « le temps » de lire et s’intéresser aux idées, entre autres, des Joly, Boucher et surtout Pierre Masson.
Et très vite, la biodynamie est ainsi devenue pour lui la seule réponse évidente pour avancer dans son travail en cultivant ce lien indéfectible entre l’homme et la terre, construit depuis l’aube des temps.

Parallèlement, Olivier se rend compte que le domaine d’origine, par sa taille, ne lui permettra jamais d’en vivre.
Ayant fait, dans la plaine voisine du Val di Cordia, la connaissance d’Alessandro Socci, un agriculteur qui possède 2,7 ha de magnifiques cabernets sauvignons exposés plein Sud, il lui propose un fermage des vignes sur une période de 25 ans et le persuade aussi de convertir ses vignes en bio puis en biodynamie. Chose étonnante mais remarquable en soi, si Alessandro montrera certaines réticences au passage en bio, pour la biodynamie, il y plongera particulièrement goulûment !
Et comme dans toute relation humaine, l’échange est profitable, alors qu’Olivier mène son agriculteur à la biodynamie, ce dernier lui offre toutes ses connaissances de la terre de Maremme, tout ce patrimoine générationnel de savoir qu’aucun livre ne remplace.
Alessandro est probablement le premier vrai ami sur qui notre belge a pu compter à Fuori Mondo et grâce à qui il n’a pas abandonné, alors que dans ces premières années, il était assailli par la solitude et le doute.

16

Mais rien ne fait décidément peur au maître de Fuori Mondo. La fin de l’année 2014 voit ainsi l’arrivée d’une nouvelle décision capitale car il décide d’acquérir, en fermage pour 60 ans, un peu plus de trois nouveaux hectares de parcelles situées sur les proches collines au Nord de son domaine, des terres qui ont besoin d’être complètement nivelées, préparées. Pas un souci majeur pour Olivier, le financement mis à part, par ce qu’il sait qu’elles en valent le coup, ces nouvelles parcelles, désormais que Lydia et Claude Bourguignon, venus sur place pour en analyser les sols, déclarent un verdit plus que positif !
Pour ses futurs plants, le néo-vigneron en profite pour faire appel à un autre incontournable en la personne « Lilian Bérillon », un vrai pro !

Le domaine est ainsi porté à 8 hectares, l’objectif de son propriétaire pour qu’il soit un jour bien rentable est donc enfin atteint.

17
Future parcelle de schiste au-dessus de Campiglia Maritima

Et comme si ça ne suffisait pas, Olivier décide d’arracher après les vendanges de 2014 presque tous les pieds de vignes originaux sur les parcelles autour de la maison, des pieds trop vieux et surtout plantés trop anarchiquement à son goût.
L’étape suivante, dès la fin des vendanges 2015, sera donc de planter ou de replanter, sur ces nouvelles et anciennes parcelles, du Sangiovese (cuvée Lino), du Ciliegiolo (cuvée Libero), mais aussi de l’Alicante Nera (cuvée D’Acco), en proportions suffisantes pour permettre de produire des cuvées différentes, toutes « In Purezza », soit en monocépage. On retrouve là le côté « contradictoire des codes » d’Olivier qui se fiche pas mal de la tradition locale qui prône de travailler en assemblage.
Bref, voilà lancé un nouveau pari osé qui le force et le forcera une fois de plus à trouver les financements nécessaires.

Pour assurer la transition et avoir des vins à vendre, Olivier compte s’appuyer sur des raisins qu’il récoltait déjà, en moindre quantité, au pied du Mont Amiata, dans la zone de Montecucco, chez un autre ami, Leonardo Salustri, un spécialiste local de la viticulture, qui, pour l’étude de ses vignes, collabore avec les universités de Florence et de Milan (ciliegiolo à partir de 2013, sangiovese à partir de 2014).
De cette manne salvatrice, en plus des cépages précités, Olivier compte aussi faire des essais sur le Colorino, Foglia Tonda et le Mammolo, essais qu’il a déjà tentés auparavant de manière plus discrète, notamment pour sa cuvée « D’Acco », qui est son laboratoire permanent.

19
Future parcelle argilo-schisto-calcaire près du chais

Et à côté de tout cela, il faut encore ajouter près de 360 oliviers et des tas d’autres envies, comme ce cheval de trait dont l’intérêt est déjà probablement presque réalité, parce que, chez Olivier, l’envie et la réalité se confondent, tant son opiniâtreté, sa passion lui permettent de déplacer des montagnes, au sens propre comme au figuré.
Mais, qu’on ne s’y trompe pas, opiniâtreté et passion ne sont pas synonyme d’entêtement ou de déraison, au contraire, les nombreuses collaborations d’Olivier le prouvent, il ne considère jamais rien comme acquit. Dans ce cadre, il passe désormais pas mal de temps à aller visiter ses collègues de Renaissance Italie, afin d’apprendre, échanger, encore et toujours…. « L’avantage de l’ignorance », avouait-il récemment à la Revue le Rouge et le Blanc.

C’est certainement la somme de toutes ces qualités et questionnements qui ont permis à Fuori Mondo d’exister, d’être reconnu par ses pairs et d’avoir un avenir qui chante, tout cela en à peine sept années, un véritable tour de force !

04

Géographie

Fuori Mondo se situe sur les hauteurs de Campiglia Maritima, au Sud de la Toscane, au pied du plateau de la Maremme, cette ancienne région marécageuse dont il y a encore deux cents ans, personne ne voulait mais qui après avoir été drainée, fait la joie de tant de nouveaux vignerons, au grand dam de l’aristocratie du Chianti et de Montalcino.
Plus exactement, le domaine est situé, à vol d’oiseau, respectivement à huit kilomètres de la mer et du Mont Amiata, le plus haut sommet toscan… mais ceux qui connaissent la région savent que ce que l’oiseau fait, l’homme a besoin de dix fois plus de distance pour l’accomplir.

15
Argilo-calcaires

Le climat est typiquement montagneux et méditerranéen, avec des étés modérément chauds et des hivers tout aussi modérément froids parce qu’ils sont atténués par les omniprésents brises marines du mistral et les vents de l’Ouest, des vents qui soufflent avec une moyenne annuelle de plus de 7 heures par jour et qui participent largement au fait que le mildiou ne s’implante que très difficilement dans la région.
Les précipitations s’élèvent en moyenne à 600 mm par an, mais ceci est un facteur très variable si on considère la pluviosité abondante de 2014 ou la sécheresse de 2012, année « Arabiata » où il n’est pas tombé une goutte entre mai et septembre.

La nature des sols est très variable de parcelles en parcelles avec des schistes qui affleurent dans certaines alors qu’argilo-calcaires plus profonds ou même couches plus sablonneuses en caractérisent d’autres, ce qui permet à Olivier Paul-Morandini de trouver pour chaque cépage son assise idéale, d’autant que les déclivités des pentes sont très variables.

18
Schiste

Le vignoble Fuori Mondo bénéficie à la fois de cette luminosité flashy des vignobles de bords de mer et de l’apport en biodiversité d'une flore abondante où une faune diverse se complait.
On y retrouve des parfums typiques de garrigues mais aussi de fleurs comme la menthe, la violette ou le fenouil sauvage.

04

Viticulture

Les vignes sont plantées à raison de 4000 pieds par hectare et sont taillées majoritairement en Guyot-Poussart et plus rarement en simple cordon.
La hauteur moyenne des parcelles est située entre 150 et 200 mètres au-dessus du niveau de la mer sur des expositions aussi variées que Sud pour les cabernets d’Alessandro, Sud/Sud-Est pour les parcelles argilo-calcaro-schisteuses autour du domaine initial ou encore Nord-Nord-Ouest pour les parcelles les plus hautes et les plus éloignées, là où le schiste domine à fleur de peau.

14

Les rangs ne sont pas irrigués sauf pour les toutes jeunes vignes non encore productives, mais sont labourés trois fois l’an sur 15 à 25 cm pour éviter un stress hydrique trop important.
Seuls les rangs dans les parcelles de Montecucco sont moins travaillés et enherbés un rang sur deux, l’humidité de la montagne voisine le permettant.

Tous les travaux sont manuels ; les traitements sont principalement ceux liées à la biodynamie, le 500, le 501, les solutions dynamisées, les tisanes, et, en supplément, algues, cuivre et soufre qui sont utilisés en doses infimes, la pratiquement absence de mildiou aidant.

Au fil des millésimes, les rendements ont été divisés par presque six pour atteindre aujourd’hui 20 à 26hl/ha.

Les vendanges ont lieu de début septembre à mi-octobre, selon les années. Elles sont, elles-aussi, manuelles et font l’objet de plusieurs passages avec une sélection sur pieds presque obsessionnelle. Les grappes récoltées sont ramassées et amenées au chai dans de petits cageots de 10 à 12 kilos.

04

Vinification

Après transport et passage sur table de tri, les raisins sont stockés une nuit dans une pièce plus fraiche entre 16 et 18°C.
Dans le cas de la cuvée « D’acco », l’Alicante est pressé sur le champ, avant d’être vinifié en barriques et ne connaît donc de macération.

10

Pour les autres cuvées, les grappes sont versées par gravité dans des cuves en acier où les macérations sont poursuivies le temps de la fermentation alcoolique, soit, en moyenne 4 à 10 jours, à raison d’environ un remontage par jour. Aucune pompe n’est utilisée.
Les raisins sont ensuite pressés et mis en élevage en barriques de chêne neuf où elles feront leur fermentation malolactique.
Il n’y a normalement plus de contrôle des températures sur les fermentations.

Pour le cabernet, le merlot et le sangiovese, l’élevage est variable en fonction des millésimes, 8 mois pour 2010 qui était assez frais et 11 à 12 mois pour 2011 et 2012 qui étaient plus solaires.
Pour l’Alicante et le Ciliegiolo, l’élevage se restreint à 6 mois, puis, ces vins sont assez vite commercialisés après leur mise, répondant ainsi à la philosophie d’Olivier qui aime à ce qu’un vin puisse être consommé rapidement, « en buvabilité ».
Pour les autres cépages plus classiques, un affinage en bouteilles d’environ 12 mois est de mise.

09

Comme on a pu le comprendre, le domaine est en permanente et rapide évolution. Témoin de celle-ci, le soufre utilisé à la cave s’est vu diminuer drastiquement au fil des millésimes, tombant de 80 mg ajouté en 2010 à 25 mg en 2012. Olivier préfère aussi l’ajouter au moment des transvasements plutôt qu’à la mise. Autre évolution du virage philosophique amorcé en 2012, cette année marque la première vinification en levures indigènes.

11

Reste le débat que peut susciter le travail d’élevage en barriques neuves, surtout chez les plus naturistes des naturistes.
Là, je dois admettre que tant qu’en bouteille que sur fût, j’ai été surpris par l’énorme intégration du bois et l’absence de toastage, du moins pour les vins d’après 2010-2011.
Cela est dû au fait qu’Olivier travaille avec des barriques à chauffe très longue et cela, à basse température, soit deux heures à 120-130°C ou encore plus longtemps à 115°C, ce qui s’éloigne énormément des chauffes classiques d’une demi-heure à 200 degrés ou plus et qui confèrent aux vins le toasté tant redouté des adeptes du Bordeaux-Bashing.
De plus, Olivier, fidèle à sa réputation d’afficionado de l’empirique, porte un choix méticuleux quant à l’origine de ses futs et aime comparer l’effet sur ses vins de différents bois et producteurs comme la tonnellerie Orion de Franck Monteau et Christophe Garcia qui le fournit en Jupille, Tronçais ou mixte, ou encore la tonnellerie Selmer de Francis Miquel qui préfère des assemblages de chêne 70% autrichiens et 30% français, la tonnellerie Chassin ayant aussi quelques pièces dans la cave.
Le maître-objectif ainsi poursuivi est de donner aux vins de la structure, de la finesse et de l’élégance sans jamais tomber dans le piège de la domination du bois.

La production totale avoisinait les 10.000 bouteilles en 2014.

04

Vins

La production de Fuori Mondo se décline en cinq vins; Lino, Pemà, Amaë, Libero et D'Acco.

30

D’Acco

Dénomination : IGT Toscana
Cépages : Alicante nero 100%
Sols : argilo-calcaire
Pourcentage d'alcool : 13,00%
Méthode de vinification : Fermentation en cuves d'acier
Maturation : 6 mois en tonneaux de 400 litres
Affinage : néant
Production : +/- 1.500 bouteilles.
Première année de production : 2012
Température de dégustation conseillée : 12°C

31

Libero

Dénomination : IGT Toscana
Cépages : Ciliegiolo 90 à 100 % (Merlot et Carmenère pour compléter)
Sols : schiste
Pourcentage d'alcool : 13,2%
Méthode de vinification : Fermentation en cuves d'acier
Maturation : 6 mois en barriques de 500 litres de chêne français
Affinage : 3 mois en bouteille
Production : +/- 650 bouteilles
Première année de production : 2013
Température de dégustation conseillée : 16-18°C

27

Amaë

Dénomination : IGT Toscana
Cépages : Cabernet Sauvignon 90 à 100 % (Merlot et Carmenère pour compléter)
Sols : argilo-calcaire
Pourcentage d'alcool : 13,5%
Méthode de vinification : fermentation en cuves d'acier
Maturation : 8-12 mois en barriques de 225 litres en chêne français
Affinage : 12 mois en bouteille
Production : +/- 2.800 bouteilles
Première année de production : 2009
Température de dégustation : 18°C

29

Pemà

Dénomination : IGT Toscana
Cépages : Cabernet Sauvignon 60%, Merlot 30%, autres cépages 10%
Sols : argilo-calcaire
Pourcentage d'alcool : 13,5%
Méthode de vinification : fermentation en cuves d'acier
Maturation : 8-12 mois en barriques de 225 litres en chêne français séparément par cépage
Affinage : 12 mois en bouteille
Production : +/- 3.800 bouteilles
Première année de production : 2008
Température de dégustation conseillée : 18°C

28

Lino

Dénomination : IGT Toscana
Cépages : Sangiovese 100%
Sols : schiste
Pourcentage d'alcool : 13,5%
Méthode de vinification : fermentation en cuves d'acier avec température contrôlée.
Maturation : 8-12 mois en tonneaux de 400 litres
Affinage : 12 mois en bouteille
Production : +/- 1.080 bouteilles
Première année de production : 2010
Température de dégustation conseillée : 18°C

Prix indicatifs des cuvées : de 25 à 50 euros

04

Dégustation

La dégustation des vins a eu lieu au domaine, à la fois sur fûts ainsi que sur toutes les bouteilles disponibles actuellement…. Une première, paraît-il !

12

Dégustation sur fûts

On a commencé par une petite surprise, un Carmenère 2014 issu d’une parcelle de 1000 pieds. Le vin dégage un fruit incroyablement suave, avec de la structure et des tanins présents sans excès. C’est un vin qui me paraît surtout doté d’une énergie hors normes… à suivre.
A noter que ce cépage est assez « courant » au domaine, parce qu’en plus de produire des raisins, Olivier l’utile comme support de double greffe.

On passe ensuite au Sangiovese 2014 qui se montre encore très fermé sur une barrique de Chassin, beaucoup plus ouvert, vif et juteux sur un fût de chez Orion, avec une très belle intégration du bois, alors que chez Selmer, les tanins sont un peu plus secs mais le reste de la structure est assez comparable.

Le Ciliegiolo 2014 est probablement le vin le plus abouti de cette dégustation en cave, avec un fruit juteux, plein, une acidité vibrante au couteau et une très belle impression de matière sur la longueur. Un vin à suivre absolument !

Les cabernets sauvignons sont moins finis, quel que soient les barriques. S’ils possèdent déjà une structure évidente, une belle longueur et une acidité appréciable, ils se montrent un peu fermés voire encore limite terreux. Le meilleur fût est clairement le second goûté de chez Selmer.

20

Dégustation des bouteilles

D’acco 2014 (Alicante)

D’Acco, ce sont les deux premiers mots de Matteo. Olivier a donné ce nom à ce vin conditionné en bouteille d’un litre, parce qu’il se veut exprimer la jeunesse, l’insouciance dans la buvabilité, un vin aussi à peine sulfité, le plus proche des vins naturels de France.
Objectif pleinement atteint  avec un vin de pur jus, croquant et juteux. La finale est très aérienne et salivante. Clairement, un truc comme ça, un litre c’est bien, mais vive les magnums.

Libero 2013 (Ciliegiolo)

J’avoue, j’ai un faible pour ce cépage depuis que je l’ai découvert pour mes 50 piges dans une quille de 2008 du domaine Caspri, ici aussi « In Purezza ». Et comme pour le 2014, encore en fût, c’est une petite bombe de fruit qui est ici balancée, avec des tanins polis, un bois nettement plus intégré que pour son jeune frère, mais surtout un vin vif, frais, totalement en buvabilité.

Lino 2012 (Sangiovese)

On passe ici à quelque chose de plus sérieux avec une structure nettement plus dense, mais les sévices du caniculaire millésime y sont étonnamment maîtrisés, avec un fruit qui domine tout en restant frais, évitant totalement les tentations de la surmaturation, malgré un choix d’Olivier de le récolter assez tardivement. A côté des arômes de fruit et de chocolat, on retrouve en finale cette marque du sangiovese, le sanguin !
Très chouette réussite !

Pemà 2011 (Cabernet Sauvignon, Merlot)

Bien que ce Pemà respire encore les influences d’un passé plus boisé, il reste très propre sur lui-même, net, avec un fruit qui parvient à dominer l’élevage, surtout en finale. Un poil de tension supplémentaire aurait été heureux, mais c’est une histoire bien subjective de goût.

Pemà 2012 (Cabernet Sauvignon, Merlot, Cabernet franc (70/15/15))

Si le vin conserve les caractéristiques globales du 2011, il gagne à la fois en matière, en fruit et surtout en fraicheur, vraiment étonnante pour le millésime. Et comme le bois est un fifrelin moins présent, il y a fort à parier que cette quille a de quoi faire sourire pas mal de restaurateurs et sommeliers qui cherchent la quiétude en répondant à la demande de vins modernes, bien faits.

Amaë 2012 (Cabernet Sauvignon)

Là, clairement par rapport à Pemà, cet Amaë qui embarque 90% de cabernet sauvignon et 14,6° d’alcool a besoin encore de pas mal de temps pour intégrer toutes ses composantes, surtout les épices et les fruits mûrs qui sont littéralement explosifs.
Mais, la très grande qualité de ce vin est, pour un millésime pareil, d’avoir conservé non seulement de la fraicheur, mais surtout de la minéralité. Et puis, il y a ici un grand équilibre avec des tanins vraiment soyeux.
Alors, même si ma subjectivité est en train de beugler comme un  chien à qui mes plus de 100 kilos ont écrasé la queue, ce cabernet sauvignon est assurément un grand vin du Sud !

Amaë 2011 (Cabernet Sauvignon)

Tant le 2012 me laisse sul’cul, le 2011 répond du coup beaucoup moins à mes attentes, parce que plus sec, à la limite de l’oxydation et surtout beaucoup plus marqué par l’élevage.

Lino 2010 (Sangiovese)

Ce Lino 2010 servi en magnum s’avère une très intéressante curiosité.
Si on s’attache à l’historique du domaine, on aurait pu craindre un « machin » qui ressemble à ces Brunello ultra –classiques aux extraits de chêne neuf, aussi secs que maigres.
Eh bien, que nenni ! Même si on sent que le style est différent des 12 et 14 précédemment goûtés, l’équilibre, la fraicheur et surtout la buvabilité sont au rendez-vous, avec autre bonne surprise, un bois nettement moins marqué que sur l’Amaë 2011.
Un vin qui en a encore largement dans la culotte, j’en verrais bien une bouteille sous la table, à Vini, Birre, Ribelli 2015 !

Conclusion

Clairement, j’ai l’impression, au moment d’écrire cette conclusion d’avoir eu affaire avec Olivier Paul-Morandini à un mutant, vous savez, ces espèces qui s’adaptent au milieu pour s’y fondre encore mieux tout en marquant leur différence, ce qui ici comme souvent est une expression très dense d’une intelligence profonde, réfléchie, celle de ce Gladiator, ce légionnaire baroudeur qui a trouvé la paix dans ses vignes en fusion avec la nature avec sa femme et son fils.
Si Olivier s’avère très discret, humble, évitant systématiquement le « moi je », il n’en a pas moins vécu en 45 ans, ce que certains mettraient trois vies à réaliser, et au ressenti de cette force tranquille, il est clair que c’est loin d’être fini.
Passer du temps avec cet homme, c’est aussi ressentir comme une assurance que face au désespoir, il faut, comme le chantait ELO, s’accrocher à ses rêves, et foncer à la rencontre de son destin, parce que c’est la seule manière que ces mêmes rêves puissent trouver une voie de réalisation.
Mon hôte de ces quelques jours possède aussi deux autres qualités primordiales : l’observation silencieuse et l’écoute des autres.
Le résultat est dès lors impressionnant ; tout comme un Florian Beck-Hartweg en Alsace, Olivier nous livre millésime après millésime des vins, plus fins, plus profonds, plus vivants, au fruit de plus en plus généreux de buvabilité, sans jamais quitter le domaine du vineux, positivement parlé.
Ses 2014, malgré une année de merde absolue sont presque tous à leur sommet presque aussi énormes que les 2013, alors que là, le millésime était facile.

Ce domaine va assurément faire parler de plus en plus de lui, c’est indubitable et en bien….
Mais je suis prêt à parier qu’Olivier pourrait bien encore nous réserver des surprises en dehors de ses vins…

04

Coordonnées

Fuori Mondo
Olivier, Prisicilla et Matteo Paul-Morandini

Via di Fontanella, 13
57021 Campiglia Marittima (LI)
TEL : +39 3 284 518 458
Mail : info@fuorimondo.com
Web : www.fuorimondo.com

13

"Première et deuxième génération d'apprentis vignerons"

28 juin 2015

Vigneto Altura ou la renaissance par la beauté

18

« Notre travail à Giglio est intimement lié à notre joie et notre reconnaissance de vivre en ces lieux, des sentiments qui ont fait naître en nous une vertu presque chevaleresque, une vertu faite d’un amour sans bornes pour la vigne, pour la vie et pour cette île qui nous a permis de surmonter toutes les épreuves dont la pénibilité de notre travail sur ces terrasses ancestrales. »
Francesco Carfagna – Vigneto Altura – Isola di Giglio

Qu’est-ce qui explique que tant de mes amis vignerons parlent, avec tant de lumière dans le regard, de leur un séjour sur l’île de Giglio au domaine Altura de Francesco, Gabriella, Mattia et Irène Carfagna ?
Qu’est ce qui fait que la personnalité si particulière de Francesco et de ses vins agissent comme un aimant surpuissant face à tous les passionnés des vins vivants ?
La réponse à ces questions se résume à un seul mot : l’amour !
Car, assurément, côtoyer Francesco et sa famille en dehors mais surtout dans leur île revient à s’exposer à une incroyable dose irradiante d’amour, une dose telle qu’à moins d’avoir perdu tout espoir dans la vie, on en sort toujours renforcé, parce qu’inévitablement quelque chose de meilleur s’y est réveillé en nous.

07

Je suis aujourd’hui empli de bonheur quant à vous parler d’une famille qui s’est engagée passionnellement à affronter un énorme travail nécessaire afin de reconstruire et faire revivre un vignoble ancestral hors normes, véritable témoin de centaines d’années de la relation entre l’homme et la vigne.

L’île

Giglio est une petite île de l'archipel toscan en mer Tyrrhénienne rattachée à la province de Grosseto. Encore préservée du tourisme et de la spéculation immobilière avec plus de 95% de sa superficie livrée à la nature, elle ne comporte que trois bourgades, le port (Giglio Porto), le Château (Giglio Castello) et la crique de Campese (Giglio Campese).

06

Située au sud, face aux iles d’Elbe et de Montecristo, elle est une des îles les plus méridionales de l'archipel toscan, séparée de la presqu’île promontoire de la commune de Monte Argentario par un espace maritime de 16 km de large.
Son nom vient du mot grec αἰγύλιον, qui signifie « chèvre » en rapport à une population ancestrale de chèvres sauvages s'étant développée sur l'île.

05

D’une circonférence de 27 kilomètres de long et d’une superficie de 23,8 km2, l’île compte aujourd’hui approximativement 1600 habitants.

Giglio est un bloc montagneux de granite qui culmine au Poggio della Pagana à 496 mètres d’altitude. Quelques incrustations calcaires sporadiques à deux ou trois promontoires de l’île font exception à la domination de cette roche granitique qui affleure en tous points.
Le climat y est sec, venteux, solaires et l’élément « sel » y est très présent.

19
Giglio Castello

Aujourd’hui l’île est couverte à 90% par de la garrigue faite de chênes ainsi que de bruyères arborescentes et d'arbousiers qui alterne avec des forêts de pins.
A noter encore une proportion notable de châtaigniers dont la population est hélas en régression, victime d’une maladie qui semble intraitable.
Mais, pour le promeneur, il est toutefois aisé de voir à l’œil nu comment ses pentes douces étaient autrefois couvertes essentiellement de vignes en terrasses, vignes qui glorifiaient l’Ansonaco, le cépage blanc local.

20
Giglio Porto

Vivant principalement de la pêche, en dehors des vins qui y renaissent, Giglio produit, comme souvent en Toscane, des olives, des agrumes, des confitures et un miel réputé.

Habitée depuis le néolithique, comme beaucoup des îles toscanes, l’île fût tour à tour occupée par les Etrusques, les Romains, les familles de Sienne et de Florence et la maison de Lorraine avant d’être englobée dans l’Italie.
Comme ses voisines, elle fut aussi victime de nombreuses invasions pirates dont le célèbre Barberousse.

21
Giglio Campese

Avant Giglio

Francesco Carfagna naît à Rome d’un père professeur élémentaire, originaire de la province de Campobasso et d’une mère originaire de Trieste. Sous l’influence paternelle, il part à 21 ans à Florence pour y étudier le métier de professeur de mathématiques.
Ce premier contact avec la Toscane va le marquer profondément d’autant qu’il y rencontre la mère de Mattia, son premier enfant.
Le couple s’installe ensuite à Bologne où Francesco y donne cours. Suite à sa séparation d’avec sa compagne, il se retrouve seul à élever son fils et y acquiert, comme il se plaît à le répéter, cette nature de demi-maman qui fait probablement de lui cette être si polarisant.
A 34 ans, il décide de quitter l’enseignement pour suivre une expérience d’entrepreneur rural (en italien, Capomastro Rurale) qu’il va poursuivre pendant un an avant de partir tenter une nouvelle aventure sur l’île de Giglio, pour retrouver cette Toscane qui l’émerveille.

01

De Giglio à Vigneto Altura

Peu à peine arrivé à Giglio, il y rencontre sa seconde et actuelle compagne, Gabriella, jeune femme volontaire chez qui coule un sang à la fois italien et russe (Odessa).
Malgré la difficulté pour Francesco de prendre régulièrement un bateau, alors qu’il souffre d’un terrible mal de mer, il décide de s’installer dans l’île avec Gabriella.
La vie y nécessitant de nombreux trajets vers le continent, notre homme me confiera que cette souffrance vécue si régulièrement sur les flots est pour lui comme un remerciement à la vie de lui procurer tant de bonheur sur la terre ferme.

13

Ensemble, avec l’aide de Mattia, ils ouvrent alors l’Arcobalena, un restaurant à Giglio Castello, la petite citadelle médiévale qui domine l’ile.
Spécialisé dans le poisson, ce restaurant va très vite devenir la coqueluche gastronomique de Giglio et va permettre à Francesco et sa famille de s’intégrer au milieu très fermé à l’époque, typique d’un petit microcosme insulaire.
C’est aussi dans le cadre de son restaurant que Francesco va se lier de plus en plus à la passion des vins naturels et se focaliser sur l’Ansonaco local, un cépage presque disparu en cette fin de vingtième siècle et qui le fascine totalement.

11

Parallèlement, le couple s’installe à une bonne centaine de mètres sous la forteresse, dans une petite tour isolée, voisine du cimetière du Castello, un lieu étriqué, s’étirant de bas en haut sur deux niveaux, un lieu pour beaucoup improbable mais qui domine la mer et qui respire une sérénité incroyable.

08

Gabriella et Francesco y vivent encore aujourd’hui, dans un fouillis inouï (casino en italien), où s’entassent, sur l’escalier en colimaçon, sur les rares tables et sur les murs, tous les témoignages d’une vie pleinement vécue dans la passion et le partage.
L’état de dénuement qui règne ici, surtout par rapport au luxe de certains « agriturismo », pourra surprendre, mais c’est le fruit d’un choix de vie totalement porté par l’affection et l’amitié.

09

Mais, en fait, après quelques secondes, on comprend qu’il ne pourrait en être autrement…

C’est dans cet environnement un peu fou que va naître Irène, le second enfant de Francesco, qui aujourd’hui termine ses études avant de venir rejoindre dans un futur proche ses parents pour les aider au travail de la vigne.

12

La vigne… le mot est lancé !

Francesco est un insatiable amoureux de la nature et il a cette capacité de s’arrêter lors d’une randonnée à peu près tous les dix mètres pour nous parler d’un rocher, d’un arbre, d’une vigne abandonnée, comme si ces éléments faisaient partie intégrante de son âme.
Il est aussi féru d’histoire et s’est très vite attaché à étudier celle de la viticulture de l’île, qui sous les coups du phylloxera et de l’industrialisation a bien failli disparaître totalement de Giglio.
Ces deux passions vont le rapprocher de ces terrasses séculaires et de ce cépage Ansonaco, au point de le voir passer à l’étape suivante, celle de refaire revivre un vignoble qu’il nomme Vigneto Altura pour son caractère altier et aérien.

14

Vigneto Altura

C’est donc en 1999, après seize années sur l’île, que Francesco réalise son rêve en se portant acquéreur de 4 hectares de vignes en terrasses exposées principalement au sud-ouest.
Ces terrasses sont situées dans la partie méridionale de Giglio, à quelques encablures du phare qui domine la pointe du Capel Rosso, à environ dix kilomètres de Castello.
Parler de vignes est alors un bien grand mot ; seules quelques lianes rampantes y subsistent et se disputent les ruines des terrasses avec la garrigue dominatrice.

Francesco sait alors qu’il va affronter un travail d’Hercule. Et en plus, tous les habitants de l’île lui mettent la pression en le traitant de fou et en aimant à l’interroger pour savoir qu’est-ce qui peut bien intéresser un prof de math dans une vigne aride.

De fait, la tâche s’avèrera bien plus ardue que prévue d’autant que les Carfagna s’engagent dans quelque chose qu’ils ne maitrisent absolument pas.
Francesco avoue sans détours : « Plus tu essaies de comprendre, plus tu te trouves perdu face à l’immensité de ton ignorance… j’ai l’impression d’être un grain de poussière qui se réduit sans cesse, même si je viens de grossir de six kilos ! »

Mais en complète contradiction par rapport à l'abandon qui règne sur ces terres, le travail commence fort et bien, difficile, complètement manuel, et pourtant, comme le dit Francesco, «si appréciable, vénérable là où il existe, d’autant que plus il s’avère ardu à exécuter, plus il donne l’impression de se sacrifier pour une viticulture qu’on appellerait « héroïque », comme la symphonie du même nom ».

16

Et c’est ainsi que parviennent à se redresser des kilomètres de murs à sec, des terrasses qui, à l’origine, furent dressées dans le sang de deux ou trois vies, dans la peine, oui mais aussi à travers la beauté de ces pentes face au soleil et à la mer.

Ainsi, après avoir rebâti ces murs, préparé les sols, arraché tous les arbustes capables de concurrencer la vigne, tout en gardant un maximum de plantes autochtones pour favoriser la biodiversité végétale et animale, après avoir installé toutes les canalisations d’eaux nécessaires au travail contemporain du terrain, après avoir planté les piquets pour accueillir la vigne, une année avait passé.

Les premières vignes sont donc plantées en 2000 sur ce sol granitique sévère, seulement légèrement recouvert d’une couche sablonneuse acide, mais très riche en oligo-éléments.
Si l’Ansonaco y est prépondérant, Francesco désire l’accompagner d’autres cépages blancs et rouges, tous connus de l’époque romaine tel un clin d’œil empli de respect pour l’histoire, des cépages comme les procanico, malvasia, sangiovese, malvasia nera, cillegiolo, canaiolo, grenache, aleatico, mammolo, corinto nero, nero calabrese, trebbiano nero, pizzutello, muscats (blanc et noir), biancone giallo, empolo grecanico, etc…

Parallèlement aux travaux de la vigne, une partie du niveau inférieur de la tour de Castello se voit consacré au chai (cantina).

10

Il y a deux ans, parce que le travail de la vigne se faisait trop dur et trop prenant, Francesco a décidé de vendre son restaurant, pour s’occuper uniquement de sa vigne, laissant au passage la liberté à son fils, si présents aux fourneaux, de partir s’instruire à Paris où il fait aujourd’hui le bonheur de mes potes locaux.

Bien plus que le poids de l’âge qui rendait les deux travaux conjointement presque impossibles, il faut voir, dans ce choix, le suivi d’un conseil que donna le père de Francesco à son rejeton : «Rappelle-toi, mon fils, que pour faire bien les choses, tu ne dois jamais te tromper, tout comme un assassin, s’il veut bien faire son travail, doit apprendre à bien tuer».

Toutefois, encore aujourd’hui, Francesco reçoit des tas d’appels d’anciens clients du restaurant, et dès lors, sa générosité l’oblige à les inviter à la maison, dans sa minuscule cuisine, pour y partager à nouveau cette gastronomie qui fait transpirer notre peau d’émotion.

Plus que tout, alors que les mots se couchent sur cet article, au fond du cœur de Francesco brille, comme un soleil, la satisfaction, d’avoir, au-delà de la souffrance, pu être un exemple pour tant d’autres qui se mettent aujourd’hui  à faire renaître la vigne à Giglio, tout en conservant une fantastique dose d’humilité quand il dit, conscient qu’il n’a jamais été un vigneron «autodidacte» : « Vous savez, quand je suis arrivé sur ses vignes avec mes idées un peu folles et mon manque d’expérience, on m’a traité de « stupido », et aujourd’hui, il y a des gens plus professionnels, mieux formés que moi qui travaillent la vigne mieux que moi, et… pour qui, probablement, je suis « stupido » pour la seconde fois de ma vie ».

C’est ainsi que fut sauvé, à Giglio, un extraordinaire patrimoine…

24
Montecristo

Le travail de la vigne

A Altura, les vignes sont plantées à raison d’environ 8500 pieds/ha, avec des racines qui s’enfoncent profondément dans le granit allant jusqu’à le fendre.
Les regreffages sont l’objet de sélection massale ou alors, originalité des lieux, la vigne est redistribuée par une méthode héritée des romains qui a pour but d’enterrer un bras du cep pour le faire réémerger à proximité du cep mère. Cela a pour résultat d’amener à une situation un peu « visuellement » anarchique, d’autant que les pieds « filles » peuvent ressortir à travers un muret même, mais c’est quelque chose de tout à fait traditionnel comme travail.
Le mode de taille est manuel et en Guyot ou en Albarello Basso (petit arbuste entourant un pieu directeur).
La viticulture est menée en bio et ne sont donc utilisés ni désherbants, ni fertilisants chimiques, ni insecticides. On fait uniquement appel au fumier de vache, quand cela s’avère possible, ou à d’autres moyens de fertilisations végétales.
Les sols ne sont pas labourés mais juste raclés. La taille est manuelle et l’enherbement des rangs est fait de fleurs et d’herbes sauvages, périodiquement aidé par de trèfle et des orties.

17

Les herbes sont aussi taillées manuellement, de toutes manières, la structure des terrasses ne permet pas un autre travail que manuel.
Le traitement de la vigne constitue en deux seuls passages au soufre pulvérisé entre avril et juin, il faut dire que ces traitements ne concernent pratiquement que l’oïdium, le mildiou étant absent de l’ile de par la présence de vents permanents.
Les vendanges ont lieu d’août à septembre, elles sont évidemment manuelles et les grappes sont transportées en tous petits cageots jusqu’à une brouette qui attend au-dessus des rangs de terrasses, sur un petit sentier (l’autoroute de Francesco, comme il l’appelle), la brouette étant le seul moyen efficace d’amener les grappes jusqu’à la route bien plus haute que les vignes.

15
L'autoroute d'Altura

Pour les rouges, les raisins sont stockés une très courte période en petites cassettes dans un petit bâtiment voisin des vignes, où ils subissent un léger flétrissage.

Les rendements moyens tournent autour de 15 à 25 hectolitres à l’hectare, selon la bonne volonté de la nature.

Le travail à la cave

Pour le blanc, le pressurage est immédiat et, après un premier passage en cuve, le moût est débourbé après 12 à 18 heures.
Depuis à peine un an, un peu de raisins blancs sont macérés et ajoutés ensuite au moût classique, afin de renforcer un peu la structure des vins. Et, comme le résultat s’est avéré positif en 2014, l’expérience sera rééditée en 2015 à une échelle un peu plus importante… toujours sur le mode autodidacte qui ne prétend jamais tout savoir.

La vinification, la malo et l’élevage se font en cuve d’acier, sans contrôle des températures et sans autre intervention.
Plus en détails, un nouveau transvasement a lieu à la fin de la fermentation alcoolique (10 à 15 jours) et le vin est alors disposé en petites cuves en acier de 5/10 hl avant de subir 4 à 5 autres transvasements au cours des mois suivants jusqu'à la mise en bouteilles.
La fermentation malolactique apparaît de manière assez précoce et constante dans ce processus de vinification.
Comme pour le rouge, le vin blanc est prélevé des cuves et mis en bouteille quand la demande se fait sentir, Francesco ne possédant pas la place pour se permettre un stockage de bouteilles important, et, afin d’éviter une oxydation importante, il dispose de très petites cuves lui permettant un ouillage régulier des plus grandes.

A l’inverse du vin blanc, où l’Ansonaco domine, le vin rouge d’Altura est fait d’un généreux melting pot de cépages divers rouges ou blancs, ceux qui furent énumérés plus haut et avec très longue macération toujours en cuve d’acier et toujours sans contrôle des températures.
A la fin de la fermentation alcoolique, les mouts sont transférés avec les peaux dans de nouvelles cuves en acier où ils évolueront ainsi pendant 6 à 7 mois.
Ensuite, après un nouveau transvasement pour séparer peaux et lies, le vin évoluera naturellement jusqu’à sa mise, toujours « à la demande ». Le processus d’élevage moyen dure ici environ 24 mois, mais dans la mesure du possible, il est conseillé de le laisser s’affiner au moins un an en bouteille.

Vins blanc et rouge ne font l’objet d’aucune clarification, filtration, stabilisation ou autre, uniquement de transvasements. Leur degré d’alcool avoisine en générale les 14°.
Une petite quantité de soufre peut être ajoutée, au cours de la vinification, mais on respecte ici le côté naturel des vins et on excède que très rarement 50 mg de soufre total.

Les vins de Francesco grandissent comme leur guide, naturel et libre, confié à sa seule force de vie!

La production totale avoisine les 6000 bouteilles par an.

Les vins

Deux vins sont donc produits au domaine, le rouge Rosso Saverio et le blanc Ansonaco Carfagna, ce dernier étant largement majoritaire.

03

Rosso Saverio

Côté rouge, tout a pratiquement été dit plus haut. L’idée d’en produire au côté du blanc est venue après quelques années, afin de respecter une tradition locale, relatée par Andrea Bacci ayant déjà dès 1595 qui écrivait dans son livre « l'Histoire Naturelle des Vins » : “L’isola produce tuttavia vini rossi Migliori dei bianchi…..”, c’est-à-dire, très simplement, sur Giglio, il y a pas mal de vins rouges qui sont meilleurs que les blancs».
Fait de l’entièreté des cépages complantés sur ses parcelles, il s’agit d’un vin profond, structuré, mais qui reste doté d’une très grande fraicheur et surtout d’une énorme buvabilité. Francesco, à ce titre, et non sans malice, écrit sur ses étiquettes « vin qui se boit ».

02

Ansonaco Carfagna

Le blanc, même s’il fait l’objet accessoirement de l’ajout de très faibles quantités de Procanico et de Malvasia, est donc essentiellement à base du cépage Ansonaco.
A nouveau, presque tout a été dit plus haut mais il est utile de revenir sur ce cépage très peu fréquent.

Ansonaco est le nom traditionnel du cépage le plus enraciné et cultivé de toujours à Giglio, mais aussi sur l’île d’Elbe. On le retrouve aussi en Corse.
La nature de la viticulture en terrasses, la proximité de la roche souvent affleurant, la sécheresse, le vent omniprésent et souvent très fort en toutes saisons, et la présence de sel font que les racines sont poussées à aller chercher nourriture et fraîcheur en profondeur sous la roche et dans les rares fissures du granite.
De fait, par rapport à de nombreux autres cépages, l’Ansonaco, par cette capacité de survivre en milieu hostile, s’est vu l’objet d’une attention particulière, au cours des siècles, des professeurs des écoles de viticulture.

04

Au nez, l’Ansonaco est un caméléon  qui sait jouer avec la fraicheur et le fruit avec ses notes d'abricot et de confiture d'orange amère pour ensuite partir vers une plus grande rondeur sudiste où viennent émerger des notes florales d'oranger, de genêt, de rose et de mirabelle jaune mûrit.  En bouche, c’est un vin qui se démarque pars son équilibre, son élégance et sa complexité tout en ayant une typicité très différente d’un vin blanc sec classique.
Il convient le déboucher en avance, pour qu’il s'entrouvre au fur et à mesure. Il accepte la valeur des années à merveille, avec un optimum vers les 10 années de vieillissement en bouteille.
Par sa structure, il s’associe à merveille aux assiettes de terre ou de mer.

C’est un vin qui a aussi « un prix », mais ce prix est celui de la sueur, d’efforts surhumains, celui d’une lutte pour faire survivre une tradition.

23

Mais aussi…

Francesco aime à produire, pour les amis de passage et pour les divers salons où il est présent, un vrai vin de soif, une petite tuerie qui désaltère mais n’enivre pas, un vin qu’il propose en version blanc ou rosé, sans étiquette en cruche ou en magnums, selon le lieu!
Deux vins, aussi, qu'il aime à accompagner de ses rougets favoris !

Conclusion

Il y a dans les vins d’Altura cette complexité qui se projette dans toute l’humanité de Francesco. A la fois bourré de tendresse et de pugnacité, cet homme exceptionnel peut passer en une fraction de seconde de la mélancolie des temps anciens à la joie du moment présent, de la diatribe avec une langue très bien pendue aux libations, aux chants entre amis, et cela,jusqu’au bout de la nuit, toujours autour de la table, toujours en mangeant. En vérité, ce personnage à la truculence sans pareil peut s’avérer être tantôt un démon bondissant, tantôt une mère attendrissante.

Jamais, dans le monde du vin, je n’ai ressenti une telle identité, une telle force, mais plus que tout, jamais je n'ai pu à ce point admirer un sacrifice aussi total pour une passion pour une vigne, une vigne qui ressemble encore et toujours à une jungle face à l’image des vignobles de carte postale.

22

Mais le plus important, c’est qu’au-delà de leur plaisir et de leur souffrance, à travers leurs vins et leur travail, Gabriella et Francesco font renaître, redécouvrent et cultivent ce patrimoine viticole pour donner un signal très fort, un signal en opposition au pouvoir excessif de la « monoculture », ce pouvoir du marché au profit commercial immédiat qui n’a créé que destruction des paysages par l’immobilier touristique, désertification des terres et dépeuplement des campagnes.
Ils nous envoient un message de lumière dans la nuit !

Je laisserai les derniers mots au père de Francesco qui lui aussi eu des vignes et suscita peut-être ainsi cette passion chez son fils :

Travailler, c’est faire de toi un éternel,
dans un présent éternel,
uniquement parce que toi, tu y crois,
pour toi,
et pas pour les autres ou parce que quelqu’un d’autre te le demande.
Voilà ton futur !

25

Coordonnées

Francesco Carfagna
Vigneto Altura

Località Mulinaccio
58012 Isola del Giglio (GR)
Italie

TEL : 00 39 0564 806 041
Mail : altura@arcobalena.net
Web : http://www.vignetoaltura.it/

Posté par PBottcher à 18:55 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

02 juin 2015

Les Racines du Goût

01

Dans la recherche de l’authenticité et de la qualité des produits qu’ils proposent à leur clients, certains restaurateurs semblent comprendre les choses bien plus vite que d’autres, même si pour cela, il faut travailler souvent plus, sans pour autant gagner moins….
Même si ce qui est dès lors proposé est moins conventionnel et certainement plus risqué.
Pour arriver à une forme de perfection dans le genre « Slow Food », une fameuse dose de passion est nécessaire, passion qu’ont souvent plus souvent les italiens, parce que celle-ci leur a été véhiculée par ce qu’ils ont de plus chers : leur mère.

09

Il fallait donc bien s’attendre qu’à Bruxelles, là où tant de nouvelles idées fleurissent chaque jour, ce soient deux italiens entourés d’une belle équipe qui allaient littéralement crever l’écran.

Cette nouvelle explosion s’appelle « Racines », elle vous est comptée sur le site de Slow Food Metropolitan Brussels à l’adresse suivante : http://slowfoodmetropolitan.be/fr/story/racines

Mes plus fidèles lecteurs me pardonneront ce genre « d’infidélité » en lisant l’article, tant ils comprendront que cette superbe histoire avait plus sa place chez Slow Food que sur Vins Libres.

Bonne lecture !

11

Racines
Ugo Federico  & Francesco Cury

Chaussée d'Ixelles, 353
1050 Ixelles
Info et réservations : +32 (0)2 642 95 90
Mail : info@racinesbruxelles.com
Web : www.racinesbruxelles.com
Facebook : https://www.facebook.com/racines.gastronomia

10