Vins Libres

18 avril 2014

Le Rouge et le Blanc a 30 ans, ça se fête le 27 avril à Paris !

Une fois de plus, à Paris, le prochain week-end, cela va joyeusement trinquer, parce que la ville lumière vous propose deux salons de vins « bons » plutôt qu’un le dimanche 27 avril.

Car en sus de l’incontournable Salon « Sous les Pavés, la Vigne » organisé par Rue89 ces 27 et 28 avril à Ménilmontant, c’est l’encore plus incontournable revue le Rouge et le Blanc qui invite, à la rencontre du public, 30 vignerons jeunes, dynamiques, marqueurs sensibles de l’espoir que nous avons tous en un vin sain et de qualité.

Trente vignerons à rencontrer absolument pour dignement fêter 30 ans d’existence pour le Rouge et le Blanc, 30 années de qualité croissante, de textes fouillés, précis, objectifs et plus que tout libres de publicité, ce qui pourrait représenter aux yeux de nombreux éditeurs une utopie de première mais qui, par la qualité de la revue et le soutien indéfectible des lecteurs passionnés, a fait de l’entreprise une réussite reconnue et même enviée.

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Revenons à cette qualité des textes et des dégustations… quelle n’est énorme la frustration du blogueur stakhanoviste, ayant récolté tous les éléments nécessaires pour parler d’un vigneron, de voir le Rouge et le Blanc lui souffler la politesse à quelques jours près, et lui, alors de se dire, ‘tain c’est râpé !
Parce passer derrière, le Rouge et le Blanc….. faut pas rigoler, quand même.

Et si j’écris cela, c’est le sourire admiratif aux lèvres, c’est aussi parce que la revue a toujours mis l’homme et la terre en avant, bien devant les vins, et en cela le Rouge et le Blanc nous a tellement inspiré, nous les joyeux organic bloggers, qu’il est nécessaire de rendre à César ce qui lui appartient!

Alors… si vous avez l’occasion, allez fêter avec eux ces 30 années d’aventure, de bonheur et de passion….. vous ne serez pas déçus !

Ça se passe donc le dimanche 27 avril de 11 à 18 heures à La Cartonnerie (Paris XIe), 12 rue Deguerry et l’entrée de 5 euros est plus que modique pour la qualité des rencontres à faire dont voici la liste ci-dessous.

Joyeux anniversaire, le R&B !

Liste des vignerons présents :

• Alsace : Lucas Rieffel/Catherine Riss.
• Autriche : Markus Altenburger.
• Beaujolais : Rémi Dufaître.
• Bordeaux : Cyril Dubrey, Closeries des Moussis.
• Bourgogne : Laurent Fournier, Julien Guillot, Thomas Pico.
• Champagne : Olivier Horiot, Aurélien Laherte.
• Corse : Jean-Baptiste/Antoine-Marie Arena.
• Espagne : Comando G.
• Grèce : Apostolos Thymiopoulos.
• Italie : Davide Spillare.
• Jura : Damien Courbet, Étienne Thiébaud.
• Languedoc : Maxime Magnon.
• Loire : Sébastien Brunet, Emmanuel & Stéphanie Caslot, Mathieu Coste, Jérémie Mourat/Jérémie Huchet.
• Rhône : Laurent Charvin, Paul Estève, Pablo Höcht, Clos des Mourres, Nicolas Renaud.
• Roussillon : Cyril Fahl, Marjorie Gallet.
• Savoie/Isère : Thomas Finot, Dominique Lucas, Jean-Yves Péron.
• Sud-Ouest : Damien Bonnet, Fabien Jouves.

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17 avril 2014

Pierre Frick, la composition d'un monde

....Cela fait un bon bout de temps que l’envie m’est grande d’accoucher sur ce blog de nombreuses lignes sur Jean-Pierre Frick, son domaine, ses amis et son cheminement militant.
L’envie m’était d’autant plus grande que malgré son caractère vif, l’homme de Pfaffenheim préfère toujours mettre ses actes et son combat en avant, alors que lui-même fait le plus souvent preuve d’une grande réserve tout en simplicité. Avec le recul, je ne pense pas que ce soit de la timidité, mais plutôt une forme d’écoute respectueuse et réfléchie.
Une forme d'écoute qui est prête à vibrer intensément, surtout si Jean-Pierre détecte en vous de la curiosité et, plus encore, un espoir pour l’homme, un espoir qui passe par une interaction retrouvée avec la terre-mère, comme elle a été pendant tant de millier d’années avant que la productivité industrielle se mette à menacer un équilibre soudainement fragilisé.

Si j’avais dû trouver un titre à ces nombreuses lignes désirées, j’aurais probablement écrit "Jean-Pierre Frick, fils de la Terre".
Mais voilà, tout cela me semble aujourd’hui bien moins utile parce qu’un trio m’a devancé avec un livre empreint d’émotion : « Pierre Frick, La composition d’un monde ».

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Un trio qui rien qu’à la qualité de sa composition force déjà le respect, probablement parce que l’auteur principal, Thierry Weber, professeur de philosophie, aime à s’entourer pour chacun de ses livres de collaborateurs qui savent mettre leur art en résonance avec le contenu des écrits, avec pour se livre Denis Perez, sculpteur et plasticien et Christophe Bohême, photographe qui complètent le trio d'auteurs.

Le livre s’appelle « Pierre  Frick… » et non, "Jean-Pierre Frick...", parce que les auteurs ont compris que ce dernier est avant tout un être fusionnel au cheminement de ses ancêtres, à commencer par Pierre, son père, une fusion qui se marque profondément dans ses racines historiques alsaciennes.

« En provenance du Strangenberg, une énergie intense et légère traverse l’air… » 

Bien mieux, je pense, que je ne pourrais le faire, ce livre réussit à recréer une ambiance, un cadre vivant où il est dès lors plus aisé de comprendre les actes de ce passionné de la terre, de la biodynamie, de sa recherche du marquage du terroir à travers les vins, plus particulièrement à travers cette approche très raisonnée de la (non)utilisation du soufre.
Le livre met aussi parfaitement en évidence le combat du vigneron contre les OGM, mais aussi contre le nucléaire, un combat virulent, violent même, caractéristique d’un terrien qui rentre en action politique.
Et puis, bien sûr, il y a les vins, ici abordés avec délicatesse, sans phrases directrices, parce qu’on n’impose pas ses vins, on les propose à la découverte et laisse toujours aux autres ce droit légitime d’apprécier ou non.

Aérien et tout en sensibilité, ce livre est le témoignage remarquable d’une aventure humaine hors du commun, une aventure marquée par la passion.
Un livre émotionnel, poétique, vibrant qui nous redonne une valeur humaine, bref, incontournable. 
Merci à vous, Monsieur Weber, d’avoir si bien écrit ce que je rêvais d’écrire.

Tout aussi incontournable que cette jeune maison d’Edition, « Tonnerre de l’Est » qui n’en est pas à son premier coup d’essai, puisque elle a déjà publié « Le Domaine Zind-Humbrecht », tout aussi captivant.

En dehors des librairies spécialisées, vous pouvez vous procurer ces deux livres sur le site web de l’éditeur, à l’adresse suivante : www.editions-tonnerre-de-l-est.com

Pierre Frick, La composition du monde
Thierry Weber, Denis Pérez et Christophe Bohème
Editions Tonnerre de l’Est, 29 €

PS : Avoir la chance de lire ce livre et ensuite côtoyer Jean-Pierre Frick tout au long d’une soirée, échanger nos espoirs, nos craintes, nos passions avec un beau verre à la main, fait partie de ces moments qui rendent chacune de nos vies…. uniques.

10 avril 2014

Vini, Birre, Ribelli : LE Salon !

Bonjour à toutes et à tous,
Ciao a tutti amici ! 

Après des années où je ne trouvais pas le moyen de faire de mon rêve une réalité, grâce à la collaboration de mon amie Nicoletta Dicova, nous nous lançons dans l’aventure de l’organisation d’un vrai salon qui sera la rencontre entre les vignerons des « Vini Naturali d’Italia » et plusieurs brasseurs « rebelles » comme Cantillon, Dupont, etc… : 

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Si tout se goupille comme nous l’espérons, il y aura trois jours de salon, un à Gand, 2 à Bruxelles, avec +- 60 vignerons italiens et 6-7 brasseurs de Belgique et d’Italie, mais aussi avec la visite de Cantillon, le samedi, des conférences, une projection des films de Natural Resistance (la suite de Mondovino) et Senza Trucco, un concert, des animations et des repas dans plusieurs restos… bref, un salon axé festif, rencontre et partage avant tout. 

Vous pouvez déjà suivre le fil des évènements sur les médias suivants : 

Site web : www.vinibirreribelli.net
Facebook : page générale : https://www.facebook.com/vinibirreribelli
                      page de l’évènement : https://www.facebook.com/events/1512491362311756/
Twitter : https://twitter.com/ViniBirreRibell 

Pour que la fête soit complète, Nicoletta et moi espérons vous y voir en très grand nombre, surtout les deux jours à Bruxelles…. Donc n’hésitez pas à forwarder ce message à tous ceux qui pourraient être intéressés et que j’ai oublié dans la liste de mail. 

Vous pouvez déjà vous préinscrire via le site web sur la page : www.vinibirreribelli.net/FR/orderrebel.htm . N’hésitez pas, faisant cela, vous nous aiderez à avoir une idée subjective du potentiel d’intérêt.
Si vous désirez être partenaires, merci de me le signaler sur le formulaire du site de l'évènement ou de me contacter par mail ou au 02/520.98.12 ou au 0495.36.11.57 !

Si vous désirez être bénévoles, idem, contactez-moi…. !!! Vous ne serez pas de trop ! 

On compte sur vous, très fort ! Venez nombreux et faites notre pub à donf ! 

Salute … 

Patrick et Nicoletta

01 avril 2014

Le Roundup mis en question dans la revue américaine "Nature"

Etonnante découverte diront certains ou triste confirmation diront d’autres que cet article du professeur en toxicologie de la fac de Bordeaux III, Jan Voorbloed, que publiait hier le célèbre magazine scientifique américain « Nature ».

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Il semblerait que la présence sérique au-delà de 0.03mg/l de trichono-benzoyl-methylnaphtalène, un métabolite hépatique d’un dérivé du Roundup provoque une altération des récepteurs au 2.4 ethynyl, -3,5, vaniline, 1,6, methyl-xylenol situés sur la paroi inférieure du nez, appelée zone des cornets.
Cette atteinte résulterait en une diminution continue de la perception d’arômes vanillés, lactés et de type boîte à cigare.
Cette étude montre auusi une aggravation de cette pathologie chez les fumeurs, particulièrement consommateurs de cigares ou cigarillos.

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L’étude a été pratiquée sur un large échantillonnage de volontaires, tous se déclarant consommateurs réguliers de vins de la région de Bordeaux où ce dérivé de Roundup est massivement utilisé et en double aveugle vis-à-vis d’un échantillon non consommateurs de vin.

Tout ceci expliquerait le besoin actuel de certains œnologues de corriger de plus en plus leurs vins à l’aide de méthodes comme les copeaux de bois pour entretenir une forme d’équilibre aromatique perçu à leurs vins.

A suivre, évidemment !

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30 mars 2014

Vini, Birre, Ribelli

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Bruxelles - Gent 22-23-24 /11/2014
An Outsdanting Event !!!

Cari amici,

Vogliamo che il nostro salone « Vini, Birre, Ribelli! » sia un luogo d’incontri, di feste e di scoperta tra due mondi amici che sono i produttori di vini naturali d'Italia e di birre - come la Brasserie Cantillon - in Belgio. Il salone si svolgerà il sabato 22 Novembre a Gent, la domenica 23 e il lunedì 24 Novembre a Bruxelles. Durante questi tre giorni, vogliamo anche che questi momenti permettano incontri tra gastronomia e culture fiamminghe, francese e italiane.
Presto troverete tutti i dettagli su www.vinibirreribelli.net.

Vignaioli, importatori, cantinieri e visitatori si possono già registrare cliccando sull’icona "Iscrizione" sul nostro sito web. Vi contatteremo al più presto.  A questo punto nessuna fattura vi sarà inviata, si tratta semplicemente di prenotare  (VAR di annunciare ) la vostra partecipazione per consentire agli organizzatori di trattare i prezzi migliori nel miglior ambiente per tutti! 
Se il nostro evento vi ispira e volete esserne partner, grazie di contattarci a questo indirizzo: patrick@vinibirreribelli.net.

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Chers amis,

Nous voulons que notre salon « Vins, Bières, Rebelles ! » soit un lieu de rencontres, de fête et de découverte entre deux mondes amis que sont les producteurs des Vins Naturels d’Italie et de Bières comme la Brasserie Cantillon, en Italie et en Belgique. Il aura lieu le samedi 22 novembre à Gand et les dimanche 23 et 24 novembre à Bruxelles.
Pendant ces trois journées, nous voulons aussi que ces moments permettent la rencontre entre la gastronomie et les cultures flamandes, françaises et italiennes. Vous trouverez bientôt tous les détails sur notre site www.vinibirreribelli.net.

Vignerons, Importateurs, Cavistes, Visiteurs, vous pouvez déjà vous inscrire en cliquant sur le bouton « Inscription » de notre site. Nous vous contacterons ensuite. Aucune facture ne vous sera envoyée à ce stade, il s’agit simplement d’une réservation de participation, car nous faisons un maximum pour négocier les prix au plus bas et dans le cadre le plus profitable à tous.

Si notre évènement vous inspire et que vous désirez en être partenaires, merci de nous contacter à patrick@vinibirreribelli.net.

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Beste vrienden,

We willen van ons salon « Wijnen, Bieren, Rebels ! » een ontmoetingsplaats maken, waar de 2 werelden van “Italiaanse Natuurlijke Wijnen ” en “Opstandige Bieren uit België en Italië” samenkomen om elkaar te ontdekken.  
Dit zal plaatvinden op zaterdag 22 november te Gent en zondag 23 + maandag 24 november te Brussel.
Tijdens deze driedaagse zullen ook “Gastronomie” en “Vlaamse, Franse en Italiaanse cultuur” elkaar ontmoeten. Zeer binnenkort kan u alles gedetailleerd terugvinden op onze website : www.vinibirreribelli.net.

Geachte Wijnboeren, Importeurs, Wijnhandelaars en Bezoekers, door op de knop "Inschrijving" van onze site te klikken is het mogelijk uw inschrijving in te brengen. Wij vervolgens zullen met U contact opnemen. Geen enkele rekening zal u in dit fase verzonden worden, het gaat eenvoudigweg om een voorbehouding van deelname, want wij doen een maximum om de prijzen aan het laagst en in het voordeligste kader aan iedereen voor te stellen.
Als onze gebeurtenis u inspireert en dat u ervan partners wilt zijn , gelieve met ons contact op te nemen op patrick@vinibirreribelli.net.

Nicoletta Dicova et Patrick Böttcher

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28 mars 2014

VDV #64 : Et le vin devint divin... ou Devil !!

A vrai dire, je n’avais pas trop envie de m’amuser, d’autant que la dégustation que je vais vous conter est arrivée le jour d’un cruel départ, d’un au revoir d’une compagne de route à nous tous. Je n’avais pas le cœur d’en remettre des tonnes avec des feintes à trois centimes, mais une petite voix ligérienne pleine de sensibilité, de joie et de passion m’a rappelé, combien le rire et le vin devaient être sacralisés ensemble.
Alors, pour toi, Anne, permets-moi de là-haut d’en remettre une belle couche ici-bas.

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Vendredis du Vin#64 : Et le vin devint divin... ou Devil !!

Qu’il soit Mister Aurélien Litron ou Doc Adn, aussi sympathique que vous paraisse ce gars ébouriffé à l’œil vif et la langue bien pendue, méfiez-vous en toujours, parce que les Escapades auxquelles il est susceptibles de vous entrainer peuvent faire prendre à votre vie un tournant vis-à-vis duquel la cantine de Koh-Lanta fera office de Septime local.
Doc Adn est un type dangereux à enfermer de toute urgence et toi, Mailys Ray, t’aurais pas dû lui confier les
Vendredis du Vin du mois de mars 2014 parce qu’il était prévisible que ce Bourbon Kid de la glousphère allait transformer le paysage romantico-vinoso-buvable en un Verdun de l’INAO.
Bref, jeune et nouvelle secrétaire de nos Vendredis du Vin chéris, t’aurais dû te méfier gravos de ce dangereux schizophrène incapable d’utiliser la même police sur plus d’une ligne. Si après cela, de nos divines agapes de fin de mois, il n’en reste qu’une terre brûlée au vent des forêts de Bouard (couché Sardou*), faudra pas t’étonner, hein.
*(Sardou, c’est le nom de mon phasme)

Donc… il ne fallait pas, mais ce qui est fait est fait et je vous livre donc le sujet que l’Attila des gosiers nous suggère en tant que Président autoproclamé :

« Pour vous, que sera le vin de demain ?!
Derrière ces questions, volontairement provocatrices et réductrices pour certaines, débiles pour quelques-unes, sincères pour d'autres, se cachent de vraies interrogations !!
A quoi le vin de demain devra-t-il "ressembler" pour vous convaincre dans votre passion ?! £Y a-t -il à votre connaissance des vignerons qui font déjà le vin de demain ?!
Va-t-on dans le mur, ou passerons-nous à travers ?!
Et le vin devint divin... ou Devil !! »

Et voilà… la galère, enfin la galère, c’est peu dire parce que devoir suer en rameurs de tanins rapeux aux sauvignons de chêne tout en jouant les Elisabeth Tessier du baromètre des saveurs de l’avenir, c’est carrément l’enfer et on est en droit de se demander pourquoi tant de haine à l’égard de nos papilles alors que Nicolas de Rouyn, lui, il sait depuis longtemps à quoi ressemble notre avenir, lui qui dans son verre de cristal nous en parle inlassablement tous les jours. 

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 La peur, oui, ma bonne dame, la PEUR, voilà ce que devrait ressentir tout humain (sauf de Rouyn) quand à travers le verre INAO de cristal, on lui force d’ouvrir la boîte de Pandore de l’avenir.
Et je compatis donc vraiment à tous ceux qui seuls, à l’ombre de leur bougie, ont dû affronter ces visions au goût de Bounty. Je compatis, parce comme les plus érudits d’entre vous le savent, à Bruxelles, nous avons pour habitude de pratiquer l’autoflagellation en groupe, ce qui permet une certaine empathie du flagelleur pour les palais rougeoyants de ses petits camarades de galère.

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Arpenter l’avenir en groupe a aussi la conséquence inéluctable de devoir faire avec les visions de chacun, des pacorabaniennes au plus raeliennes en passant par les rouyniennes, ce qui, évidemment, MÔSSIEUR DOC ADN, nous amène au très joyeux bordel qui suit, l’enfer des uns semblant quelquefois attoucher le paradis des autres, un peu comme si nous envoyions nos petites têtes blondes en visite culturelle à la Fistinière et que certains en revenaient inspirés d’une vocation nouvelle, ce qui ne serait certainement pas du goût de mademoiselle Barjot F.
Autrement dit, ce qui suit est probablement le plus instructif de tous les documents sans valeur que l’humanité craintive et chétive a pu produire.
Vous voilà prévenus, quatorze fois plutôt qu’une.
 

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 On entame les festivités (enfin, les festivités, c’est vite dit) par une bulle. L’avenir de la bulle pourrait bien être boulardienne ou tarlanesque, si on pouvait changer d’un petit doigt le cours d’un fleuve, mais il est fort à parier qu’il ressemblera plus à ces espèces de jus sucrés et pétillants que vous servent des hôtesses aussi courtement jupées que les caudalies de leurs coupes, question de tenter de vous faire oublier que vous n’allez pas tarder à être manipulés gravement (et, là,  j’ai tout fait pour éviter la grivoiserie).
Et puis, quelque part entre le paradis et l’enfer, il y un petit vignoble improbable au cœur d’un pays de bière qui produit des cuvées franches, sans emballage doré mais avec passion, comme cette coupe à la bulle sauvage, dense, à la tension forte, au nez qui fait ce qu’il peut dans la finesse et à la bouche qui en fait pas des tonnes, mais qui est là, calcaire, fraiche et surtout pas sucrée.
Il y a cette Cuvée Seigneur Rufus « Brut Sauvage » du belge Vignoble des Agaises qui montre qu’entre l’industrie et l’artisanat rock’n’roll, il y a des gens pour croire à un avenir simple, honnête et peut-être pas si idiot que cela, parce que, doucement, avec le réchauffement climatique, la Belgique devient terre de vin.
 

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Ils sont nombreux ceux qui ont eu un jour l’honneur de se voir attribuer l’expression de vin ou vigneron d’avenir. Dans le nord de l’Italie, Daniele Piccinin fait partie de ces personnages maintes fois cité (admiré les merveilles (belgian private joke)).
Disciple d’Angelino Maule, un vigneron historique du Veneto, le Daniele nous fait contre toutes modes son vin à lui, ni orange, ni en amphore, ni surnaturel… juste classique, avec quand même 2,6 gr de sucres dans le cas de cette cuvée Montemagro 2011 en IGT Veneto et à base du mondialement réputé Durella (pas celle où on peut y mettre ses doigts).
Dans ce vin, de l’alcool il y en a (comme dans la bouche de Daniela), mais aussi du fruit rouge (bien que le vin soit blanc), du tabac, du miel, de la vanille et surtout des épices doux pour danser avec le curry. Si les grammes de sucres embarqués ont passé la douane sans encombre, certains riront jaune sur l’acidité un poil démesurée et riront moins encore avec les amers un peu durloches, mais globalement, y a du fruit et c’est pas trop mal….
De là à en faire de l’essence de boule de cristal, il y a quelques marches que
Daniela ne franchira pas, trop occupée qu’elle est avec ses amis.  

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 Un jour, je me suis juré de tenter de jamais dire du mal d’un vin, me basant sur l’idée que mon palais n’est pas le tien, toi qui aime ce que je n’aime pas.
Je ne commenterai donc pas la troisième bouteille de la soirée, le Sauvignon Blanc 2012 de Cloudy Bay du comté de Marlborough dans la Nouvelle-Zélande.
Enfin ,à cause de Monsieur Litron, je dirai quand même que dans le genre variétal, ce vin peut faire cas d’école et qu’il est, en cela,  fortement conseillé à tout organisateur de dégustations sur la découverte des cépages. Par contre, il serait vraiment, mais alors là vraiment méchant de parler de lui en tant qu’asperge pas mûre ou véritable pisse de rat. Il est beaucoup plus civique de parler de ce vin comme l’avenir du sauvignon, as they say in New Zealand, defintely !
 

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 Pour être mis en miroir avec ce grand vin de l’avenir néozélandais, voici un autre sauvignon qui va certainement moins faire chauffer les requêtes sur Google, surtout si l’on tape Future + Sauvignon, ou encore qu’on demande à Tessier E. ce qu’elle en pense.
Car ce que la panse d’ânesse sanguinolente sur l’hôtel dira,  les grands prêtres seront bien en mal d’en prédire le même avenir que son happy and glorious prédécesseur, à ce Sancerre « Les Romains 2008 » du domaine Vacheron qui ne possède pas les caractères variétaux de ce noble cépage (même qu’il y a un gros suisse qui a dit riesling), mais bien un fruit tout fin et frais à la place et surtout une bouche où s’entremêlent en harmonie amers, tension, gras, salinité et longueur.
Un vin bien trop beau et complexe pour un vin d’avenir.
Un vrai vin de terroir ? What terroir Hell, so shocking ! Enfin, Marie, I please you, arrêtez d’être grossière et retournez à vos lessives !
 

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 Un jour, un homme a dit, donne un pinot noir de Bourgogne à un pécheur et il n’aura plus soif ; donne-lui un gamay et il deviendra vigneron.
Nous avons donc voulu vérifier une fois de plus cet adage que la Capitaine Iglo nous envie et sommes partis voguer vers le Fleurie 2011 de Julien Sunier. U
n vin qui pour peu qu’il mérite l’avenir qu’on donne aux Bojos ne laisse pas indifférente l’assemblée des marins au long cou. Dans le camp des « pour », il y a le bon nez de fruits rouges, bien juteux et bien frais. Dans le camp des « moins pour », il y a une acidité qui ne se dévoile pas assez, une rafle qui joue trop la chaire du dimanche et un peu de sucre trainant. Bourgogne aurait-elle encore de beaux jours devant elle ? Il est certain que la femme est l’avenir de l’homme, enfin, il paraît, parce que Frigide B. ne m’en persuade pas.
 

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 Pour la quille suivante, on reste sur un beau nez gourmant un peu «gamay »bien que ce soit ici un Cot et même le Pivoine 2011 d’Hervé Villemade en son Loir et Cher. Comme on en a goûté toutes les cuvées récemment et qu’on adorait, on dira qu’ici, la réduction cache ce qu’on sent  de bien et de bon derrière. C’est dommage, parce que celui qui a apporté la bouteille voulait nous persuader qu’en plus de la femme, Hervé Villemade était l’avenir de l’homme…. et de la femme. 

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Le vin suivant, mes très chers sœurs et frères, se veut nous faire penser que l’avenir est dans la poussière, poussière que nous sommes ou serons tous sauf si James Dyson prend le pouvoir du monde sans perte d’aspiration.
Et bien que nous aspirions tous à un avenir éternel, les faits sont à Philippe Peulet de nous rappeler qu’à force d’en prendre plein la gueule de dame nature dans les Côtes Roannaises ou ailleurs, il arrive de fermer les portes de la Perrière alors que sa cuvée Bonichons faisait tant les belles lettres de tant de posts. Adieu donc, mais sans une fois de plus d’apprécier ce 2011 à la fraicheur si évidente, aux fruits noirs si généreux, à l’équilibre si subtil qui vont tellement bien aux gastronomes au glou pas court. Et tant pis (ou tant mieux) pour ce nez un peu sauvage dont on retrouve des traces de description dans des annales célèbres.
 

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Jusqu’alors, nous n’avons que traité de l’habituel, du grand fréquent, du moins pour nos tables arrosées de ces jus à boire. Mais tiens, puisque de Bouard il le faut*, allons donc voir, ma bonne Marie-Louise, comment se porte la cloche à la résonance honteusement ternie par la vile Dame Saporta, cette sorcière venue des bas-fonds des vins naturels.
Honorons la mémoire du bon baron Hubert et de ses sénéchaux par un Angélus 1983, Saint-Emilion Grand-Cru Classé B qui à contre-courant des agences qui font la pluie ou le soleil, est passé de B à A, fort récemment.
Point de goudron dans ce vin, tout ayant été visiblement consommé pour le parking. A peine un peu de bois poussiéreux, mais sur un millésime moyen et vingt après, ils peuvent toujours venir voir ces Grosjeans avec leurs Poulsards. Pour le reste, et pour redevenir un tant soit peu sérieux, aussi difficile que cela puisse sortir de Christian, mon clavier, ce vin possède une fraicheur acide étonnante, un fruit conservé et même si la finale a des amers assez conséquents, elle tient vachement bien la route, avec un fameux volume.
Et paf le vin, vlà pas mal de partis pris sur l’avenir des vins soudainement mis à mal… et déjà, j’en vois qui sourient au fond de la classe.

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* C’est en effet à la suite de gros travaux d’aménagement d’un parking dans le Libournais que des vestiges romains ont été mis à jour et une collection de tablettes de Pierre ainsi retrouvées. Bien que peu lisible, l’auteur, un certaine Agrippine Gracchus Saporta termine un de ces écrits par la citation d’un vigneron local « Nunc est Bouarandum » ce qui en latin de Burdigala semble signifier « maintenant il faut t’en prendre plein le faciès ». 

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Et puis il y a la logique, implacable. Si tu demandes à un analyste quel sera le vin de l’avenir, il y beaucoup de chance qu’il te dise « celui qui sera le plus bu ». Et pour peu que nos amis parlant le mandarin se mettent à transformer leurs rizières en vignobles, voici ce pourquoi il ne faut pas s’appeler Irma pour deviner quel sera « le » vin du futur, car déjà, dans les rayons chéris de nos grandes surfaces au doux gazouillis musical, nous pouvons voir fleurir le Changyu 2010 Cabernet Gernischt Blend de la province de NingXia, cultivé à 1100 mètres d’altitude. Et si cet alcool de bois chaptalisé est l’avenir du monde, sa fin est proche, très proche.
Mon petit Aurélien, ne ferais-tu pas un petit sujet là-dessus ?
 

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Comme déjà dit plus haut, il semble bien que la femme soit l’avenir de l’homme, tout comme la poule est l’avenir de l’œuf ou encore la blonde celui des pompes pas funèbres. Donc, il était quand même une fois temps d’honorer le beau sexe, surtout celui qui fait du vin.
Dans la catégorie meilleur espoir vigneronne, Mylène Bru et son Far Ouest 2011, un Coteaux du Languedoc qui en a déjà séduit plus d’un et une.
Beaucoup de bonnes choses dans cette quiquille, qui évidemment bénéficie d’un magistral effet de séquence… : un nez très Poulsard, tout en fruit, avec du floral, aussi, une bouche nette, droite, bien acide, joyeusement sanguine, très Barral, finalement.
Bref un tout beau vin que seuls des tanins un peu serrés durcissent un peu.
 

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Donc si la femme, et aussi les microcuvées sont l’avenir du pinard, nous ont dit oui et en ce qui me concerne, définitivement, je préfère largement (oui, je sais, j’ai grossi) la femme au Changyu, même si j’imagine que je pourrais me taper plus de Changyu (quoi que).

Et voici venir le clou de la soirée, c’est-à-dire le bien nommé Pomerol, Château Le Bon Pasteur 1990, du Sieur Michel Rolland qui est au merlot ce que Gainsbarre était aux havanes, avec tout le respect que je n’ai pas pour les cigarillos.
Vous conviendrez que parler de l’avenir du vin sans aller à l’objectivité de dégoupiller un vieux Rolland, ça ne l’aurait quand même pas fait. Le clou de la soirée parce que, alors que d’habitude nous sommes tous d’accord dans notre façon d’aborder le vin, cette fois-çi, euh, enfi, bof, bref, voici ce que cela donne :

1 personne : bouchonné et ligneux
3 personnes : bouchonné
1 personne : pas bouchonné mais ad patres
2 personnes : pas bouchonné, c’est juste du bois vieilli sans plus trop matière
1 personne : le plus grand vin de la soirée, une classe pas possible, encore jeune, une merveille d’équilibre
 

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Comme vous imaginez bien qu’on n’avait pas invité Nicolas de Rouyn (il y a bien trop de femmes dans notre groupe), il faut que je vous dise que le dernier avis émane du seul vrai œnologue diplômé de notre groupe, œnologue qui s’occupe, entre autres,  des Proseccos de sa famille, soit des Proseccos « très » naturels et dont l’objectivité ne fait pas le moindre doute.
Vous avez dit « on est pas dans la m… ? »
Exactement… et donc, je ne sais si c’est de l’homme, mais il semble bien que Rolland soit l’avenir du vin… pour œnologues.
Pour éviter tout soupçon concernant une déontologie interprofessionnelle quelconque, je rappelle que nous dégustons TOUJOURS à l’aveugle, pour les Vendredi s du VIN.
 

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A ce stade, on n’est pas loin d’avoir l’Angélus, meilleure surprise de la soirée et le Bon Pasteur, meilleur vin d’œnologue de la soirée. Une soudaine inquiétude me prend alors puisque la dernière bouteille de forme bordelaise qui reste à goûter, je la connais forcément puisque je l’ai apportée, c’est ce que 85% des amateurs de vins italiens considèrent comme l’avenir absolu du Chianti Classico, le Castello di Fonterutoli 2004 de la famille Mazzei.
Une cuvée chère, très chère au demeurant, mais comme il paraît que c’est l’avenir….
Et là… il y a unanimité que je livre ici :
Nez puissant, torréfié, ultra boisé, fruits cuits, cuit
Bouche fine, assez équilibrée, mais moderne, techno, avec un bois et des tanins lourds et des notes d'alcool dissociées.
Juste une surprise quand on dévoile le millésime, 2004, parce que vu la structure, ils étaient tous sur… 2012.
 

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L'avenir de l'Italie, j’en ai bien peur.

Bon, ça, c’est fait. Reste deux vins. C’est deux-là, j’ignore s’ils seront aussi marquants pour les générations futures que je souhaiterais qu’ils le soient. Si c’est le cas, cela voudrait dire que deux personnes magnifiques, qui sans cracher obligatoirement sur la technologie ou sur un peu de soufre, deux personnes, qui ont TOUT misé sur la terre, sur l’expression pure et dure du terroir à travers leurs vins, ont réussi à persuader une majorité d’œnophiles du bien-fondé de leur action.

Dans la catégorie recherche du respect absolu de la biodiversité et recherche du récipient d’élevage idéal pour conserver le fruit natif, soit l’amphore, il y a ELLE, Elisabetta Foradori, cette femme fantastique qui redonne tellement de fierté aux producteurs de vins naturels italiens.
Son Teroldego Sgarzon 2011 en est une des plus magnifiques expressions, un vin qui a conservé tellement de fruit, mais qui n’est pas un simple jus, qui a de la finesse, de la minéralité mais plus que tout cette alliance entre « la » finesse et « la » buvabilité, alors que de la matière et de la longueur il n’en manque pas.
Magique… et pas que de mon seul avis.
 

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Dans la catégorie sacrifice total au terroir, allant jusqu’à gommer les cépages en ayant des décades avant tout le monde remis la complantation à l’honneur, dans la catégorie têtu génial que les critiques ne blessent pas ou plus, même si on l’accuse de tuer les appellations chères à l’Alsace, dans la catégorie vigneron captivant à la vie magnifique, il y a LUI, Jean-Michel Deiss, enfin plutôt EUX,  tant avec son fils Mathieu, ils représentent pour moi l’avenir des grands vins blancs.
Et pour illustrer cette envolée lyrique, il y a probablement le vin le plus emblématique du domaine, parce qu’il est issu du Grand Cru attenant au village d’origine, il y a l’Altenberg de Bergheim 2007.
Ici aussi, il y a un nez énorme de complexité, puissant aussi, qui fait penser à la minéralité tranchante d’un riesling sur un grand terroir alors que le riesling y côtoie tous les cépages alsaciens, même le Chasselas Rose. Il y a malgré les sucres encore résiduel cet équilibre en bouche qui sonne comme un  Steinway réglé pour un grand concert, il y a cette sensation tellement grande de minéral, surtout en fin de bouche.
Il y a aussi ce respect ressenti de tous ceux qui y ont mis les lèvres ce soir-là, même ceux qui se défient de quelque sucrosité.
 

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Cet Altenberg est bien plus qu’une histoire, il est l’histoire éternelle de la passion des amoureux du vin, et ce vin-là, Anne, on te le dédicace tous.

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27 mars 2014

Coletti, le Prosecco d'un autre temps

 

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Le Prosecco d'un autre temps !


Les choses ne se passent pas toujours dans les règles établies quant à la découverte d’un vigneron et de ses vins. Quelquefois les rencontres sont plus fortuites et même plus surprenantes que lors d’un salon ou d’une visite au domaine.

L’affaire commence ici dans un Wine Bar très original de Bruxelles, le Studio 126, tenu par un jeune œnologue italien, Massimo Coletti et partagé par son épouse comme magasin de décoration.

 

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Un œnologue, vrai de vrai, que ce Massimo, italien de surcroit, et un œnologue qui tient un Wine Bar, ce n’est déjà pas commun, mais là où la chose devient plus palpitante, c’est quand, dès la première visite, le bonhomme dégoupille quelques bouteilles de Prosecco en susurrant… voilà, ceci est mon vin.
D’autant encore plus palpitante que le liquide dans les verres ressemble à tout sauf à l’idée que nous avons tous du Prosecco… celui-ci est trouble, enfin légèrement trouble, et surtout il est sec, très sec.

Et là Massimo, reprend la parole : « Ça vous étonne, n’est-ce-pas ? Pourtant c’est ainsi que faisaient nos ancêtres avant l’internationalisation des vins. Et chez nous, chez Coletti, on veut retrouver cette tradition par tous les moyens ».

Et même si le domaine, vu sa jeunesse, ne fait pas encore partie de ces mouvements des Vini Naturali d’Italia, même si aucun certificat bio ou autre n’est actuellement revendiqué, cette seule volonté de retrouver les vins artisanaux du passé, ce goût naturellement original, cela suffit largement à capter toute mon attention et la vôtre j’espère.

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Historique du domaine

Situé dans la région du Prosecco à environ 50 km au Nord de Venise, et même s’il existe depuis quatre générations, le domaine Coletti reste un jeune domaine puisque ce n’est que récemment qu’il a quitté partiellement le cadre des coopératives pour entamer une activité vitivinicole.

C’est Aldo, le père de Massimo qui, il y a 10 ans,  a pris cette décision lorsqu’il a vu son fils Massimo terminer ses études d’œnologie à la célèbre Scuola Enologica di Conegliano, et, sa fille Elena avoir la volonté de prendre le relais du domaine.
Par son activité de chercheur depuis 1999 au « Centro Regionale per la Viticoltura, l’Enologia e la Grappa de Conegliano », cet agronome de formation s’est passionné pour les méthodes ancestrales et naturelles de l’Appellation Prosecco, pour les effets bénéfiques de la biodiversité sur la vigne ainsi que pour les travaux de Luigi Manzoni sur les clones dont le fameux Incrocio Manzoni 6.0.13 cher à Elisabetta Foradori.
Il s’est lancé dans l’aventure parce qu’il espérait ardemment, un jour, vendre un vin qui était à la fois imprégné de ses recherches mais aussi un témoin de qualité, de respect de la nature et plus que tout imprégné de l’image du passé, loin de ces Proseccos souvent trop fruités et au sucres résiduels trainant qui peuplent les étagères de nos grandes surfaces, bref, un vin plein d’authenticité, comme on les faisait dans la région, il y a 100 ans, ce que rappelle le logo du domaine.

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Dès 2003, aidé de ses deux enfants, Aldo va donc lentement faire passer ses raisins de la coopérative à la vente directe et aujourd’hui près de 30% des grappes des 12 hectares du domaine sont vouées à ses propres bouteilles, avec le but avoué, quand les installations encore en développement de construction le permettront, d’utiliser 100% de sa production pour ses propres vins.
Dans cette organisation familiale, Aldo s’occupe principalement des vignes, alors que Massimo, lors de longs aller-retour de Bruxelles au domaine près de Trévise, s’occupe de guider comme œnologue les vinifications dont a la charge sa sœur Elena, en sus de la représentation du domaine à l’étranger.
Elena, comme l’avoue Massimo, n’a pas de formation spécifique en œnologie, et c’est probablement bien mieux ainsi, parce que ce statut lui permet une plus grande ouverture d’esprit en réduisant les blocages techniques trop souvent présents dans la région.

Le domaine produit aujourd’hui  15.000 bouteilles par an dont 30 à 40% sont exportées vers la Belgique, la France et le Japon.
Si le passé de Massimo, comme conseiller vins à Paris et aujourd’hui comme caviste à Bruxelles permet au domaine une large politique d’ouverture, ce n’est que très récemment que les vins ont commencé réellement à se faire une image à l’étranger en prenant leur réel envol par rapport à une politique plus fermée dans le passé, au grand bonheur de ceux qui aujourd’hui peuvent découvrir ceux-ci lors de salons comme « Sous les Pavés, la Vigne » où ils seront présents en avril 2014.

Géographie et cépages

Le domaine est situé sur les terroirs de Colle Umberto et de San Fior, dans la région historique du Prosecco, à 20 km au Nord de Trevise et 50 km de Venise, plus exactement dans les Colli Trevigiani en bordure d’une DOCG, Conegliano Valdobbiadene, et 3 DOC, Colli di Conegliano, Treviso et Piave.

 

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Séparés l’un de l’autre par un grand fossé, deux types de terroirs se distinguent sur le domaine,  l’un argilo-calcaire avec une forte couche argileuse lourde et très fertile, l’autre fait d’anciennes graves caillouteuses charriées par le fleuve Piave qui a changé son parcours naturellement, il y a quelque million d'années. Ces deux types de sols reposent sur une assise calcaire.
Ce sont des terroirs assez typiques de ces terres aux pieds des Préalpes de Trevise (Prealpi Trevigiane).
Les parcelles sont généralement exposées au Sud à une altitude de 150 mètres malgré le relief qui y est déjà très montagneux.

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Le cépage principal entrant dans la composition du Prosecco est la Glera, c’est du moins son nom actuel parce que dans le passé, il portait le nom du vin dont il entre dans la composition, ce qui, quand on écoute parler les vignerons peut amener à quelques confusions.
Il ne contient pas beaucoup de sucres, a une grande acidité et des arômes frais qui s'harmonisent bien avec les levures qui  y reprennent activité lors de la seconde fermentation.
C'est un raisin à maturation lente qui atteint sa plénitude dans la dernière quinzaine de septembre. Objet de rendement généralement très élevés (90hl/ha), il est faible en acidité et en alcool.

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La Glera peut selon la DOC être assemblée avec d’autres cépages, dont, au domaine, l’Incrocio Manzoni 6.0.13, un croisement entre le riesling et le pinot blanc qui apporte plus de fruit, de tension et de salinité au vin et qui propose des rendements plus faibles (70hl/ha) donc une matière plus conséquente.

 

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Vient ensuite le Pinot Gris qui complète l’encépagement classique.
Le domaine produit aussi des cuvées plus expérimentales comme le « Giuse » où rentre dans la composition un autre cépage du professeur Manzoni, le 13.0.25, issu du croisement entre le Raboso et le Muscat d’Hambourg.
Enfin, le domaine travaille au rétablissement de quelques autres variétés ancestrales autochtones, comme la Recantina et le Grappariol.

Viticulture

Respectueuse du terroir, de la biodiversité et de la qualité des nappes aquifères, le domaine a toujours tenté d’interférer moins possible dans le développement de l'écosystème naturel, raison pour laquelle il y a abandonné l'utilisation de fertilisants chimiques et continue à évoluer toujours plus vers une « viticulture » naturelle, avec une conversion en agriculture biologique entamée en 2011, même si , les terres n’ont jamais connu vraiment, à l’instar de la Sicile, de traitements drastiques.
Si le fait sur des sols fertiles de ne pas utiliser d’engrais est assez logique, leur choix d’éviter les pesticides est assez relevant dans une région aux sols très humides qui sont encore un des terrains expérimentaux favoris de Monsanto.

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Deux types de plantations sont utilisés : la palissade classique sur les sols graveleux et sur les parcelles les plus sèches et la Bellussera sur les parcelles les plus humides. Ce dernier type de plantation est assez original et se rapproche de la Pergola mais à des hauteurs de plus de 2 mètres afin de préserver les grappes et les feuilles au maximum de l’humidité du sol, ce qui nécessite la présence d’un tracteur pour accéder aux grappes.

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Les vignes en palissade sont plantées à 3000 pieds à l’hectare alors que les Bellussera le sont à 1500 pieds à l’hectare.
La taille pratiquée est le
Sylvoz (longue sur charpente longue) sur les vieux Glera (50 ans) et  le Manzoni 6.0.13, le Guyot Capovolto sur les Glera plus jeune et enfin, le Cordon sur le Pinot Gris. L’âge moyen des vignes est de 20 ans.

Vu la nature humide des sols, un enherbement naturel complet est pratiqué sur les plus vieilles vignes alors qu’il n’est pratiqué qu’au milieu des rangs pour les jeunes vignes.
Trois labours sur une profondeur de 8 à 10 centimètres sont pratiqués, un au printemps, un en juin et un dernier, 20 jours avant les vendanges, ce dernier afin de faciliter le travail humain.

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Les vendanges sont 100 % manuelles et le plus tardives possibles mais avec comme point crucial de respecter au maximum les acidités,  ce qui n’est pas le point fort de la Glera pour laquelle on est souvent en dessous de 8 à 9 grammes/l d’acide tartrique. 
Afin de se limiter à un % d’alcool de 11 à 11,5 °, après la deuxième fermentation en bouteille, on ne recherche pas des alcools potentiels de plus de 10°.
Les vendanges font l’objet d’un tri et sont pratiquées manuellement à l’aide de petits cageots de 20kg et ont lieu vers le 10 septembre, ce qui par rapport à 20 à 30 ans est une quinzaine de journées plus tôt.

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Vinifications

Après les vendanges, les grappes sont amenées  au cuvier où elles sont égrappées, puis placées pendant environ 3 heures à macérer dans le pressoir avant le pressurage proprement dit qui est doux et mené pendant 3 à 4 heures.
Passionné par les longues macérations effectuées par son ami Damian Podversic, Massimo Coletti multiplie de plus en plus des expériences de macérations prolongées.

Les mouts sont ensuite conservés une nuit entière encuve d’inox avant d’y être séparés de leurs bourbes grossières et mis en fermentation pendant 15 à 20 jours.
Quatre à 5 jours après la fin de la 1
ère fermentation, les mouts sont à nouveau soutirés pour ne conserver que les lies les plus fines et une quantité de soufre libre de 6 à 8 grammes est ajoutée obligatoirement pour éviter toute malolactique, ce qui serait catastrophique surtout pour la Glera, déjà si peu naturellement acide.
L’élevage est poursuivi toujours en cuve inox.

C’est au environ de mars/avril que les choses vont différer en fonction de la cuvée souhaitée.

Pour la cuvée classique Prime Vide en Prosecco DOC Treviso, qui n’est plus ce que le domaine cherche aujourd’hui mais qui correspond à la demande habituelle, il n’y a pas à proprement parlé de méthode champenoise avec dégorgement mais bien une seconde fermentation sous grande cuves  de 25 et 50 hectolitres appelées « Autoclaves » où, après ajout de la liqueur (10gr/l), la fermentation se déroule sous très haute pression pendant deux à trois mois.
Celle-ci est arrêtée par un abaissement de la température vers -2°C pour préparer à la mise  isobarique en bouteille qui donc se déroule aussi sous haute pression et cela à travers des filtres très résistants pour obtenir une pression de 4 atmosphères en bouteille. Cette étape nécessite l’ajout de 20 grammes de soufre libre.

Parce que la famille Coletti veut s’éloigner de cette méthode où l’apport de soufre reste important et où les filtrations sont dures, elle se tourne aujourd’hui majoritairement vers une seconde méthode bien plus naturelle sans dégorgement ni filtration, avec conservation des lies en bouteilles, une méthode beaucoup plus proches des pétillants naturels avec des pressions pouvant descendre jusqu’à 2,5 atmosphères.
La mise avant fermentation ne nécessite pas d’ajout de soufre puisque le fait de conserver les lies sert de stabilisant aux acidités. La présence des lies permettent aussi aux vins, après la fermentation en bouteille qui dure à peu près un mois, de continuer à évoluer positivement pendant 2-3 années ou plus.
Cette méthode assez unique de nos jours représente à peine 1% des pratiques du Prosecco, mais c’est elle dont est issue la cuvée Via Larghe 01 chère à Massimo.

En dehors du soufre, aucun additif n’est ajouté aux vins.

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Vins

Prime Vide - DOC Prosecco Treviso Spumante

Comme décrit dans le chapitre « vinifications » cette cuvée correspond à un vin filtré, de type Prosecco Classique Extra Dry qui rentre dans la famille des Spumante (méthodologie de Charmat ou Martinotti).
Il est obtenu par seconde fermentation en autoclave et est à base de Glera à 100 %. Issu des veilles vignes, ce vin typiquement d’apéritif propose principalement des notes florales comme l’acacia.
La bouche est sèche et assez bien tendue, malgré 3 à 4 grammes de sucres résiduels. Un vieillissement de un à deux ans est possible, même si la tradition de la région es (hélas) de boire vite.

 

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Phoja  - DOC Prosecco Treviso Frizzante

Issu de la même vinification que le Prime Vide, le Phoja se démarque avant tout de son prédécesseur parce qu’il est issu d’une sélection drastique des meilleures grappes des vielles vignes de Glera ce qui lui procure un gain d’aromaticité, de fraicheur et de minéralité.
La bouche s’exprime aussi plus en finesse puisqu’ici on est sur un vin Frizzante à la bulle plus légère.
Très brillant sur la robe, il développe un bouquet d’arômes plus concentré et plus complexe, à la fois, avec des notes de fruits tropicaux, de fleurs blanches et de légers épices méditerranéens.
Ce vin s’avère idéal en apéritif ou sur les antipasti avec du jambon et du melon.

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La présentation du Phoja se distingue par une ficelle bleue qui relie la capsule au col de la bouteille.

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Via Larghe 01 - Glera IGT Colli Trevigiani

Le nom Via Larghe 01 est un hommage à la grand-mère de Massimo Coletti, il correspond à l’adresse de celle-ci parce que cette cuvée est la plus représentative de la philosophie du domaine et la plus historique, artisanalement parlé.
De type Frizzante, cette cuvée résulte de la refermentation en bouteille en présence des lies et ne fait pas l’objet de dégorgement (plus de détails dans le chapitre vinifications).
Elle est issue d’un assemblage de 80% de Glera, 10% de Manzoni Bianco 6.0.13 et 10% de Pinot Gris. C’est un vin aux bulles très fines et très sec dont les levures ont digéré l’entièreté des sucres, avec une matière plus marquée par l’apport du Manzoni et du Pinot Gris. 
De même, de par la conservation des lies, l’acidité est nettement plus stabilisée (4,5 gr/l en SO4).
La pression interne de la bouteille est plus basse, de l’ordre de 2.5 atmosphères.
Les arômes sont de types floraux (violette), de fruits mûrs, d’herbes fraiches et d’épices.
C’est un vin qui convient à l’apéritif mais plus encore à la table et qu’il est souhaitable, dans les meilleurs millésimes, de garder 4 à 5 ans ou plus.
A ce titre, Il faut enfin noter qu’afin de tester au mieux les capacités de vieillissement de cette cuvée, environ 5 à 600 bouteilles par an sont réservées au domaine.

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Le numéro sur l’étiquette correspond au lot qui est toujours supérieur d’un an par rapport au millésime dont le vin est issu.

Giuse - Incrocio ManzoniBianco  6.013 - IGT Marca Trevigiana

Ce vin encore au stade expérimental et uniquement travaillé sur les meilleurs millésimes est l’image de la volonté de Massimo Coletti de faire un très grand vin pétillant, de grande garde majoritairement issu du cépage Manzoni 6.0.13 qui le fascine et qui est assemblé avec 10% du très floral Manzoni 13.0.25.
Il est obtenu avec la même méthode de seconde fermentation que le Via Larghe mais la pression résiduelle est nettement plus haute, de l’ordre de 6 atmosphères.
Il est caractérisée par une matière nettement plus dense avec des aromatiques très intenses de fruit surtout au premier nez ainsi qu’en bouche, l’acidité étant ici nettement plus marquée que pour les autres vins.
C’est un vin minéral de très grande garde totalement structuré pour accompagner des viandes blanches.

Deux autres cuvées expérimentales ont été produites au domaine :

La Vigne en Rose qui est issue de 70% de Manzoni 6.0.13 et 30% de Manzoni 13.0.25 et qui a fait l’objet de la même vinification que le Giuse, idéal sur des fromages et des poissons.

L'Innominato  qui fait allusion au nom Illuminato (qu’on retrouve dans le Da Vinci Code de Dan Brown) et qui est à base de 100% de Manzoni 13.0.25 liquoreux et qui a toujours été vinifié secrètement, chaque année, un peu par jeu, un peu comme existe la société secrète des Illuminati. Ce vin est idéal sur une tarte aux fraises.

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Dégustation

Cinq vins ont été dégustés à Bruxelles  au studio 126 en compagnie de Massimo Coletti, trois millésimes consécutifs de Via Larghe 01 (2010, 2011 et 2012), un Giuse 2011 et un Prime Vide 2012. Les vins ont été servis à une température de 8 à 10°C.

 

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Via Larghe 01 2012

Les trois millésimes  de Via Larghe 01 se caractérisent par une robe jaune clair avec des reflets dorés qui transparaissent du léger trouble dû à la présence des lies.
Assez puissant au nez, ce 2012 développe des notes florales et de fruits blancs très charnus avec une bonne complexité sans atteindre des sommets du genre.
Malgré le millésime caniculaire, le vin est bien sec, très équilibré en bouche, très frais, aussi, grâce à une acidité miraculeusement sauvée des photons, toujours des notes de fruits blancs intéressantes et une finale de bonne tenue avec quelques notes fermentaires.
Probablement de moindre garde que les deux vins suivants, il n’en reste pas moins actuellement (mars 2014) à son apogée et devrait le rester encore une bonne vingtaine de mois.

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Via Larghe 01 2011

Moins puissant aux nez, le vin gagne toutefois en complexité avec des fruits blancs bien mûrs, des notes florale et épicées. Réalisé avec moins de Pinot Gris et plus de Manzoni, la bouche s’avère pleine, droite, très sur le registre du sec.
L’acidité est nettement plus marquée d’autant que le millésime fut plus précoce, ce qui apporte un gain de fraicheur. Malgré quelques notes végétales et amères qui confèrent encore à ce vin une sensation plus rustique et austère, sa complexité globale, sa longueur bien marquée et sa profondeur signent un vin qui doit encore attendre une bonne année pour s’exprimer plus sur la générosité.

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Via Larghe 01 2010

C’est avec ce vin issu du beau millésime 2010 qu’on comprend pleinement le but poursuivi par la famille Coletti avec cette cuvée qui impose littéralement une sensation de terroir.  
Bien qu’il demande un  peu de temps supplémentaire pour ouvrir, le nez est bien net, et tout en conservant ses classiques notes florales et de fruits blancs, on voit apparaître ici des notes bien plus épicées, de la croute de pain frais et une grande fraicheur.
Une complexité rare pour un Prosecco. En bouche, la bulle plus crémeuse rebondit joyeusement sur une acidité millimétrée, un équilibre d’une précision parfaite et une très grosse sensation de matière à la fois fruitée et saline, surtout sur la belle finale. Un vin splendide !

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Giuse 2011

Si la bulle est ici un peu plus marquée, on reste toujours sur de la finesse.
Le premier nez est très expressif, très aromatique avec un fruit jaune assez gourmand, expression qui s’atténue un peu avec l’aération pour évoluer sur des notes plus austères.

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C’est avec la bouche que ce vin marque ses points de bravoure parce qu’on atteint ici un seuil de concentration saline inégalé dans la dégustation, un fruit marqué par la présence du manzoni 13.0.25 ainsi que amertume noble en finale.
Mais plus que tout, il y a cette fraicheur, cette tension directrice qui porte cette cuvée aux nues. Et puis, encore, il y a cette merveilleuse buvabilité !
Vivement sa commercialisation !

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Prime Vide 2012

Beaucoup plus proche de l’image du Prosecco classique, déjà par le fait de sa robe jaune dorée brillante obtenue grâce à la filtration, ce vin s’exprime tout en simplicité et en fraicheur avec des notes de pain grillé, des notes lactées, aussi.
La bouche est aussi plus simple, fraiche plus ronde du fait de la présence d’un peu de sucres résiduel.
Un vin typiquement d’apéritif qui descend tout seul.

Conclusion

Pour parler vrai, pour parler de tradition, d’artisanat, il ne faut pas obligatoirement être bardé de certificats verts, faire partie de tels ou tels mouvement naturel ou encore être issu d’une maison séculaire. Il suffit en fait d’une âme, d’une passion et d’une volonté de communiquer ces deux qualités pour faire comprendre à l’amateur tout le bien-fondé de sa démarche et tout le bien fondé en termes d’émotion et de plaisir que peuvent revêtir des vins qui… parlent vrai.
Un domaine qui lentement mais sûrement va faire parler de lui, parce qu’il existe encore beaucoup de dégustateurs et de gens festifs qui sont attachés à des vins tout simplement « honnêtes ».
Et puis, comme souvent dans ce type de démarche, pouvoir déguster ce genre de vins est un réel voyage en arrière dans le temps, loin du pouvoir impérial du sucre.

Contacts

AZIENDA COLETTI
Via Vespucci ,12
31014 Colle Umberto(TV)
Italie
Web :
www.vini-coletti.com
Mail : colettiwines@gmail.com
TEL : Elena Coletti
  (Responsable du domaine en Italie) :  0039 346 22 989 14
         Massimo Coletti (Oenologue et responsable du domaine à l’étranger) : 0032 477 057 075
Distribution en France : Dealers de Vins :
http://dealersdevins.wix.com/dealers-de-vins
Distribution en Belgique : Studio 126 :
www.brussels-studio126.com

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26 mars 2014

Christine Marzani : de l’utopie au partage

Christine Marzani : de l’utopie au partage

Petit encart sur les habitudes de ce blog, puisque ce n’est, comme tel,  ni de vigneron, ni de bouteilles que je vais vous causer aujourd’hui, mais bien d’une personne qui un beau jour a décidé de faire du monde du vin sa vie et qui le fait admirablement bien si l’on entend ses très nombreux amis, j’ai nommé Christine Marzani. 

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« Toute ma vie, j’ai rêvé d’être hôtesse de l’air » disait un certain Jacques D. Certes non, avoir des talons hauts n’est pas vraiment une de mes obsessions, vivre les fesses en l’air, non plus, bien qu’au vu des températures de ce dernier hiver, certains seraient en droit de rêver…. Non, mais je l’aime bien cette chanson de Jacques D, parce qu’on rêve tous un jour de donner un tournant à sa vie, même si celle qu’on mène n’est pas à proprement dit ni goulag, ni métro boulot dodo.
Mais ces choses-là n’arrivent pas comme un billet de Lotto gagnant, il faut les provoquer, et dans le monde du vin, et Christine Marzani l’a décidé ainsi, un beau jour, et aujourd’hui, au sein de nombreuses association et plus particulièrement au sein de son « Vini di Vignaioli », elle est devenue un véritable trait d’union entre tous ces vigneron s du Vino Naturale d’Italia qui me fascinent tant.

A une époque où les gens respectueux d’une viticulture proche des racines ancestrales, de l’artisanat et de vins sans artifices évoluent chacun dans leur pays, dans leur associations locales, à une époque où trop souvent les amateurs ne regardent pas plus loin que leurs frontières par je ne sais quel besoin de protectionnisme, il me paraissait plus qu’utile de parler de cette ancienne restauratrice parisienne qui a fait de sa vie un tournant orienté vers les autres, qui a fait de sa vie quelque chose d’utile à la communauté. Et cela, quitte à susciter quelques vocations, à commencer peut-être par la mienne, car dans le portrait qui suit, je me retrouve tellement, sans avoir pour autant encore franchi le Rubicon et crié alea jacta est !

Marie-Christine Cogen-Marzani, Christine pour les amis, est originaire de Montparnasse et termine une licence de sociologie quand elle rencontre son futur mari, son « fougueux »italien d’Emilie-Romagne qui va être pour elle bien plus qu’une passion amoureuse. Une presque évidence que cette rencontre passionnelle, tant les jeunes italiens avaient marqué son enfance lors de nombreuses vacances passées dans la botte.
Ses premières expériences professionnelles, elle les fait dans de grandes chaînes hôtelières, ce qui va lui permettre de développer plusieurs facettes de son caractère, à commencer par la créativité, la capacité d’organisation, la notion de contact avec les autres et plus que tout, la curiosité. Ces piliers de vie vont lui permettre de fructifier humainement de nombreuses rencontres quand, avec son mari, elle ouvre le restaurant « L’Appennino », un restaurant qu’ils veulent totalement orienté vers l’Italie, une Italie naturelle, proche de ses racines à commencer par les vins qu’ils désirent
naturels, digestes, faits avec le raisin, « des vins qui devaient faire rêver pour leur fraîcheur » comme ils les avaient découvert bien avant quelque mode que ce soit dans des œnothèques parisiennes comme le « Bistro d’Envièrges ».
Grâce à leur restaurant et leurs ballades oenophiliques, le couple va connaître des gens fascinants, universitaires, artistes qui sont tous devenus l’objet d’amitiés solides, à commencer par le taulier du Bistrot d’Envièrges, François Morel qui allait plus tard fonder la revue le Rouge et le Blanc mais aussi par ces vignerons qui allient donner naissance à l’AVN.
A l’inverse des vins français que François avec découvert pour eux, se procurer des vins italiens équivalents relevait à l’époque (déjà qu’aujourd’hui, ce n’est toujours pas si facile (NDLA)) d’une véritable gageure et il s’est très vite imposé le fait d’aller les chercher sur place.
Et là arrive ce que beaucoup d’entre vous connaissent aujourd’hui, en tous cas, ce qui est largement mon cas, le fait de connaître un vigneron et de lier une amitié avec lui amène très vite à en connaître d’autres, d’autant que les italiens ont cette qualité essentielle de diriger des passionnés vers d’autres de leurs collègues, même si le monde du vin naturel étant ce qu’il était à l’époque, on prenait souvent cette française de Christine pour une douce dingue pour venir chercher du vin en rase campagne, à des années lumières des buzz italiens de l’époque.
Mais la curiosité de Christine est un moteur sans faille, il cristallise ce besoin de savoir ce qu’il y a derrière les choses donc « naturellement de savoir ce qu’il y avait derrière une bouteille de vin et surtout connaître la femme ou l’homme qui l’avait bercée ».

Et plus les rencontres se passent, plus Christine se sent de plus en plus attachée aux valeurs de ces vignerons : sincérité, honnêteté, équilibre, respect et par-dessus tout « boire bon », boire en communauté ces vins qui ne donnent pas mal de tête, ces vins qui ont les arômes de la terre.

Petit à petit, l’Appennino est devenu un véritable porte-parole des Vins Naturels Italiens en France. 
Par ses voyages, Christine est de plus en plus liée physiquement à l'Italie, et, pour aller encore de l’avant, pour aller au plus près de ce pays qui lui bouffe les tripes de la passion et enfin, pour pour se donner le nouveau défi de devenir un véritable chainon entre les deux pays, elle s'installe à Parme, cette ville dont le coeur bat à coup de gastronomie et de vin.

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La construction de ce chainon surtout va mener à une fantastique mise en commun d’amitiés vigneronnes, le premier salon « OFF » d’Italie lié aux vins naturels, Vini di Vignaioli (Vins de Vignerons) qui a lieu pour la première fois à Fornovo dans la province de Parme, un beau jour de décembre 2002, avec en tout et pour tout 10 vignerons français, 4 italiens alors qu’au même moment, Luigi Veronello,  un grand journaliste du vin créait le salon “Critical Wine Terra e Liberta” à Milan.
A l’origine de ce salon, une utopie qui a pris vie grâce à
un groupe de femmes et d'hommes qui y ont cru, une utopie imaginée par un « étrangère » avec ses vins « naturels » suite à une conversation de café, devant un verre de Beaujolais avec un maire, hôte de la table de Christine qui lui demande : « Veux-tu organiser une manifestation ? Je je mets à disposition une salle et des personnes qui puissent travailler avec toi ».
Quatre mois avant l’évènement, Christine n’a pas la moindre idée de comment l’organiser ; c’est sans compter sur l’aide providentielles des amis de France, Binner, Larmandier, Foillard, Breton, Guyot, Venier et les quatre nouveaux amis italiens.
Et probablement que cette image forte de l’AVN, en Italie, a convaincu, tout comme cette « française » qui rappelait par ses origines à ces vignaioli, le berceau de leur philosophie.

Quand il y a deux ans, j’ai demandé à Elisabetta Foradori quel était le plus beau salon d’Italie pour faire de belles rencontres humaines, elle m’a tout de suite répondu Fornovo, c’est tout dire…
En treize ans, Vini di Vignaioli est aujourd’hui une « institution », le lieu qu’aucun de ces vignerons dont je vous rabat les oreilles sur mon blog ne veulent rater sous aucun prétexte, au point que lors de ces deux dernières années, il a fait des petits à Orvieto, à Rome et à Milan.
 

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Pourquoi une telle réussite ? Autant demander pourquoi j’écris aujourd’hui cet article de retour de la première à Milan : tout simplement parce que Christine Marzani a réussi à travers ses salons à faire communiquer entre eux les vignerons de régions différentes (ce qui en Italie était une vraie gageure, mais plus encore de pays différents, abattant ainsi les frontières que Vinitaly recherchait avec obsession, mais surtout parce que ce salon respire de ce qui fait battre son cœur, la curiosité de l’autre, l’échange humain, l’enrichissement par la diversité. Si d’autres salons pratiquant ces valeurs comme Vinatur ou Vini Veri ont vu le jour au même rythme que la passion des vins naturels explosait en Italie, Vini di Vignaioli reste leur porte-étendard la fête où va pour se retrouver.

En abattant ces frontières, Christine participe aussi largement à éliminer ce qui pourrait être ressenti comme une forme d’ostracisme du Nord pour le Sud, elle participe à la renaissance de ces vins de plaisir, de table, de soif que sont les le Grignolino, le Lambrusco et certains Sangiovese de Romagne qui peuvent en produire et même maintenant des Aglianico de Campanie, ces Frappato de Sicile, ces mêmes vins qui redorent le blason du Sud.

Un pour tous, tous pour un… aime-t-elle crier haut et fort ! Parce que Christine, c’est aussi une militante. Elle ne croît pas que les vins naturels soient une mode de bobos, une différence pratiquée par des paysans néo-intellectuels, elle y voit des réponses à la question de notre avenir :

« Je crois que ce n’est pas seulement dans le monde du vin où se marque un tournant dans tout le monde paysan, beaucoup de questions se font jour ;  on le voit à travers différents procès en France et ces questions surgissent dans un milieu où la puissance de l’argent a toujours été très forte et je pense qu’il faut absolument soutenir toutes les luttes paysannes agricoles et vinicoles. En Italie, aussi, on a vu des amendes hors normes infligées à des vignerons pour avoir utilisé le mot “naturel”.
Souvent on se dit que nous ne sommes pas nombreux et pourtant la grande industrie s’intéresse à nous ou pour écraser ou pour utiliser.
Je ne pense pas que ce soit une nouvelle classe qui naît, c’est surtout une multitude de mouvements qui se lèvent pour essayer d’être utile à la lutte qui s’organise contre la destruction de la planète. Aujourd’hui cette lutte est entrée dans les médias, ce n’est plus une utopie. »

Même si je ne l’ai rencontrée à ce jour qu’une seule fois, Christine est déjà pour moi une évidence de passion de vie.
Cette évidence de vie qui a marqué de sa patte, de ses rencontres le monde du Vin Naturel comme celles de François Morel, de tous les vignerons qu’elle a côtoyé mais aussi de Jean Paul Rocher, éditeur aujourd’hui disparu et cher à nos « Tronches de Vin », de Marie, la fille de Paul qui continue le travail de son père comme la publication des écrits de Jules Chauvet et de tous ces bistrots rejetons des Envièrges comme le Baratin, le Verre Volé, ces endroits on parle de ce merveilleux monde des vins naturels sans que la nuit ne nous arrête.

Merci à toi, Christine d’incarner dans la réalité mes rêves, mes passions mes utopies aussi, puisque celle-ci s’appelle Vini di Vignaoli à… Bruxelles et qu’elle pourrait bien m’aider à rendre réalité, elle et ses « amis » de Fornovo, ça tombe bien, les défis et les batailles, elle aime ça !

Cet article est basé sur un texte en italien que Christine avait écrit sur sa vie, ainsi que de deux entretiens  que nous avons eu, un à Milan, l’autre par courriel.

22 mars 2014

Sous les Pavés, la Vigne ! 2e edition du salon Rue89 des vins

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Sous les Pavés, la Vigne!
2e édition du Salon Rue89 des Vins

Cinq dizaines de vignerons de France mais aussi d’Italie, de Serbie ou du Chili, des centaines de vin à déguster, une projection en avant-première, des débats, des animations, des livres incontournables et leurs auteurs, mais plus que tout une ambiance festive de 48 heures dédiées aux vins actuels, alternatifs, naturels, voilà ce que vous propose le 2e Salon « Sous les Pavés, la Vigne », organisé par Antonin Iommi-Amunategui (Vindicateur, No Wine is Innocent) et Rue89 !

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Que vous soyez « Intra-Muros » ou de France, de Navarre, de Suisse ou de Belgique profondes, ce salon est pour vous, ne le ratez sous aucun prétexte, d'autant que "Vins Libres" est partenaire de l'évènement!

Voici le menu détaillé…

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Vignerons

Ils seront cinquante à proposer leur vins en dégustation, avec par ordre alphabétique: Ampeleia, Autour de l'Anne, Gilles Azzoni, Charlotte Battais, Florian Beck-Hartweg, Sébastien Bobinet et Emeline Calvez, Sylvain Bock, Domaine La Boria, Clos 19 Bis, Clos Cristal, Clos des Cimes, Closeries des Moussis, Clos Romain, Massimo Coletti, Côtes de la Molière, Jeff Coutelou, Arnaud Crasnier, Sébastien David, L'Escarpolette, Champagne Fleury, Elisabetta Foradori, Edouard Fortin, Emmanuel Giboulot, Château Gombaude-Guillot, France Gonzalves, Francesco Guccione, Renaud Guettier, Mai et Kenji Hodgson, Domaine Jolly Ferriol, Château Lamery, David Large, Domaine Ledogar, Lous Grezes, Louis-Antoine Luyt (sous réserve), Nicolas Mariotti Bindi, Mas del Périé, Domaine du Mazel, Domaine Milan, Pacina, Le Petit Domaine, Thomas Pico, Thierry Puzelat, Domaine de l'R, Domaine Rivaton, Stéphane Rocher, Floréal Roméro, Domaine Rousselin, Les Sabots d'Hélène, Benjamin Taillandier, Tarlant, Les Terres Promises, Les Trois Petiotes, Ulysse Collin, Catherine et Gilles Vergé, Karim Vionnet. Et aussi les Dealers de vins, de la bière à Guigui, L'Arbre à Café...

Retrouvez dès aujourd’hui Ampeleia, Elisabetta Foradori, Francesco Guccione, Pacina et Florian Beck-Hartweg sur ce blog ! 

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Débats et Projection

Le lundi 27 avril, dans l’après-midi vous aurez l’occasion de participer à des débats sur les évènements qui font, feront et ont fait le buzz en 2014. Le vigneron Emmanuel Giboulot, le cinéaste Jonathan Nossiter et les journalistes Isabelle Saporta  pour Vino Business et Sophie Chapelle  pour Bastamag feront preuve de toute leur énergie pour répondre à vos questions les plus pertinentes !

En soirée du 28 avril, et en avant-première, vous pourrez assister au nouveau film de Jonathan Nossiter, « Natural Resistance », ce film qu’on appelle déjà Mondovino 2 et qui vous transportera au cœur de l’Italie  des Vins Naturels si chère à ce blog, à la rencontre du truculent Stefano Bellotti ou de la combative Giovanna Tiezzi de Pacina, cette dernière faisant aussi l’honneur d’être présente pour une dégustation d’après film en compagnie de Francesco Guccione, que, si vous lisez fanatiquement ce blog, vous connaissez déjà fort bien.
Cette projection aura lieu au Cinéma Etoiles Lilas avec un supplément de 10 euros demandé.

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Des livres et des auteurs

Côté livres, les Editions de l’Epure présenteront notamment leurs collections consacrées au vin et à la gastronomie, dont le très réputé « Tronches de vins » avec quelques-uns des auteurs en salle,  et Ophélie Neiman alias « Miss Glouglou » et Michel Tolmer se livreront à l’exercice de la dédicace pour respectivement « Le Vin, c’est pas Sorcier » et « Mimi, Fifi et GlouGlou ».

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Animations

Un duo composé de Lolita Sene (J’aime ton Wine) et Claire Lilly (Fricotti) animera une dégustation décalée, vu le tempérament explosif des deux « Girlies » de la cuisine et du vin.

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Patrick Böttcher, votre serviteur, assurera au plus chaud de chaque journée une réhydratation à base de Cantillon, un beau moment de Belgitude

Elle est pas belle la vie ?
Alors...
On vous attend nombreux,
Non peut-être !

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Infos pratiques

Le salon se déroulera les dimanche 27 et lundi 28 avril 2014, de 10h à 19h à La Bellevilloise (21 rue Boyer, Paris XXe)
PAF 10€ (verre griffé offert) - Supplément de 10 € pour la projection-dégustation.
Plus de détails sur http://rue89.nouvelobs.com/salondesvins

Partenaires

Omnivore, Les Affranchis, Vins Libres et Echos

21 mars 2014

Azienda Agricola COS

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Des rencontres. Voilà bien ce qui est le plus susceptible d’enrichir l’humain, surtout quand il se met à partager ses expériences, ses passions.
Nombreux parmi ceux qui aiment les vins naturels d’Italie savent toute l’inspiration qu’Arianna Occhipinti a trouvé chez son oncle Giusto, d’autres encore savent combien Elisabetta Foradori et ce même Giusto Occhipinti ont grandi dans leur métier de vigneron en se partageant,  de l’une, l’expérience des sols, de la biodynamie, de la biodiversité, et, de l’autre, l’utilisation de ces amphores qui font tellement de bruit aujourd’hui, ces amphores qui elles-mêmes étaient arrivées à l’Azienda COS par le fruit d’une rencontre lors d’un voyage en Géorgie.
Des rencontres toujours quand Giusto, dans son Cerasuolo di Vittoria ou Elisabetta, dans son Trentino fédèrent aujourd’hui, autour de leur terre, autour de leur appellation, tant de vignerons heureux de retrouver des vins de tradition aux travers des associations comme I Dolomitici ou La Strada del vino Cerasuolo di Vittoria.
Il semble donc bien qu’on ne puisse pas trouver de meilleur exemple de l’enrichissement de vie et de passion qu’au travers des magnifiques rencontres magnifiques que Giusto Occhipinti a pu faire dans son cheminement d’artisan-vigneron.

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Rien d’étonnant, en fait, parce que le domaine COS est lui-même issu d’une rencontre, d’une amitié qui perdurent depuis sa création.

Historique

Il était une fois trois amis siciliens, deux étudiants en architecture et un en médecine, tous passionnés des vins de leurs ancêtres et tous trois issus de cette région de Vittoria où tout le monde est un peu vigneron.
De cette amitié et de cette passion, alors qu’ils sont encore en plein milieu de leurs études, nait un domaine viticole un beau jour de 1980, matérialisé par l’achat en commun du vieux domaine viticole de Joseph Cilia, ce qui fait ainsi de ce trio les plus jeunes vignerons de la région.
Et c’est le nom de COS qui est naturellement trouvé pour célébrer l’union sacrée des trois amis, chacune de ses lettres rappelant le nom d’un membre de cette association amicale: Giambattista « Titta » Cilia, Giusto Occhipinti et Cirino « Rino » Strano.
Situé près de la ville historique de Bastonaca, le domaine fait à ses début à peine plus de trois hectares et produit moins de 1500 bouteilles, mais c’est pourtant ainsi que naît une aventure qui va un jour produire des vins mondialement connus, et, plus que tout, qui va grandement contribuer à la renaissance qualitative de la région du Cerasuolo di Vittoria. 
 

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 Alors que les trois amis finissent leurs études entre 1983 et 1985, Rino, le médecin, décide de se consacrer pleinement à son métier et cède ses parts à sa sœur, Giuseppina.
Ce changement crée un élan nouveau qui motive cette nouvelle équipe à s’agrandir et c’est ainsi qu’en 1991 le domaine COS achète la « Villa Fontane », une propriété de 8 hectares appartenant auparavant à la famille Moltisanti et qui était hautement réputée pour la qualité de ses vins.
Un dernier rebondissement voit en 1995 la sœur de « Rino » vendre ses parts à « Titta » et Giusto qui sont toujours présents aujourd’hui à la tête de COS, Titta s’occupant plus des vinifications et Giusto de vignes et de la communication.

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A cette même époque, de par leur volonté de redonner au terroir unique de Vittoria ses lettres de noblesse, le duo décide de passer en biodynamie, les vignes étant auparavant presque de facto en bio, parce qu’à l’inverse de la France et du reste de l’Italie, la Sicile a été fortement préservée de l’industrialisation intensive de l’agriculture et s’est donc ainsi naturellement protégée des engrais et autres pesticides. Plutôt que pour redonner vie à des sols qui n’en avaient pas besoin, ce choix de la biodynamie prévalait plus par la recherche d’un équilibre idéal avec la nature.

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C’est aussi à cette époque que la collaboration intellectuelle s’installe entre Giusto et Elisabetta Foradori, dont tout le monde connaît déjà,  à l’approche des années 2000, l’intérêt pour les équilibres vitaux dans les sols.
Cette collaboration va connaître un élan supplémentaire, lorsque Giusto, à la suite d’un voyage en Géorgie, va  s’intéresser aux amphores.
Intrigué par ce qu’il voit pendant son voyage et fasciné par les pratiques ancestrales aux cuviers géorgiennes, Giusto persuade Titta d’aller acheter des amphores en Espagne pour les ramener au domaine. En 2000 naît la première cuvée « Pithos Rosso » qui combine fermentation et élevage dans les récipients en terre cuite.
Par cette étape cruciale, le domaine se crée une nouvelle identité encore plus proche de l’expression naturelle des vins.
 

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 Parallèlement, de gros travaux sont entrepris sur leurs nouvelles terres de Fontane qui voient entre 2000 et 2003, l’achèvement des éléments d’un premier complexe de bâtiments qui englobe les bureaux mais surtout la « Locanda COS », un agriturismo de 19 lits, lieu destiné à la rencontre de tous les amis du domaine. En 2005, le domaine s’agrandit de 20 nouveaux hectares à proximité de la Locanda, des terres sur lesquelles reposait un magnifique vieux cellier voûté du 19e siècle.  

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Cette acquisition est synonyme  d’une nouvelle aventure pour les deux architectes qu’ils entament en rénovant cette bâtisse et surtout en y adjoignant sur une tout nouveau cuvier, véritable cathédrale vouée à l’élevage du vin, alors qu’un autre bâtiment uniquement voué aux amphores sort aussi de terre, un bâtiment suffisamment vaste pour permettre d’héberger 150 des fameux récipients en céramique, soit la plus grande collection actuelle en Europe.

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Cette structure permet, à côté du Pithos Rosso, l’arrivée de la cuvée Pithos Bianco à base du cépage Grecanico qui fascine les deux amis.
En 2006, tous les travaux touchent au but et, en plus de l’abandon des barriques et des cuves inox qui accompagnent cette construction, le nouveau cuvier va être le lieu idéal de l’embellissement de leur cuvée de la naissante  DOCG Cerasuolo di Vittoria, un assemblage de Frappatto et Nero d’Avola vinifié en cuve de ciment et en foudres.

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Malgré le gigantisme relatif des installations, une véritable harmonie se dégage de ces lieux calmes, entièrement voués à l’obtention de grands vins traditionnels, lié à la nature nourricière.

 

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Le domaine emploie aujourd’hui de 12 à 13 permanents et produit 190.000 bouteilles sur ses 50 hectares de vigne avec une distribution qui atteint presque tous les pays consommateurs de vins et toutes les provinces d’Italie. Il possède aussi  50 hectares de vignes et 18 hectares d’une oliveraie aux arbres séculaires.

La qualité des vins ainsi obtenue par le domaine est unanimement reconnue à la hauteur des travaux prodigués et a largement contribué en 2001 à la reconnaissance du Cerasuolo di Vittoria  comme seule et unique DOCG sicilienne ainsi qu’à la naissance d’une association très dynamique, La Strada del Vino Cerasuolo di Vittoria dont Giusto assure la présidence. COS est aussi un des domaines les plus influents du mouvement Vinatur.

A la fin de cet historique et avant de s’attacher aux méthodes de culture, de vinification du domaine ainsi qu’à ses vins, il est utile de s’attarder un peu sur les deux éléments actuellement les plus symboliques du domaine que sont les amphores et l’Appellation Cerasuolo di Vittoria.

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Les Amphores

La naissance des amphores remonte à 6000 avant Jésus-Christ, époque où l’on trouve des premières traces de leur utilisation comme stockage de vin dans le Caucase, le Nord de l’Iran et surtout dans l’actuelle région de Géorgie. Leur usage s’intensifie ensuite en Egypte sous forme de longues jarres effilées, puis en Crête et en Grèce, 3000 ans avant notre ère, où elles gagnent en volume (plusieurs dizaines d’hectolitres) tout en prenant une forme plus ovoïde. Elles y prennent alors le nom de Pithos, nom que le domaine COS a fait renaître en baptisant ainsi ses propres cuvées en amphore.  

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 C’est sous la forme de « Pithos » qu’elles arrivent en Italie ou les Etrusques les adaptent en « Dolia », une amphore encore plus grande et cette fois enterrée qui permet tous les processus de vinification et non plus uniquement du stockage ou du transport.
La fin de l’Antiquité et l’avènement du bois voit une régression rapide des amphores dans l’Europe de l’Ouest. Elles s’accrochent plus à l’Est, comme en Géorgie où la tradition des potiers a perduré. Les amphores, proches des Dolia ancestrales y sont encore enterrées après avoir été imperméabilisées par une couche de cire. Après avoir reçu leur moût elles sont recouvertes d’une couche d’argile qui permet des très longues macérations. 
Pourquoi donc cet artisanat y a résisté à l’industrialisation d’après-guerre? Probablement parce qu’ainsi, les vignerons parvenaient à occulter plus aisément leur production aux yeux de l’occupant soviétique, c’est du moins ce que susurre la tradition orale.
Si c’est bien de Géorgie, lors d’un voyage avec Josko Gravner (Radikon) que  Giusto a ramené son inspiration pour les amphores, c’est en Espagne qu’il va trouver le matériau adéquat à son projet.

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Car, en Espagne aussi,  a perduré la tradition de vinifier et de stocker le vin en Tinajas, grandes jarres en terre cuite, principalement en Andalousie et Castille où certains vignerons modernes y ont vu un récipient idéal pour l’élevage de leurs vins.
Alors que Gravner restera  attaché à la terre cuite géorgienne, ce sera en province de Castilla-La-Mancha, au village de Villarrobledo, que Giusto va trouver en Antonio Padilla l’artisan idéal avec ses Tinajas en céramique de 400 litres qui peuvent être utilisées à l’air libre (comme aujourd’hui au domaine Foradori) ou enterrées, ce qui limite les phénomènes d’oxydation.

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Josko Gravner et le Domaine COS ont ainsi marqué de leur empreinte un renouveau de l’amphore, dont l’usage se dissémine aujourd’hui dans toute l’Italie et même en France où il est déjà bien plus que sur toutes les lèvres.
L’engouement qui a découlé de ces pratiques a favorisé tant la renaissance d’un artisanat de la céramique des amphores en Italie, mais surtout le boum des vins oranges, ces vins blancs issus de longues macérations avec les peaux, désormais vinifiés dans de nombreux types de récipient différents.

Sans pour autant vouloir ici apporter toutes les réponses à cet engouement pour l’amphore, on peut tenter de sortir les grandes lignes quant à l’intérêt vinique de ces pratiques.

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Tout d’abord, il y a certainement l’image terrienne naturelle qui attire les vignerons en quête d’identité native de la vigne, ce que ne possède bien entendu pas une citerne en acier ou un cuve en ciment. I
l y a ensuite la neutralité physique de la terre cuite qui paraît comme une évidence, encore et toujours, pour respecter les complexités émanant du fruit et du terroir, ce qui les rend imparables par rapport au marquage des vins par le bois. Mais plus avant, cette neutralité semble bien stabiliser les vins, les protéger et ainsi favoriser la non-utilisation d‘intrants divers en cave ainsi que l’abaissement de l’emploi du SO2.
Une autre raison du choix de l’amphore par les vignerons « naturels » est liée à ses qualités de régulation thermique et une forme qui, en favorisant la circulation des lies, rend les vins plus minéraux et contribue à les stabiliser.
Une raison de la complexité accrue des vins en amphore pourrait aussi émaner de l’irrégularité naturelle de la surface intérieure, cette irrégularité permettant aux réactions enzymatiques activées par les levures une plus grande intensité, tout comme on rencontre cette irrégularité dans la structure des cellules vivantes.
Un argument encore rencontré et défendu par de nombreux vignerons est que l’amphore permettrait un relais idéal à l’énergie contenue dans les moûts issus de vignes en biodynamie.

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Quoi qu’il en soit, l’’amphore reste un contenant poreux qui comme le bois favorise la micro-oxygénation du vin et a comme défaut naturel d’avoir une plus grande évaporabilité que le bois. Il en découle que certains optent aujourd’hui pour une imperméabilisation, alors que d’autres préfèrent d’enterrer les amphores. Fort logiquement, avec de nouvelles approches de vinification, chaque vigneron applique « sa » recette.
Un fait évident lié à l’utilisation de l’amphore par rapport au bois, c’est qu’elle ne renforce jamais le vin en tanins.
Personnellement, j’avancerais que c’est la finesse générale, la complexité profonde et le gain très net de minéralité qui confère aux vins en amphores une buvabilité et une salinité hors normes, avec une forte expression des différences des terroirs.

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Cerasuolo di Vittoria

La DOCG Cerasuolo di Vittoria existe depuis 2001, mais la vraie histoire de cette appellation a commencé bien plus tôt comme l’atteste deux pièces de monnaie datant du 5e siècle avant JC, retrouvées près de Camarina dans la province de Ragusa. Ces pièces montrent deux amphores qui suggèrent l’existence du commerce du vin dans la région.
Une preuve plus évidente nous vient de Pompéi où l’on a trouvé des amphores datant du 1
er siècle avant JC portant les abréviations ME et MES qui désignaient la grande plaine « Plaga Mesopotamium » qu’occupe aujourd’hui l’appellation. Les Romains lui avaient donné ce nom parce que cette grande plaine limoneuse et fertile limitée par deux rivières, le Dirillo et l’Ippari leur rappelaient probablement la plaine entre le Tigre et l’Euphrate. Des écrits de l’époque relatent aussi que de cette région étaient issus des vins de grande qualité.

La production de vin décline toutefois avec la chute de l’Empire Romain et plus encore suite à la découverte des Amériques qui fait perdre à la Sicile sa position centrale du commerce maritime.

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Pour revoir un changement positif, il faut attendre 1607 avec la fondation de la ville de Vittoria par la Comtesse Vittoria Colonna qui stimule la viticulture dans la région et crée une véritable économie locale, en offrant une acre de terres à qui voudra bien venir les cultiver pour en faire un vignoble. En une trentaine d’années, la superficie du vignoble autour de Vittoria va donc reprendre une place importante avec de très nombreux petits producteurs. Les vins de la région sont à nouveau  assez vite reconnus pour leur qualité et font l’objet d’une importante exportation vers l’Europe, principalement pour y être assemblés avec des vins plus nordiques. L’invasion napoléonienne va contribuer largement à une extension de la production locale, orientant les vins vers une forte alcoolisation (14-16°).
A partir de 1840, la région de Vittoria va bénéficier d’un bien-être économique qui va en faire la zone la plus riche et productive de Sicile, principalement par le fait de la conversion de cultures diverses en viticulture jusqu’à occuper 60% de la superficie du territoire. Cet engouement est dû à une forte augmentation de la demande de vin, des prix de ceux-ci et de l’arrivée de techniques qui facilitent le travail à la vigne.

 

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Cette période euphorique se voit marquer d’un coup d’arrêt par l’arrivée du phylloxera ainsi que par la guerre économique avec la France. Rien que dans la province de Syracuse 64 des 70.000 hectares de vignes vont être détruits, à tel point que le vin robuste et alcooleux de la région, connu sous le nom de Scoglitti, va totalement disparaître et c’est un vin assez doux assemblage de cépages blanc et rouges, prenant pour la première fois le nom de Cerasuolo qui va lui succéder, non sans quelque succès.
Au début du 20
e siècle, sous l’influence de Clemente Grimaldi, le vignoble est largement replanté grâce aux pieds américains et, rapidement, plus de 50% du vignoble perdu est reconstitué, ce qui permet de bien répondre, grâce au développement du train, aux demandes croissantes du Nord de l’Europe. La Sicile est alors aux portes d’une nouvelle ère, marquée par le fait qu’à la place des très nombreuses petites exploitations d’avant la crise, ce sont maintenant de grands propriétaires terriens qui mettent la main mise sur le vignoble renaissant, des propriétaires qui ont les moyens de faire évoluer techniquement la production du vin.
Mais à part la Coopérative fondée en 1910 qui engendre quelque succès, la viticulture autour de Vittoria, comme dans le reste de la Sicile, a du mal à retrouver son lustre d’antan, de par les guerres mondiales, mais surtout, après le conflit, de par l’ouverture des marchés italiens aux vins étrangers ainsi que la reconstruction de grands vignobles dans les pays germaniques.
 

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Malgré tous les efforts de John Scofrani, le président de la Chambre de Commerce de l’époque, les vins de Cerasuolo ne vont pas connaître l’essor souhaité, du moins jusqu’à la reconnaissance de la DOC Cerasuolo di Vittoria en 1973.
Cette nouvelle norme de qualité ainsi que des circonstances économiques plus favorables vont littéralement booster les vins de la région et réattirer la clientèle étrangère. Ce boom sera tout autant sensible dans le reste de la Sicile au point qu’elle est aujourd’hui la première région productrice de vins en Italie.
Les efforts continus pour relever le niveau qualitatif des vins par des domaines comme COS ou Planeta aboutiront finalement en 2001 à l’octroi de la seule
DOCG de Sicile pour les vins de Cerasuolo di Vittoria en même temps que la création du Consorzio qui en régit les règles.
En juillet 2005, l’Association de la « 
La Strada del Vino Cerasuolo di Vittoria» voit le jour en instituant une route des vins qui réunit tous les vignerons qui à travers cette association déclarent vouloir collaborer à des projets d’excellence du territoire à travers les notions de nourriture et de vin profondément respectueuse de l’artisanat et histoire de la région ainsi qu’à un embellissement des paysages. Cette association est actuellement présidée par Giusto Occhipinti.
Dans les pays francophones, l’avènement du web et de ses buzz a permis une notoriété encore plus grande des vins de Vittoria grâce à des personnes hautement médiatisées comme Arianna Occhipinti, la nièce de Giusto.

La région du Cerasuolo di Vittoria possède 7 appellations distinctes:

Cerasuolo di Vittoria DOCG à base de Frappato et Nero d’Avola et 13% d’alcool
Cerasuolo di Vittoria Classico DOCG à base de Frappato et Nero d’Avola et 13% d’alcool
Vittoria Rosso DOC à base de Frappato et Nero d’Avola et 12% d’alcool
Vittoria Frappato DOC avec 12% d’alcool
Vittoria Nero d’Avola DOC avec 12% d’alcool
Vittoria Novello DOC à base de Frappato et Nero d’Avola et 11,5% d’alcool
Vittoria Inzolia à base de 85 % d’Inzolia et 15% d’autres blancs et 11,5% d’alcool

Tous les autres vins restent en IGT.

Les vins des deux DOCG doivent faire l’objet d’assemblages de 50 à 70 % de Nero d’Avola et de 30 à 50% de Frappato provenant d’un domaine unique sis dans la zone de l’appellation qui s’étend sur les provinces voisines de Caltanissetta, Raguse et Catane.
La vinification et l'embouteillage doivent être effectués sur le territoire de la région de production. Le « Cerasuolo di Vittoria DOCG » ne peut être commercialisé avant le 1er juin de l'année suivant la récolte, le «Cerasuolo di Vittoria Classico DOCG» avant le 31 mars de la deuxième année qui suit la récolte. Enfin, comme pour les autres DOCG, les vins doivent aussi répondre aux exigences d’intensité de robe, d’arômes et de textures définies par le Consorzio.

Géographie

La Plaga Mesopotamium qui héberge aujourd’hui la zone d’Appellation du Cerasuolo di Vittoria est une plaine naturelle et verdoyante qui se situe au sud de la Sicile, entre les villes d’Agrigente et Syracuse, protégée des vents d’Est par la chaîne des « Monti Iblei », centrée autour de la ville historique de Vittoria.

Cette plaine limoneuse et argilocalcaire, située à 250 mètres d’altitude, s’étend sur près de 2000 hectares et repose sur une assise de calcaires rouges ferrugineux. Elle a été formée sous l’influence de deux rivières, le Dirillo et l’Ippari qui rendent les lieux très fertiles.

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La viticulture y règne aujourd’hui en maître, favorisée par un climat sec et chaud, marqué par la forte ventilation du Sirocco ainsi que par de fortes variations de température entre le jour et la nuit. Ceci favorise l’obtention de vins élégants, minéraux, possédant de très belles acidités et des degrés alcooliques faibles pour une latitude aussi chaude.
Mais plus encore, le climat sec, les nuits fraiches et la forte ventilation permettent l’établissement d’une résistance naturelle importante aux maladies de la vigne. Cette résistance ainsi que la fertilité des couches supérieures ont fait qu’historiquement cette région (comme souvent en Sicile) a résisté à l’usage intensif tant des engrais que des pesticides, faisant que la plupart des terres sont nativement « propres » et ne nécessitent pas de revitalisation.

Les sols calcaires participent aussi à l’élégance et la finesse aux vins avec des notes très florales et fraiches pour des vins du Sud.

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Viticulture

Les vignes sont majoritairement disposées en « espalier » à raison de 5000 pieds par hectare et, dans une moindre mesure, en « albarello » (en arbustes autour d’un pieu) à raison de 8000 pieds à l’hectare.
La majeure partie des Nero d’Avola est taillée en « Cordone Speronato » (Guyot) alors que les Frappato et les blancs sont taillés en Gobelet avec le sommet des grappes entre 50 à 70 cm du sol.

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L’enherbement naturel est maintenu un rang sur deux avec un travail de la terre à la fin de l’hiver où les sols sont piqués (et non retournés) dans un axe oblique sur à peu près 50 cm de profondeur afin d’aérer tout en préservant les bactéries de la couche d’humus.

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 Tous les matériaux de palissade sont le plus naturels possible, comme les piquets qui sont en bois brûlé. Aucun système mécanique d’irrigation n’est d’application et une grande attention est aussi prodiguée au respect de la biodiversité des lieux, ainsi qu’au respect de la beauté de ceux-ci.

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Aucun engrais ou pesticide n’est utilisé, la totalité du domaine étant en biodynamie avec utilisation des 500, 501, du Maria Thun et, au besoin, de tisanes d’ortie et de calendula.
Afin de lutter contre les maladies éventuelles moins fréquentes en Sicile et particulièrement sur l’appellation, seuls le cuivre et le soufre sont utilisé à raison de 3 à 4 traitements par an.
 

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Les vendanges sont manuelles et étalées de septembre à fin octobre du fait de la disparité de maturité des différents cépages. Les raisins sont amenés au cuvier en petits cageots.

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Vinifications

Les grappes sont triées sur table puis envoyées,  soit vers la salle des amphores, soit vers le cuvier principal selon le type de fermentation désiré.
Les fermentations démarrent en général  après 36 à 72 heures sous l’action unique des levures naturelles.

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Pour les cuvées Pithos, les fermentations se font dans la salle des amphores de 400 litres qui sont enterrées à près de 90% de leur hauteur dans un substrat de terre et caillou pour limiter l’oxydation.  

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Elles sont recouvertes d’un simple tissu pendant les premières fermentations puis fermées par une capsule en acier (plus onéreuse que l’amphore, elle-même), capable de résister aux très fortes pressions pendant les macérations et permettant l’accès à l’amphore. Dans certains cas, des parpaings sont nécessaires pour soutenir la fermeture de l’amphore.  

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Lors de mon passage au mois de mars, l’activité était encore importante, surtout sur les rouges, soit environ 6 à 7 mois après les vendanges.

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Pour les autres cuvées, les moûts sont presque exclusivement transportés au cuvier principal dans les grandes cuves en ciment vernis situées dans la salle du premier niveau, partiellement à hauteur du sol, salle où un balcon a été aménagé pour permettre l’accès facile aux cuves par le dessus. Selon les vins, en plus de la fermentation alcoolique, les macérations plus ou moins longues et l’élevage sont poursuivis dans ces cuves.

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Selon la destination finale, les vins peuvent être aussi transportés au second niveau des cuves en acier, voire au dernier niveau (le plus profond) qui correspond à la salle des foudres de Slavonie.

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Ce système de cave en cathédrale de plusieurs étages profondément enterré dans la masse calcaire du sol permet une grande inertie thermique ainsi qu’un écoulement naturel des jus d’un étage à l’autre, minimisant ainsi tout emploi de pompes mécaniques.

Les vins ne font l’objet d’aucun traitement sauf, pour certaines cuvées, une filtration assez grossière et un léger sulfitage à la mise avec un SO2 total qui dépasse rarement les 50 mg/l.

Toujours selon la nécessité ou selon le respect des normes de l’appellation, les vins sont enfin affinés plus ou moins longuement en bouteilles (voir section « Vins du Domaine).

A tout moment, le leitmotiv des vinifications est, quelle que soit la cuvée, d’offrir des vins fins, frais, à haute buvabilité, fortement minéraux mais jamais construits sur des matières massives ou solaires.

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Lors de la visite de ce vaste cuvier, on reste impressionné par l’importance des travaux qui l’on fait sortir de terre, et même si absolument aucun tape à l’œil n’est recherché, par la qualité des matériau utilisés ainsi que par les espaces pleins de sérénité qui y ont été aménagés pour faciliter le travail humain et garantir la tranquillité des vins que seuls une douce musique accompagne pendant leur travail naturel. 

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Vins du domaine

A l’exception de deux hectares plantés en cabernet sauvignon et en merlot à destination d’une seule et discrète cuvée, la totalité des cépages utilisés sont autochtones, relevant de l’histoire de la Sicile et plus particulièrement de la partie méridionale de l’île.

Dans les blancs, si l’Insolia est partiellement utilisé, c’est le Grecanico qui règne en maitre, ce cépage qui est le plus représentatif des vins blancs de Sicile.
Pour les rouges, l’encépagement majeur est partagé entre les deux grands cépages rouges du Sud de l’île et particulièrement  de la région du Cerasuolo di Vittoria, le juteux et joyeux Frappato et le structuré mais fin Nero d’Avola. Un peu de Moscato est utilisé pour une discrète cuvée de vin moelleux.

Vous trouverez ci-dessous les caractéristiques principales de chaque vin. Toutes les valeurs indiquées sont des moyennes.

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Ramì

Appellation : Sicilia IGT
Type de vin : blanc sec
Cépages :  50% Grecanico - 50% Insolia
Age moyen des vignes : 15 ans
Densité : 4000 pieds/ha
Type de sol : argilo-sablo-calcaire sur une assise de calcaire ferrugineux
Surface plantée : -
Zone de plantation : commune de
Ramingallo
Rendement : 45 hl/ha
Nombre de bouteilles moyennes : 25.000
Alcool moyen : 12%
Macérations : jusqu’à  10 jours en cuves de ciment vitrifié
Elevage : 8 mois en cuves de béton vitrifié
Soufre total : 60 mg/l
Température de service : 12-14°C

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Pithos Bianco

Appellation : Sicilia IGT
Type de vin : blanc sec
Cépages :  100% Grecanico A
ge moyen des vignes : 22 ans
Densité : 5000 pieds/ha
Type de sol : argilo-silico-calcaire sur une assise de calcaire ferrugineux
Surface plantée : -
Zone de plantation : lieu-dit de Fontane

Rendement : 45 hl/ha
Nombre de bouteilles moyennes : 8000
Alcool moyen : 11.5 à 12%
Macérations et élevage  : 6 à 7 mois en amphores de 400 litres puis en cuves d’acier, pas de filtrations.
Soufre total : 50 mg/l
Température de service : 13-14°C

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Frappato

Appellation : Sicilia IGT
Type de vin : rouge sec C
épages :  100% Frappato
Age moyen des vignes : 10 ans
Densité : 5000 pieds/ha
Type de sol : argilo-sablo-calcaire sur une assise de calcaire ferrugineux
Surface plantée : 6 hectares
Zone de plantation : lieux dits de Bastonaca et Fontane

Rendement : 40 hl/ha
Nombre de bouteilles moyennes : 25.000
Alcool moyen : 12,5%
Macérations : jusqu’à  10 jours en cuves de ciment vitrifié
Elevage : 12 mois en cuves de béton vitrifié et en amphores (selon les millésimes)
Soufre total : 50 mg/l
Température de service : 16-17°C

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Nero di Lupo

Appellation : Sicilia IGT
Type de vin : rouge sec
Cépages :  100% Nero d’Avola
Age moyen des vignes : 22 ans
Densité : 5000 pieds/ha
Type de sol : argilo-sablo-calcaire sur une assise de calcaire ferrugineux
Surface plantée : 5 hectares
Zone de plantation : lieu-dit Fossa di Lupo

Rendement : 45 hl/ha
Nombre de bouteilles moyennes : 25.000
Alcool moyen : 12,5%
Macérations : jusqu’à  10 jours en cuves de ciment vitrifié
Elevage : 18 à 24 mois en cuves de béton vitrifié et en amphores (selon les millésimes)
Soufre total : 48 mg/l
Température de service : 16-17°C
 

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Pithos Rosso

Appellation : Sicilia IGT
Type de vin : rouge sec
Cépages :  40% Frappato et 60% Nero d’Avola
Age moyen des vignes : 29 ans
Densité : 5000 pieds/ha
Type de sol : argilo-silico-calcaire sur une assise de calcaire ferrugineux
Surface plantée : -
Zone de plantation : lieu-dit de Bastonaca

Rendement : 40 hl/ha
Nombre de bouteilles moyennes : 20.000
Alcool moyen : 13%
Macérations  et élevage : assemblés, 7 à 10 mois en amphores de 400 litres suivi d’un court affinement en foudres(ou en acier selon les millésimes)
Soufre total :
Température de service : 16-17°C

07

Cerasuolo di Vittoria

Appellation : DOCG Cerasuolo di Vittoria
Type de vin : rouge sec
Cépages :  40% Frappato - 60% Nero d’Avola
Age moyen des vignes : 20 ans
Densité : 5000 pieds/ha
Type de sol : argilo-sablo-calcaire sur une assise de calcaire ferrugineux
Surface plantée : 14 hectares
Zone de plantation : lieu-dit de Bastonaca

Rendement : 40 hl/ha
Nombre de bouteilles moyennes : 60.000
Alcool moyen : 13%
Macérations : jusqu’à  30 jours en cuves de ciment vitrifié
Elevage : 18 à 24 mois en cuves de béton vitrifié puis en foudres de Slavonie suivi de 6 mois d’affinage en bouteille.
Soufre total : 50 mg/l
Température de service : 16-17°C

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Contrada

Appellation : Sicilia IGT
Type de vin : rouge sec
Cépages :  100% Nero d’Avola
Age moyen des vignes : 55 ans
Densité : 8000 pieds/ha
Type de sol : argilo-sablo-calcaire sur une assise de calcaire ferrugineux
Surface plantée : -
Zone de plantation : lieu-dit de Bastonaca

Rendement : 30 hl/ha
Nombre de bouteilles moyennes : 7000
Alcool moyen : 13%
Macérations : 28 jours en cuves de ciment vitrifié
Elevage : 24 mois en cuves de béton vitrifié puis en foudres de Slavonie de 30hl, puis 6 mois en cuve de ciment et 12 mois en bouteille Soufre total : 50 mg/l
Température de service : 16-17°C

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Maldafrica

Appellation : DOCG Cerasuolo di Vittoria
Type de vin : rouge sec
Cépages : 45% Cabernet Sauvignon; 45% Merlot et 10% Frappato (ou 50/50 en CS et M)
Age moyen des vignes : 18 ans
Densité : 5000 pieds/ha
Type de sol : argilo-sablo-calcaire sur une assise de calcaire ferrugineux
Surface plantée : 1 hectare de cabernet et 1 de merlot
Zone de plantation : lieu-dit de Fontane

Rendement : 30 hl/ha
Nombre de bouteilles moyennes : 8200
Alcool moyen : 14%
Macérations : en cuves de ciment vitrifié
Elevage : 12 mois en foudres de Slavonie et 6 mois en bouteille
Soufre total : 50 mg/l
Température de service : 16-17°C

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Aestas Siciliae 3

Appellation : Sicilia IGT
Type de vin : blanc moelleux
Cépages :  100% Moscato
Age moyen des vignes : 5 ans D
ensité : 5000 pieds/ha
Type de sol : argilo-sablo-calcaire sur une assise de calcaire ferrugineux
Surface plantée : -
Zone de plantation : parcelles proches de Noto

Rendement : 23 hl/ha
Nombre de bouteilles moyennes : -
Alcool moyen : 14,5%
Macérations : en cuves de ciment vitrifié
Elevage : 12 mois en cuves de béton vitrifié
Soufre total : 60 mg/l
Température de service : 8-10°C
Note :
Cette cuvée vendue dès 2013 a été produite à base d’une récolte de 2011, en fait, pour la troisième fois au domaine, les deux précédentes datant de 1994 et 1998 et se veut le témoin solaire de la Sicile à travers un vin.

Une prochaine cuvée est en préparation et sera commercialisée en 2014. Elle se nommera « Fontane » et se voudra l’image en DOCG Cerasuolo di Vittoria, de l’aboutissement actuel des travaux du duo de vignerons, une cuvée qui sera issue des meilleures parcelles du lieu-dit de Fontane.

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Dégustation

Une grande majorité des cuvées ont été dégustées sur fût ou sur amphore au domaine, toutes provenant des millésimes 2013 ou 2012.
Si les rouges 2012 sont encore un peu serrés et ont besoin d’ouverture pour s’exprimer pleinement, ils ne manquent jamais de pureté et surtout de fraicheur, ce qui est vraiment très positif quand on connaît les difficultés rencontrées par les chaleurs de plomb pour ce millésime.
Par contre, tant en blanc qu’en rouge, et malgré leur besoin de s’unifier sur la fin de leurs vinifs, les vins de 2013 sont littéralement magnifiques, tendus, pleins, avec une matière dense mais pas grossière.
Les Pithos blancs sont poignants de minéralité, alors que les Pithos rouges encore en plein travail promettent des salinités rares.
Le Frappato 2013 associe gourmandise à tension et fraicheur, avec des tanins très fondus et s’annonce en cador de buvabilité, alors que le Nero d’Avola est actuellement plus serré mais s’annonce comme un grand constituant structurel des futurs Cerasuolo.

L’échantillon sur bouteille de la future cuvée « Fontane » apparaît comparé au Cerasuolo « natif » comme possédant un impressionnant gain de profondeur et de finesse avec une longueur époustouflante… à suivre de très près.

Les cuvées actuellement en vente ont ensuite fait l’objet d’une dégustation privée à Bruxelles au Caffè al Dente, en tentant au maximum de travailler avec un millésime en regard du 2012 pour ne pas être systématiquement confronté à la solarité de ce dernier.
Tous les vins rouges ont été aérés 6 heures avant la dégustation alors que les blancs l’ont été une heure avant le service.

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Rami 2012

La robe est jaune clair dorée et ne montre pas de signes de surmaturité. Le nez est très discret, assez neutre, mais à l’aération, il livre de fines notes florales.
La bouche est légère, manquant un peu de densité mais par rapport à ce léger déficit aromatique, elle est très équilibrée, subtilement tendue par l’acidité, ce qui donne beaucoup de fraicheur aux tanins qui eux donnent du corps à ce vin. Si la longueur n’est pas non plus sidérale, le vin a pas mal d’intérêt par sa belle buvabilité. Le laisser vieillir un ou deux ans devrait aussi avoir du bon sens.

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Rami 2011

Changement de cap à 180° avec ce 2011, plus structuré sur la robe bien plus dorée et surtout au nez, ici, puissant, fumé, plein d’épices et d’agrumes et de notes plus pierreuses, très frais aussi, le tout donnant une belle sensation de complexité.
La bouche conserve la très belle tension du 2012, les tanins légèrement structurants mais la sensation de matière est tout autre, avec à nouveau une grosse complexité aromatique et une grande finale, très désaltérante et saline.
Une indéniable réussite qui devrait pouvoir s’associer à beaucoup de plats, des entrées eu fromage.

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Pithos Bianco 2011

La robe de ce premier vin d’amphore gagne encore en intensité avec des notes dorées presque cuivrées. Probablement aéré un peu trop tard au niveau de la bouteille, le nez peine un peu à s’exprimer dans les premières minutes mais lentement l’air fait son travail et suggère une fine complexité de fruit et de floral, tout en légèreté.
La bouche est par contre plus dense, elle suggère un vin rouge plus qu’un blanc avec une tension très élancée et des amers beaux mais vifs. Au niveau de la matière, il y a beaucoup d’élégance, de classe et de longueur, mais ce vin demande absolument d’être accompagné par une belle assiette pour donner son plein régime et ne pas verser dans une austérité qu’il ne mérite pas.

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Frappato 2012

Malgré le fait d’avoir lu quelques écrits assez critiques su ce vin, j’ai tenté avant de le goûter de faire table rase de tout préjugé, à commencer par celui du millésime. La robe est très légère, assez typique du cépage quand on ne le recherche pas sur la puissance.
Le nez surprend par une belle intensité, bien plus contrôlée que prévue avec de la gourmandise sans solarité et un fruit assez joyeux.

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Bien sûr quelques traces d’alcool sont perçues et l’édifice n’atteint pas des sommets de complexité aromatique. La bouche confirme le nez, et, si la complexité n’est toujours pas vraiment de la partie, l’équilibre entre fraicheur, tanins et buvabilité en fait un vin très plaisant, un de ces vins qui descend tout seul.
Finalement, une bonne surprise à boire assez vite, cela dit.

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Nero di Lupo 2012

A millésime comparé, on est sur un tout autre vin avec une robe plus marquée et surtout un nez plus intense, franc, avec de grosses notes fruitées et des notes animales. Ce côté franc est d’ailleurs un peu au détriment de la finesse rencontrée sur le Frappato 2012.
En bouche, les notes animales s’effacent au profit du fruit, plus juteux et moins carré qu’au nez et l’excellente tension, le beau côté gourmand ainsi que les tanins fins donnent beaucoup d’équilibre et de longueur à ce vin d’un millésime difficile.
Si ici aussi, il n’y a pas lieu d’attendre, on boira alors toujours cette bouteille avec plaisir, sans tenter d’intellectualiser les choses, surtout sur une belle assiette de charcuterie.

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Contrada 2007

Tout l’intérêt de cette cuvée par rapport aux précédentes réside dans le fait qu’elle émane d’un millésime plus calme, qu’elle provient d’une parcelle plus qualitative et de vieilles vignes, mais surtout que le Nero d’Avola a eu ici l’occasion de se maturer. Et à tous niveaux, on peut dire qu’ici les choses sont plus corsées, volcanique même !
En fait, le vin se décline dans une puissance étonnante pour les objectifs poursuivis au domaine mais jamais dans le déséquilibre ni le manque de complexité, un peu comme une sorte d’oursin qu’il s’agirait encore de polir avec le temps.
A revoir, même si cette rafale de notes extrêmes (à l’exception des tanins fins) passe avec beaucoup d’harmonie sur le côté un peu « Amatriciana » des pâtes aux aubergines qui accompagnent sa dégustation.

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Cerasuolo di Vittoria 2011

Si l’intensité est ici aussi assez nette, tant à la robe qu’au nez, la finesse des fruits noirs et rouges ainsi que du floral y est bien plus complexe.
En bouche, la texture est fine, veloutée, mûre mais aussi pleine, tendue, pure et puis, il y a la finesse de ces tanins qui rendent l’équilibre magique.
La finale est au diapason, tout en finesses, un très très beau vin.

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Cerasuolo di Vittoria 2010 (Magnum)

On retrouve dans ce 2010 la trame intense et la complexité des fruits rouges et noirs, alliés au floral, avec une note de puissance supplémentaire apportée par des côtés animaux nobles, et toujours dans un registre qui sent réellement la « fraicheur ».
La bouche est tout simplement magique, réussissant à allier grande matière, profondeur, classe, tension extrême et tanins magiques à une buvabilité inouïe, chaque élément s’entremêlant avec bonheur et étant transporté dans un grand mouvement aérien par une persistance kilométrique.
Une bouteille fantastique, un vin magnifique, un must absolu, in incontournable de la cuisine méditérannéenne.

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Pithos Rosso 2012

De par le millésime, le vin est ici plus solaire, plus sur une certaine puissance brute assez généreuse et aussi, à nouveau gourmande, ce qui perturbe un peu par rapport aux attentes qu’on a, en terme de finesse aromatique, d’un vin en amphore.
Cette puissance est modérée en bouche par la belle acidité qui a pu être conservée, agrémenté d’une forte sanguinité plutôt que du fruit gourmand, ce qui donne au vin un caractère austère noble.
La finale est quant à elle captivante parce qu’elle procure un réel gain de salinité.

Beau vin, à nouveau.

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Pithos Rosso 2011 (Magnum)

On reste ici aussi sur le registre de l’intensité aromatique avec des notes assez « nature », une acidité volatile un peu plus perçue, mais aussi tout le train fruité-floral typique des vins de COS qui s’eprime plus à l’aération du verre et qui confère la complexité attendue.
La bouche est linéaire, pure, d’un équilibre aérien, sublime de buvabilité minérale, mais il est vrai que le fruit ne s’y livre pas trop.
Il faut, en fait, attendre 48 heures supplémentaires pour voir ce vin se livrer totalement et balancer joyeusement une grande harmonie de fruit, tout en gardant sa profondeur minérale.
A carafer absolument, si vous désirez profiter de ce vin tout simplement grandiose dans l’émotion.

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Aestas Sicilae 3 (2011)

Il n’est jamais facile pour un vin passerillé, a fortiori dans une région très chaude, de réussir a donner de la fraicheur par rapport à la puissance du fruit sucré, mais il faut croire que le Sirocco a été clément et que les nuits fraiches ont pleinement joué leur rôle, parce que ce vin est bien plus frais et sec que prévu, certes en puissance de fruit comme le raisin de Corinthe, mais totalement digeste et même fin.
Une belle surprise.

Conclusion

Je n’ai pas encore eu l’occasion de rencontrer Titta Cilia, le compagnon d’aventure de Giusto Occhipinti à COS, et si je le regrette un peu, il faut admettre que toutes mes rencontres avec Giusto ont permis d’avoir en face de moi un véritable passionné du vin et de la vie, une personne qui irradie littéralement du bonheur de ce qui a été accompli et de la joie pétillante de pouvoir communiquer autant sur sa philosophie, son cheminement que sur ses vins.

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Peu de gens auront probablement à ce point poussé aussi loin leur obsession et les moyens dépensés pour faire de grands vins, frais et fins, tellement liés à l’histoire artisanale de sa région, tellement liés à la vie des sols, tellement liés au respect du raisin marqué seul par son terroir.
Mais plus que tout, chose que j’ai déjà rencontré chez son amie Elisabetta, les vins de Giusto lui ressemblent terriblement. Ils ont une identité unique et profonde.

Je ne peux ici que vous convier à goûter les vins de COS, à tenter de rencontrer ses maîtres en toute sérénité, de préférence lors d’un repas et d’aller vous imprégner de la sérénité vivante qui règne à l’Azienda Agricola COS, si agréablement animée par une équipe de « belles personnes », comme disent les Italiens, dont je citerai volontiers Joanna Dubrawska , la responsable de la communication du domaine.

Faire beau et bon, c’est certainement à COS qu’on l’atteint le mieux.

Coordonnées

Azienda  Agricola COS
Giusto Occhipinti e Titta Cilia
S.P. 3 - Km.
14,300 Vittoria (RG)
TEL: 0932 876145
Fax : 0932 875319
E-mail : 
info@cosvittoria.it
Web : www.cosvittoria.it

Remerciements

Je tiens à remercier vivement tous ceux qui à leur manière ont participé à cet article, Giusto Occhipinti, évidemment, l’équipe de COS tout autant avec un petit plus pour le sourire et la gentillesse de Joanna Dubrawska, les photos toujours incontournables de Brigitte Mariën, l’accueil tellement généreusement italien de l’Enoteca de Caffè al Dente et le caviste Swaffou pour sa rapidité à livrer les vins et enfin Elisabetta Foradori et Francesca Padovani à qui je dois ma première rencontre avec Giusto.

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14 mars 2014

...

Bonne route, Anne
Il paraît qu'un jour,
On retrinquera tous ensemble
Tant mieux si c'est vrai
En attendant, ta joie reste en nous

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10 mars 2014

Vino Business

Après avoir été ce week-end encore assez sollicité sur le buzz du moment et qu’on m’a demandé pourquoi l’ayant lu, je n’en causais pas, me voilà donc un peu aiguillonné à réagir, cela avec le risque :

  • de parler à des convaincus qui font partie de mes amis et qui aiment les même vins que moi
  • de ramasser un chapelet d’insultes de ceux qui ne sont pas ou plus mes amis et qui n’aiment pas les mêmes vins que moi
  • de me voir taxer d’un « T’es bien meilleur quand tu parles de vignerons attachants comme Francesco Guccione (ça, c'est plus embêtant)

Malgré ces "restrictions", je vais donc parler du « Vino Business » d’Isabelle Saporta , principalement, parce que j’ai encore des amis qui sont forcément des gens très bien, qui sont de joyeux amateurs de vins mais qui sont persuadés que l’Angélus et Fonterutoli sont (encore) de très grands vins (de terroirs). 
En attente de mettre la main sur le livre, vous pouvez déjà vous faire une idée plus précise de celui-çi avec l'interview et débat qu'a fait Isabelle Saporta pour Rue89.

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En fait, ce livre, je l’apprécie évidemment pour, comme Mondovino en film, sa mise en évidence d’un milieu pas très joli (mais on s'en doutait un peu), de vins de financiers qui ne servent que de glorificateurs de salons d’une France qui demandait tout sauf probablement cela, ainsi et surtout que la démonstration évidente d'un éloignement perpétuel de la notion de vin d’artisans.
Evidemment, cela, je ne suis pas le premier ni serai le dernier à le dire.

Mais ce livre, je l’apprécie aussi avec beaucoup plus de recul, parce que, logiquement pour du journalisme d’investigation, il fait appel aux descriptions d’activités d’"êtres humains", dont l’ego aussi gros qu’un bœuf facilite la mise au pilori.
Mon "recul" vient du fait que ces hommes ne sont jamais arrivés là que parce que, comme pour L’Oréal, nous l’avons bien voulu, parce même nous qui aujourd’hui sommes prêt au combat des mots et même plus pour défendre tel Giboulot ou tel Cousin, nous avons certainement tous participé à un moment ou un autre, dans la construction de notre passion, à l’aveuglement de tous ces domaines, et c’est plutôt là-dessus que j’aimerais exprimer quelques lignes supplémentaires.

Tout part d’un évènement que certains pointent encore comme la naissance de l’histoire vinique de la France, comme la consécration du grand vin, mais qui n’est jamais que la plus grande iniquité vinique de tous les temps, du moins pour ceux qui sont persuadés de l’existence de terroirs, j’ai nommé le Classement des Grands Crus Bordelais de 1855.

Avant cela, et même bien avant, on disait « Chambertin «  le Roi des Vins » et puis soudainement, on a dit « Château Machin, le Roi des Vins », soit un vin d'un terroir, et depuis 1855 on clame Château Machin,  là derrière ce château, il y a forcément un humain, et donc un égo.
Certes en 1855, les plus finaux des géologues auraient sourciller de voir des domaines aussi grands que deux communes bourguignonnes, se voir élever au Panthéon des Grands Terroirs. Mais il faut bien croire que ce type de sourcillement n'a point eu lieu car il aurait été certainement très secondaire à une époque où on versait encore son sang dans la rue pour défendre ses idées.

Ce bien joli classement (qui en a engendré bien d’autres) aurait plus que probablement, des milliers de tranchées plus tard, été aussi important dans l’histoire que la première diarrhée d’Amélie Van Beneden, s’il n’avait éveillé, chez les locaux de la Gironde, ce sentiment tellement glorificateur de l’ego qu’est la compétition.
Et ce qui pouvait arrivé de pire est forcément arrivé, ils ont décidé, comme au bon temps où les beaux nobles s’affrontaient en joutes médiévales, que le classement devait faire l’objet de nouvelles rencontres.
Aujourd’hui, on appelle cela The Voice, Miss Univers, le feu Classement Parker, on l’appelle comme on veut, au bout de la chaine, cela stimule, vu les incroyables retombées financières et l’image invraisemblable qui en découlent, des êtres humains à tout faire pour être Calife à la place du Calife.
A ce titre, montrer du doigt le monde du vin de Bordeaux est bien peu de choses, en fait, puisque toute notre société est désormais construite sur la notion de faire-valoir financier.
Et faire des coups bas, avoir un beau parking ou un beau chais n’est finalement que « normal » dans un système où à force de compétition, ce qui était un joyeux aliment de partage est devenu un produit, boursier même aujourd’hui, un produit  pour lequel seuls quelques milliardaires ou autres sociétés d’assurances peuvent encore participer à la partie… Games without Frontiers…. disait Peter Gabriel.

En donc, s’acharner sur le bon Hubert et ses écuyers... quand on admire les tours rutilantes de la Défense peut paraître tellement anachronique…. (Là, je ne dis pas qu'Isabelle saporta admire la "Défense").
Rappellez-vous avant tout que ce système n’existe que parce que nous, comme je le disais plus haut, nous le voulons bien. Parce que le bon Hubert aura facile de sourire quand il verra bloggueurs ou autres animateurs de forum s’entredéchirer à coups de cotes ou d’appréciations à jouer son petit 1855.

En fait, tant que par nos actes, nous cautionnerons par quelque forme de compétition le vin et donc, ceux qui le font, nous contribuerons à ce qu’au sommet de la pyramide, il y ait de grands parking, il y ait de très grands chais, il y ait des bouteilles qui valent 5 fois le RMI.
Surtout tant que nous cautionnerons cela par nos actes, nous ferons en sorte, qu'un jour, il n’y ait plus de vin mais bien ce gernre de produit biotechnologique qu’on s’arrache comme des Rolex pour flatter son ego et nourrir toutes les bassesses que cela peut engendrer chez ceux qui s’enrichissent de notre aveuglement.

C’est donc à nous, par nos actes et nos écrits à nous détourner de ces classements, à nous détourner de ces "produits" et certainement plus à les cautionner, à les juger en les mettant en compétition.

Le livre d’Isabelle Saporta vaut parce qu’il est une réaction, et aussi excessive cette réaction pourra-elle paraître, elle fait partie de ces cris qui feront que dans 100 années nous boirons encore, du moins ceux qui aiment cela, du vin d’artisans, du vin naturel (au sens non technologique du mot) et qu’une cloche sur une étiquette ne rendra pas un jus meilleur qu’il ne l’est.

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08 mars 2014

Francesco Guccione, The Highlander

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Francesco Guccione, the Highlander

Plus les années passent, plus ce blog me donne l'impression de devenir un conteur d'aventures humaines touchantes bien plus qu'autre chose, des histoires où le vin n'est plus qu'un vecteur.

Celle dont je désire parler aujourd'hui commence comme un réveil magnifique après la torpeur d'une longue route qui m'a fait traverser la Sicile de part en part, de Syracuse au Sud de Palerme. Là comme à la sortie d'un long sommeil, j'ouvre les yeux et pense me trouver au cœur des Highlands de l'Ecosse.
Tout est réuni pour m'y faire penser : un paysage vert, sauvage, montagneux, rocailleux....... et puis, il y a ce vent et cette brume omniprésente. Bien sûr, on est début mars, mais, pour l’image qu’on se fait de la Sicile, c’est plutôt inattendu.

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Au pied de cette vallée loin de tout, où seules des vignes éparses et quelques ruines rappellent la présence humaine, il y a une maison isolée, protégée de la vue par quelques arbres. C’est là que vit, presque en ermite, Francesco Guccione, l'Highlander de Cerasa.

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Highlander... vraiment, car Francesco semble tout droit sorti d'un livre médiéval, avec sa stature altière, sa tignasse et sa barbe un peu ébouriffées qui cachent un regard  au bleu d'une lagune tahitienne, un regard éblouissant de vivacité qui anime une vraie "gueule" au sens noble du terme, un de ces visages qui vous dit d'emblée qu'il va se passer quelque chose, qu'une vraie rencontre est en marche, une de ces rencontres dont on sort toujours différent.

On en sort d’autant plus différent qu’ici, on est rattrapé par l’histoire poignante de cet homme, une histoire faite de drames, de choix douloureux, de remises en cause, de redémarrages à zéro, une histoire dont beaucoup pourraient sortir meurtris, écrasés, mais dont Francesco a pu se renforcer, s’affirmer dans sa passion de vigneron, une passion qui trouve sa nourriture bien plus dans l’âme que dans la tête, une passion qui fait que vous ne pouvez plus jamais, après cette rencontre, regarder ses bouteilles de la même façon.
En tentant de respecter du mieux que je peux sa famille, je vais tenter d’expliquer pourquoi, il pourrait vous paraître étonnant qu’en 2012 seulement alors qu’il a 43 ans, notre homme a été l’auteur du premier millésime de l’Azienda Francesco Guccione et pourquoi les vins qui en sont issus sont si magnifiques, fins, obligatoirement issus d’une grande maîtrise et d’un grand talent.

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Parcours antérieur

Aujourd’hui  comme au commencement, Francesco vit et travaille la vigne dans la zone de Cerasa qui est située à 10 minutes de route du village de San Cipirello, un de ces villages de montagne typiques de la Sicile, attachant sans être beau, véritable labyrinthe de ruelles étriquées, grouillant de vie comme notre imagination permettrait de le concevoir, le tout à quelques encablures du village voisin de Corleone.

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Ces terres de Cerasa sont étroitement liées à la famille de Francesco qui, depuis plusieurs générations, y travaille comme agriculteurs, éleveurs de chevaux et aussi  comme viticulteurs, tout en vendant leurs raisins.
Tout comme ses ancêtres, Leoluca, le père de Francesco, a perpétré cette activité, mais la passion pour l’agriculture et le respect de la nature étaient chez lui si intenses qu’il fut l'instigateur de la conversion des vignes du domaine en agriculture biologique à l’aube des années nonante.
Pour le jeune Francesco qui passe toute sa jeunesse entre cette nature respectée, les chevaux et les vignes, il est évident que  son âme se nourrit, se construit de la passion de ce père qu’il n’a jamais cessé d’admirer et dont il avoue tenir presque tout son savoir.

L’école normale achevée, Francesco va toutefois fin des années 80 se détourner brièvement de cette fascination, pour entamer, comme le conseille sa famille, des études d’avocat.
Il va les poursuivre presque jusqu’au bout mais les interrompra finalement parce que son attirance pour la nature et la vigne auront finalement raison de lui,  cette nature qui l’a trop marqué pendant son enfance pour qu’il en soit un jour séparé.

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Contre le souhait familial, il décide donc de rejoindre son père pour travailler à temps plein sur ses terres de Cerasa, et plus particulièrement dans les vignes qui l’intéressent plus que tout autre chose. Comme ce travail de la terre ne lui paraît pas insurmontable, il va ensuite partager celui-ci avec un commerce à Palerme, La Dispensa dei Monsu, où il promotionnera une large gamme de produits artisanaux comme des fromages, des viandes, du miel et bien entendu, du vin.

Ces multiples expériences ont aussi a vu naître chez Francesco,  un vif intérêt pour la botanique, la biodiversité et l'ont amené à s'intéresser aux écrits de Steiner dont il sortira profondément changé. Avant même qu'il soit  persuadé de devenir pleinement vigneron, il est certain que s’il doit un jour le devenir, ce sera en biodynamie.
Il ressent aussi que s'il doit faire des vins, ce le sera avec élégance, légèreté, sans jamais brutaliser les sols, les baies et le jus, ce sera avec le doigté du cavalier qu'il a été dans sa jeunesse, sans jamais faire appel à la force.

A la fin des années nonante, alors qu’il n’a de cesse de construire doucement mais sûrement son avenir entouré de sa famille, le destin décide une première fois de frapper durement cette même famille.
Agriculteur trop naïf pour affronter la réalité du tissu social dans lequel il vit et il travaille, le père de Francesco ne voit pas les nuages noirs arriver alors qu’il se retrouve injustement soupçonné d’avoir des activités maffieuses avec des cousins de Corleone.
Pire, il se voit sur le champ dessaisi de ses terres par l’administration pénale de Palerme, le tout assorti d’une peine d’emprisonnement  de 4 ans, parce qu’à l’époque, la lutte contre la maffia est devenue tellement symbolique autour de Palerme que la justice s’octroie le droit de punir avant de juger. Convaincu de son innocence, le père de Francesco, ne supportera pas de voir son jugement officiel maintes fois reporté et fera un infarctus en prison.

Ce choc va probablement accélérer la suite des évènements pour Francesco. En effet, le respect qu’il a pour l’œuvre de son père, son propre amour des vignes et son expérience commerciale à Palerme vont définitivement marquer son choix de vie et, en 2004, il persuade son frère Mandredi de se lancer ensemble dans la création d’une exploitation viticole qui vendra ses propres bouteilles. Et bien entendu, ce projet prend place sur les 6 hectares de sols que la famille a pu sauver du drame, avec une philosophie  de viticulture de bon sens qui respecte la vie et qui s'arcboute à la fois sur la biodynamie, sur le mode historique, antique de conduire la vigne ainsi que sur le mode artisanal de faire du vin, avec le mot artisanal qui prend chez lui un double sens, celui d’artisan et artiste.

En quelques jours, le projet parvient à prendre réalité et l’année 2005 voit l’arrivée du premier millésime de la famille Guccione. Très rapidement, les vins connaissent un évident succès médiatique, du fait, entre autres, de l’inébranlable volonté de Francesco à produire des vins qui émotionnent mais aussi de l’inouïe aura qui se dégage de son personnage.
Cette époque sera marquée par l’influence primordiale de deux personnes qui vont le guider dans ses choix de travail du sol et de la cave : Nino Montalbano et Arturo Genduso
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Le premier, un vigneron  de Misilmeri près de Palerme était un grand connaisseur des équilibres de la vie liée aux sols et à l'entretien des vignes, le second est un agronome qui a apporté la biodynamie en Sicile dans les années septante. Une troisième rencontre va s’avérer tout aussi déterminante dans les choix de Francesco, c’est celle de Nicolas Joly.

Mails au bout de cette heureuse période d’apprentissage, de réalisation et de reconnaissance, le destin implacable attend à nouveau les deux frères au tournant. Pour des raisons que je désire ignorer, des tensions insolubles apparaissent entre eux et l’inévitable survient un beau jour de 2011 où une scission pure et simple des activités du domaine se produit , et, comme pour parachever son œuvre dévastatrice, un peu plus d’an plus tard, ce même destin enlève son frère à la vie dans un accident de voiture.

J’avoue avoir longtemps hésité à parler de ceci, avant tout par pudeur, ensuite parce que Francesco aime à souligner que ses vins n’ont stricto sensu rien à voir avec cette histoire, ensuite, parce qu’il regrette souvent, près de 20 ans après, à être toujours sollicité à devoir en parler, comme si les baies de ces vignes seraient encore sous l’influence de ce drame.
Même si cela paraîtra contradictoire, peut-être que si je me suis résolu à le faire, c’est pour que si, un jour, vous êtes amené à le rencontrer, vous évitiez d’en parler avec lui, par respect pour ce qu’il est aujourd’hui et pour ce qu’il a vécu, comme si, avec lui et ce texte, vous aviez tourné aussi la page. Peut-être aussi  me suis-je permis ceci parce que je suis convaincu qu’une grande partie de la volonté et la force qui émane aujourd’hui de Francesco provient en partie de ces tristes évènements.

Le présent

C’est donc en 2011, que Francesco repart à zéro. Si de la scission des activités il a conservé une grande partie des vignes et sa maison au cœur de Cerasa, il doit construire un nouveau caveau.
Pour cela, son choix se porte cette fois à San Cipirello, le village proche, un choix lié au fait qu’en dehors du transport des raisins, un caveau au cœur d’une ville représente des facilités logistiques.

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Assez paradoxalement, par rapport à la douleur de la séparation avec son frère, Francesco se sent alors totalement libre de ses actes, à commencer par pouvoir construire ce caveau comme il l'entend, simple, épuré, ouvert mais où, comme dans une église, chaque chose trouve sa place, où chaque activité s’interpénètre, avec de larges couloirs qui permettent d’évoluer librement dans l’espace.

 L’année 2012 verra dès lors l’arrivée du premier millésime du Domaine « Francesco Guccione ».

Pour encore un peu parler du personnage, alors que je suis certain que Francesco désirerait que je parle enfin de ses vins, je voudrais ajouter que l’homme n'apprécie pas trop que lui ou ce qu’il fait soit catalogué, étiqueté, liés à tel ou tel mouvement, il est certain que la notion de « naturel » à l'italienne le séduit beaucoup et que c’est à l’intérieur de ce mouvement qu’il trouve le plus d’amitiés et d’identité.
S’il peut paraître timide d’approche, son regard s'illumine bien vite et fort quand il peut partager et parler de longues heures de ses vins, quittant alors son côté ténébreux d'Highlander pour devenir un chantre de "sa" nature, raison pour laquelle il aime voyager, soit en cavalier seul, soit à travers le mouvement Renaissance ou encore les salons de Christine Marzani.
Vous savez dès lors ce qu’il vous reste à faire si un jour vous avez la chance de le croiser.

Un nouveau domaine est sorti de terre, un domaine que tous ceux que j’ai croisé à ce jour et qui le connaissent m’ont conforté, par leur avis, dans l’idée que quelque chose de magnifique est né près de Palerme.

Au sud de Palerme, un Highlander s’est dressé à nouveau !

Géographie

Le lieu-dit Cerasa se situe entre 450 et 600 mètres d’altitude, à 40 kilomètres au sud de Palerme dans la DOC de Monreale. Le sous-sol y est de nature marno-calcaire sur laquelle repose une couche arable d'argile avec un peu de sables et d'incrustations de cailloux calcaires, couche qui permet une bonne conservation de l'humidité pendant les chaleurs estivales.
Il faut noter aussi qu'en plus de la hauteur, la proximité de la mer apporte, à ces lieux comme dans toute la Sicile, des vents presque persistants qui favorisent des nuits. De même, les vignes bénéficient de ce gain de lumière diurne typique de la proximité de l'eau.

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Le domaine s'étend sur 6 hectares avec sur les parcelles les plus hautes, 3 hectares où le Trebbiano trentenaire règne en maître et, sur les parcelles les plus basses, un hectare de Catarratto, un de Perricone et un de Nerello Mascalese.
Ces parcelles sont assez voisines, à proximité de la maison et exposées au sud-est sur des pentes généralement faibles. Une parcelle plus récente, plantée en 2011 possède une pente nettement plus marquée, mais est encore trop jeune pour produire un raisin intéressant. Quand la vigne l’aura adoptée, vu sa hauteur et son exposition, elle devrait fournir de très grands vins.

Pour accéder au vignes tout comme à la demeure de Francesco, un véhicule adapté de type Jeep est absolument nécessaire et il y a vraiment lieu d'éviter d'y venir avec une petite sportive italienne(je parle bien de voiture, là), sauf si vous avez une excellente assurance…. Le côté sauvage des Highlands, encore et toujours !

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Viticulture

Comme décrit plus haut, les vignes ont fait l'objet d'une conversion en biodynamie depuis 2005 même si aucun agrément n'à ce jour été recherché, Francesco ne désirant, par exemple, ne pas utiliser le 501 qu'il juge peu approprié à ses vignes.
Il faut faire remarquer que le 500 et le 501 sont principalement des revitalisants des sols ; or, du fait de son histoire et sa géographie très particulière, la Sicile possède en général des sols très fertiles. De même, du fait de la présence de vents maritimes soutenus, les vignes sont moins sensibles à l’oïdium et au mildiou. L’agriculteur sicilien n’a jamais, dès lors, vraiment été amené à user d’engrais et de pesticides dans l’après-guerre et les sols sont restés le plus souvent remarquablement vivants.
S’il n’utilise donc pas le 501, de par sa passion de la botanique et des traitements phytopharmaceutiques, Francesco use et réuse de tisanes les plantes que sa terre lui procure,  participant ainsi à la mise un en place d’un profond équilibre interactif dans la biodiversité.

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Toutes les vignes sont issues de sélection massale et taillée en guyot à une hauteur assez importante (environ, 1,8 mètres).

Les labourages et l'aération des sols se font toujours avec légèreté,  à 15 à 20 centimètres de profondeur sans jamais provoquer d'incisions transversales dans la terre afin de ne jamais perturber les couches bactériennes. Le travail manuel est aussi favorisé à  l'extrême.

L’enherbement reste toujours présent un rang sur deux. Quand le mildiou ou l’oïdium deviennent menaçants,  les vignes sont traitées au soufre uniquement si l’année est facile, sinon au soufre et au cuivre, à raison de 3 à 4 traitements par an. Enfin, une taille en vert est pratiquée peu après la floraison.

Les grappes sont vendangées manuellement et transportées en petits cageots de 20kg jusqu'à la cave. Le rendement moyen est de 40 à 45 hectolitres/hectare.

Vinification

Le mot d’ordre jusqu’à la mise en bouteille est d’intervenir au minimum tout en laissant le mout le plus longtemps en contact avec ses lies pour les rouges et les blancs, et de la manière que le millésime l’autorise.

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La cave, de type garage au niveau du sol,  est suffisamment spacieuse pour permettre toutes les étapes de la vinification, de l’embouteillage et de conservation au même niveau.

Lorsque les raisins arrivent à la cave, ils sont égrappés et foulés directement sauf dans les années chaudes comme en 2012. Dans ce cas, Francesco laisse les raisins reposer une journée avant de les travailler le lendemain matin. Ensuite, les raisins sont mis en macération avec des fermentations qui démarrent en général après 24 heures, sans aucun ajout.

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Les macérations sont maintenues 2 jours pour le Trebbiano, sauf si le millésime ne le permet pas (comme en 2013), 7 à 9 jours pour le Catarratto et une quarantaine de jours pour les deux cépages rouges.
Lorsque les vinifications actives sont terminées, les vins sont séparés de leurs lies puis remis dans leurs contenants de vinification, en utilisant des cuves de PVC pour le transfert. A ce stade, aucune analyse n’est faite et celle-ci ne sera pratiquée que peu de temps avant la mise qui se fait le plus proche des vendanges suivantes afin que les fûts ne restent vides qu’un minimum de jours. Si la nécessité se fait sentir, une petite quantité de soufre (+- 20mg) est ajoutée avant cette mise, même si le but est, si l’année le permet de ne pas en utiliser.

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En 2012, le domaine a produit 16.000 bouteilles et en 2013 ainsi que dans les années futures, la production avoisinera les 20.000 bouteilles avec une exportation principale, actuellement, vers les Etats-Unis, l’Australie, le Japon et l’Angleterre.

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Vins 

Avant la scission du domaine, chacune des cuvées portait, en plus du nom du ou des cépages présents, un nom qui était dédié aux personnes qui ont le plus compté pour Francesco comme son père, son fils et ses amis, comme pour les remercier de l’avoir entouré.
Le nouveau départ en 2011 a amené Francesco à complètement revoir ses étiquettes, ce qui peut dérouter ceux qui ont connu les vins des premières années.  Tout comme pour sa cave, il a voulu que l’identité de ses vins puissent s’exprimer derrière une simplicité extrême d’identité avec comme seules mentions, d’une part, sous le logo et écrit à la main, le texte :

« Vino bianco* prodotto e imbottigliato da Francesco Guccione
presso la propria azienda in Contrada Cerasa a Monreale »

* ou « rosso »

D’’autre part figurent les simples initiales, soit des cépages présent, soit du nom de l’assemblage, ce qui donne « C » pour le Catarratto, “T” pour le Trebbiano, « P » pour le Perricone, « NM » pour le Nerello Mascalese et « B » comme Blend pour le Rosso di Cerasa.
Toujours pour mettre tous ses vins sur un pied égalitaire, Francesco les vend tous au même prix.

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Catarratto « C » VDT blanc

Bien que peu connu dans le Nord de l’Europe, ce cépage est assez caractéristique de la Sicile qui peut s’exprimer sur la puissance recherché pour sa capacité de résister aux fortes chaleurs. Sa structure est en général assez monolithique, féminin dans ses arômes, ses notes tanniques et son acidité plus basse que pour le Trebbiano en faisant souvent un vin recherché pour la soif ou pour s’associer à d’autres cépages dans le Marsala. Francesco apprécie ce cépage parce qu’il veut le travailler en finesse et effacer ces caractères variétaux afin qu’il exprime plus de délicatesse et plus d’aromaticité. Dans les conditions de fraicheur de Cerasa, on parvient à ce qu’il s’exprime avec une certaine rigueur, droiture, avec des notes complexes de tisanes.

 

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Trebbiano « T » VDT blanc

Si le Trebbiano est aujourd’hui très répandu en Sicile et dans le reste de l’Italie, ce n’était pas vraiment le cas, il y a 25 ans quand le père de Francesco se mit à le replanter en sélection massale. Travaillé brutalement, ce cépage s’impose avec trop de volupté, trop de gras avec des arômes de bois trop marquant.
Mais à nouveau, travaillé avec finesse et sur des sols vivants, il est possible de le rendre terriblement élégant, fin, le tout avec une forte identité. Le Trebbiano représente pour Francesco l’exemple même de sa motivation à donner un caractère unique à ses vins, un caractère qui transpire l’identité familiale, la nature des sols de la région, loin des stéréotypes des vins blancs siciliens.
Dans des années plus chaudes comme le 2012, le vin s’exprime avec un léger sucre résiduel qui lui insuffle une douceur langoureuse mais la finesse et l’élégance restent de mise malgré une année aussi chaleureuse.

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Perricone “P” VDT Rouge

Le Perricone est un cépage typique de l'Ouest de la Sicile. Son usage a décliné ces dernières années mais il persiste principalement assemblage. En fait, très peu de vignerons l’utilisent pur et a fortiori de manière naturelle, en recherchant  ainsi sa légèreté et sa pureté.  Il possède des notes souvent iodées, s’avère quelquefois austère dans les années froides, mais dans des années plus solaires comme 2012, il développe une grande concentration de notes fruitées. Ses tanins sont particulièrement suaves, raison pour laquelle, associé avec le Nerello Mascalese, il tempère la puissance tannique de ce dernier.

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Nerello Mascalese « NM » VDT Rouge

Le Nerello Mascelese est un cépage qui provient du village de Mascali, près de Catane et qui a trouvé une certaine diffusion en Sicile pour apporter ses caractéristiques  à la fois élégantes et tanniques aux cépages avec lesquels il était associé. Pour s’exprimer pleinement, il a besoin d’altitude et de fraicheur, raison pour laquelle il se complaît dans la zone de Cerasa. Son côté délicat rappelle le Pinot Noir. Le Nerello Mascalese est aussi un cépage sensible dans sa vinification et il nécessite des macérations courtes, nettement plus que pour le Perricone, pour conserver tout son caractère fruité. Lors d’une année chaude comme 2012 a amené le cépage à s’exprimer de manière bien plus tannique et avec une structure plus ample.

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Rosso di Cerasa « B » VDT Rouge

Lorsque le Nerello Mascalese a été replanté au domaine, c’était afin de revenir à une situation ancestrale où les domaines produisaient principalement des vins à base de ce cépage et de Perricone, un assemblage qui n’est plus aujourd’hui recherché dans la région mais que Francesco Guccione a voulu faire renaître parce qu’il se souvenait de ces vignes encore plantées par son arrière-grand-père et ainsi ramener à la vie une tradition familiale. Cet assemblage a besoin aussi que les vignes puissent s’appuyer sur un vrai terroir minéral afin que les raisins dont ils sont issus ne possèdent pas que des propriétés variétales auxquels cas les vins seraient beaucoup trop durs dans leur structure. La renaissance de cet assemblage a permis de produire un vin qui combine avec une alchimie parfaite les tanins élégants et la finesse du Nerello avec la richesse de la robe et le côté sanguin du Perricone.

Dégustation

Sur fûts

La visite de la cave a été l’occasion d’une dégustation de presque tous les fûts et citernes présents, la majorité des vins contenus étant du millésime 2013, nettement plus frais que son prédécesseur.

Le Catarratto 2013 sur foudre tronconique montre une grande finesse suave, une buvabilité extrême tout en gardant cette droiture longiligne que Francesco apprécie mettre en valeur avec ce cépage. Cette finesse permet de bien conserver la fraicheur qui met l’acidité moyenne du cépage plus en avant.
Le Trebbiano 2013 a été décliné sur presque tous les contenants de la cave. Dans l’acier, il développe une trame étonnamment droite, fine sans être fluette, avec une belle expression du fruit, alors que sur foudre, il prend une envergure plus grande, plus ronde, plus grasse mais avec une finesse et une richesse aromatique toujours pleinement respectés et toujours une superbe buvabilité. Le même vin expérimenté sur fût est lui actuellement un peu trop ample avec un gras plus proéminent sous l’effet du bois et demandera plus de patience. Toujours afin de voir l’effet d’un élevage plus long, Francesco a gardé un foudre de 2012 qui s’avère vraiment étonnant de complexité pour un millésime plus généreux, comme quoi le travail en douceur peut réellement t arriver à maitriser l’effet éventuellement excessif d’un millésime sur le terroir.
Mais là où les choses m’ont vraiment laissées pantois d’admiration, c’est la différence que Francesco a réussi à obtenir sur foudres entre son Perricone et son Nerello Mascalese 2013. Si tous deux ont une fraicheur vraiment bien affirmée avec une acidité fine mais bien rafraichissante ainsi que des tanins au velouté exceptionnel, même dans le cas du second, le Perricone s’exprime sous une exubérance de fruit festive, comme pour un joyeux banquet pantagruélique ou la gourmandise est de mise. Et face à cette joyeuse profusion de générosité bien maîtrisée, il y a le Nerello qui est là comme une véritable cathédrale gothique, longiligne, altier, d’une superbe austérité minérale à faire pleurer les anges. Ce vin devrait s’avérer un pur bonheur après deux ans de bouteille.

Sur bouteille

Désireux de me limiter au nouveau départ dans la vie de vigneron de Francesco, comme il le souhaite d’ailleurs, seuls les vins de 2012 seront ici commentés.
Il s’agit ici de notes prises au vol qui seront complétées par une dégustation de groupe ultérieure.

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Catarratto « C » 2012 – VDT blanc – 13,5°

Etonnante bouteille. Discrète au premier abord alors qu’on aurait attendu quelque chose de  plus directement évident sous l’effet du soleil de 2012. Un vin d’une grande réserve donc qui va chercher, au nez sa complexité sur le fines notes aériennes florales. En bouche, il tranche par rapport au nez par un structure longiligne, tirée par une acidité parfaite et qui plutôt que de chercher un fruit joyeux file droit sur une minéralité impressionnante, presque tannique, avec de beaux amers qui portent le vin tout au long de sa superbe buvabilité.

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Trebbiano « T » 2012 – VDT blanc – 13,5°

Ici, le nez parle d’emblée, direct, ample, complexe mais toujours frais, avec des notes charnues de fruits blancs et jaunes, du zeste d’agrume vert et des épices, mais sans notes solaires. En bouche si le fruit charnu est toujours aussi net, ample, la côté sphérique est à nouveau maîtrisé par la fraicheur qui le garde sur le registre de la finesse saline. Jamais puissant, il n’en reste pas moins d’une très grosse longueur et puis, il y a toujours cette buvabilité extrême.
A millésime comparé, on atteint ici le niveau d’Emidio Pepe, même si l’expression est différente.

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Perricone “P” 2012 – VDT Rouge – 12,5 °

S’il fallait rapprocher ce vin de quelque chose de plus familier au goût français, la première chose à laquelle je penserais serait du gamay. Pas un gamay variétal, mais plutôt un gamay naturel où le fruit n’est pas le plus expressif, mais bien la finesse à la fois au nez qu’en bouche, avec des tanins légers mais une profondeur évidente comme on retrouve sur certains Morgon. Il y a un véritable plaisir de bouche, ici, un vin qui descend avec une facilité déconcertante, qui ne sature jamais, un vin qui a mon sens se justifie très bien tel quel, surtout pour les assoiffés !

Rosso di Cerasa « B » 2012 – VDT Rouge – 13,5°

Avant de goûter le Nerello Mascalese, Francesco préfère présenter son assemblage des deux cépages rouges, pour évoluer par étapes vers une structure plus imposante. Il ne faudrait pas pour autant voir dans ce vin un mélange d’eau et de feu, mais bien une alchimie très complexe qui lui prodigue une identité propre où ses éléments constitutifs sont indétectables, comme si l’assemblage s’était fait à la vigne, dans la vigne. Bien que la structure soit ici bien plus évidente grâce à des tanins plus soutenus, le fruit reste clairement de la partie, bien que la composante minérale fait aussi des siennes. Le résultat est d’une complexité incroyable, avec une race impressionnante et un équilibre tout en finesse absolument remarquable. Absolument incontournable.

 

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Nerello Mascalese « NM » 2012 – VDT Rouge – 14,5°

Peut-être là, sur la jeunesse, le seul bémol, même si la buvabilité reste de mise, évidemment, la sensation de finesse aussi, tout comme la solarité du millésime qui est pleinement maitrisée. En cause, une matière plus dense, un peu plus carrée, probablement du fait de la présence de tanins qui ont réellement encore besoin de s’assagir. Mais comme l’acidité est là et bien là et que la salinité de ce vin est prodigieuse, il est très fort à parier que deux ou trois années d’attente vont lui donner plus de volupté et en faire une petite tuerie !

Conclusion

Il y a ici une tentation de tout remettre sur le couvert, tant on a envie d’en parler de l’homme et de ses vins, mais afin de ne pas être trop redondant, je m’attacherai aux vins, et à cette tellement grande finesse, cette précision absolue et cette buvabilité qui les caractérisent réellement, sans jamais se dépareiller d’une vraie salinité. Ils sont pleinement comme Francesco a désiré qu’ils soient, même si en fait ceci est totalement erratique dans le sens que le but poursuivi, c’est que les vins soient  au plus proche de la terre. L’émotion est réelle, omniprésente, elle atteint l’âme et quand on quitte Francesco et ses vins, on est comme changé, probablement plus humains, mais comme ces humains qui vivaient il y a 20000 ans, en paix avec la terre.

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Coordonnées

Azienda agricola Francesco Guccione
Azienda: Contrada Cerasa SP 102 BIS, 90046 Monreale (PA)
Cantina: Corso Trieste, 46/48 – 90040 San Cipirello (PA)
Tel: 00 39 34 72 99 34 92
Email:
francesco.cerasa@alice.it
Web : http://francescoguccione.wordpress.com/

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06 mars 2014

A quoi servent encore les AOC ?

Et bien oui, c’est in the wave ces temps-ci, moi aussi, je m’y mets et avec un article bien poujadiste irrévérencieux, selon vous évidemment…. , Monsieur de Rouyn.

C’est sûr que face aux 90% des consommateurs qui pensent qu’une bouteille de vin pousse dans une grande surface ou qu’elle s’échange au prix d’un Solex en Uranium chez Sotebys, c’est sur que face à cela, ce que je pense réellement des AOC est totalement anachronique, mais mon ego surflatté me fera croire que toi lecteur, tu fais partie des autres 10%, de ces 10% qui s’attachent encore à écouter les conseils de cavistes passionnés ou qui vont jusqu’à prendre des avions juste pour aller goûter quelques bouteilles avec un vigneron et revenir aussi vite. (Bon, là, je tiens quand même à rappeler que les billets de Ryanair avoisinent quelquefois la moitié d’un taxi bruxellois).

Toujours est-il  qu’étant incapable d’acheter un produit bordelais au prix d’une bagnole d’occasion et étant dans la félicité de combiner l’amitié de « vrais » cavistes « engagés  dans leur passion » ainsi qu’ayant une épouse qui ferme les yeux sur mes petits voyages, le mot AOC ne m’a que très rarement empêché de dormir, laissant par facilité à des hommes comme Jean-Michel Deiss toute l’authenticité d’un combat sur ce que devrait être une vraie appellation.

Et ce sentiment de quiétude ignorante et insouciante qui me rapproche probablement du bon Calife Haroun El Poussah sur son gros coussin rose, c’est très probablement que quand on a dans ses amis de « vrais » cavistes « engagés  dans leur passion », de vrais amis vignerons qui acceptent à tout moment de m’accueillir, des salons jouissifs à profusion comme cerises sur le gâteau, ON S’EN FOUT UN PEU de la couleur, de la forme de l’étiquette et a fortiori de ce qui est inscrit dessus, parce que ce qu’on aime, c’est le contenu, et surtout le porter, ce contenu, aux lèvres, fermer les yeux et penser à tout ce qui entoure ce vin.

« Un vrai état onirique éveillé…. Comme Haroun el Poussah sur son coussin. »

De coussin à Cousin, il n’y a cependant qu’un pas à faire, surtout de nos jours et de quoi faire sortir de son trou une marmotte trop tôt secouée et qui, comme le dit Olif, est pas toujours très joyeuse.

Car, enfin, depuis que je suis tout petit, on me dit que les AOC, c’est fait pour défendre l’identité des vins et des vignerons qui les produisent sur un territoire donné. On me dit aussi que si des règlements d’agréments existent, c’est pour que cette identité soit conservée, une forme de balise de l’origine. Ça, c’est quand on est petit ou qu’on fait partie des 90% précités. Après, on est en droit de commencer pour le moins à sourciller quand on se rend compte que le respect de l’identité d’une appellation, pour ne pas dire d’un terroir, comme veulent le faire croire le bon Hubert et ses potes bordelais, cela passe par le dézinguage chimique des vignes, par l’ajout de levures sélectionnées et toutes autres formes de biotechnologies rutilantes qui n’ont comme but que de créer un vin qui est à la vigne ce que Mac Do est au Burger, mais pas au même prix que le Mac Do, un produit, un clone presque. Et forcément, plus un produit devient identitaire, plus il devient facile pour des juges en agrément de jouer à leur petit dieu et déclarer la chose correspondante ou non à ce qu’il faut.
Et plus on s’éloigne du produit, plus on se rapproche de l’échafaud.

Et puis, quand on est encore un peu moins petit, on se rend compte que ce « système » dépasse les frontières bordelaises, que le cépage fait loi omnipotente, et qu’encore, non seulement le cépage est roi, mais il doit l’être dans une expression donnée. Quand on multiplie le nombre de vignerons par le nombre de terroirs réels dans une zone d’appellation, il y a en fait vraiment de quoi se marrer un bon coup quand on veut vous faire croire que défendre une appellation, ce serait faire fi de notre diversité à tous. Mais bon, c’est comme ça. Et pourtant, on dort encore, un peu moins peut-être, disons qu’on somnole joyeusement sur son pouf.

Et boum, subitement, médiatiquement, aujourd’hui, on voit que c’est le mode « dura lex, sed lex » qui est en mode « ON ». Tant qu’on me déclassait les vins des gens que j’aime, j’avoue, comme le bon Haroun, je m’en foutais bien, je savais qu’ils les vendraient bien à des passionnés comme mézigue… Bref, on restait suffisamment endormi pour ne pas voir que le déclassement, cela ne leur suffisait plus aux omnipotents du pouvoir, maintenant, ce sont les procès, les peines de prison, maintenant si tu ne fais plus dans la norme, tu deviens un criminel. Si tu ne fais pas clone, t’es un ennemi public… Si tu fais pas comme les beaux messieurs te disent, t’es juste bon à être comparé à une bête de cirque (quoique, même là les animaux sont désormais interdits)

Et pourtant un clown, c’est tellement plus comique qu’un clone…

Alors, faut plus dormir les amis, faut plus juste fouttre son cul sur un banc à descendre des canons avec ses potes, faut réagir, il faut parler, il faut expliquer, avec passion mais pas en traitant les gens de salope, Monsieur de Rouyn, il faut aller hurler à tous vents que les AOC ne sont plus garantes de rien du tout, et certainement pas ni de la vie, ni du terroir.

Il faut se révolter. Pour nos enfants, pour la vie, pour l’honneur bafoué de ces artisans qui font simplement le vin qu’ils aiment et qui ne demandaient rien à personne.

 

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22 janvier 2014

Natural Resistance !

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Cette allée-là, qui remonte à la cave du domaine Pacina est encore et toujours dans mon esprit, et que dire de Giovanna qui, avec son mari Stefano, illuminent ce domaine de leur passion …. Et que dire de Giovanna qui semble ici porter littéralement le titre du prochain film de Jonathan Nossiter.

Et quand on sait combien, Mondovino, son premier film sur les « hommes du vin » a transcendé ma passion, vous imaginerez sans nul doute l’émotion qui m’envahit de voir sur une seule image tant de sensations ressenties.

Et mon bonheur du jour ne s’arrête pas là puisque tant Giovanna, Stefano et Jonathan seront réunis le lundi 28 avril au salon Rue89 de Paris, avec cerise sur le gâteau, l’avant-première française de « Natural Resistance », salon où je suis un tout petit peu partenaire…. Vous imaginez ça d’ici ?

Alors, n’hésitez pas, prenez vos calepins et NOTEZ-LE BIEN, ce rendez-vous du 28 avril 2014 !

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Sous les Pavés, la Vigne ! – Salon Rue89 des Vins
La Bellivoise
19-21 Rue Boyer
75020 Paris
https://www.facebook.com/salonRue89desvins
www.labellevilloise.com



Fin »