Albert Boxler
Riesling
Grands Crus

Une production

Le but de la présente dégustation est de découvrir avec la joyeuse équipe du club DCVD les rieslings Grands Crus des derniers millésimes du domaine Albert Boxler sur Sommerberg et Brand, millésimes qui ont valu au domaine une reconnaissance particulière des médias en lui permettant de se hisser au sommet de la hiérarchie, tout en gardant des prix assez modérés.

 

 

Le Domaine Albert Boxler 

Petit… et grand… voici une opposition qui frappe mon esprit au moment d’aborder la rédaction de ces quelques mots sur le domaine de Jean Boxler.
Rien qu’en ce qui concerne le village de Niedermorschwihr qui abrite la maison familiale : Situé entre Katzenthal et Turckheim, le village est littéralement enfermé, au pied des coteaux,  dans un écrin de mamelons qui le cachent longtemps à la vue des amateurs en provenance de Colmar, pourtant toute proche. Seul le splendide clocher au torsadé unique de son église suggère pendant longtemps la présence d’habitations. Autre contraste frappant : la petite taille de l’épicerie-pâtisserie de Christine Ferber, au centre du village, pourtant connue mondialement pour ses confitures et ses ouvrages de littérature gastronomique !

 

 

Bien entendu le domaine ne déroge pas à cette situation : depuis deux ans au firmament stellaire du guide de la RVF et y côtoyant Ostertag, Deiss, Faller et Humbrecht, on pourrait s’attendre à une structure toute en ampleur pour gérer les 13 ha situés sur les bans de Niedermorschwihr et Turckheim. Il n’en est rien et c’est à Jean et Sylvie (aidés de leur famille proche) que revient depuis 1995 la responsabilité presque unique de la gestion aux vignes et à la cave, ce qui est réalisé chaque jour au prix de beaucoup de travail et d’une incroyable humilité. De toutes manières, depuis sa petite enfance, plongé qu’il a été dans l’ambiance du cuvier, Jean n’a jamais imaginé un autre métier que celui de vigneron. Malgré 60 % d’exportation, le domaine reste très lié à sa clientèle de « particuliers » pour laquelle Jean et Sylvie réserve toujours un accueil hors norme.

 

 

Jean est le fils de Jean-Marc et le petit-fils d’Albert Boxler qui a donné son nom au domaine, bien que celui-ci existe depuis 1673, mais sa structure actuelle, due à divers regroupement date de 1946 pour arriver aujourd’hui à une production annuelle moyenne de 65000 bouteilles, se répartissant sur 40% de riesling, 20% de pinot gris, 20% de gewürztraminer, le reste étant constitué de cépages divers.
Parmi les parcelles exploitées par le domaine, les plus nobles se trouvent sur le grand cru du village (partagé partiellement avec Katzenthal), le Sommerberg (colline de l’été), pour lequel la famille possède 4 des 28 hectares ainsi que 2 ha de parcelles sur le grand cru Brand lié à la commune limitrophe de Turckheim et dont la vue en provenance de Niedermorschwihr est une des plus belles choses que l’Alsace puisse offrir.

Les vignes plantées en coteaux ou en terrasses entre 6 et 8000 pieds/ha sont travaillées, vu les pentes, au chenillard, du moins quand c'est possible sinon à la main. Elles ne sont pas enherbées car les sols sont trop pauvres et la concurrence de l'herbe n'est pas souhaitée. Toutefois, comme le domaine pratique une agriculture de type bio depuis 2003, sans demande d’agrément, les vignes n’ont plus connu la présence d'engrais ni d'azote depuis longtemps et le désherbage y est totalement manuel  Les raisins sont issus de sélections massales et clonales, selon les parcelles et l'âge des vignes. Ils sont triés à la vigne et à la cuve.
La fermentation s'effectue généralement en levures indigènes - sauf incident - et la malolactique n'est pas recherchée. Les pressurages sur raisins entiers sont lents et le débourbage qui suit n'est pas très poussé. Le vin fermente en foudres pendant un an et est mis en bouteille peu avant la vendange suivante.
Les doses de soufre total sont assez faibles pour la région (80 mg/l) avec 20 mg de soufre libre à la mise en bouteille.

Le style des vins est clairement en faveur de l’acidité, clairement une structure tendue très traditionnelle mais qui ne refuse pas certaines textures plus modernes. A ce jeu-là c’est le riesling qui est le grand gagnant en vrai « buveur » de terroir qu’il est mais les pinots gris, valent aussi largement le détour, surtout quand le millésime le permettant, ils sont proposés sous l’appellation grand cru Sommerberg ou Brand.

Jean aime à mettre en évidence la moindre variation qu’offre le terroir ; c’est pour cela que le domaine n’hésite pas à proposer sur les Grnd Crus Sommerberg et Brand les cuvées suivantes :

Sommerberg :

  • Grand Cru Jeunes Vignes plus généralement situées en bas du Grand Cru

  • Grand Cru

  • Grand Cru « E » ou Eckberg (anciennement L31E) du nom de la parcelle correspondant au haut du coteau

  • Grand Cru « D » ou Dudenstein (anciennement L31DII) du nom d’une parcelle de vieilles vignes située en bas de coteau où du grès vient se mêler au granit emblématique du cru. Dans les millésimes les plus propices, la cuvée D est souvent déclarée en VT

Brand :

Grand Cru

Grand Cru K ou Kirschberg issu de vieilles vignes (65 ans) assez tardives

Coordonnées :

Domaine Albert Boxler
78, rue 3 Epis
68230 NIEDERMORSCHWIHR
+33 3 89 27 11 32
albert.boxler@9online.fr

 

 

Le Grand Cru Sommerberg 

S’appuyant sur le flanc Nord du village de Niedermorschwihr, le Grand Cru Sommerberg jouxte le village de Katzentahl dont il occupe une partie du flanc Sud en y formant un éperon rocheux et s’étend sur 28 hectares entre 207 et 107 mètres d’altitude.

 

 

Le Sommerberg ou coteau de l’été est comme ses voisins Brand, Schlossberg et Wineck-Schlossberg, de nature granitique à deux micas exposé au Sud, mais il s’en distingue par de très fortes pentes proches de 45° particulièrement difficiles à travailler, sèches et glissantes en été, qui demandent beaucoup de sacrifices allant jusqu’à la vie, comme cela a été hélas récemment le cas de Jean-Bernard Weinzorn, victime d’un accident de chenillard, seule machine agricole que tolèrent ces pentes. Le fruit de ces sacrifices se ressent dans le verre où les rendements infimes mettent la minéralité des sols particulièrement à l’honneur.

Malgré quelques incursions principalement de pinot gris, c’est le riesling qui y règne en maître absolu, occupant plus de 85 % de la superficie. Terriblement sec et tendu par l’acidité dans sa jeunesse, il développe des saveurs fruitées d’agrumes, de fruits blancs après 4 à 5 ans, puis évolue vers énormément de complexité avec des notes florales et épicées, sans jamais perdre de sa droiture. Souvent associés à un « sabre » dans leur jeunesse, ces vins sont, de par leur structure, à réserver aux palais qui ont une certaine acclimatation à de telles tensions.

 

 

Le Grand Cru Brand 

Le grand Cru Brand est situé au pied de Turckheim adossé à la colline qui sépare la ville du village voisin de Niedermorschwihr au Nord-Est. Tout comme les crus voisins du Nord-Est, le Brand est caractérisé par une assise granitique à deux micas près de Turckheim tandis que vers Niedermorschwihr le granite a tendance à être plus désintégré avec des sables en surface. D’une superficie de 58 hectares, il s’étend entre 240 et 390 mètres sur des pentes assez importantes exposées plein Sud.

 

 

Le riesling y est le patron occupant près de deux tiers de la surface plantée pour y donner des vins de grande garde (10-15 ans) à l’acidité verticale, tout en gardant une certaine suavité proche de la féminité avec dans la jeunesse beaucoup d’expression de fruit et de floral. Les rendements, très faibles, dépassent très rarement les 40 hl/ha.
Dans les années solaires, le granite fait office de thermorégulateur pour permettre une belle conservation de la fraicheur. 

Les millésimes dégustés

2006

Caractérisé par des conditions climatiques extrêmes, ce millésime a démarré assez tardivement en raison d’un printemps frais et pluvieux. Les journées très solaires de juillet compensées par un mois d'août plus frais et légèrement humide ont permis l'obtention de très belles maturités avec des acidités élevées et un excellent rapport Hélas, les vendanges ont été contrariées par une période pluvieuse particulièrement chaude, cet état "tropical" poussant de très nombreux vignerons à accélérer les récoltes à cause des éclatements potentiels des baies et obligeant presque tout le monde dans de nombreux cas à trier en profondeur, même ceux qui avaient pris le risque d'attendre et qui furent récompensés par une période plus sèche en fin de vendanges. Malgré cela, comme souvent, chez les meilleurs vignerons, ce millésime à la réputation très difficile dévoile toutefois de très bonnes surprises avec de fortes variations selon les terroirs, les plus frais et venteux étant favorisés.

2007

Malgré un débourrement très précoce, le vignoble fut épargné par les gelées et le printemps puis le début de l'été se sont avérés idéaux, remarquablement beaux et secs. Ensuite, à partir de la fin juillet, le climat fut marqué par l’alternance de journées estivales classiques avec des périodes plus fraiches et humides, ce qui freina nettement la maturation et repoussa à septembre les vendanges initialement prévues pour août. L’état sanitaire resta toutefois très acceptable, d’autant que les vendanges furent marquées par une arrière-saison chaude et sèche. Le résultat sont des raisins aux arômes complexes, des matières assez concentrées, marqués principalement par de très belles acidités tartriques, promotrices de très belle garde. Si l'on pouvait percevoir après les mises des nez assez fermés, la buvabilité des 2007 fut exceptionnelle dès la jeunesse. Au fur et à mesure du temps, la fermeture aromatique perçue en prime jeunesse semble s'amplifier et commence à alimenter certains débats sur la qualité potentielle de la garde.

2008

Jusqu’à avril , la situation s'avère classique, favorisée par le fait que le millésime précédent fut tout sauf stressant pour la vigne. Le printemps, particulièrement chaud, est suivi d’un refroidissement net à la mi-juin  qui étale légèrement la floraison. Une nouvelle période très estivale et continentale s'installe ensuite jusqu’au début août où le temps s’humidifie légèrement mais, surtout,  refroidit nettement, ce qui a our effet de conserver des acidités élevées tout en reculant la maturité des raisins. La combinaison de ces caractéristiques à un superbe début d’automne marquant presque l'entièreté de la période des vendanges a permis l'obtention d'un millésime de très grande garde, marqué le plus souvent par des acidités impressionnantes, très tartriques, elles-mêmes superbement contrebalancées par des sucres résiduels très présents accompagnant de grandes concentrations de matière. Ce millésime s’annonça rapidement comme probablement le plus grand de la décennie, technique sur la dégustation des vins jeunes mais avec un énorme potentiel de garde.

2009

Le millésime 2009 ne ressemble pas vraiment à son brillant prédécesseur. Malgré un débourrement tardif dû à la rigueur hivernale, la floraison s’est déroulée sans encombres majeurs, début juin, c’est-à-dire plus tôt qu’une année normale, et cela, grâce à la remontée rapide des températures des mois d’avril et de mai. Cette avance d’une quinzaine de jours s’est maintenue malgré un mois de juillet assez maussade. Le mois d’août étant chaud et très ensoleillé, a conforté cet aspect de maturation avancée des raisins fixant le début des vendanges dès le 15 septembre pour les Grands Crus.
Comme les journées de septembre furent elles-aussi très chaudes et sèches, l’absence significative de pluies entraina un affaissement rapide des acidités et une élévation rapide des niveaux d’alcools (sans que les sucrosités ne soient pour autant significativement augmentées), poussant les vignerons à accélérer le rythme des vendanges.
La résultante marquera les vins de ce millésime comme fruités, assez gourmands, avec une fraicheur en retrait par rapport à 2008, mais avec de beaux équilibres, malgré des sucrosités perçues assez sensibles malgré qu’analytiquement ces sucres s’avèrent inférieurs à ceux de 2008, cette perception étant principalement la résultante des acidités plus faibles. Cette situation est toutefois à mettre en bémol sur les terroirs en coteaux présentant souvent des vignes plus vieilles aux racines profondes qui bénéficient dès lors d’un effet tampon des sols et qui, ainsi,  ont conservé nettement plus de fraicheur que la moyenne, à l’image des Sommerberg.

 

 

Les vins dégustés 

01. Riesling 2008 (12 eur)
02. Riesling Grand Cru Sommerberg  Jeunes Vignes  2009 (17 eur)
03. Riesling Grand Cru Sommerberg  Jeunes Vignes  2007 (12,5 eur)
04. Riesling Grand Cru Sommerberg  Jeunes Vignes  2008 (15 eur)
05. Riesling Grand Cru Sommerberg  2009 (25 eur)
06. Riesling Grand Cru Sommerberg  2006 (18 eur)
07. Riesling Grand Cru Sommerberg  2007 (18 eur)
08. Riesling Grand Cru Sommerberg  2008 (20 eur)
09. Riesling Grand Cru Sommerberg  E 2009 (25 eur)
10. Riesling Grand Cru Sommerberg  E 2006 (18 eur)
11. Riesling Grand Cru Sommerberg  E 2007 (18 eur)
12. Riesling Grand Cru Sommerberg  E 2008 (23 eur)
13. Riesling Grand Cru Sommerberg  D 2009 (28 eur)
14. Riesling Grand Cru Sommerberg  D 2006 (18 eur)
15. Riesling Grand Cru Sommerberg  D 2008 (23 eur)
16. Riesling Grand Cru Brand 2009 (20 eur)
17. Riesling Grand Cru Brand 2006 (18 eur)
18. Riesling Grand Cru Brand 2007 (18 eur)
19. Riesling Grand Cru Brand 2008 (20 eur)
20. Riesling Grand Cru Brand K 2006 (18 eur)
21. Riesling Grand Cru Brand K 2007 (18 eur)
22. Riesling Grand Cru Brand K 2008 (23 eur)

Les vins ont été servis par paire ou triade, étiquettes découvertes à la température de 8°C. Les bouteilles ont été ouvertes 10 heures avant le service, vérifiées puis après une légère aération, rebouchées avec des bouchons en verre de type Vini-Lock

01. Riesling 2008 (12 eur)

% Alc vol : 13,5 - SR : 3 g/l - Acidité (tart) : 9,8 g/l (pH : 3,0)

Cette bouteille est servie en guise de mise en bouche afin, entre autres, de se préparer aux acidités importantes de certaines bouteilles qui suivent dans la dégustation.
La robe est jaune-or très vif et le nez est pour le moins intense avec une légère impression de rondeur, des fruits jaunes, de la pèche de vigne et une pointe de vanille.
La bouche est comme on pouvait s'y attendre, très tendue, tirée par une acidité puissante qui confère une impression citrique marquée, surtout sur l'attaque. Ensuite, grâce à une rondeur équilibrante, cette tension s'apaise un peu et on a une belle impression de maturité sur la finale, même si l'ensemble n'est pas particulièrement complexe et que l'acidité reste directrice. (14/20)

 

 

02. Riesling Grand Cru Sommerberg  Jeunes Vignes  2009 (17 eur)

% Alc vol : 14,3 - SR : 4 g/l - Acidité (tart) : 7 g/l (pH : 3,05)

La robe est jaune pâle très légèrement doré. Le nez s'avère très puissant citrique mais aussi légèrement fermentaire et doucereux. On notera aussi quelques impressions pétrolées. L'attaque de bouche est marquée par le solaire sans pour autant que l'équilibre général n'ait à en souffrir, probablement grâce au soutien d'une belle acidité, limite perlante. L'alcool est aussi indéniablement présent, toujours sans excès. La longueur, de bonne facture, s'exprime sur les épices, l'écorce d'agrume mais aussi avec un retour de sucre qui suggère, à ce stade, une impression de dissociation. (13/20)

03. Riesling Grand Cru Sommerberg  Jeunes Vignes  2007 (12,5 eur)

% Alc vol : 13,5 - SR : 8 g/l - Acidité (tart) : 7,7 g/l

La robe est plus soutenue, franchement évoluant vers l'or. Le nez est assez fermé, un peu brouillon, mais au-delà de l'expression du riesling jeune, la minéralité est très perceptible. En bouche, l''équilibre est proche de la perfection, balancé entre une acidité désormais très intégrée, de la matière et une belle salinité. La finale est un peu en retenue, dans le sens qu'on a l'impression que ce vin a plus à exprimer mais qu'il en garde sous la pédale.. Si je suis assez globalement séduit, d'autres dans le groupe émettent des réserves. (15/20)

04. Riesling Grand Cru Sommerberg  Jeunes Vignes  2008 (15 eur)

% Alc vol : 13,4 - SR : 7 g/l - Acidité (tart) : 9,5 g/l (pH : 3,02)

Robe et nez sont intensément jeunes. Bien que cela parte encore un peu dans tous les sens (un peu comme un oursin aromatique), on est séduit par les axes floraux, minéraux et fruités. Une légère douceur vient compléter le tableau, très prometteur. La bouche est marquée par une acidité qui allie le tranchant et la précision du scalpel. Si l'aromatique est très citrique, ce qui frappe, principalement sur la longueur de très belle facture, c'est la pureté de ce vin. S'il n'y avait pas quelques sucres encore trainant par çi, par là, ce serait un top. (15,5/20)

05. Riesling Grand Cru Sommerberg  2009 (25 eur)

% Alc vol : 13,5 - SR : 12 g/l - Acidité (tart) : 7,1 g/l (pH : 3,03)

La robe est or pâle. Le nez est ouvert, sans intensité majeure. On retrouve le couple solaire/fermentaire des "Jeunes Vignes" 2009, mais la complexité est plus marquée avec de belles impressions pierreuses et iodées, sans oublier les arômes citriques très présents. Si la bouche ne s'avère pas vraiment déséquilibrée, on sent que les forces en présence n'ont pas encore décidé de faire route commune, sucre, gras, alcool (en modération), acidité, jouant chacun dans leur cour propre. Il reste de tout cela une belle impression de concentration avec une finale très prometteuse. Les mois à venir devraient faire murir ce vin très prometteur. (14,5/20)

06. Riesling Grand Cru Sommerberg  2006 (18 eur)

% Alc vol : 13,6 - SR : 5g/l - Acidité (tart) : 8,1 g/l (pH : 3,08)

Changement de registre dès la robe où le jaune doré soutenu s'affirme. Le nez est très intense, fumé, champignonneux, baigné de fruits confits. Plus on le laisse évoluer à l'air, plus on note du rôti qu'on associerait très volontiers à des rillettes. La bouche est subtilement équilibrée entre fraicheur, gourmandise et buvabilité. La longueur est marquée et salivante. Un très beau 2006. (16/20)

07. Riesling Grand Cru Sommerberg  2007 (18 eur)

% Alc vol : 13,8 - SR : 4 g/l - Acidité (tart) : 7,9 g/l

Retour à un registre plus léger tant sur la robe que sur le nez, très en retenue dans un premier temps, s'ouvrant sur des agrumes (pamplemousse) à l'aération. La bouche confirme cette impression entre dentelle et retenue. Si l'acidité est l'élément constructif, l'édifice est de nature plus austère que généreuse, mais je craque pour ce côté tout monacal, austère mais méditatif qui, le plus souvent, à l'évolution, produit de petits miracles. (16/20)

08. Riesling Grand Cru Sommerberg  2008 (20 eur)

% Alc vol : 13,7 - SR : 6 g/l - Acidité (tart) : 9,2 g/l (pH : 3,1)

La robe est jaune-vert avec de légers reflets dorés. Le nez est ici à la puissance ce que son prédécesseur était à la retenue, mais ce qui retient le plus l'attention, c'est l'énAUrme complexité de la bestiole, un registre étendu où s'affrontent floral, fruité et minéral, ce dernier terriblement marqué par le silex. en bouche, l'acidité surtendue réduit à néant les 6 grammes de sucres, nous abandonnant sur une matière terriblement structurée et équilibrée avec quelques côtés solaires qui viennent gracieusement arrondir les angles. La finale est prodigieuse de longueur sur la fraicheur, le fruit et les amers nobles. Un véritable petit bijou, un incontournable de cave. (18/20)

09. Riesling Grand Cru Sommerberg  E 2009 (25 eur)

% Alc vol : 14,2 - SR : 7,5 g/l - Acidité (tart) : 6,93 g/l (pH : 3,1)

La robe est encore très jeune. Le nez est ouvert. Si on y retrouve quelques notes levurées déjà rencontrées précédemment sur le millésime, on est ici à la fois sur un registre plus austère et plus précis. La bouche est exceptionnellement équilibrée, fraiche et gourmande, vineuse, saline et rôtie avec une forte impression de matière. On y retrouve aussi de beaux amers... et la persistance aromatique est largement de la partie. Un très beau 2009, peut-être un des meilleurs rencontrés à ce jour. (16,5/20)

10. Riesling Grand Cru Sommerberg  E 2006 (18 eur)

% Alc : 13,7° - SR : 5 g/l - Acidité (tart) : 8,5 g/l

La robe est nettement évoluée tout en restant sur le registre de l'or. Le nez est puissant, plein de caractère et de complexité. Si les arômes secondaires occupent désormais bien le terrain, c'est dans la séduction qu'on apprécie ces notes florales, légèrement pétrolées, l'ananas et les coquilles d'huitres. En bouche, la tension, encore très vive, apporte beaucoup de structure à une matière très séduisante de concentration et de salinité. La longueur est, elle aussi au diapason. Un nouveau plébiscite pour 2006 ! C'est vraiment ici qu'on comprend que si ce domaine est au sommet, c'est loin d'être volé. (17/20)

11. Riesling Grand Cru Sommerberg  E 2007 (18 eur)

% Alc vol : 13,6 - SR : 9 g/l - Acidité (tart) : 9 g/l (pH : 3,06)

La robe est jaune-vert très pâle. Le nez est s'exprime sans retenue mais aussi sans puissance, avec beaucoup de précision. Si le citrus domine, on est frappé par une certaine perception de rondeur un peu inattendue. La bouche est bien équilibrée, avec une acidité plus intégrée que directrice, un fruit à la fois confit et croquant, tout en finesse, en préciosité. Un très beau vin à nouveau. (17/20)

12. Riesling Grand Cru Sommerberg  E 2008 (23 eur)

% Alc vol : 13,7 - SR : 5 g/l - Acidité (tart) : 9,8 g/l (pH : 3,02)

Passage presque violent de la délicatesse à la surpuissance avec ce 2008 où seule la robe rappelle son ainé. Mais puissance ne rime pas avec manque de complexité et les fragrances du nez sont là pour le rappeler avec bonheur : agrumes citriques, notes florales, iode, pétrole léger, cela se bouscule au portillon, avec, à l'aération, les notes pierreuses qui jouent les premières de classe. La bouche est telle le nez avec une structure jupitérienne parfaitement équilibrée entre les flèches gothiques de l'acidité et la rondeur de la matière. Sur la longueur, gigantesque comme on peut l'imaginer, minéralité et citriques marquent l'édifice... grandiose et grandiloquent. (18/20)

13. Riesling Grand Cru Sommerberg  D 2009 (28 eur)

% Alc vol : 13,2 - SR : 45 g/l - Acidité (tart) : 6,8 g/l (pH : 3,05)

Si la sucrosité annoncée peut faire craindre un côté sucraillon dès le nez, il n'en est rien, en fait et ce sont plutôt le caillou et la craie qui se dégagent en leaders aromatiques. En bouche, l'acidité est présente mais l'équilibre est ici plus marqué sur un côté sucré/salé avec des épices puissantes et des notes balsamiques très séduisantes. Malgré la composition des équipes, en aucun cas, on atteint une forme d'écœurement, la gourmandise s'exprimant tout en buvabilité. La finale promet au vin de très belles années de maturation. (17/20)

14. Riesling Grand Cru Sommerberg  D 2006 (18 eur)

% Alc vol : 14,1 - SR : 10 g/l - Acidité (tart) : 8,2 g/l

La robe est d'un or à la fois soutenu et évolué. Le nez est puissant mais trop emprunt à mon goût de champignon dans sa version botrytis, l'arrière-garde "bonbon anglais" n'aidant pas trop les choses. En bouche, cela ne manque pas radicalement de fraicheur, ni de fruit, mais cela paraît globalement creux et les amers sont un peu génants. Un petite déception... pour une fois ! (13/20)

15. Riesling Grand Cru Sommerberg  D 2008 (23 eur)

% Alc vol : 14,2 - SR : 6 g/l - Acidité (tart) : 9,8 g/l (pH : 3,08)

La robe est or brillant. Si le premier nez est timide et sur les agrumes, il gagne lentement en intensité ... et en complexité pour livrer un ensemble que je qualifierais de pierre ronde et chaude.
En bouche, on atteint un nouveau sommet de puissance, comme si l'Everest avait soudainement décidé de gagner 200 mètres en un an. A la puissance de la matière, le tranchant de l'acidité répond dans un écho monumental, le tout sur un fond salin , presque tannique qui règle une longueur à la hauteur du monstre. Quand puissance et salinité s'unissent ainsi dans une étreinte chaude et indissociable, on est forcément sur le toit du monde. Et dire que ce chef d'œuvre a été acquis à moins de 25 euros... (19/20)

 

 

16. Riesling Grand Cru Brand 2009 (20 eur)

% Alc vol : 14,2 - SR : 8 g/l - Acidité (tart) : 6,72 g/l (pH : 3,07)

Changement de terroir, d'exposition et le moins qu'on puisse dire, c'est que cela se ressent sur ce vin qui oscille dès le nez entre solaire et végétal. Si la bouche est rafraichie par une acidité "frizzante", on est ici radicalement sur une féminité à rendre dépressif profond l'entièreté des mannequins de l'univers. Certes, le bon vieux Pierre Paul, citoyen d'Anvers aurait apprécié, mais à part pour se blottir en hiver, la chaleur n'a pas que du bon. Dommage, parce qu'on perçoit que la matière est présente. (13,5/20)

17. Riesling Grand Cru Brand 2006 (18 eur)

% Alc vol : 13,3 - SR : 4 g/l - Acidité (tart) : 8,4 g/l (pH : 3,02)

L'évolution de la robe et les côtés champignonneux du nez font penser à une situation déjà rencontrée précédemment mais les 4 grammes de résiduels s'expriment ici, sur la bouche, très nettement plus qu'on ne puisse le penser, placant l'équilibre sur le gras et la chaleur. La belle longueur et la minéralité qui y retrouve des couleurs sauvent toutefois l'édifice. (15/20)

18. Riesling Grand Cru Brand 2007 (18 eur)

% Alc vol : 13,2 - SR : 13 g/l - Acidité (tart) : 8 g/l

Nouveau Brand et à nouveau un nez qui s'exprime difficilement, sans grande netteté. Si les aromes iodés sont largement appréciés, il en est autrement des côtés lactés, rarement rencontrés sur un millésime comme 2007. Si en bouche, une première impression d'équilibre transparaît, porté par une acidité structurante, lentement la sucrosité s'installe presque à la limite de l'excès., surtout sur la finale. Cela reste intéressant, mais on attend plus d'un tel vin, mais peut-être que ce marathon de riesling commence à déformer nos palais. (14,5/20)

19. Riesling Grand Cru Brand 2008 (20 eur)

% Alc vol : 13,5 - SR : 3 g/l - Acidité (tart) : 9,5 g/l (pH : 3,0)

Le vin est littéralement fermé, presque réduit avec un citron vert qui domine. Beaucoup parient pour un défaut. A revoir

20. Riesling Grand Cru Brand K 2006 (18 eur)

% Alc vol : 13,6 - SR : 5 g/l - Acidité (tart) : 7,8 g/l

La robe est encore très jeune. Au nez on est sur une belle intensité, très fraiche, plus sur le fruit que les notes champignonneuses rencontrées précédemment. La bouche est assez bien équilibrée en attaque, mais la fraicheur est assez en retrait, résultat, l'impression de pierre très soutenue donne un peu un profil sec peu gourmand à ce vin. On est aussi assez loin de la précision rencontrée sur les 2006 en Sommerberg. (14/20)

21. Riesling Grand Cru Brand K 2007 (18 eur)

% Alc vol : 14 - SR : 6 g/l - Acidité (tart) : 8,55 g/l (pH : 3,1)

Si globalement on retrouve un peu les caractéristiques du  Brand "de base" en 2007, le vin est ici  plus net, plus structuré, probablement sous l'effet d'une acidité marquée et marquante. On ne retrouve pas non plus les notes lactées et c'est au bénéfice du fruit tant en bouche qu'au nez. Globalemen, on a pas entièrement quitté la "Chapelle Rubens" surtout sur la finale un peu trop lisse... mais cette féminité n'est-elle pas le propre du terroir ? (15,5/20)

22. Riesling Grand Cru Brand K 2008 (23 eur)

% Alc vol : 13 - SR : 15 g/l - Acidité (tart) : 10 g/l (pH : 3,05)

Cette série de Brand m'en a fait un peu baver, j'avoue (pas vous ?), mais ne vous déplaise, cette dernière cartouche est  pleine d'espoir. Bien que mes notes se réduisent en même temps que ma fatigue se réveille, le côté à la fois vibrant et soyeux de la bouche m'emporte vers un divin idylle que je me plais à entamer au rythme d'une javanaise bien charnue. Féminité, je t'aime , moi non plus. (17/20)

Conclusions

Côté sombre

Les 2007 me paraissent comme dans de nombreux autres cas se fermer et perdre de leur buvabilité qui caractérisait leur prime jeunesse. Fermeture passagère ou manque relatif de matière, le débat me semble largement ouvert

Et puis, il y les Brand.. the big question dear public. Leur féminité, si tel est vraiment le cas, a-t-elle souffert d'un mauvais placement, paraissant dès lors plus ronde que la réalité parce que nos palais étaient à la fois terrassés par la vive tension des Sommerberg et par la fatigue naissante. Ne les avons-nous pas tout bonnement compris? Je ne sais. Mais le constat de ce moment "hic en nunc" est relativement sans appel, seul le "K" 2008 m'appelant à la modération.

Le manque de notes récoltées m'empêche de donner une moyenne objective du groupe... damned !

Côté clair

Si un proverbe dit "nul n'est prophète en son pays", c'est pourtant bien en ses terres de Sommerberg que Jean Boxler nous a le plus mis au tapis ce soir. Plaidoyer pour la minéralité tranchante, les Sommerberg de toutes natures (sauf les JV, maybe) respirent de pureté, de fraicheur et de salinité. C'est principalement les 2006, brillants et les 2009, tout en vivacité, qui font lever haut le chapeau. de loin, dans les deux millésimes, ces bouteilles m'auront profondément marqué, ce qui permet de réaffirmer qu'un procès d'intention pour tel ou tel millésime délicat n'a pas de raison d'être quand un grand terroir est manipulé avec tant de sérieux.

Les 2008 sont ici particulièrement explosifs, à l'idéal de ce qu'on peut espérer de cet énorme millésime. Mais à nouveau, à la puissance, la pureté répond plus que judicieusement. On est littéralement au sommet.

Même si les vins sont empreints de leur millésime, on retrouve un style commun sur la matière, un fil conducteur tendu par l'acidité pure et brillante.

Merci à Jean et Sylvie pour ce splendide moment, merci aussi pour leur contribution technique à ces notes et enfin à leur accueil toujours tout en simplicité et en professionnalisme où la langue de bois est un élément inconnu des débats.