gambero

Je me permets de relayer ici une tentative de traduction personnelle de la lettre ouverte émanant du Consortium Vini Veri (en accord avec les autres associations de vins naturels italiennes) au Gambero Rosso suite aux articles de sa revue de janvier 2013, orientés asssez durement contre cette forme de viticulture et de production des vins, avec, en point d'encrage, l'article de Messieurs Bettane et Desseauve qui y avait fait grand bruit et qui, en plus d'attrister les passionnés que nous sommes ou pouvons être, a visiblement blessé de très nombreux producteurs italiens, ceux-là même que le duo B&D n'hésite pas à inviter, entre autres, à son Grand Tasting à Paris.
A vous de vous en faire votre libre interprétation.

LETTRE OUVERTE AU GAMBERO ROSSO

1er février 2013,

Messieurs,

Nous vous écrivons au nom de plusieurs centaines de vignerons qui produisent du vin naturel en Italie, tous affiliés aux associations et consortiums Vini Veri, Renaissance Italia, Vinnatur et Vi.Te. Nous avons été très perplexes lors de la lecture de l'éditorial d’Eleanor Guerini (portant le titre « Naturel ») et particulièrement par les considérations de Michel Bettane et  Thierry Desseauve (« Te lo do io il vino... naturale ") dans le numéro de janvier de votre magazine.

Très franchement dit , nous avons le sentiment que vous n'êtes pas bien au courant de ce qui se passe, depuis des années, dans le monde du vin. Le fait d’accuser les producteurs de vin « naturel », dans leur globalité, de produire des bouteilles tout simplement mauvaises, oxydées et malodorantes est une contradiction, alors que les propres critiques-rédacteurs de votre revue récompensent, régulièrement et souvent, ces même vins produits par les domaines viticoles se déclarant adhérer au mouvement des vins naturels. 

La partie technique de la controverse induite nous semble vraiment indéfendable : Que faites-vous donc des méthodes nouvelles, naturelles et innovantes utilisés pour stabiliser les vins naturels ? Que faîtes-vous des longs séjours en barriques sur lies, une pratique utilisée depuis des siècles, de l'Etna à la Loire? Dans le texte de Bettane et Desseauve, il  est même  dit qu'avec les techniques de vinification naturelle, « les raisins et tout leur environnement finissent par partager les mauvaises levures (lire indigène) qui sont si avides de cannibaliser les bonnes (lire sélectionnées) et que si on laisse agir ainsi les vignerons, cette situation pourrait se propager à toute la planète !

La thèse implicite de cette singulière affiramation est qu'une « sélection » naturelle de levures, qui demeure une petite partie de l'ensemble de la population des levures existantes, peut  générer une  «variété » d'effets importants en cascade. Pardonnez-nous notre ironie, mais affirmer cela serait semblable à dire que vous devez éliminer toutes les touches noires du piano (celles "modifiées") si vous souhaitez composer quelque chose de plus complexe.

Cela sans parler de la vigne, où (vous l'écrivez vous-même) notre volonté de minimiser ou d'éliminer totalement les herbicides, pesticides, engrais est un simple acte de bon sens.

Nous sommes les premiers à reconnaître qu'il ne peut y avoir un vin totalement, exclusivement naturel ; le vin est un produit d’une culture agricole, le résultat de l'interaction entre l'homme et la nature. Sans doute que le terme de « vin artisanal » correspond mieux à nos idées : le vin doit être effectivement le résultat des choix de ceux qui travaillent les vignes et modulent l’environnement pour permettre la transformation des raisins en vin. Mais, malgré tout, nous pensons qu'il est raisonnable, voire indispensable de mentionner la  part «naturelle» plus ou moins grande d'un vin, parce que les lois actuelles permettent d'ajouter aux moûts une quantité impressionnante de substances, plusieurs dizaines, même. S'il était possible d'indiquer sur l'étiquette les substances ajoutées à partir de la vendange (ou même seulement les substances qui le vigneron décide de ne pas utiliser), chacun aurait les informations nécessaires pour juger réellement s’ils vont boire un vin le plus naturel possible ou contenant de nombreux intrants.

Au lieu de cela, en l'occurrence, ce genre de mention est interdit. Et personne n'en parle. Alors que  plus il y a de substances ajoutées, moins le vin est spontané et digeste.

Et pourtant, il est clair qu’aujourd'hui  beaucoup de buveurs et particulièrement de passionnés – peut-être,  fatigués des « concours du meilleur vin », ou «de la course au millésime du siècle » – se tournent vers des vins qui s’éloignent des artefacts, de la standardisation du goût pour aller vers des des produits plus spontanés, qui ne donnent pas de maux de tête, qui sont plus digestes et qui sont plus en accord avec la nourriture. Nous trouvons cela vraiment surréaliste… tout comme il semble surréaliste d’accuser un excellent chef français de « naïveté » parce qu’il aurait choisi de ne plus servir que des plats à base de produits non intrusifs, non gras, non sucrés et non boisés, parce qu’il recherche un dialogue, une interaction avec les aliments tels qu’ils sont plutôt que de les submerger par son art.

Les plus sérieux des vignerons naturels ne font que chercher spécifiquement dans leurs vins, la fraîcheur, la saveur, la digestibilité. Et il est évident que la rencontre entre ces vins et une cuisine saine, pleine de saveurs originelles se produit de plus en plus fréquemment. Et si quelqu'un n'est pas heureux avec cela, il reste libre de choisir un autre restaurant, ou, éventuellement de commander une autre bouteille. L'important reste de respecter le choix du restaurateur et de ne pas l'accuser de naïveté ou d’incompétence parce qu’on n’est pas d’accord avec ses choix.

C'est probablement l'aspect qui échappe le plus à beaucoup des critiques aujourd'hui. Quand le Domaine de la Romanée-Conti, qui fabrique les bouteilles plus chères de la planète, se voit mis en exemple de producteur de « bons » vins naturels, il s'agit d'une naïveté qui est presque attachante. A l’évidence, vous n’avez pas compris ou voulu comprendre que le mouvement des vins naturels désire retrouver une relation quotidienne avec le vin, remettant en valeur ses dimensions  gastronomiques et nutritives qui, ces dernières décennies, ont été abandonnées au nom des récompenses et des scores. Une attitude qui a conduit à l’effondrement des dépenses en terme de consommation auxquelles nous assistons depuis de nombreuses années.

Et nous ne croyons pas que c’est un hasard que vous prétendiez que la crise pour le secteur vitivinicole (secteur minuscule, il est vrai), n’est pas perceptible. Serait-ce là le motif pour lequel le petit monde artisanal du vin subit tant de nombreuses attaques, et pour lequel vous recherchez avec tant d'insistance, à le discréditer violemment ?

Nous sommes convaincus qu'une attitude critique, saine et ouverte devrait être le départ d’une volonté de comprendre un phénomène croissant en en  examinant ses forces et ses faiblesses (nous ne pensons détenir toutes les vérités) et ainsi permettre d’informer le public objectivement plutôt que de crier à chaque fois au loup avec des mots « lourds de sens » comme volatile, oxydation, etc… Les amateurs ou même les curieux seraient alors libre de choisir : nous ne vous demandons pas de nous escorter, de nous avaliser, mais simplement que vous fournissez aussi clairement et honnêtement les informations, les faits tels qu’ils sont et qu’ensuite vos lecteurs soient libres de choisir. Au lieu de cela, nous remarquons que le ton de vos articles dans votre numéro de janvier est vraiment agressif, comme si le vin naturel et l'artisanat qui l’entoure est une forme d'ennemi à briser à tout prix, plutôt qu’une alternative à connaître et surtout à respecter.

Nous croyons, au contraire, qu'il y a place pour tous, grands et petits, naturels, organiques, biodynamiques et classiques, tant que les vins sont produits d’une manière éthique et responsable. Nous le réaffirmons, nous ne pensons pas avoir la "vérité" avec nous mais vous vous devez comprendre que nous avons nos propres idées,  que nous les aimons et les soutenons parce qu’elles sont le fruit de notre travail quotidien.

A l’occasion de Vinitaly, trois manifestations différentes liées aux vins naturels sont organisées : ViniVeri à Cerea, VinNatur à la Villa Favorita, Vivit dans un pavillon de Vinitaly. Nous y invitons tous les journalistes.

En sus des 4 associations précitées, ont adhéré à cette lettre les vignerons suivants :

Albani Alberto Anguissola Aldo di Giacomi Alessandro Torti Alla Costiera Altura Ampeleia Andrea Scovero Andrea Tirelli Antiche Cantine de Quarto Arianna Occhipinti Aurora ‘A Vita Bonavita Borgatta Bressan Ca’ del Vent Ca’ de Noci Camerlengo Camillo Donati Campi di Fonterenza Campinuovi Cantina Giardino Cantina Margò Cantine Valpane Cappellano Carla Simonetti Carlo Tanganelli Carussin Casa Belfi Casa Caterina Casa Coste Piane Casale Casa Raia Casa Wallace Cascina degli Ulivi Cascina delle Rose Cascina la Pertica Cascina Roccalini Cascina Roera Cascina Tavijn Cascina Zerbetta Casebianche Castello di Lispida Castello di Stefanago Cinque Campi Clara Marcelli Colombaia Corte Sant’Alda COS Cosimo Maria Masini CostadiLà Crealto Cristiano Guttarolo Crocizia Daniele Piccinin Daniele Portinari Dario Prinçiç Davide Spillare Denavolo Denis Montanar Denny Bini-Podere Cipolla Elisabetta Foradori Elvira Emidio Pepe Eugenio Rosi Ezio Cerruti Fabbrica di San Martino Farnea Fattoria Castellina Fattoria Cerreto Libri Fattoria Mondo Antico Fattorie Romeo del Castello Ferdinando Principiano Ferrandes Filippi Fiorano Fontemorsi Franco Masiero Franco Terpin Frank Cornelissen Gatti Gianni Massone Gino Pedrotti Giovanni Montisci Giuseppe Rinaldi Gonella Gradizzolo Guccione Haderburg Il Cancelliere Il Cavallino Il Maiolo Il Paradiso di Manfredi Il Tufiello Irene Cameli Iuli La Biancara L’Agricola del Farneto La Castellada La Distesa Laiolo La Marca di San Michele La Moresca La Pievuccia La Stoppa La Visciola Le Barbaterre Le Calle Le Chiuse Le Cinciole Le Coste sul Lago Loacker Lo Zerbone Lusenti Macchion dei Lupi Marabino Marco de Bartoli Marco Sambin Marco Sara Maria Letizia Allevi Maria Pia Castelli Mario Macciocca Martilde Massa Vecchia Massimiliano Croci Mleçnik Monastero Trappiste di Vitorchiano Monte dall’Ora Monteforche Montesecondo Monte Versa Musto Carmelitano Natalino del Prete Nino Barraco Oasi degli Angeli Odilio Antoniotti Pacina Panevino Paolo Bea Paolo Francesconi Pialli Pian dell’Orino Pian del Pino Piccolo Bacco dei Quaroni Pierini e Brugi Pierluigi Zampaglione Podere Concori Podere della Bruciata Podere Gualandi Podere Il Santo Podere La Cerreta Podere Le Boncie Podere Luciano Podere Luisa Podere Pradarolo Podere Santa Felicita Podere Veneri Vecchio Poderi San Lazzaro Poggio Trevvalle Porta del Vento Praesidium Punta dell’Ufala Quarticello Radikon Radoar Remo Hohler Roagna Ronco Severo Rugrà San Fereolo San Giovenale San Polino Santa Caterina Santa Maria Serafino Rivella Skerlj Stefano Amerighi Stefano Legnani Stella di Campalto Taverna Pane e Vino Tenuta di Valgiano Tenuta Grillo Tenuta l’Armonia Tenuta Montiani Tenuta Selvadolce Tenute Dettori Terre a Mano Tenuta Migliavacca Tenuta Terraviva Tenuta Vitereta Trinchero Tunia Valdibella Valli Unite Vercesi del Castellazzo Vignale di Cecilia Vigneto San Vito Villa Bellini Vino di Anna Vittorio Bera e figli Vodopivec Walter Mattoni Weingut Ebnerhof Zidarich.