A mes amis, à la différence, à la vie …

Encore un livre…. Et « Tronches de Vin, le guide des vins qu'ont de la gueule » qu’il s’appelle.

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Et… non, je ne vais pas vous dire ici que ce « Tronches de Vin », l’opuscule que tout le bon peuple du glou attendait est sorti, cela, à moins que vous vous soyez enterré dans une cache irakienne ou dans la cave de Michel Bettane, vous le savez. Parce que Môssieu « Réseaux », notre meilleur pote en Com, il a déjà drôlement bien bossé… de fait.

Non, je ne vais pas m’attarder non plus à décrire les évidentes qualités et complémentarités dans les différences de ses 5 auteurs puisque, ad usum, ces braves gens fréquentent les mêmes caves, les mêmes vignerons, les mêmes troquets et les mêmes quilles que votre humble serviteur. En plus, ils sont bloggueurs, tous les cinq, vous pensez.

Non, je ne m’évaderai pas dans tout cela….  Je vais simplement tenter de vous donner une envie irréfrénée de vous faire acheter et dévorer cet almanach aux 117 incantations au glou, puisque de 117 vignerons faiseurs de vins vivant, ce bouquin fait « suggestion ».

Et cela je vais tenter de le faire, sans le feuilleter vraiment, rien qu’en m’attachant au troisième mot de la première ligne sous le titre de la page arrière de la couverture, la contre-étiquette, quoi.

Et ce mot, c’est anti-guide.

Autant dire que bêtement scientifiquement analytiquement, je ne suis pas d’accord avec ce ce mot, parce qu’à terme, je reste persuadé que les lecteurs, un peu comme après ma lecture de « Mes aventures dans le vignoble de France » de Kermit Lynch, vont se ruer à l’assaut du vignoble pour découvrir ces 117 humains fascinants. En ce sens, désolé, les gars, mais que vous le vouliez ou non, vous allez guider, mener, enfin, tout ce que vous voulez.

Alors votre « anti », je l’avoue, les gars, ça fait quelques semaines qu’il m’obsède, qu’il me force un tant soit peu à réfléchir (NDLA : Oui, Monsieur de Rouyn, même une brute dans mon genre en est capable).

En fait, « Tronches de Vin » est  ouvrage « anti » peut-être parce qu’il est certainement à contre-courant par rapport à une presse trop souvent à la solde de lobbies… Mais … dans quel sens, il allait le courant avant qu’on établisse des barrages, qu’on modifie son cours, qu’on en change sa nature, instituant,autour de nous, un ordre de vie bien rangé, tenant vaillamment ses bases sur une somme absolue de contradictions.

Et ces contradictions, tellement me viennent à l’esprit quand je vois ce ou ceux qui, à l’opposé de « Tronches de Vin », s’acharnent à les défendre en dépit du plus grand bon sens.

Pour faire des vins beaux et propres sur eux, aussi maitrisés et identifiables que du Coca-Cola par ses consommateurs, on a voulu purifier les sols, purifier les caves, si, à l’instar d’industries numériquement contrôlées comme Haut-Brion, on peut encore appeler cela des caves ou des chais. Et pour faire du beau, du propre, du « produit » bien identifiable , du « Brand » pur et dur, on a pollué les sols, tué de la vie, modifié, erzatsé ce qui était somme toute un produit naturel qui relevait de la vie, de toute son anarchie, bref, de sa façon biologique d’exprimer ses différences. Tout cela pour en arriver à faire du commerce au mépris de l’humain, du boursicotage qui a transformé un aliment constitué 75 centilitres de jus de plaisir en véritable objet de musée, en produit ostentatoire qu’on se proclame de posséder mais qu’on ne rêve que d’échanger à terme rien que pour en acheter un plus cher qu’on revendra plus cher après et patati et patata. Si t’as pas ton Margaux 2010, t’as pas réussi ta vie. Croyez-moi bien, je suis pas naïf, le vin, c’est comme le reste, à moins que tout se mette à peter dans tous les sens, on a pas fini de rigoler…

Non, je suis pas naïf.

Mais ce qui me met plus hors de moi, c’est quand je lis de très grands dégustateurs, devenus chevaliers de l’ordre établi, osé prétendre que la résultante de tous cela, c’est que cette technologie à tout va, cet ultra-contrôle de tous les paramètres a permis « DE PRESERVER L’AUTHENTICITE DES GRANDS VINS SECULAIRES FRANÇAIS », de conserver le patrimoine de la grande tradition viticole française et depuis peu, italienne. Donc, au sommet de l’hypocrisie de l’appétit des marchés, devraient trôner uniquement des vins comme ceux de Trimbach qui un jour ont pris une photo d’un vin qui marchait en restos et qui ont décidé de développer tout l’arsenal technologique pour arriver à le reproduire, fidèlement, sans défaut, toujours semblable, réussissant à le faire dans un millésime solaire comme 2003 ou à la limite du glacial comme 2007. L’authenticité et la tradition qu’on vous dit…. Bullshit !

Mais ça ce n’est pas grave… Jusque là, ca ne devrait pas m’empêcher de vivre comme je veux et cela ne devrait pas être suffisant pour vous emmerder avec mes états d’âme. On les laisserait bien faire avec leurs idées… Pourvu que ça dure, comme dirait l’autre.

Ça serait pas grave si , chez ces gens-là, on fouttait la paix à ceux qui veulent faire « autrement ».

Et c’est là, en fait, où ça dérape totalement. C’est quand on commence à pisser dans son froc, parce qu’une bande joyeux illuminés ont décidé de réellement faire du vin authentique, totalement inspiré des traditions séculaires, en total respect avec la substance génitrice, la terre et surtout symbole absolu de la véritable notion d’artisanat, cette notion qui rend le travail tellement « humain », « fragile » et « risqué ». C’est quand ces industriels du vin qui arrosent leurs aèdes à coups de pubs pour prépayer les tirages voient avec une horreur non dissimulée voir les salons bios, natures se multiplier comme des petits pains et faire sold-out à tous les coups. C’est quand ils voient ces vignerons dont avant ils rachetaient les vignes et qui ne vivaient que dans la méfiance de l’autre, soudainement s’unir, créer une communauté, partager et s’éclater dans un joyeux bordel de ouf. Là, ça fout les boules, qu’on soit en Haut-Médoc ou chez Antinori. Alors, on soudoit…. Et donc voici ces beaux messieurs, chantres de la « grande tradition des vins séculaires de la France » partis désormais en croisade pour attaquer cette différence, ce « contre-courant », ces « anti-vins », ces « vignerons tarés ». Et on y va, joyeusement, du ça pue par-çi, du vins de merde par-là… Pourvu que ça choque. Pourvu qu’on fasse peur. Ce que je vais dire ici va probablement me causer de graves ennuis mais de la sélection, de la purification d’un côté, de la chasse aux sorciers, de la création de peur, de cette volonté d’éliminer ce qui est autre, on aurait déjà pas vu cela quelque part ?

Unter Weinen après unter autre chose…. Logique, en fait.

Alors, finalement cet anti que je n’aimais pas trop, je l’adore, en fait, parce qu’il souffle un vent de vie qui n’a que comme seule volonté de rétablir le cours des choses comme il a toujours été, sans pour autant renier le progrès, juste pour faire du bon sens.

Et donc, si vous aussi, vous avez envie de retrouver dans votre vin, des humains qui vivent chaotiquement leurs rêves, leurs espoirs, si vous vous réclamez d’aliments authentiques, artisanaux, sains, dévorez « Tronches de Vin », de la première à  la dernière page, il n’y a que ça, dans ces pages, de la vie et du bon sens.
Avant même d’ouvrir ce livre, une chose était certaine à mes yeux : si on regarde que les cinq auteurs, entre le look jeune première pleine de vie d’Eva et celui baroudeur belmondesque du père Rapiteau, on est loin, dans cette équipe, d’une photo de classe issue de quelque Davos du Vin. Très loin. C’est plutôt Gogol, ici qui règne…

Permettez-moi de citer l'auteur : « où règne l’esprit russe, vif, hardi, primesautier, cet esprit qui n’a pas sa langue dans sa poche, qui ne couve pas ses mots comme une poule ses poussins ».

Bref, dans Tronches de Vin, il y a du désordre, de l’anarchie, des différences, il y a de la VIE ! 

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Merci à vous, jeunes et moins jeunes gens pour ces 271 pages de bonheur. Merci aussi à feu Jean-Paul Rocher, à sa fille Marie et ensuite à Sabine et ses Editions de l’Epure, pour y avoir cru, tout comme les vins ont de la gueule, les vôtres, elles sont belles !

Merci aussi de m'avoir permis de pousser une gueulante de plus.... tout est histoire de gueule, in fine.

Tronche de vin, le guide des vins qui ont de la gueule 
Les Editions de l’Epure et Marie Rocher
ISBN 978-2-35255-2
Prix conseillé : 22 euros
Les auteurs : Olivier Grosjean, Antonin Iommi-Amunategui,
                       Guillaume Nicolas-Brion, Philippe Rapiteau
                        et.... « Petite » Eva Robineau.

PS : j'ai ramené 5 exemplaires dédicacés du Salon du livre de Paris, les premiers des belges qui me répondront seront les premiers servis.