144

Editorial

Sur la page Facebook d’un Ami (avec un grand A), était relayé ceci :

Statut d'un ami enseignant ce matin : "Aujourd'hui, j'ai péniblement abordé les événements d'hier avec une classe de 1ères. Des larmes ont coulé. Mais pas question de l'aborder avec une autre classe de 1ère. Car ils ont refusé ostensiblement de respecter la minute de silence. Parce qu'ils affirmaient ouvertement que les dessinateurs de Charlie Hebdo l'avaient bien cherché."
Que faire, que dire, comment réagir ?

Comme cet ami est insomniaque et écrit donc fort tôt, j’ai eu le temps de réfléchir un petit peu à ce qu’il faudrait tenter d’expliquer. Le problème majeur, est selon moi, le fait que ceux qui parlent d’un « juste » retour des choses le font par l’excuse d’une religion bafouée. 
Je suis non croyant mais pas athée. Athée contient le A originaire de l’alpha privatif grec, qui signifie à l’inverse, contre.
Or je ne saurais être personnellement contre quelque chose ou quelqu’un qui pour moi n’existe pas.
A l’inverse, le fait de ne pas être contre me permet d’avoir le plus grand respect pour les gens qui expriment leur spiritualité à travers la croyance divine.

J’ai effectivement énormément de respect pour la spiritualité sous toutes ses formes parce que comme le mot le dit bien, elle touche à l’esprit, et ce mot, sous sa forme adjective, est d’ailleurs souvent utilisé pour qualifier ce qui est le propre de l’homme … le rire.

Alors quand j'écris que le problème est la religion, c’est parce que celle-ci ne doit pas ou ne devrait pas rentrer en ligne de compte pour expliquer à ceux qui doutent encore pourquoi tant d’hommes et de femmes s’identifient aujourd’hui à Charlie.
Elle ne le doit pas parce que, de fait, le rire était présent avant la religion, il est même présent sous une forme primaire … chez le singe. Et depuis que l’homme a commencé à communiquer, le rire a été en première ligne.
Bien avant que les prophètes ait acté de l’existence de leurs dieux, l’homme avait inventé une gestation du rire qu’on appelle l’humour et avec lui, une de ses formes les plus ancestrales : la satyre.

Ce que les gens qui doutent doivent comprendre quand on parle avec cet attentat d’une atteinte au plus profond de l’homme, c’est que depuis les tréfonds de la Grèce Antique, alors que ni Christianisme ou Islamisme n’étaient nés, toutes les formes de pouvoir ont permis à la satyre d’exister, même le despotisme.
Toutes les formes de pouvoir sans exception sauf une : le totalitarisme, extrémiste et fanatique, une forme de pouvoir qui, quant à elle, est apparue à large échelle après la naissance des religions et dont la première victime a d’ailleurs été de tous temps les fidèles des différentes religions.
Dès lors, cautionner, ou donner des excuses à ces deux assassins de la liberté, c’est, en fait, et avant tout, planter un coup de poignard dans le dos de tous ceux qui se proclament croyant.
Si, depuis que les ébauches de gouvernement existent, toutes les autorités ont accepté la satyre, même ces empereurs romains sanguinaires, c’est parce qu’elles avaient compris que l’homme avait besoin du rire pour vivre, pour accepter de supporter tous les malheurs, et les bonheurs, de son passage sur terre ainsi que pour supporter l’autorité même.
Ils avaient compris que l’humour leur survivrait quoiqu’il arrive, parce que le seul moyen de tuer l’humour, c’est tuer l’homme, c’est tendre vers l’autodestruction, c’est réduire toute forme de spiritualité à néant.

Que donc tous ceux qui doutent se posent cette question : où donc est-il écrit qu’on ne peut pas rire ?
Qu’ils se rappellent que tous leurs moments de leur bonheur ont été accompagné du rire, un rire qui peut aller jusqu’aux larmes, l’autre propre de l’homme, le seul que le totalitarisme permet encore.

Alors "Dieu" ou "Allah", on s’marre ?...

Always look on the bright side of life 

143