Généralités

L’AOC Cornas a été créée en 1938 et tient sur une seule commune de 550 ha dont 110 en production avec un rendement moyen de 34hl/ha.
Elle est située en Côtes du Rhône Nord sous Hermitage sur la rive droite du Rhône dans le département de l’Ardèche.Les premières traces de vignes datent de l’époque romaine et la syrah y règne actuellement en maître. Plus anecdotique (du moins, on l’espère), un projet autoroutier de contournement ouest de Lyon prévoit de traverser la commune.

Le terroir

Il s’agit d’un vignoble de coteaux en terrasses situé dans un amphithéâtre ouvert vers le sud sud-est à une altitude allant de 150-400 mètres. Cet amphithéâtre est protégé des vents du nord par le massif des Arlettes, ce qui lui confère un microclimat aux T° élevées. (Cornas = terre brûlée en celtique). Cette protection et son orientation font que cette Appellation a une maturité précoce. Elle est la première à âtre vendangée en rouge dans les Côtes du Rhône septentrionales.La composition des sols varie selon l’emplacement avec une dominance de granit :
· Granitique et argilo-calcaire dans le nord (vins « trapus »)
· Granitique au centre de l’appellation (vins racés)
· Granitique et sablonneux dans le sud de l’appellation (vins plus souples)

La taille est Guyot avec un long bois portant à 8 yeux francs maximum et 1 ou 2 coursons à deux yeux francs et taille gobelet.

Caractéristiques des vins

Les vins ont une robe foncée très dense et profonde. Le nez est souvent fermé dans sa jeunesse, mais évolue ensuite vers le cassis, ainsi que la framboise, la mûre, des notes truffées et fumées. Les vins sont massifs, puissants, charpentés, aux tannins serrés, sévères dans leur prime jeunesse mais qui gagnent en élégance en vieillissant.La vinification se fait par une longue cuvaison et un vieillissement de 2 ans en fûts.


Le domaine Balthazar


Le domaine Balthazar s’étend sur 2 hectares avec des vignes jusqu’à 90 ans d’âge. Il a été dirigé jusqu’en 2003 par René Balthazar, patriarche vinificateur des plus traditionnels sur Cornas.
Le chai est très petit et il était cocasse d’y être reçu par Monsieur René qui arborait chemise-cravate même par les plus grandes canicules.
A partir de 2003, Frank, le neveu de René a pris en main les destinées du domaine pour lequel il garde actuellement la même ligne directrice que son oncle. Seul le nom de l’étiquette a été modifié depuis 2004 ; il est passé de Cornas à Cornas « Chaillot ».

La production est d’environ 10.000 bouteilles avec un élevage en futs (non neufs) de 18 à 24 mois.

Le domaine apparait rarement dans les guides (est-ce une volonté de la maison ou la faible production) mais fait l’objet de beaucoup d’intérêt, entres autres du côté des Belges, où il est très bien distribué. Cet intérêt du public d’Outre-quiévrain serait dû à la ténacité de Pierre Ghysen (ex Vins du Rhône) d’avoir fureté le Rhône avec passion pour en ramener de petits bijoux, souvent avec des productions discrètes.

Les millésimes dégustés

2006 Très grand millésime, classique, de très belle maturité, puissance, concentration
et longue garde
2005 Très bon millésime assez tannique avec une belle garde potentielle
2004 Bon millésime assez facile de garde moyenne
2003 Millésime bon à très bon avec pas mal de richesse mais à surveiller pour la garde
vu certaines hétérogénéités.
2002 Millésime très difficile avec des vins secs sans grande structure – à boire
2001 Grand à très grand millésime, bonne maturité du raisin, vendanges saines,
vins élégants et beau potentiel de garde
2000 Millésime moyen : retard de maturité, hétérogénéité de la récolte
1999 Très grand millésime : très belle maturité, puissance et concentration
1998 Millésime moyen : chaleur et risque de surmaturité, évolution incertaine
1997 Beau millésime : acidité basse, souplesse, élégance, à boire jeunes
1996 Millésime difficile : acidité élevée, rusticité et austérité mais potentiel de garde
1995 Millésime moyen : acidité élevée, sévérité

La dégustation

Comme le montrait le tableau plus haut, nous dégusterons les millésimes de 1995 à 2006 soit 12 bouteilles.
Les vins seront ouverts à température de cave (11°C) deux heures avant la dégustation puis carafés et maintenus au environ de 12-13°C pour la dégustation.
Les millésimes seront servis des moins bons millésimes aux meilleurs, soit :
2002 – 1996 – 2000 – 1998 – 1995 – 1997 – 2003 – 2004 – 2005 – 2006 – 2001 – 1999.

Les résultats, pour plus de clarté, sont donnés dans l’ordre croissant des millésimes.

1995

La robe est rouge assez foncée avec des reflets violacés mais aussi des traces d’évolution.
Le nez est assez mur, fumé avec des notes empyreumatiques et pas mal de minéralité. Une fine pointe de piquant pourrait faire penser à une légère présence de volatile.
La bouche présente tout d’abord une acidité marquée sans être dérangeante, une belle matière mais avec une certaine austérité et un fruit peu présent. La présence d’alcool et le côté asséchant de la finale amène à pas mal de controverses.
Même si le vin présente encore une belle longueur, beaucoup pensent qu’il est un peu tard pour ce vin.
Note moyenne : 13,3/20

1996

Comme pour le 95, la robe est encore rouge assez soutenu avec des notes violacées et tuilées.
Au nez le vin est tout d’abord assez discret puis s’ouvre sur des notes de fruits rouges, noirs, des épices et du tabac. (un dégustateur note une impression de levures).
En bouche, l’attaque est assez discrète avec une acidité moyenne, le fruit est très discret et on est plus sur des aromes évolués comme le cuir. Si l’ensemble est assez soyeux, l’équilibre est fort dissocié avec de l’alcool un peu trop présent et une finale assez sèche.
Globalement ce vin reste assez étonnant de fraicheur pour le millésime mais sa dissociation ne plaît pas au groupe.
Note moyenne : 12,8/20

1997

La robe de ce vin est plus homogène sur le rouge foncé avec très peu de notes tuilées.
Au service du vin, le premier nez est fermé mais très rapidement il devient très expressif avec de belle notes de fruits (rouges et noirs), des épices et des notes empyreumatiques (tabac, café…). Une petite pointe d’alcool est signalée.
La bouche est d’emblée très soyeuse, avec une belle acidité qui accompagne un équilibre splendide entre les tanins fins et beaucoup de fruit. Le vin est sapide et une petite pointe d’alcool n’altère pas une très belle longueur tout en finesse.
Un très beau vin.
Note moyenne : 16,3/20

1998

Le vin se présente à la vue comme le 97, sans évolution marquée.
Le nez est très exubérant sur des notes de fruits rouges et noirs très compotés avec de l’alcool assez présent. On note assez peu d’aromes empyreumatiques par rapport aux autres millésimes. La bouche est assez concentrée avec une acidité moyenne, un beau fruit mais la chaleur de l’alcool est trop présente et le tout parait déstructuré.
La finale est assez longue avec des tanins soyeux. Ce vin a été très controversé, certains lui mettant 12/20, d’autres 16/20, selon qu’ils appréciaient ou non le côté chaud du vin.
Note moyenne (pas objective) : 13,8/20

1999

La robe est rouge foncé assez évoluée. Au nez, le vin est d’une grande intensité, très enrobé, plein de fruits, mais aussi avec des notes de cuir et de grillé. En bouche, une acidité d’une grande finesse annonce un splendide équilibre avec beaucoup de fruit et de belles notes épicées. Une pointe d’alcool, pas dérangeante ne perturbe pas une très belle finale, bien longue, très légèrement asséchante.
Note moyenne : 16,4/20

2000

On a affaire ici à un vin bien limpide (pus que les autres), rouge violacé assez foncé.
Le nez est d’une grande opulence, très plaisant avec une très belle suite d’armes fruités, épicés et animaux, sans jamais être bestiaux !
Une acidité bien présente est suivie rapidement par un bel équilibre, marqué par le fruit, les épices et le boisé (bien qu’il n’y ait pas d’utilisation de futs neufs).
Très belle longueur aussi pour un 2000 bien plus flatteur que nos attentes.
Note moyenne : 15,1/20

2001

On est d’emblée sur un très beau vin rouge violacé foncé très dense avec un nez splendide où se côtoient fruits rouges, noirs et des notes animales de cuir ainsi qu’un peu de boisé assez noble.
La bouche commence par beaucoup de fraicheur (persistante d’ailleurs) et propose ensuite beaucoup de matière, tout en rondeur et en plaisir, le tout emballant un équilibre somptueux.
Le vin s’avère aussi très long sans aucun aspect assèchant ; c’est nettement la « grande » bouteille de la soirée.
Note moyenne : 18,3/20 (à noter que seules deux cotes ont été données par les 12 convives : 18 et 18,5/20, ce qui dit tout !)

2002

Retour à plus d’austérité avec ce 2002 qui se présente avec une belle robe dense et sombre encore assez peu évoluée.
Le nez offre lui aussi de beaux aromes à la fois de fruits rouges, noirs, de cannelle mais aussi plus évolués comme le sous-bois et un peu de torréfaction. Des notes poivrées ont aussi été citées.
En bouche, le vin présente tout d’abord une belle acidité, suivi d’un équilibre convaincant et soyeux mais le tout s’effondre assez vite sur une finale courte et sèche. Le millésime ne semble décidément pas pardonner.
Note moyenne : 12,9/20

2003

Ce premier vin (co)signé par Frank Balthazar se présente avec une robe très dense, foncée avec des reflets violacés.
Au nez on est sur quelque chose de très intense avec des aromes de fruits rouges, violette, des épices, des notes animales et une impression légère de sucre.
La bouche, bien que très concentrée et assez bien équilibrée (belle acidité pour 2003), déçoit un peu par ses notes d’alcool et sa finale très asséchante (j’ai du aller chercher de l’eau d’urgence…)
Globalement, et probablement dû à sa concentration, ce vin a donné des avis très divergents. (il ya des gosiers qui savent affronter le Ténéré comme une ballade)
Note moyenne : 14,1/20

2004

Une robe très dense et sombre annonce un vin encore jeune.
Le nez est quant à lui assez fermé mais à l’aération se dégagent des notes d’épices, puis de fruits noirs un peu vanillés ainsi qu’un peu de garrigue qui font plus penser à un languedocien.
En bouche on a un bel équilibre avec de la matière, du soyeux mais en finale le fin se comporte assez de manière carrée, trop structurée et les tannins assez asséchants empêchent au groupe de donner une cote très élevée à laquelle on aurait pu s’attendre mais cela reste un assez beau vin. Vieillira-t-il bien ? Difficile à dire.
Note moyenne : 15,1/20

2005

On a à nouveau une robe très dense rouge violacé intense.
Au nez, le vin se comporte de manière assez fermée et il faut aller « chercher » les aromes de fruits rouges, noirs, avec un peu de résine et de cacao.
La bouche est très concentrée, voire dissociée et tout se présente un peu à la « Huk » : acidité, fruits, tanins. Il est clair qu’on est sur un vin trop jeune pour être apprécié mais tous s’accordent pour lui promettre un bel avenir à condition que les tanins n’écrasent pas tout.
Note moyenne : 16,2/20

2006

Last but not least as they say over the Channel, ce 2006 offre, pour ne rien changer dans les habitudes de la soirée, une robe très dense et sombre.
Le nez est, comme pour le 2005, assez languedocien, plus velouté, toutefois, avec des notes de fruits noirs (cerise) de fruits rouges et de garrigue.
En bouche, ce vin propose plus de fraicheur que le 2005, avec une belle acidité et un équilibre intéressant, amis on est à nouveau sur une matière très (trop ?) concentrée avec un fruit énorme. La finale marquée par la finesse des tanins séduit le groupe.
C’est un très beau vin, surtout s’il s’assouplit dans l’avenir
Note moyenne : 16,8/20

Conclusions

Huit dégustateurs ont été agréablement surpris par ce vin alors que trois l’ont trouvé fidèle à ses promesses car ces derniers le connaissaient bien.
De cette passionnante dégustation se dégagent quelques enseignements :

1. On retrouve une trame commune très vite reconnaissable après deux à trois vins avec ce mélange de fruits rouges, noirs et les notes animales, ce qui confirme qu’on reste sur un terroir unique.

2. A l’exception de deux vins les commentaires et les notes ont été étonnamment très unanimes, preuve d’un grand consensus.

3. L’idée de proposer les vins dans l’ordre de la cote du millésime a été largement approuvée par le groupe après la dégustation ; tout en admettant que 2004, 2005 et 2006 ont un peu écrasé la finesse du 2001 et du 1999. Le plus souvent, les vins se sont accordés au millésime

4. Il y a une continuité des vins en fonction du viticulteur :
a. Les vins de René Balthazar (95-2002) présentent tous un caractère très soyeux, tout en finesse, avec beaucoup de pureté, mais où l’élégance est quelquefois perturbée par le côté un peu asséchant des tanins.
b. Avec Frank, son neveu (2003 - …), il y a un net changement de cap vers la puissance, la concentration quelquefois au détriment de la finesse. Les tannins sont plus mordants à l’attaque mais plus fondus en finale. Avec le 2006 (et déjà un peu le 2005), l’espoir d’un retour sur plus de fraicheur revient toutefois.

Pour transcender encore la soirée, pendant que les estomacs à vide trouvaient pitance à la hauteur de leur demande, nous avons dégusté deux grands vins des millésimes qui nous avaient séduits: la Châteauneuf du Pape Château de Beaucastel rouge 1997 et le Côtes du Roussillon Villages du Domaine Gauby cuvée « Muntada » 2001. Ces deux vins étaient à leur sommet absolu, énormes de concentration, de pureté et de finesse, principalement la Muntada 2001 qui dans une dégustation notée aurait reçu plusieurs 20/20.

Comme quoi, on sait vivre au pays des belges….

Cette dégustation marquait le grand retour de dégustations thématiques à la maison après quelques années d’interruption. J’ai été vraiment très heureux de partager ce moment avec mes amis du fantastique groupe de dégustation n°1 du Club du « Vin Passion » à Bruxelles. Leur sympathie, leur énergie et leur humour perpétuel valent tous les trésors du monde !

Sources de l'intro Site web du caviste « Le Vin Passion »