Dégustation au domaine des 2008 secs
et
comparaison avec quelques 2007 et 2009

Ma dernière visite chez mes amis Martine et Etienne du domaine Louis Sipp a été l’occasion de découvrir leurs 2008 qui arrivent doucement sur le marché et de les comparer avec quelques 2007 et même 2009, et cela sur différents terroirs.
Comme d’habitude, l’accueil est à la hauteur de mon intérêt pour le domaine et on entame les débats dans la salle de l’étage aménagée aux « grandes réflexions » oenophiliques !

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Pour la mise en bouche, Etienne me propose deux 2008 :

Sylvaner Nature’s 2008

Ce vin, issu du premier millésime avec le label Ecocert, porte le nom Nature’s en référence à ce label plutôt qu’à une absence de soufre pendant la vinification. Il est issu de terrains légers et assez sablonneux autour de Ribeauvillé avec des rendements assez faibles de 50 à 60 hectos.
(analyses : 11.5/5.5/3.8 respectivement alc., AT en H2SO4, SR)

La robe est jaune-vert très claire. Le nez est puissant, et bien qu’un peu réduit aux premiers instants, il s’ouvre sur beaucoup de fruit, surtout citrique, mais aussi un côté pierreux assez complexe et étonnant pour un vin qui est présenté comme variétal.
La bouche, bien qu’équilibrée, est terriblement tendue, surtout à l’attaque. On sent une grosse épine dorsale faite de fraicheur et de matière. La finale est agréable, fraiche, bien sur le fruit, mais il est indéniable que tant de jeunesse doit encore s’assagir.

Pinot Blanc Nature’s 2008

Comme pour le sylvaner, ce vin reçoit la dénomination « Nature’s ». Il est issu de parcelles en coteaux principalement sur les hauteurs du Kirchberg près des pinots gris, faites de calcaires durs, d’argiles gréseuses et de marnes avec des rendements de 60 à 70 hectos.
(analyses :
12.2/4.9/6.1 respectivement alc., AT en H2SO4, SR)

Tout comme le sylvaner, la robe est jaune pâle avec des reflets verts. Le nez est intense, assez variétal, marqué par les agrumes. En bouche, on monte encore un cran avec l’acidité, énorme, qui construit le vin autour d’elle, vivifiant le fruit, lui aussi très présent. La longueur est intéressante avec à la fois fruits, fraicheur et une pointe de minéralité qui donne globalement un vin essentiellement rafraichissant.
Cet été, lors des futurs beaux jours, cela devrait être au top, sous la tonnelle.

A ce stade, il est certain que ceux qui recherchent puissance et tension rafraichissante dans un classicisme certain trouveront avec ces 2008 leur bonheur….

On entame ensuite les rieslings en passant par une revue des lieux-dits du domaine mais en commençant toutefois avec le « Nature’s », comme ultime mise en bouche.

Riesling « Nature’s » 2008

Ce Riesling est issu des terroirs d’Ellenweier (sous le Steinacker qui donne des vins tendus), du Hagel et du Steinacker avec des dominantes caillouteuses et marno-calcaires.
(analyses : 12.2/6.1/6.5 respectivement alc., AT en H2SO4, SR)

Le nez est ouvert, puissant et imprime aux premiers abords ses marques de fruits citriques typiques du cépage. Mais lentement, ce nez s’ouvre vers des aromes plus nobles avec de la pierre à fusil bien marquée.
L’attaque est une des plus tendues que j’ai rencontrées ces dernières années en Alsace, structurant le vin sur un côté terriblement droit et sec, de quoi terroriser les ménagères en quête de rondeur. (Euh… pardon, mesdames !). La structure est là, aussi, monumentale, mais avec une longueur assez modérée. Un archétype du vin sec et jeune du 2008 !

Riesling Hagel 2008

Vin issu du lieu-dit Hagel sur des coteaux granitiques très raides au débouché de la vallée, à gauche du Kirchberg près de la forêt, balayés par des vents qui procurent beaucoup de fraicheur en été, donnant des vins droits et frais, concentrés par des rendements faibles.
(analyses : 11.9/6.4/5.4 respectivement alc., AT en H2SO4, SR)

La robe est jaune-clair, brillante. Le nez est fermé et met pas mal de temps à se livrer. Insidieusement, on perçoit des aromes pierreux, du floral et du végétal avec des notes de gentiane.
La bouche est à la fois équilibrée et d’une grande droiture, marquée elle aussi par la pierre ce qui confère une certaine austérité à ce vin. Doté d’une belle longueur, très droite, elle aussi, ce vin aura besoin de temps pour s’exprimer pleinement et s’adoucir. Il n’est d’ailleurs pas encore commercialisé.

Riesling Steinacker 2008

Le Steinacker est situé au pied des terrasses de la vallée du Rhin sur des cônes alluviaux caillouteux. Les sols sont constitués de limon sableux et  surtout graveleux avec une charge en galets siliceux de surface pouvant aller jusqu'à 50%. Les vins offrent souvent un côté plus solaire.
(analyses : 12.6/6/11.7 respectivement alc., AT en H2SO4, SR)

La robe est jaune-clair avec des reflets dorés très brillants. Le nez est plus ouvert, plus puissant avec des fruits jaunes et blancs assez frais et quelques notes épicées. La bouche est plus gourmande, d’un bel équilibre où tension, fruits et rondeur (8 à 9 gr de résiduel) sont déjà bien harmonisés, malgré la puissance du millésime, ce qui confère surtout sur la finale une certaine impression de finesse assez facile, tout en tenant compte d’un éventuel effet de séquence par rapport au Hagel. Ce vin n’est pas encore à la vente.

Une seconde série de vins enrichissante à plusieurs titres : Tout d’abord les trois vins confirment l’incroyable structure de 2008 avec une grosse épine dorsale acide. Malgré cette puissance et cette droiture, et même si les vins ne paraissent pas vraiment prêts, on ressent plus de complexité sur les deux derniers, principalement sur l’Hagel. Enfin, à ce stade de la jeunesse, le côté plus solaire du Steinacker rend les débats plus aisés, permettant dès maintenant de concevoir la future grandeur de ces vins sur ce millésime.

La troisième série de vins a pour but de comparer le Grand Cru Osterberg sur 3 millésimes, 2007 et 2008, déjà commercialisés et 2009, tiré de la cuve.

Le Grand cru Osterberg est situé sur le ban de Ribeauvillé, à droite du Kirchberg, légèrement en deçà, de 250 à 350 m, sur des sols argileux en pentes moyennes exposées Est Sud-Est et reposant sur un substrat marno-calcaire avec des sols plus froids par rapport à son voisin de gauche. Comme les vins précédents et ceux du Kirchberg, les Osterberg sont certifiés Ecocert depuis 2008.

Riesling Grand Cru Osterberg 2008

(analyses : 12.7/6.2/5 respectivement alc., AT en H2SO4, SR)

La robe comme pour les deux vins suivants est jaune-vert assez clair. Le nez est fermé et a du mal à se livrer. Après quelques minutes d’aération, on perçoit des notes fruitées sur les agrumes jaunes sans être profondément citriques ainsi que quelques notes florales, le tout étant toutefois difficile à appréhender. La bouche est terriblement droite, tranchante, mais d’une belle impression de maturité apportée par les sucres résiduels liés au millésime qui donnent ensemble une perception de vin sec, massif en finale, qui a besoin de temps pour se dompter.

Riesling Grand Cru Osterberg 2007

(analyses : 13.2/4.8/4.2 respectivement alc., AT en H2SO4, SR)

Selon la volonté du maître des lieux, 2007 suit 2008 dans la dégustation. Changement de décor pour le nez où l’austérité fait place à l’ouverture à nouveau sur le fruit et le floral. En bouche, on passe de la fougue de la jeunesse intense à une puissance plus maîtrisée avec un équilibre splendide, fusionnel, où fruit et tension s’entendent à ravir pour une grande sensation de pureté. La finale est très longue, sur le côté sec. Un vin tout bonnement excellent, une des meilleures réussites d’Etienne sur l’Osterberg, tout bonnement !

Riesling Grand Cru Osterberg 2009

(analyses : 13.3/5/6.4 respectivement alc., AT en H2SO4, SR)

Première découverte du bébé 2009 enlevé à sa substance fœtale de la cuve pour les besoins de l’exercice.
La robe est jaune, à la limite du trouble. Le nez s’affirme bien et à côté de quelques impressions encore fermentaires, on perçoit des notes végétales (lierre), fumées et de la pierre à fusil, ce qui promet une belle complexité. La bouche est plus difficile à appréhender, tant la maturité d'expression du fruit n’est pas encore parfaitement claire et que la rondeur de l’alcool perturbe un peu. La sensation d’équilibre demeure toutefois, surtout sur la finale. Un fait marquant est l’acidité, très présente pour un millésime où elle devrait être théoriquement un peu en retrait par rapport à 2007 et 2008 et qui confère même un côté pétillant à l’attaque de bouche.

Vu la différence de l’expression provoquée par l’effet des millésimes, j’ai du mal à trouver une trame directrice sur ces trois vins. Souvent la pierre et le fumé dominent et le ressenti de complexité est au rendez-vous. De même, sur la bouche, on peut, parler d’une plus grande finesse, surtout sur l’excellent 2007 qui se goûte bien sec. A refaire dans 3–4 ans, indéniablement.

Dernière étape au pays des rieslings « Louis Sipp » avec les Kirchberg de Ribeauvillé avec le même exercice que pour les Osterberg.

Grand Cru depuis 1975, le Kirchberg de Ribeauvillé s’étend face au village de 270 à 350 m sur des pentes marquées, surtout sous le plateau supérieur. Des sols argileux très caillouteux reposent en faible couche sur un substrat presque affleurant fait de marnes calcaires sur la pente et de marnes gréseuses sur le sommet et où les racines doivent plonger pour chercher leurs nutriments minéraux et puiser l’eau.

Riesling Grand Cru Kirchberg de Ribeauvillé 2008

(analyses : 12.8/6.2/5.9 respectivement alc., AT en H2SO4, SR)

La robe est jaune-vert avec de beaux reflets dorés. Le nez, comme pour beaucoup d’autres 2008 a du mal à se livrer et l’agitation n’y change que très peu. Quelques notes iodées et minérales sont toutefois perceptibles. La bouche, au contraire, est purement monstrueuse de puissance avec une acidité laser, un fruit qui pète la santé et une belle rondeur tempérée par la fraicheur et la salinité. La finale sur le fruit très frais et la minéralité est tout bonnement gigantesque faisant promettre une garde époustouflante.

Riesling Grand Cru Kirchberg de Ribeauvillé 2007

(analyses : 13/4.7/13.4 respectivement alc., AT en H2SO4, SR)

Retour à l’ouverture… même très intense avec ce 2007, un peu comme si tout ce qui n’avait pas été livré au nez par le 2008 est balancé ici comme un smash de revers croisé victorieux. On est à la fois dans la richesse et la complexité avec des aromes citriques, de l’anis et de la pierre à fusil.
L’acidité est nettement suffisante que pour compenser la rondeur marquée apportée par 10-15% de botrytis, rendant l’ensemble d’un fruité croquant très harmonieux. La finale est belle, toujours aussi harmonieuse, même si la structure encore puissante de la jeunesse est perceptible. En fait, ce vin, difficilement goutable, il y a 8-9 mois, a désormais tout pour plaire et est en train de devenir une vraie tuerie. Le drame, c’est que le domaine est désormais sans réserve !

Riesling Grand Cru Kirchberg de Ribeauvillé 2009

(analyses : 13.5/5/8 respectivement alc., AT en H2SO4, SR)

La robe est jaune légèrement trouble. Ce qui a été ressenti sur l’Osterberg 2009 est ici encore plus intense avec une aromatique et une texture qui sont assez proches du 2008. Si j’éprouve du mal à ressentir l’équilibre, tellement ce vin tiré de la cuve est encore en ruth, je perçois tout de même une belle fraicheur et un sentiment que le vin va s’exprimer sans doute plus vite et plus sec que le 2008. Il est un fait qu’après déjà une belle série de vins, cette jeunesse éprouve un peu mes capacités de dégustateur.

Si globalement, on perçoit les même effets des millésimes que sur l’Osterberg, ces Kirchberg s’expriment différemment à la fois avec plus de rondeur due à des résiduels plus marqués qu’à une structure plus complexe tant au nez qu’en bouche. La longueur parle pour le terroir, mais il faudra attendre pour profiter pleinement de ces vins, en commençant probablement dans quelques années par le 2009, puis le 2007 et enfin le monstrueux 2008.

Suite de la dégustation avec les Pinot Gris. L’intensité et le rythme de la dégustation ne faiblissent pas, mais la plume se fait moins loquace, signe que même le plus costaud des suidés a ses limites. Face à moi, le colosse Etienne ne faiblit pas et Martine vient mettre son nez plus intensément dans l’arène, comme pour jauger qui des combattants pliera le premier.

Pinot Gris 2008

Les pinots gris de cette cuvée se trouvent sur des terrains assez lourds et sur différentes parcelles autour de Ribeauvillé. Assez précoces, les vins expriment souvent pas mal de fraicheur. 3/10 sur l’échelle des sucres perçus.
(analyses : 12.9/4.9/19.3 respectivement alc., AT en H2SO4, SR)

La robe est jaune assez dense. Le nez offre à la fois une intensité et une complexité intéressantes avec des notes fumées, viandeuses et de fruits blancs. La bouche a un équilibre un peu déplacé sur l’acidité, très intense, tranchante, avec une grosse matière en retrait. La finale est un peu en retrait par rapport aux grands crus mais reste appréciable sur sa longueur principalement marquée par le fruit frais.

Pinot Gris Trottacker 2008

Le lieu-dit Trottacker se situe à l’Est de l’Osterberg sur le champ de fractures de Ribeauvillé sur une couche d’argiles reposant sur un substrat de marnes calcaires très variées et profondes.
(analyses : 13/5.2/34.8 respectivement alc., AT en H2SO4, SR)

La robe est jaune-or brillante. Le nez est fermé à nouveau, difficile à se livrer, mais l’impression de richesse domine avec des fruits murs qui sortent lentement du bois.
La bouche est comme un gros oursin un peu raboté, puissante, ronde avec une acidité qui en constitue les aspérités et où la richesse domine. La finale est très ronde, marquée par des résiduels qui font frôler la VT à ce vin. A attendre, indéniablement.

Pinot Gris Grand Cru Kirchberg de Ribeauvillé 2008

Par rapport au Riesling du même Cru, les Pinots Gris se trouvent sur la partie supérieure, moins pentue du Kirchberg. Les vins  y sont certifiés Bio, label Ecocert, comme pour les rieslings.
(analyses : 13/5.4/20.3 respectivement alc., AT en H2SO4, SR)

La robe est un tantinet plus verdâtre que pour le Trottacker. Le nez est très ouvert, riche, avec des fruits exotiques en pagaille relevés par des épices puissants. La bouche est très dense décourbée par l’acidité marquée qui maintient le vin dans un registre sec malgré le gras de ses 20 g de résiduel. La finale est plaisante, saline d’une très belle fraicheur et surtout buvabilité pour un cépage où je n’accroche pas toujours dans la jeunesse. Bref, un très très beau vin à ne pas rater.

Pinot Gris Grand Cru Osterberg 2008

Les parcelles du pinot gris sont ici assez bien réparties, tout comme elles l’étaient pour le riesling (voir plus haut).
(analyses : 12.7/5.1/41.7 respectivement alc., AT en H2SO4, SR)

La robe est très jeune, dense, jaune avec de forts reflets dorés. Le nez est assez ouvert, parlant fort sur l’opulence avec un fruit dominant tantôt sur les fruits blancs, tantôt sur l’exotisme. La complexité paraît en retrait par rapport au Kirchberg. La bouche explique un peu cela dans le sens où la richesse et le gras dominent encore fort la fraicheur du millésime. Si la finale est impressionnante, elle l’est plus sur la richesse, la rondeur aux courbes féminines… J’ai un peu de mal mais je connais quelques épouses qui en feraient leur quotidien !

On ressent globalement encore fort la puissance et la structure du millésime sur ces vins. Si le vin de base est assez court, il reste frais et gourmand. Entre Trottacker et Kirchberg, c’est la finesse du Kirchberg qui l’emporte aujourd’hui et l’Osterberg est résolument (trop) jeune dans son corps voluptueux. Si tout cela nous indique qu’on est fort tôt pour apprécier une telle série, on ressent une belle complexité derrière la matière immense. L’acidité de 2008, au vieillissement, devrait être bonne alliée.

Une page se tourne… on attaque la dernière ligne droite de trois Gewürztraminer 2008. Le colosse des lieux n’a pas encore gagné… mais une terrible sensation de faim se fait sentir… je sens que je vais engloutir des sangliers entiers….

Gewürztraminer Nature’s 2008

Les Gewürztraminer de cette cuvée se trouvent, soit sur des sols profonds, argileux et bien exposés (Hagenau) donnant des vins riches et corsés, soit sur des terrains calcaires et caillouteux plus légers donnant des vins fins et élégants. On vise ici le compromis dans la fraicheur.
(analyses : 12.8/4.2/33.4 respectivement alc., AT en H2SO4, SR)

Le vin est profondément doré et cristallin. Le nez surprend par sa complexité très distante des aromes variétaux du cépage (et c’est tant mieux) avec beaucoup d’épices et de fruits exotiques.
La bouche est souple avec une acidité moyenne pour le millésime et avec un fruit dominant. Si la complexité est moins au rendez-vous que sur le nez et que la finale est relativement courte, cela reste très facile à boire.

Gewürztraminer Rotenberg 2008

Cette cuvée est issue de vignes situées dans la partie Est des vignobles de Ribeauvillé, au pied des collines sous-vosgiennes. Les sols, rouge-orangés qui ont donné le nom au lieu-dit sont faits de calcaires limono-argilo-sableux reposant sur un socle calcaro-gréseux riche en fer.
(analyses : 12.6/3.2/57.4 respectivement alc., AT en H2SO4, SR)

La robe est jaune-or brillante. Le nez est puissant, ouvert avec un fruit très intense bien relevé par les épices un peu poivrés. La bouche est droite dans son attaque acide qui rafraichit bien la rondeur grasse du fruit, donnant une sensation d’un grand équilibre croquant et gourmand avec une finale brillante de fraicheur. C’est excellent dès maintenant.

Gewürztraminer Grand Cru Osterberg 2008

Les parcelles du Gewürztraminer sont ici assez bien réparties, tout comme elles l’étaient pour le riesling (voir plus haut).
(analyses : 12.7/3.4/60.9 respectivement alc., AT en H2SO4, SR)

Le nez est très fermé, bien plus que pour les deux vins précédents… et il faut dire que mon esprit s’embrume un tantinet. Je retrouve fruit, épices mais surtout aucune note variétale. En bouche, on est entre deux rouleaux compresseurs : celui de l’acidité plus que tendue pour ce type de vin et la puissance du gras qui doit être encore domptée. C’est à nouveau une vraie-fausse VT à laquelle on est confronté ici. A attendre donc ! La longueur est évidemment de la partie.

Que dire de ces Gewürztraminer ? Beaucoup de richesse, d’opulence mais à nouveau avec la tension qui rafraîchit énormément. Si la cuvée de base parait un peu simple dans l’univers des vins du domaine; si le Grand Cru est résolument trop peu fusionné que pour exprimer au mieux sa grande opulence, le compromis se trouve avec le Rotenberg plus qu’intéressant.

Conclusions :

Beaucoup d’informations dans cette dégustation de laquelle je n’ai probablement pas tout décortiqué, loin de là :

Tout d’abord, un vecteur général qui est la belle fraicheur de tous les vins, résultante du travail du vigneron et du climat favorable de cette vallée de Ribeauvillé.
Sur les 2008, cette fraicheur amenée par l'acidité est terriblement présente, elle compense admirablement la richesse structurelle des vins. La grande garde est au programme sur tous les cépages.
2007 est aujourd’hui un millésime plus abordable. S’il reste très frais et très structuré, il y a plus d’harmonie entre les différentes composantes en bouche et cela donne une très grande buvabilité, déjà rencontrée dans la prime jeunesse des vins. La grande garde est aussi au programme mais plus modérément que pour les 2008.
Plus on va vers les grands crus, plus la salinité et les notes fumées et pierreuses sont présentes, surtout sur les rieslings.
Toujours sur les rieslings l’Osterberg me semble toujours excellent sur 2007, même s’il joue maintenant match égal avec le Kirchberg, ce qui n’était pas le cas en été, alors que sur 2008, ce dernier Kirchberg semble déjà avoir quelques coudées d’avance malgré son résiduel encore marqué.

Une fois de plus, les vins du domaine m’ont fait grosse impression et il faut aussi reconnaître que Martine et Etienne ont une longueur d’avance quand il s’agit de proposer de dégustations aussi didactiques qu’impressionnantes ! Du grand art... surtout que la journée s’est prolongée sur le retour à certains vins goûtés, par quelques sucres, le tout après avoir traversé la grande cour et en attendant un somptueux Baeckaoffa préparé par la maîtresse de maison ou les rieslings les plus secs m’ont paru en meilleur accord.

Vous l’avez compris… je me suis éclaté !