Carnets de Route
en Languedoc-Roussillon

 

04. Marjorie et Stéphane Gallet

Première étape ultra-prévue du séjour, Montner et le Roc des Anges de Marjorie et Stéphane Gallet. Sauf le dernier millésime récemment mis en vente, aucun des vins ne m’est inconnu et comme je l’ai déjà longuement décrit dans cet article, je ne suis indifférent à aucun de ceux-ci.
C’est donc plein d’impatience que j’ai rejoint Montner, pour « toucher » les parcelles du domaine, déguster les derniers vins et profiter de l’insatiabilité de paroles des deux tourtereaux, paroles toujours d’une grande justesse.

Parce qu’au-delà des rendements faibles et autres contraintes climatiques, le domaine avance, toujours en progressant, toujours vers des vins complexes, droits et où l’alcool est un des moins sensibles parmi les vins de la région.

 

 

Parcelle de schistes noirs

Bien que l’agrément bio n’est pas ici revendiqué (suite entre autres à l’achat de nouvelles parcelles dont Iglesia Vella), tous les efforts sont menés dans la direction de l’agriculture biologique et les plus anciennes parcelles schisteuses comme le Roc Blanc (schistes blancs) sont splendides au niveau de l’aspect sanitaire, le sol y étant particulièrement meuble et respirant la vie ! Quand Marjorie me montre une poignée de ce sol, son visage rayonne de cette certitude, au-delà des dogmes de faire bien.

 

 

Parcelle d'Iglesia Vella

La maison rachetée à Montner se complète petit à petit, la cave étant bientôt climatisée afin de permettre aux fermentations des blancs de se stabiliser à 22-23°C ainsi que de stocker les vins à domicile. L’espace de vie, splendide, domine le cuvier et c’est là que le couple m’accueille pour la dégustation.

 

 

Le Roc Blanc : Parcelle de schistes blancs

On débute avec le rosé « Les Vignes Métissées 2009 » en VDP des Pyrénées Orientales, assemblage des trois grenaches (blanc, gris et noir). La robe est très peu colorée et si les aromes sont assez discrets au nez, la bouche rayonne de droiture et de fraicheur, entre autres de par les PH bas recherchés par des vendanges réalisées le plus tôt possible. En finale la salinité domine et apporte beaucoup de complexité à ce très bon rosé.

On passe ensuite aux deux blancs du domaine, tous deux en Vin de Pays des Pyrénées Orientales du fait de la présence de grenache gris, toujours pas reconnu sur l’AOC Côtes du Roussillon. Tout d’abord le Vieilles Vignes Blanc 2008 composé de 90% de grenache gris et 10% de maccabeu à la robe totalement translucide, les pigments semblant avoir été adsorbés par le tartre dû la barrique. Comme pour tous les blancs, les barriques sont de trois ans ou plus, l’effet du bois neuf n’étant jamais recherché. Le nez est très ouvert et intense sur le floral et les fruits blanc, pas de chaleur alcoolique au programme. Le nez confirme le nez avec beaucoup de pureté et de fraicheur, suivie par des épices et des aromes de pierre, particulièrement en finale. Un très beau vin.
Vient alors le récent Iglesia Vella 2009 (Vieille Eglise), pour son second millésime de production, et un vin à 100 % de grenache gris qui pour sa première sortie en 2008 m’avait particulièrement séduit lors d’une dégustation bruxelloise. Ce second millésime fait plus que confirmer par la complexité de ses notes florales (fleur de vigne) et minérales. La bouche est magnifique équilibrée entre la tension, le gras et la salinité qui fait très fort ressortir une impression de « jus de schistes ». La finale est au diapason … inutile d’en dire plus, on est ici sur un très grand vin de la région avec un prix de trente euros qui me paraît plus que justifié.

On quitte les blancs secs pour les trois rouges secs proposés sur la gamme Roc des Anges. Pour commencer le Côtes du Roussillon Segna de Cor 2009, issu de vignes assez jeunes de grenache (50 %), carignan noir (30 %) et syrah (20 %) sur schistes et élevés en cuve béton. Le vin vient d’être mis en bouteille au moment de la dégustation. Le nez s’en ressent un peu avec des aromes plus végétaux qui devront se fondre pour laisser les fruits rouges et noirs s’exprimer pleinement. En bouche, le vin s’exprime avec beaucoup de fraicheur, sur un axe plus de plaisir que de complexité et des tanins très souples.

 

 

Le Côtes de Roussillon Vieilles Vignes 2008 est le second vin de la série, composé de vieux carignans (50 %), de grenaches (30 %) et de syrah (20%) issus de parcelles de schistes exposées plein Nord. 80 % du vin a connu la cuve, le reste le vieux bois. Le nez est net, très intense, véritable explosion de fruit noirs et de garrigue. La bouche montre de la fraicheur, mais elle ne se livre pas entièrement, quelques mois seront nécessaires pour en profiter pleinement. Il n’en reste pas moins que ce vin est un modèle de finesse et de précision, aux antipodes de vieilles vignes surmusclées. Une valeur sûre.

On termine la série avec la cuvée 1903 sur le millésime 2008, VDP composé de carignans centenaires sur des parcelles schisteuses, élevés à 80 % en cuve et 20 % sous le bois. A nouveau, le fruit domine les débats, avec plus de finesse et de complexité que pour les vieilles vignes. La bouche est très structurée mais, comme on l’a vu précédemment, la matière est très bien rafraichie par l’acidité sans être surette pour un sou. La minéralité s’affirme progressivement et elle est magistrale sur la longue finale. Une fois de plus, un carignan unique et prodigieux. Le must ! 

Trois nouveautés viennent ensuite augmenter la gamme proposée : tout d’abord le Vin de Table « A » à base de maccabeu passerillé vendangé en 2008, fermenté en vieux bois et dont les rafles ont été pincés fin août pour provoquer la nécrose et conserver le plus d’acidité possible. Ce vin conserve 96 gr de sucres mais ils ne se sentent pas tellement la fraicheur domine (pH : 3,2). Côté aromes, beau match entre raisins de Corinthe et menthe fraîche écrasée. Idéal pour l’apéritif !
La seconde nouveauté est le Roc des Anges Rancio Sec vendangés en 2009 à partir de grenaches gris et blancs. Si le nez est très sur la noix, le caractère sec de la bouche est tempéré par un beau gras et cela en fait un vin plus qu’intéressant que les amateurs apprécieront sans nul doute.
La dernière nouveauté est « Terre-Mer », un vin de liqueur associant le Maury des Gallet au Banyuls de Pierre Gailland. Je présume que cela est bien fait mais l’alcool me perturbe assez fort sur ce type de vins.

 

 

On termine le bal avec les trois Maury du domaine, déclinés ici sur leur second millésime d’existence, soit 2009 :

Le Maury Rouge Domaine des Terres de Fagayra 2009 provient de grenache noir sur calco-schistes très filtrants au Nord de l’appellation. Il est élevé 7 mois en cuve inox puis est gardé 4 mois en bouteille avant sa commercialisation qui ne peut survenir avant début septembre par décret. La robe est terriblement dense, presque noir. Si on retrouve une belle palette de fruits rouges et noirs, le nez offre encore plus de complexité avec des aromes floraux comme la pivoine. Rien que ce nez se démarque déjà très fort des clichés doucereux de l’appellation.
En bouche, si le fruit et le sucre sont présents, c’est avant tout bien du vin que l’on a ici, avec de la fraîcheur, des tanins bien marqués et des notes de craie. Un style qui me séduit énormément et qui me fait regretter la voie du sucre facile choisie définitivement par Mas Amiel.

Le Maury Rouge Domaine des Terres de Fagayra « Opus Nord » 2009 provient uniquement de sols schisteux et du carignan rejoint le grenache dans l’assemblage. Par rapport au premier Maury, on gagne encore en vinosité, en structure et surtout en minéralité. La longueur est phénoménale. Sublime, comme pour le 2008.

A ce stade, une intéressante discussion s’engage sur les accords mets-vins sur ce type de Maury. Stéphane y rejette en bloc l’accord sur le chocolat qui n’est pour lui qu’alourdissant et lui préfère les fromages persillés, le gibier à plume, le magret de canard ou alors, seul, à l’apéritif.

Le Maury Blanc 2009 est issus de grenache gris et de maccabeu sur les mêmes sols que pour le premier Maury rouge. Le nez est puissant et plein de fraicheur, sans impression de sucres mais plutôt de fruits en macédoine. La bouche est d’une tension inouïe pour ce type de vins avec aussi une grosse impression de structure. Un grand moment de rafraichissement !

Marjorie et Stéphane Gallet, si vous me lisez, merci pour tout ceci et surtout ne changez pas vos objectifs d’un iota.

Le Roc des Anges
Marjorie et Stéphane Gallet
2, place de l’Aire
66720 Montner
TEL : 04 68 29 16 62

Web :
www.rocdesanges.com