Gaspart Club
1ère session
Riesling Melting Pot

 

Durant les feux de l’été, le Club INAO de Waterloo a implosé suite à un sombre désaccord quant à la quantité optimale de flacons de Deiss à ne pas dépasser lors d’une dégustation et d’autres griefs tout aussi relevant. Bref, une révolution de « palais » a secoué les milieux bruxellois et brabançons. Des cendres de ce qui fut l’objet de tous les regards du milieu (on en doute pas un instant), le jeune Gaspart prénommé Manu a relevé le gant de réunir la crème absolue de ce qui se fait en terme d’adorateurs de vrais vins, bref de vieux brisquards du Riedel dont il parait que je fais partie.
Il va de soi que ce club mérite le nom de son fondateur, raison pour laquelle vous aurez désormais à subir les délires du bien nommé Gaspart Club, et ce, une dizaine de fois par an et plus si affinités.

 

 

Il va de soi que chacun de ses membres s’est engagé à une convivialité monacale, à un temps de parole directement proportionnel à l’efficacité qu’a notre pays (enfin, surtout celui du reste du groupe) à former un gouvernement, à ne jamais parler la bouche pleine, à ne jamais contredire, sous peine d’excommunication immédiate, votre serviteur quand on parle d’Alsace ou le jeune Philippe V. quand il cause de Jura.

 

 

Ces choses étant définitivement établies par arrêté oenophilique, il est temps d’aborder le sujet de la première agape de ce merveilleux club, soit « Chacun apporte une bouteille de riesling », ce qui à la lecture de l’énoncé a provoqué une intense crise d’angoisse dans mes pôv ptits neurones, personne n’en doute !

La dégustation du jour 

Les vins sont tous servis à l’aveugle aux environs de 6-8°C, aucun ordre de service n’a été prédéfini. Les appréciations finales sont personnelles

 

 

1. Riesling Grand Cru Altenberg de Bergbieten 2005 - Domaine Mochel (Traenheim – Bas-Rhin - France) 

La robe est jaune-or déjà assez évoluée. Le nez est d’emblée très parlant, intense, net et complexe, lui aussi sur des aromes évolués avec du floral, des fruits exotiques.
La bouche confirme cette première très bonne impression par un équilibre remarquable entre fraicheur et fruit, sans rondeur insidieuse. La finale est longue, droite, pleine de fruits et une impression de vin sec dominante. Excellent.

 

 

2. Karthäuserhof Eitelsbacher Karthäuserhofberg Riesling Spätlese Trocken 2005 (Trier Eitelsbach - Mosel-Saar-Ruwer – Allemagne)

La robe est jaune assez claire. Le nez est très fermé au service et ne se livre que par petites touches Des arômes d’agrumes (clémentines) sont finement perceptibles. A près une longue aération, on retrouve les côtés plus floraux d’un riesling évolué, assez proches du vin précédent.
La bouche est relativement bien équilibrée mais l’acidité très marquée, presque métallique, encore à la limite du perlant mène les débats, conférant une forte austérité à ce vin. Une petite touche d’alcool apportant un peu de rondeur vient un peu modérer cette impression. La finale est assez prometteuse, très droite avec un poil d’amertume. A l’aération, la bouche se fait plus fruit, tout comme observé pour le nez. Bien+.

 

 

3. Riesling Kabinett Zöbinger Heiligenstein 1989 Bründlmayer (Kamptal – Autriche) 

La robe est jaune assez claire mais le nez est nettement moins fermé que pour le vin précédent. Les arômes sont encore jeunes avec un côté citrique marqué, mais aussi de la minéralité, des notes torréfiées et un subtil côté « cendre froide » mis à jour par Philippe V. La bouche est très tendue, marquée par le côté citrique qui fait vraiment penser à un vin germanique, mais on ressent beaucoup d’ampleur et de structure dans ce vin avec une belle finale d’une belle longueur. A revoir aussi dans 10 ans avec intérêt. Très Bien. 

 

 

4. Riesling Louwberg – Apostelhoeve 2009 (Maastricht – Pays-Bas)

La robe est jaune très pâle. Le nez est très ouvert, techno à fond les manettes avec du bonbon, de la pomme et du citron vert, le tout dans un registre assez brutal. La bouche est marquée par l’acidité ultra-tranchante, perlante avec en milieu de bouche un léger rappel des arômes du nez. La finale est courte, sans grand volume et toujours aussi tendue avec une amertume qui se marque progressivement. Comme c’est très jeune, faut lui laisser une chance, à cet OVNI. Bien-.

 

 

5. Riesling Grand Cru Brand 1995 – Josmeyer (Wintzenheim - Haut-Rhin – France)

La robe est jaune-or soutenu avec des notes d’évolution. Le nez est ouvert splendidement complexe entre fruits exotiques, fruits citriques, floral et minéral (silex). La bouche est encore plus splendide, entre tension et gourmandise, parfaitement équilibre avec un rappel des arômes du nez subtilement voûtés par l’acidité. La finale est d’une longueur impressionnante, ample, presque tannique. En découvrant le millésime, on est frappé par la jeunesse d’expression de ce vin (j’avais pensé à un 2005 sur un grand terroir granitique ou marneux). On est proche du sublime. Coup de cœur de la soirée. Excellent +.

 

 

6. Riesling Burgreben 2004 - Marc Tempé (Zellenberg – Haut-Rhin – France)

La robe est jaune-franc avec de légers reflets dorés. Un léger trouble et des particules en suspension sont perceptibles. Le nez est assez fermé. A l’aération il propose une assez belle complexité entre des notes florales, d’agrumes (écorce d’orange), quelques notes plus terreuses et pierreuses viennent se joindre à cela.
Par rapport aux vins précédents, l’acidité est plus en retrait et le côté sphérique, moelleux domine, le tout avec un léger sentiment d’élevage qui est présent. Si ce n’est pas extrêmement long, non plus, cela reste élégant et très plaisant, surtout pour un millésime hétérogène comme 2004. Bien+.

 

 

7. Riesling St-Hyppolyte 1996 – Dom. Marcel Deiss (Bergheim – Haut-Rhin – France)

La robe est jaune-doré soutenu. Le nez est discret, entre minéral et végétal. Certains y trouvent pas mal de complexité, d’autres moins. La bouche est extrêmement tendue et végétale, mais le vin semble avoir perdu son fruit et il en résulte un objet très austère, avec une finale qui ne fait que rebondir la tension, avec une pointe d’amertume en surplus. Assez logiquement, ceux qui aiment le nez trouvent la bouche intéressante. Pour moi, ce vin a fait son temps. Quant à l’acidité, se modérera-t-elle un jour ? Moyen.

 

 

8. Riesling 2007 – Rippon (Lake Wanaka – Nouvelle-Zélande) 

La robe est jaune citron Le nez et la bouche sont profondément marqué par le citron, version lime mais aussi par une belle minéralité. La bouche est très nerveuse en attaque, longiligne ensuite… mais même si on regrette un manque de complexité, le côté frais minéral, légèrement asséchant, de la finale donne une impression globale de vin bien fait, sans pour autant donner l’illusion d’une marque de grand terroir. Bien.

 

 

9. Riesling Engelgarten 1994 – Dom. Marcel Deiss (Bergheim – Haut-Rhin – France)

La robe est jaune-ocre, assez fort évoluée. Le nez donne une impression d’austérité alliée à de la complexité principalement de par la conjonction des aromes secondaires (cendre volcanique) et primaires (agrumes citriques, écorce d’orange amère). Si la bouche garde le côté austère observé au nez, ce vin paraît encore très jeune et son équilibre de bouche entre fraicheur, fruit et pierre brute est très intéressant. La longueur est fortement calquée sur le milieu de bouche ; si elle n’est pas kilométrique, l’impression de jeunesse persiste. Quand ce vin va définitivement évoluer… très difficile à prédire. Austérité, quand tu nous tiens. Très Bien

 

 

10. Riesling Vom Stein 2008 – Nikolaihof (Wachau – Autriche)

La robe est jaune soutenu. Le nez manque complètement de précision, allant et venant par vagues sur des notes de verdeur, de sauvignon en manque de maturité et aussi une impression plus techno. La bouche est marquée par l’acidité, la verdeur mais surtout par de la dilution. Y a-t-il une finale ? La déception de la soirée. Très Moyen-.

 

 

11. Riesling Grand Cru Mambourg VT 1998 - Marc Tempé (Zellenberg – Haut-Rhin – France)

La robe est très évoluée sur des notes de vieil or un peu ocre. Le nez est puissant, complexe avec un très gros registre d’arômes entre pierre, floral, agrumes exotiques une note de fraicheur et une pointe de botrytis.
La bouche est tout aussi parfaite avec une acidité marquée, un fruit gourmand, un sucre intégré et de beaux amers qui rendent la finale très intéressante. Un beau débat s’insère sur ce vin. Un groupe dont je fais partie, trouve ce vin, comme tel, gourmand, complètement à son apogée, d’autres au vu de l’acidité, pensent que celle-ci pourrait encore plus s’intégrer ainsi que les sucres se fondre, accordant encore de nombreuses années à ce vin avant qu’il n’atteigne son apogée. A revoir… dans 10 ans. Excellent
 

Conclusions

Difficile de tirer quelque conclusion que ce soit, vu la diversité d’origine des vins proposés. Amusant toutefois de constater qu’une grande majorité des vins dégustés sont issus de domaines au moins désormais bio, que l’acidité (est-ce lié ?) est très souvent l’ossature de la bouche.
Intéressant aussi de voir qu’en dehors du cosmopolite, le choix de chacun s’est porté sur des vins ayant une certaine patine, avec en très grande majorité, un caractère très sec. La buvabilité et la fraicheur au profit de la lourdeur ? Un dernier élément intéressant, pour les vins de Tempé, et particulièrement le premier, deux ou trois dégustateurs dont Philippe V. y voient une légère perte du terroir au profit de l’élevage en fût (24 mois)… le débat est lancé.

Une conclusion s’impose tout de même…. Les électrons libres sont sortis de leur léthargie de la morne plaine, les loups se sont barrés de la capitale du p’tit royaume, y a de l’a rumba dans l’air, ma bonne dame… et pas un peu et… comme le disait le bon et feu Jacques V., « Lui », le Cousin de l’ « Autre »… Ach, on ne regrette pas sa soirée… Comme lui, résolument, en plus du pinard,  j’aimerai toujours aussi l’humour et l’infanterie …

 

 

Un groupe fort en gueule, très extrêmement prometteur, j’vous dis. Merci Manu !