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Francesco Guccione, the Highlander

Plus les années passent, plus ce blog me donne l'impression de devenir un conteur d'aventures humaines touchantes bien plus qu'autre chose, des histoires où le vin n'est plus qu'un vecteur.

Celle dont je désire parler aujourd'hui commence comme un réveil magnifique après la torpeur d'une longue route qui m'a fait traverser la Sicile de part en part, de Syracuse au Sud de Palerme. Là comme à la sortie d'un long sommeil, j'ouvre les yeux et pense me trouver au cœur des Highlands de l'Ecosse.
Tout est réuni pour m'y faire penser : un paysage vert, sauvage, montagneux, rocailleux....... et puis, il y a ce vent et cette brume omniprésente. Bien sûr, on est début mars, mais, pour l’image qu’on se fait de la Sicile, c’est plutôt inattendu.

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Au pied de cette vallée loin de tout, où seules des vignes éparses et quelques ruines rappellent la présence humaine, il y a une maison isolée, protégée de la vue par quelques arbres. C’est là que vit, presque en ermite, Francesco Guccione, l'Highlander de Cerasa.

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Highlander... vraiment, car Francesco semble tout droit sorti d'un livre médiéval, avec sa stature altière, sa tignasse et sa barbe un peu ébouriffées qui cachent un regard  au bleu d'une lagune tahitienne, un regard éblouissant de vivacité qui anime une vraie "gueule" au sens noble du terme, un de ces visages qui vous dit d'emblée qu'il va se passer quelque chose, qu'une vraie rencontre est en marche, une de ces rencontres dont on sort toujours différent.

On en sort d’autant plus différent qu’ici, on est rattrapé par l’histoire poignante de cet homme, une histoire faite de drames, de choix douloureux, de remises en cause, de redémarrages à zéro, une histoire dont beaucoup pourraient sortir meurtris, écrasés, mais dont Francesco a pu se renforcer, s’affirmer dans sa passion de vigneron, une passion qui trouve sa nourriture bien plus dans l’âme que dans la tête, une passion qui fait que vous ne pouvez plus jamais, après cette rencontre, regarder ses bouteilles de la même façon.
En tentant de respecter du mieux que je peux sa famille, je vais tenter d’expliquer pourquoi, il pourrait vous paraître étonnant qu’en 2012 seulement alors qu’il a 43 ans, notre homme a été l’auteur du premier millésime de l’Azienda Francesco Guccione et pourquoi les vins qui en sont issus sont si magnifiques, fins, obligatoirement issus d’une grande maîtrise et d’un grand talent.

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Parcours antérieur

Aujourd’hui  comme au commencement, Francesco vit et travaille la vigne dans la zone de Cerasa qui est située à 10 minutes de route du village de San Cipirello, un de ces villages de montagne typiques de la Sicile, attachant sans être beau, véritable labyrinthe de ruelles étriquées, grouillant de vie comme notre imagination permettrait de le concevoir, le tout à quelques encablures du village voisin de Corleone.

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Ces terres de Cerasa sont étroitement liées à la famille de Francesco qui, depuis plusieurs générations, y travaille comme agriculteurs, éleveurs de chevaux et aussi  comme viticulteurs, tout en vendant leurs raisins.
Tout comme ses ancêtres, Leoluca, le père de Francesco, a perpétré cette activité, mais la passion pour l’agriculture et le respect de la nature étaient chez lui si intenses qu’il fut l'instigateur de la conversion des vignes du domaine en agriculture biologique à l’aube des années nonante.
Pour le jeune Francesco qui passe toute sa jeunesse entre cette nature respectée, les chevaux et les vignes, il est évident que  son âme se nourrit, se construit de la passion de ce père qu’il n’a jamais cessé d’admirer et dont il avoue tenir presque tout son savoir.

L’école normale achevée, Francesco va toutefois fin des années 80 se détourner brièvement de cette fascination, pour entamer, comme le conseille sa famille, des études d’avocat.
Il va les poursuivre presque jusqu’au bout mais les interrompra finalement parce que son attirance pour la nature et la vigne auront finalement raison de lui,  cette nature qui l’a trop marqué pendant son enfance pour qu’il en soit un jour séparé.

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Contre le souhait familial, il décide donc de rejoindre son père pour travailler à temps plein sur ses terres de Cerasa, et plus particulièrement dans les vignes qui l’intéressent plus que tout autre chose. Comme ce travail de la terre ne lui paraît pas insurmontable, il va ensuite partager celui-ci avec un commerce à Palerme, La Dispensa dei Monsu, où il promotionnera une large gamme de produits artisanaux comme des fromages, des viandes, du miel et bien entendu, du vin.

Ces multiples expériences ont aussi a vu naître chez Francesco,  un vif intérêt pour la botanique, la biodiversité et l'ont amené à s'intéresser aux écrits de Steiner dont il sortira profondément changé. Avant même qu'il soit  persuadé de devenir pleinement vigneron, il est certain que s’il doit un jour le devenir, ce sera en biodynamie.
Il ressent aussi que s'il doit faire des vins, ce le sera avec élégance, légèreté, sans jamais brutaliser les sols, les baies et le jus, ce sera avec le doigté du cavalier qu'il a été dans sa jeunesse, sans jamais faire appel à la force.

A la fin des années nonante, alors qu’il n’a de cesse de construire doucement mais sûrement son avenir entouré de sa famille, le destin décide une première fois de frapper durement cette même famille.
Agriculteur trop naïf pour affronter la réalité du tissu social dans lequel il vit et il travaille, le père de Francesco ne voit pas les nuages noirs arriver alors qu’il se retrouve injustement soupçonné d’avoir des activités maffieuses avec des cousins de Corleone.
Pire, il se voit sur le champ dessaisi de ses terres par l’administration pénale de Palerme, le tout assorti d’une peine d’emprisonnement  de 4 ans, parce qu’à l’époque, la lutte contre la maffia est devenue tellement symbolique autour de Palerme que la justice s’octroie le droit de punir avant de juger. Convaincu de son innocence, le père de Francesco, ne supportera pas de voir son jugement officiel maintes fois reporté et fera un infarctus en prison.

Ce choc va probablement accélérer la suite des évènements pour Francesco. En effet, le respect qu’il a pour l’œuvre de son père, son propre amour des vignes et son expérience commerciale à Palerme vont définitivement marquer son choix de vie et, en 2004, il persuade son frère Mandredi de se lancer ensemble dans la création d’une exploitation viticole qui vendra ses propres bouteilles. Et bien entendu, ce projet prend place sur les 6 hectares de sols que la famille a pu sauver du drame, avec une philosophie  de viticulture de bon sens qui respecte la vie et qui s'arcboute à la fois sur la biodynamie, sur le mode historique, antique de conduire la vigne ainsi que sur le mode artisanal de faire du vin, avec le mot artisanal qui prend chez lui un double sens, celui d’artisan et artiste.

En quelques jours, le projet parvient à prendre réalité et l’année 2005 voit l’arrivée du premier millésime de la famille Guccione. Très rapidement, les vins connaissent un évident succès médiatique, du fait, entre autres, de l’inébranlable volonté de Francesco à produire des vins qui émotionnent mais aussi de l’inouïe aura qui se dégage de son personnage.
Cette époque sera marquée par l’influence primordiale de deux personnes qui vont le guider dans ses choix de travail du sol et de la cave : Nino Montalbano et Arturo Genduso
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Le premier, un vigneron  de Misilmeri près de Palerme était un grand connaisseur des équilibres de la vie liée aux sols et à l'entretien des vignes, le second est un agronome qui a apporté la biodynamie en Sicile dans les années septante. Une troisième rencontre va s’avérer tout aussi déterminante dans les choix de Francesco, c’est celle de Nicolas Joly.

Mails au bout de cette heureuse période d’apprentissage, de réalisation et de reconnaissance, le destin implacable attend à nouveau les deux frères au tournant. Pour des raisons que je désire ignorer, des tensions insolubles apparaissent entre eux et l’inévitable survient un beau jour de 2011 où une scission pure et simple des activités du domaine se produit , et, comme pour parachever son œuvre dévastatrice, un peu plus d’an plus tard, ce même destin enlève son frère à la vie dans un accident de voiture.

J’avoue avoir longtemps hésité à parler de ceci, avant tout par pudeur, ensuite parce que Francesco aime à souligner que ses vins n’ont stricto sensu rien à voir avec cette histoire, ensuite, parce qu’il regrette souvent, près de 20 ans après, à être toujours sollicité à devoir en parler, comme si les baies de ces vignes seraient encore sous l’influence de ce drame.
Même si cela paraîtra contradictoire, peut-être que si je me suis résolu à le faire, c’est pour que si, un jour, vous êtes amené à le rencontrer, vous évitiez d’en parler avec lui, par respect pour ce qu’il est aujourd’hui et pour ce qu’il a vécu, comme si, avec lui et ce texte, vous aviez tourné aussi la page. Peut-être aussi  me suis-je permis ceci parce que je suis convaincu qu’une grande partie de la volonté et la force qui émane aujourd’hui de Francesco provient en partie de ces tristes évènements.

Le présent

C’est donc en 2011, que Francesco repart à zéro. Si de la scission des activités il a conservé une grande partie des vignes et sa maison au cœur de Cerasa, il doit construire un nouveau caveau.
Pour cela, son choix se porte cette fois à San Cipirello, le village proche, un choix lié au fait qu’en dehors du transport des raisins, un caveau au cœur d’une ville représente des facilités logistiques.

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Assez paradoxalement, par rapport à la douleur de la séparation avec son frère, Francesco se sent alors totalement libre de ses actes, à commencer par pouvoir construire ce caveau comme il l'entend, simple, épuré, ouvert mais où, comme dans une église, chaque chose trouve sa place, où chaque activité s’interpénètre, avec de larges couloirs qui permettent d’évoluer librement dans l’espace.

 L’année 2012 verra dès lors l’arrivée du premier millésime du Domaine « Francesco Guccione ».

Pour encore un peu parler du personnage, alors que je suis certain que Francesco désirerait que je parle enfin de ses vins, je voudrais ajouter que l’homme n'apprécie pas trop que lui ou ce qu’il fait soit catalogué, étiqueté, liés à tel ou tel mouvement, il est certain que la notion de « naturel » à l'italienne le séduit beaucoup et que c’est à l’intérieur de ce mouvement qu’il trouve le plus d’amitiés et d’identité.
S’il peut paraître timide d’approche, son regard s'illumine bien vite et fort quand il peut partager et parler de longues heures de ses vins, quittant alors son côté ténébreux d'Highlander pour devenir un chantre de "sa" nature, raison pour laquelle il aime voyager, soit en cavalier seul, soit à travers le mouvement Renaissance ou encore les salons de Christine Marzani.
Vous savez dès lors ce qu’il vous reste à faire si un jour vous avez la chance de le croiser.

Un nouveau domaine est sorti de terre, un domaine que tous ceux que j’ai croisé à ce jour et qui le connaissent m’ont conforté, par leur avis, dans l’idée que quelque chose de magnifique est né près de Palerme.

Au sud de Palerme, un Highlander s’est dressé à nouveau !

Géographie

Le lieu-dit Cerasa se situe entre 450 et 600 mètres d’altitude, à 40 kilomètres au sud de Palerme dans la DOC de Monreale. Le sous-sol y est de nature marno-calcaire sur laquelle repose une couche arable d'argile avec un peu de sables et d'incrustations de cailloux calcaires, couche qui permet une bonne conservation de l'humidité pendant les chaleurs estivales.
Il faut noter aussi qu'en plus de la hauteur, la proximité de la mer apporte, à ces lieux comme dans toute la Sicile, des vents presque persistants qui favorisent des nuits. De même, les vignes bénéficient de ce gain de lumière diurne typique de la proximité de l'eau.

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Le domaine s'étend sur 6 hectares avec sur les parcelles les plus hautes, 3 hectares où le Trebbiano trentenaire règne en maître et, sur les parcelles les plus basses, un hectare de Catarratto, un de Perricone et un de Nerello Mascalese.
Ces parcelles sont assez voisines, à proximité de la maison et exposées au sud-est sur des pentes généralement faibles. Une parcelle plus récente, plantée en 2011 possède une pente nettement plus marquée, mais est encore trop jeune pour produire un raisin intéressant. Quand la vigne l’aura adoptée, vu sa hauteur et son exposition, elle devrait fournir de très grands vins.

Pour accéder au vignes tout comme à la demeure de Francesco, un véhicule adapté de type Jeep est absolument nécessaire et il y a vraiment lieu d'éviter d'y venir avec une petite sportive italienne(je parle bien de voiture, là), sauf si vous avez une excellente assurance…. Le côté sauvage des Highlands, encore et toujours !

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Viticulture

Comme décrit plus haut, les vignes ont fait l'objet d'une conversion en biodynamie depuis 2005 même si aucun agrément n'à ce jour été recherché, Francesco ne désirant, par exemple, ne pas utiliser le 501 qu'il juge peu approprié à ses vignes.
Il faut faire remarquer que le 500 et le 501 sont principalement des revitalisants des sols ; or, du fait de son histoire et sa géographie très particulière, la Sicile possède en général des sols très fertiles. De même, du fait de la présence de vents maritimes soutenus, les vignes sont moins sensibles à l’oïdium et au mildiou. L’agriculteur sicilien n’a jamais, dès lors, vraiment été amené à user d’engrais et de pesticides dans l’après-guerre et les sols sont restés le plus souvent remarquablement vivants.
S’il n’utilise donc pas le 501, de par sa passion de la botanique et des traitements phytopharmaceutiques, Francesco use et réuse de tisanes les plantes que sa terre lui procure,  participant ainsi à la mise un en place d’un profond équilibre interactif dans la biodiversité.

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Toutes les vignes sont issues de sélection massale et taillée en guyot à une hauteur assez importante (environ, 1,8 mètres).

Les labourages et l'aération des sols se font toujours avec légèreté,  à 15 à 20 centimètres de profondeur sans jamais provoquer d'incisions transversales dans la terre afin de ne jamais perturber les couches bactériennes. Le travail manuel est aussi favorisé à  l'extrême.

L’enherbement reste toujours présent un rang sur deux. Quand le mildiou ou l’oïdium deviennent menaçants,  les vignes sont traitées au soufre uniquement si l’année est facile, sinon au soufre et au cuivre, à raison de 3 à 4 traitements par an. Enfin, une taille en vert est pratiquée peu après la floraison.

Les grappes sont vendangées manuellement et transportées en petits cageots de 20kg jusqu'à la cave. Le rendement moyen est de 40 à 45 hectolitres/hectare.

Vinification

Le mot d’ordre jusqu’à la mise en bouteille est d’intervenir au minimum tout en laissant le mout le plus longtemps en contact avec ses lies pour les rouges et les blancs, et de la manière que le millésime l’autorise.

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La cave, de type garage au niveau du sol,  est suffisamment spacieuse pour permettre toutes les étapes de la vinification, de l’embouteillage et de conservation au même niveau.

Lorsque les raisins arrivent à la cave, ils sont égrappés et foulés directement sauf dans les années chaudes comme en 2012. Dans ce cas, Francesco laisse les raisins reposer une journée avant de les travailler le lendemain matin. Ensuite, les raisins sont mis en macération avec des fermentations qui démarrent en général après 24 heures, sans aucun ajout.

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Les macérations sont maintenues 2 jours pour le Trebbiano, sauf si le millésime ne le permet pas (comme en 2013), 7 à 9 jours pour le Catarratto et une quarantaine de jours pour les deux cépages rouges.
Lorsque les vinifications actives sont terminées, les vins sont séparés de leurs lies puis remis dans leurs contenants de vinification, en utilisant des cuves de PVC pour le transfert. A ce stade, aucune analyse n’est faite et celle-ci ne sera pratiquée que peu de temps avant la mise qui se fait le plus proche des vendanges suivantes afin que les fûts ne restent vides qu’un minimum de jours. Si la nécessité se fait sentir, une petite quantité de soufre (+- 20mg) est ajoutée avant cette mise, même si le but est, si l’année le permet de ne pas en utiliser.

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En 2012, le domaine a produit 16.000 bouteilles et en 2013 ainsi que dans les années futures, la production avoisinera les 20.000 bouteilles avec une exportation principale, actuellement, vers les Etats-Unis, l’Australie, le Japon et l’Angleterre.

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Vins 

Avant la scission du domaine, chacune des cuvées portait, en plus du nom du ou des cépages présents, un nom qui était dédié aux personnes qui ont le plus compté pour Francesco comme son père, son fils et ses amis, comme pour les remercier de l’avoir entouré.
Le nouveau départ en 2011 a amené Francesco à complètement revoir ses étiquettes, ce qui peut dérouter ceux qui ont connu les vins des premières années.  Tout comme pour sa cave, il a voulu que l’identité de ses vins puissent s’exprimer derrière une simplicité extrême d’identité avec comme seules mentions, d’une part, sous le logo et écrit à la main, le texte :

« Vino bianco* prodotto e imbottigliato da Francesco Guccione
presso la propria azienda in Contrada Cerasa a Monreale »

* ou « rosso »

D’’autre part figurent les simples initiales, soit des cépages présent, soit du nom de l’assemblage, ce qui donne « C » pour le Catarratto, “T” pour le Trebbiano, « P » pour le Perricone, « NM » pour le Nerello Mascalese et « B » comme Blend pour le Rosso di Cerasa.
Toujours pour mettre tous ses vins sur un pied égalitaire, Francesco les vend tous au même prix.

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Catarratto « C » VDT blanc

Bien que peu connu dans le Nord de l’Europe, ce cépage est assez caractéristique de la Sicile qui peut s’exprimer sur la puissance recherché pour sa capacité de résister aux fortes chaleurs. Sa structure est en général assez monolithique, féminin dans ses arômes, ses notes tanniques et son acidité plus basse que pour le Trebbiano en faisant souvent un vin recherché pour la soif ou pour s’associer à d’autres cépages dans le Marsala. Francesco apprécie ce cépage parce qu’il veut le travailler en finesse et effacer ces caractères variétaux afin qu’il exprime plus de délicatesse et plus d’aromaticité. Dans les conditions de fraicheur de Cerasa, on parvient à ce qu’il s’exprime avec une certaine rigueur, droiture, avec des notes complexes de tisanes.

 

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Trebbiano « T » VDT blanc

Si le Trebbiano est aujourd’hui très répandu en Sicile et dans le reste de l’Italie, ce n’était pas vraiment le cas, il y a 25 ans quand le père de Francesco se mit à le replanter en sélection massale. Travaillé brutalement, ce cépage s’impose avec trop de volupté, trop de gras avec des arômes de bois trop marquant.
Mais à nouveau, travaillé avec finesse et sur des sols vivants, il est possible de le rendre terriblement élégant, fin, le tout avec une forte identité. Le Trebbiano représente pour Francesco l’exemple même de sa motivation à donner un caractère unique à ses vins, un caractère qui transpire l’identité familiale, la nature des sols de la région, loin des stéréotypes des vins blancs siciliens.
Dans des années plus chaudes comme le 2012, le vin s’exprime avec un léger sucre résiduel qui lui insuffle une douceur langoureuse mais la finesse et l’élégance restent de mise malgré une année aussi chaleureuse.

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Perricone “P” VDT Rouge

Le Perricone est un cépage typique de l'Ouest de la Sicile. Son usage a décliné ces dernières années mais il persiste principalement assemblage. En fait, très peu de vignerons l’utilisent pur et a fortiori de manière naturelle, en recherchant  ainsi sa légèreté et sa pureté.  Il possède des notes souvent iodées, s’avère quelquefois austère dans les années froides, mais dans des années plus solaires comme 2012, il développe une grande concentration de notes fruitées. Ses tanins sont particulièrement suaves, raison pour laquelle, associé avec le Nerello Mascalese, il tempère la puissance tannique de ce dernier.

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Nerello Mascalese « NM » VDT Rouge

Le Nerello Mascelese est un cépage qui provient du village de Mascali, près de Catane et qui a trouvé une certaine diffusion en Sicile pour apporter ses caractéristiques  à la fois élégantes et tanniques aux cépages avec lesquels il était associé. Pour s’exprimer pleinement, il a besoin d’altitude et de fraicheur, raison pour laquelle il se complaît dans la zone de Cerasa. Son côté délicat rappelle le Pinot Noir. Le Nerello Mascalese est aussi un cépage sensible dans sa vinification et il nécessite des macérations courtes, nettement plus que pour le Perricone, pour conserver tout son caractère fruité. Lors d’une année chaude comme 2012 a amené le cépage à s’exprimer de manière bien plus tannique et avec une structure plus ample.

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Rosso di Cerasa « B » VDT Rouge

Lorsque le Nerello Mascalese a été replanté au domaine, c’était afin de revenir à une situation ancestrale où les domaines produisaient principalement des vins à base de ce cépage et de Perricone, un assemblage qui n’est plus aujourd’hui recherché dans la région mais que Francesco Guccione a voulu faire renaître parce qu’il se souvenait de ces vignes encore plantées par son arrière-grand-père et ainsi ramener à la vie une tradition familiale. Cet assemblage a besoin aussi que les vignes puissent s’appuyer sur un vrai terroir minéral afin que les raisins dont ils sont issus ne possèdent pas que des propriétés variétales auxquels cas les vins seraient beaucoup trop durs dans leur structure. La renaissance de cet assemblage a permis de produire un vin qui combine avec une alchimie parfaite les tanins élégants et la finesse du Nerello avec la richesse de la robe et le côté sanguin du Perricone.

Dégustation

Sur fûts

La visite de la cave a été l’occasion d’une dégustation de presque tous les fûts et citernes présents, la majorité des vins contenus étant du millésime 2013, nettement plus frais que son prédécesseur.

Le Catarratto 2013 sur foudre tronconique montre une grande finesse suave, une buvabilité extrême tout en gardant cette droiture longiligne que Francesco apprécie mettre en valeur avec ce cépage. Cette finesse permet de bien conserver la fraicheur qui met l’acidité moyenne du cépage plus en avant.
Le Trebbiano 2013 a été décliné sur presque tous les contenants de la cave. Dans l’acier, il développe une trame étonnamment droite, fine sans être fluette, avec une belle expression du fruit, alors que sur foudre, il prend une envergure plus grande, plus ronde, plus grasse mais avec une finesse et une richesse aromatique toujours pleinement respectés et toujours une superbe buvabilité. Le même vin expérimenté sur fût est lui actuellement un peu trop ample avec un gras plus proéminent sous l’effet du bois et demandera plus de patience. Toujours afin de voir l’effet d’un élevage plus long, Francesco a gardé un foudre de 2012 qui s’avère vraiment étonnant de complexité pour un millésime plus généreux, comme quoi le travail en douceur peut réellement t arriver à maitriser l’effet éventuellement excessif d’un millésime sur le terroir.
Mais là où les choses m’ont vraiment laissées pantois d’admiration, c’est la différence que Francesco a réussi à obtenir sur foudres entre son Perricone et son Nerello Mascalese 2013. Si tous deux ont une fraicheur vraiment bien affirmée avec une acidité fine mais bien rafraichissante ainsi que des tanins au velouté exceptionnel, même dans le cas du second, le Perricone s’exprime sous une exubérance de fruit festive, comme pour un joyeux banquet pantagruélique ou la gourmandise est de mise. Et face à cette joyeuse profusion de générosité bien maîtrisée, il y a le Nerello qui est là comme une véritable cathédrale gothique, longiligne, altier, d’une superbe austérité minérale à faire pleurer les anges. Ce vin devrait s’avérer un pur bonheur après deux ans de bouteille.

Sur bouteille

Désireux de me limiter au nouveau départ dans la vie de vigneron de Francesco, comme il le souhaite d’ailleurs, seuls les vins de 2012 seront ici commentés.
Il s’agit ici de notes prises au vol qui seront complétées par une dégustation de groupe ultérieure.

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Catarratto « C » 2012 – VDT blanc – 13,5°

Etonnante bouteille. Discrète au premier abord alors qu’on aurait attendu quelque chose de  plus directement évident sous l’effet du soleil de 2012. Un vin d’une grande réserve donc qui va chercher, au nez sa complexité sur le fines notes aériennes florales. En bouche, il tranche par rapport au nez par un structure longiligne, tirée par une acidité parfaite et qui plutôt que de chercher un fruit joyeux file droit sur une minéralité impressionnante, presque tannique, avec de beaux amers qui portent le vin tout au long de sa superbe buvabilité.

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Trebbiano « T » 2012 – VDT blanc – 13,5°

Ici, le nez parle d’emblée, direct, ample, complexe mais toujours frais, avec des notes charnues de fruits blancs et jaunes, du zeste d’agrume vert et des épices, mais sans notes solaires. En bouche si le fruit charnu est toujours aussi net, ample, la côté sphérique est à nouveau maîtrisé par la fraicheur qui le garde sur le registre de la finesse saline. Jamais puissant, il n’en reste pas moins d’une très grosse longueur et puis, il y a toujours cette buvabilité extrême.
A millésime comparé, on atteint ici le niveau d’Emidio Pepe, même si l’expression est différente.

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Perricone “P” 2012 – VDT Rouge – 12,5 °

S’il fallait rapprocher ce vin de quelque chose de plus familier au goût français, la première chose à laquelle je penserais serait du gamay. Pas un gamay variétal, mais plutôt un gamay naturel où le fruit n’est pas le plus expressif, mais bien la finesse à la fois au nez qu’en bouche, avec des tanins légers mais une profondeur évidente comme on retrouve sur certains Morgon. Il y a un véritable plaisir de bouche, ici, un vin qui descend avec une facilité déconcertante, qui ne sature jamais, un vin qui a mon sens se justifie très bien tel quel, surtout pour les assoiffés !

Rosso di Cerasa « B » 2012 – VDT Rouge – 13,5°

Avant de goûter le Nerello Mascalese, Francesco préfère présenter son assemblage des deux cépages rouges, pour évoluer par étapes vers une structure plus imposante. Il ne faudrait pas pour autant voir dans ce vin un mélange d’eau et de feu, mais bien une alchimie très complexe qui lui prodigue une identité propre où ses éléments constitutifs sont indétectables, comme si l’assemblage s’était fait à la vigne, dans la vigne. Bien que la structure soit ici bien plus évidente grâce à des tanins plus soutenus, le fruit reste clairement de la partie, bien que la composante minérale fait aussi des siennes. Le résultat est d’une complexité incroyable, avec une race impressionnante et un équilibre tout en finesse absolument remarquable. Absolument incontournable.

 

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Nerello Mascalese « NM » 2012 – VDT Rouge – 14,5°

Peut-être là, sur la jeunesse, le seul bémol, même si la buvabilité reste de mise, évidemment, la sensation de finesse aussi, tout comme la solarité du millésime qui est pleinement maitrisée. En cause, une matière plus dense, un peu plus carrée, probablement du fait de la présence de tanins qui ont réellement encore besoin de s’assagir. Mais comme l’acidité est là et bien là et que la salinité de ce vin est prodigieuse, il est très fort à parier que deux ou trois années d’attente vont lui donner plus de volupté et en faire une petite tuerie !

Conclusion

Il y a ici une tentation de tout remettre sur le couvert, tant on a envie d’en parler de l’homme et de ses vins, mais afin de ne pas être trop redondant, je m’attacherai aux vins, et à cette tellement grande finesse, cette précision absolue et cette buvabilité qui les caractérisent réellement, sans jamais se dépareiller d’une vraie salinité. Ils sont pleinement comme Francesco a désiré qu’ils soient, même si en fait ceci est totalement erratique dans le sens que le but poursuivi, c’est que les vins soient  au plus proche de la terre. L’émotion est réelle, omniprésente, elle atteint l’âme et quand on quitte Francesco et ses vins, on est comme changé, probablement plus humains, mais comme ces humains qui vivaient il y a 20000 ans, en paix avec la terre.

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Coordonnées

Azienda agricola Francesco Guccione
Azienda: Contrada Cerasa SP 102 BIS, 90046 Monreale (PA)
Cantina: Corso Trieste, 46/48 – 90040 San Cipirello (PA)
Tel: 00 39 34 72 99 34 92
Email:
francesco.cerasa@alice.it
Web : http://francescoguccione.wordpress.com/

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